Les femmes engagées en Église : leurs rêves et visées d’avenir

Influencer l’histoire est impossible sans la dimension prospective. Se distinguant, en régime chrétien, du futurisme ou de la futurologie, l’histoire évolue sur une trajectoire qui se situe entre la mémoire et la promesse. Coordonnées qui cherchent à saisir les courants de fond, les rêves et visées d’avenir en épousent les mouvements jusqu’à la réalisation de la mission. Ainsi, ce nouveau référent permettra de repousser la ligne d’horizon. Jusqu’où se profile le regard ecclésial? Quelles images, quels symboles marquent la profondeur du rêve? Quelles visions théologiques surgissent de la réalité ministérielle vécue? Trois pôles traceront le parcours de ce dernier signifiant.

L’importance d’agir ici et maintenant

Le premier s’inscrit dans le réel des pratiques quotidiennes. Véritables forces instituantes, celles-ci opèrent dans le « déjà-là » d’un Royaume appelé à battre au rythme du monde. Les femmes pointent l’urgence de mettre le rêve en œuvre immédiatement.

Rejoindre les préoccupations du monde d’aujourd’hui

Qu’elles soient sociales, culturelles, politiques ou économiques, les sensibilités contemporaines sont devenues chaudes, créatives, personnelles. Bien qu’on assiste à une véritable dispersion des valeurs fondamentales, et qu’il faille définir de nouvelles balises, de nouveaux repères éthiques, de nouvelles orientations, la voie ne se trouve pas dans le refus de la modernité, aussi mauvaise soit-elle. Les femmes sont formelles là-dessus. Malgré la faiblesse de l’argumentation théorique, nous avons trouvé dans plusieurs entrevues, des intuitions qui, conduites à une pensée claire, alimenteraient précieusement maintes analyses cogitées en laboratoire. Car, comme le dit cette auteure :

Une pensée qui se constitue en dehors de l’étroitesse du cogito, n’a pas son fondement dans un vouloir expliquer, démontrer et rendre compte à travers les causes et les effets. Elle émerge en tant que compréhension sans médiations et, en cela, coïncide avec un « être au monde » dans la mesure où cet « être au monde » est pensé, c’est-à-dire parole parlée. Cet espace où nous vivons qui n’a pas été exploré est celui de l’écoute. […] Cette dimension de l’écoute est la plus originelle de « l’être au mondexlvii ».

Cette façon d’être au monde comme on est en amour, c’est-à-dire habitée et changée par l’autre, est le mode de présence ecclésiale que nombre de femmes tentent de vivre. Pour la majorité des interviewées, l’organisation actuelle n’est qu’un passage obligé. La vieille carapace se meurt laissant naître une Église faite d’ouverture et de rapprochement social. Ainsi l’intuition de cette femme qui manie, sans s’en rendre compte, le problème toujours présent d’une Église objectiviste :

Ça crée un problème que l’autorité vienne de l’extérieur du milieu. Celui-ci est devenu séculier et le pouvoir religieux n’y a plus de prise. Il y a sûrement une nouvelle façon de faire les choses. Par exemple, quand tu travailles avec des gens qui vivent une vie familiale comme toi, tu te sens beaucoup plus en lien avec eux, parce que tu es parent toi-même.

Voilà cette autre qui réclame l’intégration des expériences séculières dans les visions religieuses traditionnelles.

Est-ce que je dois faire mourir ma petite communauté familiale pour en faire vivre une plus grande? De toute façon, c’est la vie des gens de la communauté que je vis. Je fais l’épicerie, je vais chez la coiffeuse, à la pharmacie, conduire mes enfants à l’école. […] Je suis toujours au cœur du monde. Cela aussi fait partie de la communauté.

Et que dire de cette extraordinaire connivence faite de complicités et de chaleur humaine! Au-delà des barrières limitantes, plusieurs interviewées arrivent, par leurs expériences familiales, parentales et affectives, à bâtir des proximités réelles, réduisant le sentiment de distance causée par le lieu institutionnel de leur insertion.

Ce qui me rapproche des personnes, c’est mon expérience de vie : j’ai deux grands garçons. Les gens me demandent souvent : « As-tu des difficultés avec tes enfants? » Il y a comme un lien qui se fait… une espèce de connivence.

Au début de mon engagement, les gens me disaient : « C’est tellement plaisant ! On peut te parler de nos problèmes, parce que toi tu es mariée, tu as un mari, des enfants, tu connais ça. » J’étais contente, je pouvais répondre à leurs questions… je savais de quoi je parlais.

Voilà une compétence qu’on refuse trop souvent de reconnaître dans l’Église.

Éviter le piège du cléricalisme

Cette expression est devenue monnaie courante dans le monde pastoral. Le cléricalisme est dénoncé comme un piège pour les laïques, une situation pécheresse pour la plupart des prêtres, une tentation pour les agentes, surtout celles qui occupent des postes d’autorité. Comme le dit Jean-Marc Gauthier :

[…] L’enjeu fondamental est que la plupart des responsables de pastorale, prêtres, diacres ou laïques, sont aux prises avec un modèle de fonctionnement ecclésial ou d’approche pastorale insatisfaisant mais qui apparaît difficile à transformer ou à remplacerxlviii .

Cette difficulté est ressentie par une minorité de répondantes. Certaines s’inquiètent pour les consœurs qui assument des tâches dites plus traditionnelles (initiation sacramentelle, liturgie, gestion paroissiale, etc.). D’autres, redoutant le piège pour elles-mêmes, s’acharnent à identifier clairement les lieux de fermetures possibles.

Ferons-nous l’erreur de cléricaliser les laïques? Il ne faudrait pas tomber dans ce piège […]. Le langage de l’Église a changé et les gens ne nous comprennent plus […]. Nous ne nous en rendons même plus compte.

Si cette mise en garde est présente dans l’une ou l’autre des entrevues, elle ne constitue pas une préoccupation majeure. Mais l’alerte est donnée, une autre brèche ouverte sur l’avenir. Pour la garder disponible, une bonne veille s’impose.

Croire aux avancées humbles et modestes

Tout changement institutionnel, à moins de passer par la violence (ce qu’aucune entrevue n’a envisagé), ne peut ignorer l’importance des déplacements internes au niveau des mentalités, des valeurs, des usages quotidiens. La sociologie du quotidien a bien montré l’incroyable force des mouvements souterrains qui hantent le sous-sol de toute organisation sociale. Plus les normes briment les libertés individuelles, plus un quant-à-soi personnel et collectif se développe dans l’anarchie et l’enchevêtrement propres aux pulsions inconscientes. Positivement, il constitue la marge de manœuvre nécessaire pour respirer socialement. Malgré sa réalité spirituelle, l’Église n’est pas au-dessus des contingences sociologiques. De déviance en déviance, le système clérical est en passe de devenir un véritable gruyère. Des femmes participent à cette subversion.

C’est important de préparer un laïcat responsable, qui possède une vision de l’Église renouvelée, ajustée au monde d’aujourd’hui. […] Permettre à des gens d’être adultes dans la foi et dans l’Église, de cesser d’être des mineurs.

Nous avons davantage de liberté parce que nous sommes de plus en plus nombreuses. Je vois un édifice qui se lézarde. C’est une question de temps. Les gens ne toléreront plus de fonctionner dans la société moderne et de se retrouver au Moyen Âge dans l’Église.

À cet avènement d’une Église signifiante pour la société d’aujourd’hui, beaucoup de femmes désirent encore participer, de l’intérieur. Malgré l’avis contraire de nombreux courants féministes qui y renoncent, la majorité des femmes rencontrées croient sincèrement que les changements majeurs surgiront du cœur même de l’institution ecclésiale. Elles insistent, par ailleurs, sur une condition essentielle, la solidarité. Une solidarité entre femmes bien sûr, mais une solidarité ouverte où toute bonne volonté participera à la prise en charge collective du renversement. Comme le dit l’une d’entre elles, cette entraide communautaire édifiera « une très grande force créatrice pour l’avenir ».

Du pôle suivant, surgiront les symboles utilisés par les répondantes pour démontrer, visualiser, rendre intelligible l’idéal poursuivi.

L’importance d’habiter déjà nos rêves d’avenir

Un grand rassemblement communautaire, empreint de chaleur humaine et d’engagement social, marqué à la fois par l’ouverture et une identité chrétienne située, voilà le rêve porteur de tant de sacrifices et de détermination. Immense et beau, ne représente-t-il pas la base fondamentale pour qu’advienne le Royaume de Dieu?

« Peuple en marche », « grande famille » de sœurs et de frères rassemblés, groupe d’appartenance « tricoté avec un paquet de monde de toutes sortes », « regroupement de communautés » où les membres se déclarent responsables de leur communauté respective en même temps que du « projet collectif » de transformation sociale et ecclésiale, voilà la parole qu’elles expriment.

D’aucuns pourront sourire devant une image aussi idyllique. Attention! Ces rêves surgissent des profondeurs d’une foi clairvoyante, éprouvée par les nombreux obstacles dont nous venons de rendre compte. Un autre élément donne à ce rêve des allures de projet en voie de réalisation. C’est cet empressement à inventer un nouveau modèle ecclésial. Avec des amis et confrères de travail, elles dénoncent une structure séculaire incapable de porter l’avènement de nos discours renouvelés. L’histoire du vin nouveau dans des outres neuves est toujours d’actualité; il devient urgent d’inventer un cadre institutionnel à la mesure des manifestations de l’Esprit. Supportant de moins en moins la réalité d’une Église pyramidale, elles proposent une circularité, une horizontalité, une « Église en rond », comme le dit bellement une des répondantes. Pour quelques-unes, la seule évocation de cette Église « autre » ravive le désir, longtemps refoulé, de devenir ministre ordonnée. Certaines rêvent que l’ordination puisse leur être accessible immédiatement, d’autres préfèrent attendre qu’un tournant sérieux s’amorce.

Depuis la publication d’une enquête sur l’ordination des femmesxlix, le rêve confié par certaines, dans l’intimité d’une entrevue anonyme, s’est transmué en débat public. L’horizon médiatique commence peut-être, à tracer les contours d’un changement. Mais les travailleuses en Église savent pertinemment que le contentieux actuel autour du ministère ordonné ne constitue que la pointe de l’iceberg; à moins qu’il en soit le fondement. C’est pourquoi, même entre elles, d’immenses interrogations se posent :

Je trouve important que les femmes participent aux décisions, mais je voudrais que ça puisse être dans un autre modèle d’Église… ça ne m’intéresse pas qu’au lieu d’avoir un pape, nous ayons une papesse […]. J’aimerais bien que si, en tant que femmes, on prend une place, on la prenne autrement.

Dernièrement, nous nous demandions quelle devrait être la nouvelle forme d’Église; je pense que c’est le temps que ça bouge, qu’on sorte du presbytère, qu’on descende dans la rue au milieu des gens. […] C’est là que l’évangélisation doit se faire… dans le monde. C’est peut-être plus important que l’ordination des femmes.

Quoi qu’il en soit, la totalité des répondantes souscrirait probablement à l’exclamation d’une d’entre elles : « J’aimerais bien voir une femme ordonnée avant de mourir ! » Mais les ministères diaconal et presbytéral n’enferment pas toute la réalité ministérielle. Le troisième pôle traitera des ministères dans leur ensemble. Une question précise alimentait la discussion là-dessus. Le contenu colligé est considérable et fort diversifié.

L’urgence d’une nouvelle compréhension des ministères

Tel qu’affirmé plus haut, la plupart des travailleuses en Église espèrent un déblocage radical devant l’inacceptable entêtement des autorités ecclésiales face à l’ordination des femmes. À ce sujet, l’hésitation n’est pas au rendez-vous. Pourtant la confusion et le doute s’emparent des récits lorsqu’elles tentent d’exprimer leur vision des ministères«. Qu’est-ce qu’un ministère? À quoi le reconnaît-on? Le sacerdoce actuel ne contient-il pas tous les autres ministères? Est-ce que ministère n’égale pas statut et pouvoir dans l’Église? Quelles différences entre engagement chrétien et ministère? Quel est le rôle de la communauté dans le choix des ministres? Et puis, dans le contexte ecclésial actuel, les femmes doivent-elles vraiment exercer un ministère? Tant et tant de questions qui dépassent considérablement le seul discours féminin. Il y a quelques années déjà, le collectif Krisis publiait une vaste interrogation sur l’éventualité de ministères nouveaux. Après avoir élaboré un bilan historique, Simon Dufour conclut :

L’ensemble des éléments qui ont contribué à faire de l’état clérical et sacerdotal une condition d’accès aux ministères dans l’Église représente un cas particulièrement clair de confusion entre la tradition qu’un groupe se donne au gré des circonstances et ce qui vient de Dieu. Cette confusion empêche l’Église de choisir aujourd’hui les ministres dont les communautés ont besoin pour inventer le chemin contemporain pour vivre la suite du Christl.

Essayant de traverser les dédales de cet imbroglio hérité, les femmes ont formulé des interrogations, des convictions, voire des éléments majeurs pour une théologie des ministères. Les chapitres subséquents reprendront cette instance charnière de notre recherche pour en tracer les nouvelles voies ecclésiologiques. Pour le moment, déployons la parole des interviewées. Nous l’articulerons autour de trois aspects : un essai laborieux mais honnête de définitions, une recherche de lieux pour la reconnaissance, des intuitions pour l’émergence d’une nouvelle vision ministérielle.

Entre la confusion, l’hésitation et l’appropriation

Tentant de nommer la réalité ministérielle, beaucoup de femmes avouent ne plus rien y comprendre.

Je n’ai pas un ministère dans le sens que je n’ai pas été mandatée par l’évêque… Mais c’est un ministère dans le sens que j’ai entendu un appel… C’est une sorte de rapprochement entre la personne et Dieu. Si c’est cela un ministère!… J’aimerais bien qu’on me donne des explications là-dessus.

J’ai un ministère spécifique bien sûr, mais je trouve que c’est une question un peu embêtante… On a écrit de gros livres là-dessus et on ne sait pas encore très bien ce qu’est un ministère.

D’autres identifient spontanément le mot « ministère » à « ordination », et hésitent alors à s’y associer. Mais on entre dans le rejet total lorsque « ministère ordonné » devient synonyme de « pouvoir clérical » :

Le mot lui-même me fait problème […]. Il est tellement associé, dans ma tête et dans celle des autres agents, au mot « pouvoir » que non, nous n’avons pas le goût de l’endosser… ça fait trop clergé.

C’est ainsi que certaines préfèrent se tenir au-dehors. C’est leur mode d’être en Église qu’elles souhaitent protéger, car le ministère leur apparaît comme une instance récupératrice et aliénante. Nous ne pourrons indéfiniment taire l’énormité de ces interrogations. Des équipes de travail tentent actuellement d’y faire face. On ne peut ignorer, à cet effet, les efforts réels du comité des ministères de l’Assemblée des évêques du Québec. La réflexion amorcée est courageuse et possède le grand mérite d’aborder sérieusement les problèmes. Pourtant, certaines questions sont contournées, dont celle de l’ordination des femmes. Des raisons stratégiques en sont probablement la cause. Mais comment ne pas reconnaître que des femmes exercent un véritable pastorat surtout lorsqu’on leur confie la responsabilité d’une paroisse? Et que dire de toutes celles qui, depuis si longtemps, assument des tâches diaconales dans l’Église, souventes fois avec plus de charisme que leur mari diacre? Pourquoi ne pas le dire officiellement? se demandent de plus en plus de femmes.

Serait-ce une réaction de repli stratégique devant tant de déceptions, plusieurs choisissent le contraire de l’exclusion. Elles s’approprient littéralement le mot et la réalité ministérielle. Que cela soit conforme ou non aux fondements théologiques élémentaires, peu leur importe.

Moi j’exerce un ministère dans la ligne de la vie. J’aide des personnes à devenir des « Vivantes ». Tout comme Marie, je me sens de cette lignée de femmes porteuses de vie… qui aident à vivre jusqu’au bout… C’est le plus beau ministère et je n’ai pas besoin que les autres me le reconnaissent.

Pour moi avoir un ministère, c’est être au service. C’est ce que je fais… je travaille à la croissance humaine. […] Tu n’as pas la foi en Dieu si tu ne grandis pas humainement d’abord. […] C’est un ministère… Que ce soit reconnu ou pas, c’est un ministère.

Et minoritairement, il y a celles qui avouent « ça ne m’intéresse pas vraiment », ou « ça n’a pas d’importance ». Jusqu’à celles qui, comprenant enfin ce qu’est un ministère, s’exclament mi-sérieuses, mi-rieuses : « Finalement, il y a beaucoup de prêtres qui n’exercent pas de ministères ». C’est ainsi qu’intelligence et humour prennent parfois des allures révolutionnaires. Mais il reste, de tout cela, le sentiment d’une vision complètement éclatée. Seule, une articulation théologique et pastorale tenant compte de la pratique concrète des femmes sur le terrain pourra clarifier la situation. Le chantier est énorme. Recueillons encore quelques éléments pouvant conduire à un premier élagage.

Des lieux pour une reconnaissance ministérielle

Les répondantes qui se sentent appelées à l’exercice d’un ministère identifient trois lieux de reconnaissance : la communauté, l’évêque, mais aussi elles-mêmes. Encore ici beaucoup de diversité dans les réponses. Il est rare que les trois lieux choisis soient également reconnus comme indispensables.

La reconnaissance attendue de la part de la communauté est limpide. Nous l’avons souvent répété, s’il y a une part de leur discours qui ne souffre ni hésitation ni obscurité, c’est bien celle qui décrit abondamment les rapports avec leurs sœurs et frères croyants.

Qui peut prétendre être pasteur? […] Ce sont les communautés qui doivent dire : « Oui, toi tu portes tel charisme. » Un pasteur c’est quelqu’un qui parle au nom de la communauté, de la grande Église, non pas de haut… ça n’a pas de sens.

Il y a beaucoup plus d’ambiguïté autour de la reconnaissance venant de l’évêque. Celle-ci est perçue quasi uniquement à travers le mandat pastoral, souvent relié au contrat de travail. Engoncée dans les contraintes fonctionnelles et bureaucratiques, cette reconnaissance ministérielle est vue comme « un titre officiel venu des autorités de l’Église ». La situation est telle que les travailleuses œuvrant à l’extérieur des cadres paroissiaux et diocésains en arrivent à se sentir exclues de la vie ecclésiale. Observation importante, car comment prétendre que, hors les murs, n’existe aucun ministère?

Les choses atteignent la pleine confusion lorsque certaines déclarent que, le mandat étant « un simple papier », elles se sentent autorisées à se donner elles-mêmes une reconnaissance. Étrange réaction, inacceptable pour une saine théologie sur les ministères. Et pourtant, n’y a-t-il pas ici l’indice d’une indéracinable certitude? Celle qu’un appel personnel existe, que cet appel vient de Dieu, et que rien ni personne ne pourra le nier. En attendant d’être convoquées officiellement par l’Église, qu’y a-t-il de si farfelu au fait que ces femmes se reconnaissent choisies par Dieu pour exercer une fonction essentielle sans laquelle il n’y aurait pas Église?

Enfin, quelques-unes croient que tout travail relié à l’Église devient automatiquement un ministère. D’autres, plus nombreuses, décident de laisser aux théologiennes et théologiens le soin de régler la question.

Je trouve que c’est un mot utilisé à toutes les sauces. Pour moi je réponds à ma vocation de baptisée, et cela m’est suffisant. Que ce soit un ministère ou pas; peu m’importe. Je laisse aux experts le soin de se débattre avec leurs définitions.

Des éléments pour une nouvelle vision des ministères

L’état d’anarchie qui prévaut au sujet de la définition des ministères ne surprend guère. Signe révélateur du désordre de la pensée sur cette donnée fondamentale de la Tradition chrétienne, il incite non seulement à retracer les causes de cet embrouillamini, mais surtout à reconstruire une structure et une dynamique qui tiendront compte de l’expérience des femmes. Un chapitre ultérieur s’y emploiera. Pour le moment, recueillons le matériel extraordinaire contenu dans les entrevues. À travers une recherche laborieuse et parfois incongrue, les réponses ont fourni des réflexions et commentaires fort pertinents pour l’élaboration d’une théologie ministérielle renouvelée. Ils seront présentés autour des thèmes suivants : retrouver le sens du charisme reçu; retrouver le sens de la mission donnée; retrouver la place de la communauté.

Mais d’abord, un préliminaire traverse plusieurs entrevues : « démystifier le ministère hiérarchique masculin ».

On va souvent me dire : ton Église, c’est des hommes. […] Il faudrait d’abord démystifier le ministère hiérarchique masculin qui, sans que ce soit de sa faute aujourd’hui, subit le poids de l’histoire. Il prend tout, gère tout, légifère sur tout, décide de tout : synode, chapitre, concile… sans femmes pour participer aux décisions. Bien sûr, tout en allant chercher quelques petites idées timides ici et là.

Que cet avis plaise ou non, encore ici les femmes dénoncent et revendiquent. Pour elles cette vision n’a rien à voir avec la théologie catholique mais relève plutôt d’une anthropologie imbue d’idéologie patriarcale. Nous n’avons pas trouvé là une vague revendication féministe, encore moins un désir plus ou moins pervers d’accéder au pouvoir.

Elles veulent le pouvoir ! ! !

Dites-moi quel pouvoir? ? ?

N’est-ce pas plutôt de service dont nous parlons?

Expliquez-moi…

Pourquoi quand c’est « lui », c’est le service

et quand c’est « elle », c’est le pouvoirli !

Poème révélateur que tant d’agentes auraient voulu écrire! Non, ce qui est en cause ici, c’est le refus catégorique d’associer Dieu à l’injustice et à l’inégalité. Il y va non seulement de la crédibilité de l’Église, mais de la fidélité à l’Évangile de Jésus Christ. Quoi qu’on en dise, les femmes ne se tairont plus là-dessus.

Je suis heurtée par un profond scandale dans l’Église. Cela fait maintenant une vingtaine d’années que je suis impliquée. Je ne suis plus capable d’accepter que les femmes aient des barrières dans l’Église. […] Pour moi, c’est du sexisme érigé en système.

Une telle intensité ne se retrouve pas dans tous les dialogues, mais les allusions marquées par l’agacement et l’impatience s’avèrent certainement majoritaires. Cette prémisse établie, voyons donc la consistance des trois fondements annoncés.

Retrouver le sens du charisme reçu

Si certaines répondantes parlent aisément de charismes, d’autres préfèrent parler de « dons, de « talents », de « capacités », de « souffle de l’Esprit » ou de « créativité de l’Esprit ». Convaincues que la communauté porte en elle les charismes nécessaires à sa vie, la plupart souhaitent un élargissement significatif de la réalité ministérielle. Elles discernent dans la quotidienneté les surprises d’un Esprit attentif aux besoins communautaires. Mais les lieux de surgissement diffèrent.

Quelques-unes parlent de leurs propres charismes.

Quand je donne la Parole, je crois qu’il s’agit d’un ministère… d’un charisme. On me le dit continuellement : « Tu as le don. » Je ne sais pas d’où cela vient, je ne comprends pas, mais je sens que c’est là.

Plusieurs affirment plutôt l’importance de reconnaître les dons distribués dans le peuple.

Quand on parle des ministères, si on veut parler d’une Église Peuple de Dieu, si on veut parler de la reconnaissance des personnes, de leurs charismes et de leurs dons… Là oui, il y aurait quelque chose à regarder. […] Comment les dons des chrétiens pourraient être reconnus, valorisés, mis au service de la communauté.

Une conviction profonde habite les récits : ces charismes donnés par l’Esprit sont appelés à être discernés communautairement. Pour les femmes, il n’y a pas d’un côté ceux qui reconnaissent et de l’autre ceux qui attendent d’être reconnus. Toute la communauté rassemblée peut reconnaître, discerner, appeler.

Le ministère reçu, il faut d’abord l’avoir découvert. C’est là que la communauté prend tout son sens. Ce sont les autres qui t’ont reconnu tel ou tel don, car il s’agit de faire découvrir à l’autre ce que la plupart du temps, il ne sait pas. C’est ainsi que, confirmée par d’autres, j’ai découvert le charisme du service aux malades auquel j’ai répondu à travers un ministère.

Mais le don reçu ne trouve son sens qu’au service d’une mission. Véritable obsession, cette réalité occupe prioritairement le champ de conscience de nos interviewées. Cela ressort clairement de l’ensemble de leurs propos, fort hésitants par ailleurs, sur le thème des ministères.

Retrouver le sens de la mission donnée

Dans un commentaire théologique au sujet du livre Les soutanes roses, Micheline Laguë écrit : « La Mission de l’Église domine le propos des femmes. Ce thème dévoile, en fait, la clé d’interprétation pour expliquer la présence massive des femmes dans les tâches ecclésialeslii. » Une décade s’est écoulée depuis la cueillette de ces données. Aujourd’hui encore, les répondantes réfèrent abondamment à la mission. Leurs propos se regroupent autour d’éléments divers. Certaines rêvent d’une mission insérée au cœur de la société actuelle.

Il y a des activités qu’une Église doit mettre au monde. Elle doit se soucier de rejoindre le monde moderne dans ce qu’il est… au niveau des classes populaires, ou des communications sociales, par exemple. Dans ces deux milieux, sa présence est pauvre. Pourtant, ça me semble être des lieux pour la mission de l’Église.

Très nombreuses sont celles qui allient étroitement communauté, mission, charisme et ministère.

Notre communauté a sa couleur bien à elle. Les gens se sentent pleinement responsables avec notre équipe. Ils n’ont pas peur de suggérer, de s’impliquer, d’inventer. C’est plein de charismes dans la communauté. Nous n’avons qu’à les faire fructifier. Nous essayons de continuer la Mission gue Jésus nous a confiée, en vivant de foi, d’espérance et de charité. Évangéliser, ça appartient à tous les baptisés. Il me semble que globalement le ministère, ça égale quasiment la mission.

Quant aux entrevues qui s’intéressent prioritairement aux questions de justice sociale, elles y voient une mission essentielle de l’Église. Les milieux pauvres, marginalisés, délaissés deviennent le terreau humain du salut. Tout comme un certain Jésus de Nazareth réservant la première place aux prostituées, elles n’hésitent pas à s’exclamer : « Voilà, la vraie Église! » Et cette autre réaction significative : « C’est la libération de l’humanité qui est le premier lieu de la mission fondamentale des chrétiens. » D’autres soutiennent que le blocage institutionnel face aux femmes ne pourra être levé qu’au moment où les autorités ecclésiales et les communautés se centreront sur la mission à faire advenir.

Je lie la question des femmes dans l’Église et la possibilité de sortir de l’impasse à la mission de l’Église, c’est-à-dire, permettre à la communauté d’être à l’écoute de son époque, des appels à y recevoir. De toute façon qu’on le veuille ou non, c’est irréversible. L’Église de demain ne sera pas celle d’aujourd’hui, autant dans sa façon d’agir que de gérer.

En dernier lieu, soulignons seulement que quelques répondantes, évitant détails et longues explications se contentent de déclarer avec une simplicité déconcertante par la vérité et la brièveté de leurs propos : « La mission de l’Église est associée à la mission de Jésus Christ. » Sans lever le voile sur les particularités de cette mission, on ajoutera seulement que « le Christ nous a donné comme mission d’évangéliser, d’annoncer la Parole, la Bonne Nouvelle ». Un peu comme s’il était laissé au secret des consciences d’en découvrir les voies et les appels concrets.

Retrouver la place de la communauté

Déjà en parlant du signifiant relationnel, nous annoncions l’importance de ce thème pour les femmes. Massivement, il se retrouve dans leur réflexion sur les ministères. Une parole ferme et résolue renoue avec la grande Tradition.

En effet, dès l’origine de l’Église l’accession aux ministères emprunte un long processus au cours duquel une communauté, reconnaissant le charisme d’un de ses membres, l’appelle à exercer, au service de tous, une fonction précise. Le rite liturgique d’imposition des mains célèbre alors la grâce reçue. L’action de l’Esprit à l’œuvre dans la communauté est rendue ainsi à la conscience de tous et toutes. Plus tard et malheureusement encore aujourd’hui, l’appel au ministère, sa reconnaissance et le bien-fondé de sa mission, s’établissent en dehors de la communauté locale. Sous prétexte que l’appel au ministère provient de la « grande » Église, on prive les communautés paroissiales, et autres, du privilège de discerner et de reconnaître les charismes qui les habitent. Beaucoup de nos interviewées réclament un retour aux sources fondatrices :

Ce sont les communautés qui doivent te dire si tu portes tel charisme […]. Au bout de cinq ans, il faut étudier la conjoncture, prier, puis peut-être donner le mandat à une autre personne.

Pour la très grande majorité, la communauté ne se réduit pas au rassemblement dominical. Elles insistent sur l’importance d’aller par les rues, les quartiers, au milieu des gens, hors du temple et des presbytères. Elles refusent d’accaparer la mission : « évangéliser, ça appartient à tout le monde », et avoir un ministère, ce n’est pas « une affaire personnelle entre Dieu et toi ». Certaines se demandent même si elles ne devraient pas centrer leurs efforts sur une « plus grande démocratisation, de manière à redonner au peuple de Dieu tout son pouvoir », plutôt que de revendiquer l’ordination des femmes. Ce à quoi celles qui se disent appelées au presbytérat rétorquent :

L’Esprit fait naître les pasteurs du cœur de la communauté. Si nous entrons dans ce mouvement et refusons le parachutage qui vient de l’extérieur, nous pourrions changer plein de choses dans la façon actuelle de faire de bien des hommes.

Qu’importe le point de vue, la question reste posée. Démocratie et Église sont deux réalités différentes; cela n’induit pas qu’elles ne puissent se rencontrer. Certes, on ne se « vote » pas l’Église comme on vote une constitution politique. L’Église est don et désir de Dieu. Son message nous est confié sans nous appartenir. Le rassemblement ecclésial ne crée pas l’Évangile, il le reçoit. Aucune entrevue ne remet en cause ces fondements ecclésiologiques majeurs.

Ce qui par ailleurs est devenu insupportable, c’est la récupération de cette foi profonde des croyants et croyantes de bonne volonté, pour justifier des prises de position antidémocratiques ou, ce qui revient au même, anti-collégiales, anticommunionnelles, et parfois carrément antiévangéliques. Cette façon d’utiliser le discours chrétien pour appuyer certains interdits officiels devient malheureusement une voie trop souvent empruntée. Une entrevue réalisée avec un évêque, à propos du sondage précédemment cité révélant que 77 % des Québécois se déclarent en faveur de l’ordination des femmes, s’avère là-dessus très révélatrice.

Pendant des siècles, le clergé a exercé seul les responsabilités ministérielles dans l’Église. Au cours des dernières années, l’ordination de femmes à la prêtrise n’aurait fait que perpétuer la prédominance du clergé. En réalité, l’avènement d’agentes et d’agents de pastorale laïques, en complémentarité des prêtres redonne le ministère à l’ensemble du peuple de Dieu en le confiant conjointement à des personnes, les unes ordonnées, les autres laïquesliii.

Nous avons vu combien les femmes souhaitent l’avènement d’une communauté tout entière ministérielle. Là n’est pas le problème. Laissons une des interviewées répondre.

Il y a des gens qui sont qualifiés pour exercer des ministères, et d’autres davantage pour travailler au service de ces ministères. C’est normal que les deux formes existent dans l’Église. Ce qui n’est pas normal, c’est que les uns appartiennent uniquement à un sexe, et que les autres appartiennent uniquement à l’autre sexe, comme c’est le cas présentement.

Voilà ce que les femmes n’acceptent plus et plusieurs hommes sont de leur avis :

[…] aucun lien de nature n’a été théologiquement justifié entre ministère ordonné et masculinité. Il ne peut donc s’agir que d’un lien de convenance, un lien posé, de surcroît, en vertu d’une argumentation historique fort discutable. Cette convenance peut-elle encore tenirliv?

« Bien sûr que non », répondent collectivement les femmes. La convenance culturelle contemporaine s’ancre éminemment dans des principes démocratiques qui, quoique régulièrement bafoués, n’en constituent pas moins la base de notre société moderne. En Amérique du Nord, entre autres, droits humains et démocratie constituent les fondements anthropologiques et philosophiques sur lesquels s’érigent nos chartes et constitutions. Que l’Église, en son mystère fondateur, ne puisse souffrir l’enfermement dans l’univers des organisations humaines ne justifie aucunement l’absence d’un fonctionnement libre et démocratique en son institution. Les rapports entre christianisme et structures politiques ne sont pas ontologiquement intouchables. Un peu d’histoire nous convainc facilement. Des théologiens et théologiennes, des intervenants et intervenantes du terrain, et de très nombreux catholiques s’interrogent de plus en plus sur un juste retour de la démocratie dans l’Égliselv. Les répondantes ont soulevé le problème avec transparence.

C’est ainsi que dans la majorité des entrevues, il est question de « peuple de Dieu », d’Église-communion », d’ « autorité-service » de « responsabilité de tous les membres », de « lien avec le monde », de « mission communautaire », de « liberté chrétienne ». C’est une prise au sérieux authentique et véritable de ces substrats ecclésiologiques essentiels qui crée l’impatience et l’audace obstinée des femmes. Les quatre signifiants qui ont balisé notre réflexion ne visaient qu’à en révéler la profondeur.

Nous voilà rendu au terme de ce premier parcours. Est-il utile d’admettre ici qu’un tel découpage de la réalité reste toujours un peu aléatoire. La vie est beaucoup plus riche et complexe que les récits qu’on peut en faire, aussi passionnés soient-ils. Et que dire de la synthèse de ces récits! C’est la conscience de tels écueils qui nous a gardées en si grande proximité. Quand même, tant de densité ne peut s’enfermer dans une seule approche.

Voilà pourquoi le chapitre suivant s’emploiera à opérer une seconde et dernière coupe, plus globale, plus distanciée. Semblable à une exploration forestière dépassant l’étude des arbres et de leurs ramifications propres, l’analyse subséquente permettra un regard d’ensemble comparable à l’identification des catégories ou des familles d’arbres qui composent une forêt. En effet, de cette vaste cueillette de données, des homologies de ressemblances et de différences laissent poindre des profils-types très révélateurs de l’évolution des femmes dans l’Église actuelle. Ils feront l’objet du prochain développement.

Mais comment conclure cette première interprétation sans redonner la parole à l’une d’entre nous? L’extrait d’une conférence prononcée par une consœur d’Amérique latine servira de message collectif. Imprégné d’un mélange de sensibilité et d’intelligence, il résume fort pertinemment l’« atmosphère » de tendresse, de souffrance et, nous l’avons déjà dit, de revendication qui habite l’interligne des entrevues analysées.

Que dire alors? Liquidons tout? Détruisons nos institutions et nos symboles éternels? Fermons nos séminaires et noviciats? Nions le Magistère et la Tradition? Détrônons le Pape? Renvoyons chez eux les nonces apostoliques? Où irions-nous? Que ferions-nous? Je suis absolument sûre que le chemin n’est pas celui-là. Il semble être une aventure intérieure, fragile, dans l’insécurité, un chemin d’auto-conscience personnelle et collective, de rencontre en profondeur avec nous-mêmes et les autres. Un chemin intérieur qui nous mène jusqu’à cet endroit commun dans lequel tous, femmes et hommes, nous nous sentons égaux et en même temps différents, forts et en même temps fragiles […]. Nous ne nous imposerons plus comme maîtres  ni au masculin ni au féminin  mais le dialogue, l’apprentissage commun, la réciprocité affective, le respect des différences feront partie de notre comportement habituel.

Ce que les femmes demandent, ce n’est pas la destruction de ceux qui exercent des fonctions d’autorité dans ce système. Elles proposent simplement qu’ils s’ouvrent à eux-mêmes, qu’ils s’ouvrent aux dires et aux expériences différents des leurs, qu’ils ne se sentent pas si responsables d’une façon dominatrice, si paternellement infaillibles, si sagement investis du pouvoir de Dieu qu’ils finissent par oublier leur propre condition humainelvi.

Voilà le rêve rencontré en cette longue fréquentation de la parole de quelque deux cents femmes.

xlvii Giuseppina MONETA, « La pensée comme écoute de la parole », dans

L’émergence d’une culture au féminin, op. cit., p. 103.

xlviii Entre l’arbre et l’écorce, op. cit., p. 148.

xlix Le journal La Presse, 4 avril 1993, publiait les résultats d’un sondage S.O.M. disant que 77 % des Québécois se déclarent en faveur de l’accession de femmes à la prêtrise.

l En collaboration, Des ministères nouveaux ?, Montréal/Paris, Éditions Paulines/Médiaspaul, 1985, p. 67 .

li Extrait du poème « Il y a depuis peu quelques femmes… », publié dans Entre l’arbre et l’écorce, op. cit., p. 97. L’auteure, Lise LECLERC est responsable de paroisse.

lii Micheline LAGUË « L’arrière-plan ecclésiologique des Soutanes roses », dans Sciences pastorales, 9, 1990, p. ll5. Cette seule référence et les résultats de notre recherche viennent affaiblir considérablement l’affirmation de Gilles ROUTHIER, « Nouveaux modèles ministériels : repères et conditions », dans l’ouvrage collectif Ni curés ni poètes. Les laïques en animation pastorale, Montréal/Paris, Éditions Paulines/Médiaspaul, p. 201, lorsqu’il dit : « […] ce ne sont pas les oppositions du clergé qui doivent constamment empêcher les animateurs laïques en pastorale de « s’installer » dans l’Église. Bien davantage, ce sont les défis de l’évangélisation qui doivent les empêcher de convoiter des privilèges qui ne correspondent pas aux défis présents de la mission. […] Il faut adopter une autre perspective de changement institutionnel qui soit davantage de l’ordre de la conversion et qui laisse enfin de la place au troisième terme (la mission) trop souvent négligé dans la confrontation bipolaire entre les clercs et les laïques. » Voilà maintenant plusieurs années que les femmes, praticiennes aussi bien que théologiennes, ne cessent de rappeler cet argument, au point qu’il est permis de se demander si le problème ne se situe pas ailleurs.

liii I1 s’agit ici du sondage de La Presse déjà cité. L’article s’intitule « Chaque évêque se fait poser ces questions », p. A9.

liv Simon DUFOUR et Rémi PARENT, Les ministères, Montréal, Éditions Paulines, 1993, p. 93.

lv La revue Concilium y consacrait dernièrement un numéro intitulé « La démocratie dans l’Église. Un tabou ? », 243, 1992.

lvi Ivone GEBARA, « Elles sont en train d’arriver… Sorcières ou anges gardiens de l’âme chrétienne du continent », dans Liaisons internationales, 74, 1993, p. 18-19.

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