Les femmes et l’autorité à l’aube du christianisme

Résumé de la conférence  Crispina and Her Sisters: Women and Authority in Early Christianity [Crispina et ses soeurs : les femmes et l’autorité dans le christianisme primitif] présentée par Christine Schenk dans le cadre du congrès national du Catholic Network for Women’s Equality [CNWE] [Réseau catholique pour l’égalité des femmes] tenu à Ottawa du 26 au 28 mai 2017

Femmes évangélistes et expansion du christianisme dans le monde gréco-romain

Le 14 février 2007, le pape Benoît XVI fit la déclaration assez remarquable que « l’histoire du christianisme aurait été très différente sans la contribution des femmes » et que « la présence féminine était tout sauf secondaire ».1 Cette observation de la part du plus érudit des papes contemporains pourrait signifier que l’influence des femmes du début du christianisme était soit préalable, soit concomitant à celle des hommes chrétiens.

Au sein du premier « mouvement Jésus », les femmes exerçaient une autorité ecclésiale importante en tant que mécènes, chefs d’églises à domicile, prophètes itinérantes, évangélistes, diakonoi, episkopoi, apôtres, enseignantes et missionnaires. Toutefois leur leadership public dérangeait la culture dominante. Suivant la compréhension genrée dualiste des espaces publics et privés, les codes domestiques gréco-romains se sont graduellement imposés de façon normative sur les structures ecclésiales aussi bien que dans les familles. Du début du 2e siècle jusqu’au début du 5e siècle, des chefs masculins de communautés chrétiennes réitéraient la semonce de 1 Timothée : « Les femmes doivent garder le silence dans les églises » pour justifier la restriction de l’autorité féminine. Mais malgré les sanctions officielles, les femmes continuaient à enseigner, à prêcher, à évangéliser et à baptiser.

Malgré les efforts pour faire taire les femmes chrétiennes, il existe au moins trois différences importantes entre celles-ci et la société romaine du premier et du au quatrième siècle attribuables à l’exercice de l’autorité ecclésiale féminine. D’abord, jusqu’au quatrième siècle, la liberté de choisir une vie de célibat a démantelé un pilier du patriarcat – le mariage obligatoire. Deuxièmement, des veuves et des vierges chrétiennes ont rescapé, socialisé, baptisé et éduqué des milliers d’orphelins et d’orphelines qui auraient autrement succombé aux éléments ou été vouées à la prostitution. Troisièmement, les activités domestiques de réseautage et d’évangélisation des femmes ont joué un rôle important dans la transformation de la culture surtout païenne de la société romaine à une culture surtout chrétienne.

Art et archéologie, sources d’information sur les femmes du premier christianisme.

Étant donné que la majorité de l’histoire repose sur des écrits dont les auteurs sont presqu’uniquement des hommes, la découverte de données historiques fiables au sujet des femmes chrétiennes pose un défi. Cette recherche est d’autant plus compliquée par le fait que le christianisme se fiait largement sinon exclusivement sur le texte écrit comme moyen principal pour comprendre sa propre histoire. L’information provenant de sources visuelles (fresques, peintures, frises de sarcophages) et d’artéfacts matériels (bijoux, vêtements, articles domestiques) est demeurée jusqu’à récemment exclusivement du domaine des historiens et des historiennes de l’art et des archéologues.2 Même si plusieurs femmes mécènes ont subventionné les chefs des communautés de l’Église émergente (Marie-Madeleine, Phoebée, Lydie, Domitille, Paule, Olympe), leur présence est à peine identifiable dans les sources écrites. Les chercheuses féministes n’ont pas été longues à constater que l’imagerie visuelle et les artéfacts révélaient des informations à propos des femmes du début du christianisme qui étaient soit absentes, soit déformées dans l’histoire écrite de l’Église.

La femme et l’autorité dans des fresques de catacombes et des sarcophages chrétiens du IVe siècle


Les chrétiennes et les chrétiens faisaient partie de la culture gréco-romaine; l’art funéraire chrétien est donc ancré dans les conventions artistiques gréco-romaines. Pour les Romains, autant chez les chrétiens que chez les païens, un sarcophage était un monument chargé de signification et non seulement un contenant pour un cadavre. La planification du souvenir qu’on souhaitait laisser comportait tout un processus. La recherche originale présentée ici, laquelle s’est déroulée sur une période de trois ans, analyse 2119 images et inscriptions de sarcophages et de fragments s’échelonnant du IIIe au Ve siècle, englobant toute image disponible au public provenant de sarcophages chrétiens. Cette étude porte une attention particulière aux portraits chrétiens et à ce que révèle l’iconographie choisie par les défuntes et les défunts ou par leurs familles. Les études antérieures des portraits sur les sarcophages romains non chrétiens par les historiennes de l’art Janet Huskinson et Stine Birk fournissent un contexte important.

Une analyse profonde des caractéristiques iconographiques tels les parchemins, les gestes d’élocution et la posture « apostolique » (faisant face à l’intérieur) suggère que plusieurs femmes chrétiennes de l’Antiquité tardive étaient vénérées en tant que personnes de statut, d’influence et d’autorité au sein de leurs réseaux sociaux chrétiens. Une découverte très significative est que le nombre de portraits individuels de femmes chrétiennes est trois fois plus élevé que celui de portraits individuels d’hommes chrétiens. Une autre est que l’iconographie « apostolique » (tournée vers l’intérieur) est plus de deux fois plus fréquente dans les portraits de femmes individuelles par rapport aux hommes, ce qui suggère que les femmes utilisaient ce motif pour confirmer leur autorité au sein des communautés chrétiennes.
En résumé, l’iconographie des tombes à portrait du christianisme primitif et de certaines fresques de catacombes suggère qu’un nombre important de femmes étaient perçues comme exerçant une autorité ecclésiale significative au sein de leurs réseaux sociaux chrétiens au IVe siècle. Les sources littéraires de la vie des femmes au IVe siècle telles Marcelle, Macrine, Proba et d’autres sont en cohérence avec l’analyse archéologique. Ces découvertes matérielles confirment ce que certains chercheurs contemporains tels Carolyn Osiek et Peter Lampe avaient déjà avancé comme hypothèse : les femmes étaient significativement plus influentes au début du christianisme que ce qui est généralement reconnu. Alors que les hommes dominent dans les textes écrits, les portraits funéraires signalent le souvenir d’une prépondérance de femmes chrétiennes exerçant une autorité ecclésiale significative.

Traduction : Marianne Savard

NOTES

1  Asia News.it (2007, 14 février). Pope: History of Christianity would be very different without women. Asia News. [http://www.asianews.it/news-en/Pope:-History-of-Christianity-would-be-very-different-without-women-8487.html] (9 juin 2017)

2  Tulloch , Janet (2004). Art and Archaeology as an Historical Resource for the Study of Women in Early Christianity : An Approach for Analyzing Visual Data. Feminist Theology, 12/2, 278.

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A propos Christine Shenk

Christine Shenk est une religieuse de la Congrégation de Saint-Joseph. Cofondatrice de FutureChurch, elle y a servi pendant 23 ans. Détentrice d’ une maîtrise en théologie et d’une en soins infirmiers, elle a oeuvré comme sage-femme et milité pour la justice sociale. Elle a plusieurs publications à son actif et a donné de nombreuses conférences. Elle travaille actuellement sur un livre concernant le leadership des femmes dans l'art chrétien et dans l'archéologie.

Une réflexion au sujet de « Les femmes et l’autorité à l’aube du christianisme »

  1. Oh oui, il fait bon rectifier….
    Oh oui, plusieurs consciences s’éveillent….
    Oh oui, prendre sa place comme fille de dieu, compagne choisie, artisane de paix,
    oh oui, en marche vers l’ajustement….nécessaire, obligatoire,
    oh oui, un legs à la génération montante est devenu sacré en bien des coeurs.

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