Ô… Bécassine… comme elle nous sied bien…

denise-pageauSans doute, n’êtes-vous pas interloqués par le titre de ma réflexion. Loin de moi l’idée de vous choquer ou de vous offenser.
Voilà, qu’à la suite de la lecture du livre LE DÉNI, je prends connaissance de diverses données, concernant notre Église : sa structure, sa hiérarchie, son magistère, son pouvoir et bien sûr, son discours.
M’intéressant davantage à la Femme, je m’attarde donc à la perception que l’on s’en fait et au discours que l’on maintient à son égard.
De chapitre en chapitre, j’en suis sidérée. Sans être excessive dans mon propos, je qualifierais ce verbe de puéril, d’infantile et de méprisant. Faisant référence à des archaïsmes nébuleux, sexistes… et, c’est peu dire…

S’inspirant de textes anciens, le magistère ne nous rend pas la vie facile…

« Tu seras avide de ton homme, nous rappelle la Genèse (Gn 3.6);
Il te dominera, a dit Dieu, à Ève, avant de la chasser du paradis. »

Toujours descendantes de la côte d’Adam, grandes séductrices, porteuses de la faute originelle, accusées que nous sommes d’avidité sexuelle; voilà que notre statut virginal fait l’objet de bien des débats au cours des siècles…! Laissant place à notre hymen comme un trophée glorieux sur notre intelligence et ce, tout au long de ces olympiades.

Pour reprendre une terminologie bien féminine… toute une fragrance, d’attributs, de qualificatifs infantilisants et déshonorants, envers les Femmes.

*

Sous Jean-Paul II… « être femme, c’est être vierge avant tout, et mère malgré tout. » Le bon féminin, dit-il : c’est la virginité. »

Alors que sous Paul VI, rapporte-t-on, que les préoccupations féminines deviennent un sujet tabou. Hormis les papes…, dit-il, « personne n’a la droit de débattre de cette question en Église. »

Plus récemment le cardinal André Vingt-Trois de Paris déclare à l’ouverture de la Conférence des Évêques de France en 2008 :

« Le tout n’est pas d’avoir une jupe…,
C’est d’avoir quelque chose dans la tête… »

S’élève donc, tout un tollé de protestations face à cette bourde, où les auteures Anne Soupa et Christine Pedotti lui donnent la réplique dans leur publication « Les Pieds dans le bénitier. »

Tandis que le pape François, alors qu’il était le cardinal Bergoglio, n’hésite pas à prendre position contre la candidature présidentielle de madame Christina Kirchner, devenue depuis Chef d’État de son pays natal, l’Argentine. Ainsi, commente-t-il : « Les Femmes sont naturellement inaptes aux tâches politiques. » Depuis, confirme-t-il les orientations et les décisions prises par ses prédécesseurs au nom de la moitié de l’humanité.

Confinées donc à des rôles de servilité, de servitude (je n’ai rien contre…), voilà que la..porte sainte.. se ferme à double tour.

Interdites de parole… nous voilà donc sans voix.

Seul le Christ devient pour nous, un interlocuteur valable; témoin éloquent de la justice et de l’égalité entre les Hommes et les Femmes.

En terminant, je me réfère donc à « Bécassine », figure mythique de la bande dessinée du début du siècle, en 1905. Aussi, comprendrez-vous mon analogie à ce personnage, dessinée qu’elle fût sans bouche. N’est-elle pas notre archétype… confinée à ce monde du silence…

Tout à fait par hasard, et dans un geste de support à ma réflexion, voilà qu’un ami me parle de
G. Bechtel et de la publication : Les quatre Femmes de Dieu : la putain, la sorcière, la sainte et… Bécassine.

Denise Pageau,
le 20 novembre 2016

Ce contenu a été publié dans Recensions par Denise Pageau. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Denise Pageau

Psychologue de profession, Denise Pageau a été professeure de Clinique et superviseure de stages à la maîtrise à l'École de psychologie de l'Université Laval tout en siégeant à différents comités tant professionnels que sociocommunautaires. Préoccupée par la problématique de l'égalité entre les hommes et les femmes, elle est engagée au sein du réseau Femmes et Ministère. Elle s'implique aussi auprès des aînés vulnérables, hommes et femmes, dans l'arrondissement Charlesbourg de Québec.

3 réflexions au sujet de « Ô… Bécassine… comme elle nous sied bien… »

  1. Bravo Denise, tu as réussi à dessiner une bouche dans le visage de Bécassine…!!! … et elle a parlé. En plus, ton implication sociale m’impose respect et admiration.
    Paul Germain

  2. Bravo Denise pour l’analogie avec Bécassine qui se doit de rester sans dire un mot puisque bécasse elle est et bécasse elle restera. Triste de penser que l’Église ne reconnaisse pas encore la valeur des femmes et leur capacité d’égaler – de dépasser? – les hommes. Où donc ont été remisées Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne?

  3. Bonjour Denise, je me permets d’écrire cette citation de Gautier-Languereau qui nous trace le portrait d’une Bécassine un peu moins bécasse qu’elle ne paraît :

    « C’est contre cette vue négative que s’élève Bernard Lehembre dans Bécassine, une légende du siècle (Gautier-Languereau, 2005), en citant des exemples : il rappelle qu’on la retrouve en motocyclette, en aéroplane, en automobile et qu’elle est confrontée au téléphone. Le Nouvel Observateur fait observer lui aussi qu’« elle a escaladé les Alpes, conduit des voitures et piloté un avion. Elle s’est même essayé au cinéma, moderne et trépidante, nonobstant sa coiffe blanche et son parapluie rouge ». Le même article mentionne que Françoise Dolto avait signalé ses albums « comme des modèles d’une éducation moderne et d’une compréhension de la psychologie enfantine »

    C’est un peu ça l’histoire de la femme jusqu’à tout dernièrement, silencieuse mais courageuse et audacieuse, qui est plus forte que ce que les hommes peuvent laisser croire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *