Tout a commencé par la désobéissance de certains évêques

pauline-jacob-6Des femmes prêtres reconnues depuis 40 ans dans l’Église épiscopale des États-Unis

Le 16 septembre 1976, l’Église épiscopale des États-Unis, une partie de la Communion anglicane mondiale, reconnaissait officiellement l’accessibilité de femmes à la prêtrise. Le 30 novembre de la même année, l’Église anglicane du Canada ordonnait six femmes prêtres grâce au travail de sensibilisation réalisé par Edward W. Scott, alors primat de l’Église anglicane du Canada (Fletcher-Marsh, 1995, p. 109‑111). Ces deux événements méritent d’être soulignés. Il sera davantage question dans ce texte des femmes de l’Église épiscopale des États-Unis dans la foulée d’un article de Winston W. Wiley (2016).

Le point de départ : la désobéissance prophétique de quelques évêques

Des femmes diacres avaient été ordonnées prêtres de façon illicite en juillet 1974 dans l’Église épiscopale des États-Unis. Des évêques audacieux avaient alors accepté de dépasser la règle alors en vigueur dans cette Église, à savoir l’impossibilité pour les femmes de devenir prêtres. Ils avaient répondu à l‘appel de Charles Willie, alors administrateur de l’Episcopal Divinity School de Cambridge. Dans une homélie prononcée à New York, il avait invité les évêques qui en avaient le courage à ordonner immédiatement celles qui le désiraient. Trois évêques retraités, y voyant un geste d’obéissance à l’Esprit, procédèrent à l’ordination presbytérale de onze femmes diacres (Fletcher-Marsh, 1995, p. 48). Les ordinations non autorisées avaient alors été jugées invalides par l’Église épiscopale et elles le sont restées jusqu’à ce qu’au changement de législation deux ans plus tard, soit le 16 septembre 1976.

Le cheminement de Meredyth Ward

Pour celles et ceux qui étaient solidaires de ce geste de désobéissance ecclésiale, le véritable anniversaire s’est vécu il y a 42 ans. C’est ce qu’évoque Meredyth Ward, 61 ans, actuellement prêtre missionnaire en milieu urbain à Worcester (Massachusetts). Catholique romaine au moment de l’ordination presbytérale des onze femmes diacres de Philadelphie et alors étudiante au collège jésuite Holy Cross (Worcester, Massachusetts), Meredyth Ward observait de près comment se vivaient des dissensions à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église concernant le rôle des femmes dans l’Église. Elle-même encourageait ses sœurs dans la foi lorsque les onze ont été ordonnées ne se doutant pas qu’un jour elle partagerait leur réalité. « J’ai de vifs souvenirs de la lecture de l’article du New York Times après la reconnaissance des onze à Philadelphie cet été-là et des larmes ont coulé sur mes joues parce que ça résonnait en moi comme  » Oh, OK, ce ne peut pas être possible pour moi en ce moment, mais ça l’est à un endroit. » » Ne pouvant pas à court terme répondre à l’appel ressenti, elle se disait que si elle ne pouvait sauver le monde de cette façon, il y avait d’autres voies telles la poursuite d’une majeure en biologie, l’inscription à l’école de droit ou la direction de l’Agence de protection de l’environnement [Environmental Protection Agency]. Mais ça n’a pas tout à fait fonctionné de cette façon, comme elle l’a déclaré à Winston W. Wiley (2016). Son cheminement l’a amenée vers l’Église épiscopale. Elle a été ordonnée prêtre en 2001.

Aileen DiBenedetto n’a jamais connu l’impossibilité pour une femme d’être prêtre

La paroisse Christ Episcopal Church de Leicester, une congrégation de 192 ans d’existence, a récemment installé sa quatrième femme pasteure en charge de la communauté, Aileen DiBenedetto, âgée de 39 ans. Celle-ci n’a pas connu la période où les femmes ne pouvaient pas servir dans des rôles de leadership dans l’Église épiscopale. Elle est née l’année après que les ordinations de femmes soient devenues licites. Être femme n’était donc plus un problème pour être admise à la prêtrise. Et sa paroisse avait déjà eu un certain nombre de femmes prêtres de sorte que personne ne se préoccupait du fait qu’elle soit une femme; ce qui ne veut pas dire que pour une femme, la tâche soit évidente pour autant. Élevée catholique romaine, cette native de Shrewsbury était consciente des obstacles qu’une femme devait affronter lorsqu’elle aspire à des fonctions traditionnellement revendiqués comme un droit inné par les hommes. Elle a abordé sa tâche avec lucidité faisant face à différents obstacles dressés sur sa route.

« Maman, je ne savais pas que les garçons pouvaient être prêtres »

Soulignons ici la perception des enfants concernant l’identité sexuelle des pasteurs. « Il y a des enfants qui ont grandi dans cette paroisse qui supposent qu’un prêtre est une femme maintenant », a déclaré Meredyth Ward (Wiley, 2016). Et ça va même jusqu’à des remarques telles : « Maman, je ne savais pas que les garçons pouvaient être prêtres ». Douglas J. Fisher, évêque du diocèse, évoque même un changement de culture concernant l’acceptation de femmes prêtres dans certaines paroisses rappelant les apports majeurs des femmes dans son Église. Cet évêque dont l’épouse est prêtre souligne que les femmes prêtres favorisent davantage la formation d’une communauté de foi inclusive telles que souhaitée par Jésus-Christ : « Mon expérience m’a montré que les femmes prêtres apportaient une meilleure attitude de collaboration, de collégialité au ministère que les hommes. »

Des pas importants restent à franchir

Mais rien n’est parfait. Malgré le progrès réalisé dans cette Église concernant la place des femmes, des pas importants restent à franchir avant de parler d’égalité réelle entre les hommes et les femmes, telle que l’affirme Paula Nesbitt, prêtre et chercheure invitée au Graduate Theological Union à Berkeley en Californie (Wiley, 2016). Des études ont montré que les femmes continuent d’accuser un retard important sur leurs collègues masculins au niveau du revenu comme du leadership dans leur Église, oeuvrant dans des paroisses plus petites et moins bien nanties. Les femmes évêques sont peu nombreuses, les femmes de couleur et les femmes LGBT continuent de faire face au rejet et à l’exclusion et, dans de nombreux endroits, les femmes ordonnées restent une nouveauté.

Les seuls choix…

Au Québec, province de tradition catholique, nous sommes loin de cette réalité. Même s’il existe des femmes prêtres dans l’Église anglicane et des pasteures dans d’autres Églises chrétiennes, nous en côtoyons peu. Mais elles existent bel et bien. Le diocèse anglican de Montréal a même une femme évêque depuis 2015 (Gloutnay, 2015). Mais la porte de l’institution catholique demeure solidement cadenassée comme l’a rappelé le pape François dernièrement. Les seuls choix pour les femmes catholiques qui discernent un appel à la prêtrise est le passage à une Église sœur, comme l’ont fait Johanne Bureau, Carolyn Sharp et d’autres, l’adhésion au Roman Catholic Women Priests [RCWP], comme l’ont fait Marie Bouclin (Sudburry) et Linda Spear (Sutton) (Simard, 2016) ou le travail de théologiennes et de militantes qui continuent à « croire contre toute espérance » qu’un jour cette reconnaissance réelle adviendra au sein de l’institution à l’exemple de Jésus qui, lui, n’a jamais mis de conditions pour que les femmes le suivent et qui a plutôt tenté de secouer ceux qui voulait enfoncer la foi dans un carcan législatif.

Souhaitons qu’un jour ce rêve devienne réalité.

Pauline Jacob,
Asbestos, 8 novembre 2016

Références :

Fletcher-Marsh, Wendy (1995). Beyond the walled garden. Anglican women & the priesthood [Au-delà du jardin clos. Les femmes anglicanes et la prêtrise]. Dudas, Ontario, Canada: Artemis Enterprises.

Gloutnay, François (2016, 30 septembre). Une première femme consacrée évêque de Montréal. Présence : information religieuse, [en ligne]. [http://presence-info.ca/article/eglises/une-premiere-femme-consacree-eveque-de-montreal] (7 novembre 2016)

Simard, Valérie (2010, 9 octobre). Une première Québécoise ordonnée prêtre. lapresse.ca [en ligne]. [http://www.lapresse.ca/actualites/national/201010/09/01-4331185-une-premiere-quebecoise-ordonnee-pretre.php] (7 novembre 2016)

Wiley, Winston W. (2016, 8 octobre). Episcopalians mark 40 years of women being priests and bishops [Les épiscopaliens soulignent les 40 ans d’accessisibilité des femmes à la prêtrise et à l’épiscopat]. telegram.com, [en ligne] : Worcester, Massachusetts. [http://www.telegram.com/entertainmentlife/20161008/episcopalians-mark-40-years-of-women-being-priests-and-bishops] (25 octobre 2016)

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A propos Pauline Jacob

Théologienne féministe, Pauline Jacob détient un Ph. D. en théologie pratique et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle est l’auteure d'« Appelées aux ministères ordonnés » (Novalis, 2007), coauteure de « L’ordination des femmes » (Médiaspaul, 2011) et a à son actif plusieurs articles. Elle poursuit depuis plus de 15 ans des recherches sur l'ordination des femmes dans l’Église catholique et est très active à l’intérieur du réseau Femmes et Ministères.

3 réflexions au sujet de « Tout a commencé par la désobéissance de certains évêques »

  1. Merci! pour ce récit historique. D’autant plus intéressant qu’il nous présente des femmes proches de nous. Des voisines de pays et des consœurs qui ont eu à traverser les ombres et les nuits obscures d’une souffrante décision à prendre.
    De mon côté, je n’ai jamais désiré devenir prêtre, mais je milite pour que soit enfin affimé en notre Église « l’égalité des chances » à franchir tous les échelons de compétence au service du peuple des croyantes et des croyants. Un droit fondamental déclaré dans toutes les chartes du monde… en commençant par la charte évangélique instituée par la vie exemplaire de Jésus de Nazareth dont nous nous réclamons, et que prônent les tenants de la hiérarchie catholique.

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