Jean-Guy Hamelin, un évêque préoccupé par la question des femmes

Jean-Guy Hamelin, premier évêque du diocèse de Rouyn-Noranda, est décédé le 1er mars 2018. Pour faire mémoire du rôle joué pour la promotion des femmes à l’intérieur de l’Église, nous rappelons et partageons quelques éléments de son intervention intitulée « La participation des femmes à la vie de l’Église » dans le cadre du synode sur « La vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde. », en 1987. Cette intervention, faite au nom de la Conférence des évêques catholiques du Canada, faisait suite à une grande consultation présynodale. On demandait à l’Église de reconnaître dans les faits l’accès des femmes aux postes de responsabilité et de porter la question de l’ordination des femmes jusqu’à Rome. » (Parent, 2013)

Laissons-nous inspirer par ses paroles.

[…]

Je parle ici au nom de la Conférence des évêques catholiques du Canada et je veux souligner la participation des femmes à la vie de l’Église. C’est une question urgente. […]

Osons le reconnaître, il existe un contraste évident entre la condition féminine dans la société et dans l’Église. Certes, il y a encore des barrières psychologiques, sociologiques et culturelles à surmonter pour que les femmes participent pleinement à la vie de la société civile mais, les obstacles juridiques ont été levés et en principe les femmes peuvent avoir accès à toutes les responsabilités et à tous les métiers et services. Dans l’Église aussi la participation des femmes est beaucoup développée. Mais des champs de responsabilités et de services leur restent fermés – tout comme aux laïques masculins – et le ministère ordonné auquel est rattachée la juridiction leur est inaccessible. Ce contraste entre la société et l’Église est de plus en plus apparent et de plus en plus contesté. Pour les jeunes notamment cette situation est difficilement explicable.

Il va falloir nous laisser interpeller sérieusement par cette situation et consentir à certains redressements. Reconnaissons-le, nos mentalités, notre pratique et notre discours ne concordent pas toujours avec les affirmations sur l’égalité que l’on trouve dans nos déclarations.

Un premier devoir s’impose : accepter de regarder la réalité. Le mouvement d’affirmation des femmes avec ses forces et ses limites constitue incontestablement un des faits marquants de l’évolution sociale actuelle. […]

Un second devoir s’impose : exercer le discernement. Le mouvement d’affirmation des femmes véhicule des germes précieux pour l’humanisation de la société et comporte aussi des risques de dérivés. Nous sommes au beau milieu d’un effort collectif de discernement dans la société et dans l’Église. Il importe de le poursuivre avec ouverture et ténacité en tirant profit même des tensions et des divergences d’interprétation parmi nous.

Ajoutons un troisième devoir : reconnaître et accompagner avec confiance ce mouvement qui souffle à l’intérieur même de notre Église. Il cherche à rejoindre le sens de l’attitude de Jésus à l’égard des femmes. Il n’est pas étranger croyons-nous au travail de l’Esprit en train de faire toutes choses nouvelles. Il nous paraît que le mouvement des femmes dans l’Église canadienne se développe dans une perspective de justice, de dignité de partenariat. C’est au nom de leur baptême comme filles et fils de Dieu que des femmes et des hommes travaillent pour que toute espèce de discrimination disparaisse. Ce n’est pas une mode passagère, il s’agit pour eux de la fidélité à l’évangile libérateur du Christ ressuscité.

[…]

Il faut aussi prendre acte du fait que les femmes forment la majorité des laïques engagés en Église. Elles sont présentes partout dans la vie ecclésiale courante mais absentes des postes de décision et exclues du ministère ordonné. Elles tiennent la maison pour ainsi dire, mais les hommes seuls dirigent. Dans notre contexte culturel, cette situation est de moins en moins acceptable. Si l’on ne recherche pas activement des moyens d’assurer une représentation équitable des femmes et des hommes à tous les niveaux de la vie ecclésiale, c’est la crédibilité même de l’Église qui sera atteinte.

Ouvrir des pistes concrètes

Le temps n’est plus aux souhaits, il faut passer aux gestes concrets.

Il nous faut d’abord appeler et reconnaître la contribution des femmes de nos communautés chrétiennes aux débats vitaux de la société. […]

Il faut également appeler et reconnaître en fait et en droit la pleine participation des femmes à la vie ecclésiale. […] la voix des femmes est essentielle à la sacramentalité de l’Église et au témoignage qu’elle est chargée de porter.

Il faut lever les obstacles canoniques qui bloquent l’accès des laïques, et partant des femmes à des postes de responsabilité qui n’exigent pas l’ordination. […] Il importe qu’on ouvre ainsi des champs de responsabilité pastorale réelle avec l’autorité qu’elle commande.

Il faut abroger les règles qui écartent les femmes du service de l’autel et rendre les ministères institués de l’acolytat et du lectorat accessibles aux femmes comme aux hommes.

La question de l’accession des femmes aux ministères ordonnés demeure controversée dans nos communautés. Elle soulève de nombreuses interrogations favorables et défavorables.

Nous savons que ce Synode sur les laïques n’est pas le lieu de traiter expressément de cette question. Mais nous ne pouvons pas ne pas souligner dans cette assemblée que les arguments utilisés jusqu’ici pour réserver le ministère ordonné aux hommes arrivent mal à convaincre les jeunes notamment. Sur ce sujet comme sur d’autres, nous avons besoin d’écouter l’Esprit qui parle au peuple des baptisés le sensus fidelium. C’est pourquoi, nous proposons que dans les Églises particulières intéressées, on mette sur pied des groupes d’approfondissement où seraient présents des hommes et des femmes, des pasteurs, des théologiens et des théologiennes.

L’accès au diaconat permanent pourrait représenter un cas particulier. Il n’a pas toujours été réservé aux hommes. Son rétablissement est récent. Il est axé avant tout sur le service. Ne pourrait-on pas reconnaître la diaconie des femmes présentes depuis des siècles à la misère et au service quotidien, au foyer, à l’école, dans les hôpitaux, dans les missions, dans tout ce qu’il y a d’entreprises bénévoles?

Conclusion

Terminons par un rappel. La pleine participation des femmes à la vie en Église et à la vie en société ne constitue pas en soi une exigence nouvelle. C’est l’intuition originelle de la Genèse. Il n’y a pas d’humanité selon le cœur de Dieu sans l’apport irremplaçable et l’alliance de l’homme et de la femme.

Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda

Le 9 octobre 1987

Information recueillie par Pauline Jacob,
le 20 mars 2018

Sources :

Hamelin, Jean-Guy (1987, octobre). La participation des femmes à la vie de l’Église. Synode des évêques à Rome : « Vocation et mission des fidèles laïcs dans l’Église et dans le monde vingt ans après Vatican II ». Femmes et Ministères, [en ligne]. (19 mars 2018)

Parent, Annine (2013). Devoir de mémoire. Femmes et évêques – un dialogue à poursuivre. Femmes et Ministères, [en ligne] (19 mars 2018)

2 réflexions au sujet de « Jean-Guy Hamelin, un évêque préoccupé par la question des femmes »

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