Femmes ordonnées? Quel espoir?

Les femmes occupent une place indéniable dans l’Église catholique romaine. Elles composent la majorité du personnel engagé dans les paroisses, à titre bénévole ou en tant qu’agentes de pastorale salariées et mandatées par leur évêque. Je me plais parfois à imaginer l’électrochoc que provoquerait une grève où toutes les femmes engagées cesseraient leurs activités. Parions que le quotidien en serait affecté au point de réaliser que les femmes sont des piliers de la vie ecclésiale!

Paradoxalement, à ces femmes qui font vivre en grande partie les communautés et leurs pastorales (éducation à la foi, justice sociale, liturgie, vie fraternelle) l’Église refuse une reconnaissance des charismes ministériels via le sacrement de l’ordre (diacre, prêtre, évêque). Ce refus déjà signifié en 1976 dans la déclaration Inter Insigniores1 a été réaffirmé et clos par Jean-Paul II en 1994, qui écrivait que « l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles2 ». Le raisonnement général de ces positions tient au fait que Jésus n’a pas appelé de femmes parmi les Douze Apôtres et ne leur a pas confié de charge ministérielle, ainsi qu’à une compréhension du ministère sacerdotal comme devant « représenter le Christ Seigneur et Rédempteur3. »

Ces interprétations littéralistes sont pourtant mises au défi par la théologie et l’exégèse. Le développement des ministères diaconal et presbytéral est complexe, s’étale sur des siècles et ne se réduit pas à l’appel des Douze. Puis, la théologie et la philosophie ouvrent la notion de « Christ » et de « christique » à tellement plus qu’une question de représentation sexuée masculine.

Un espoir? La création en août 2016 d’une commission d’étude pour examiner le rôle des femmes diacres au début du christianisme4. De nombreuses femmes, catholiques engagées mais attristées par la vision fermée de leur Église sur leur égalité et leur pleine et digne participation ministérielle, s’accrochent – comme moi – à cette lueur d’aube.

La version originale du texte a été publiée dans En mission, 6/1, février 2017, p. 6. Pour l’ensemble du dossier « Enjeux et luttes contemporains des femmes », vous pouvez suivre ce lien : http://www.cmoblat.ca/gestion/uploads/file/Bulletin_En_mission_6.1.pdf
Le tout est reproduit avec les permissions requises.


RÉFÉRENCES

1 Congrégation pour la doctrine de la foi, Inter Insigniores : déclaration sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel, Rome, 15 octobre 1976. http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19761015_inter-insigniores_fr.html

2  Jean-Paul II, Ordinatio Sacerdotalis : lettre apostolique sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes, Rome, 22 mai 1994, no 4.  http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/1994/documents/hf_jp-ii_apl_19940522_ordinatio-sacerdotalis.html

3  Inter Insigniores, no 2.

4  http://www.la-croix.com/Religion/Pape/Le-pape-nomme-commission-femmes-diacres-2016-08-03-1200779827

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A propos Sabrina Di Matteo

Diplômée en théologie, Sabrina Di Matteo est directrice de l'Espace Benoît-Lacroix, un organisme à but non lucratif affilié à l'Université de Montréal offrant de l'animation catholique, œcuménique et des initiatives interreligieuses sur le campus. Elle a travaillé en communications et en formation pour le diocèse catholique de Montréal. Présidente de Communications et Société, elle a contribué à la mise sur pied de Présence : Information Religieuse. Elle participe au groupe de dialogue féministe Maria’M.

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