Un diaconat pour les femmes ou pour l’Église?

Marie-T Van Lunen ChenuLe pape François envisage la création d’une commission d’étude sur la possibilité d’accès des femmes au diaconat. Une annonce sympathique et de bonne volonté, certes, mais qui fait naître pourtant des interrogations circonspectes.

On ne peut que se réjouir de cette nouvelle. Espérons qu’elle encouragera les femmes à se faire reconnaître dans des responsabilités. Si elle est suivie d’effet, cette étape, certes modeste, peut marquer un pas important aux yeux du commun des fidèles et des infidèles. Et pourtant, on doute.

On craint, à cause de tant d’espoirs déjà déçus, un chemin diaconal balisé par ce que des hommes d’Église pensent d’un « génie féminin ». Le pape actuel demeure formaté par la conception d’une féminité et d’une virilité d’ancien modèle, que nombre d’hommes et de femmes rejettent désormais, dans leur désir et leur expérience d’un partenariat paritaire nouveau. On n’en voudra pas à ce pape courageux de n’avoir probablement pas pris conscience du poids du dogmatisme institutionnel dont il a hérité et du retard difficile à surmonter dans ce qu’il ne faut plus appeler « la question des femmes » mais bien, désormais, une question d‘Église, fondamentale et globale.

Comme on le constate, celle-ci s’est désormais installée sur le devant de la scène médiatique, où elle occupe une place symptomatique. Ouvrages, colloques, débats, interviews, reportages en disent l’intérêt bien au-delà des considérations à proprement parler « religieuses » : y est engagé le rapport de la société civile et des religions; s’y jouent désormais l’enjeu et le défi de leur crédibilité et tout particulièrement celle du catholicisme romain.

L’Église patriarcale et monosexuée

Que l’on se comprenne bien : on ne demande pas à l’institution catholique de se déjuger entièrement de ses convictions et engagements d’hier, d’autant que, sur la question du respect envers les femmes, elle a su par le passé donner des exemples convaincants et se montrer précurseuse, parfois, par rapport à la société civile – ce que malheureusement son retard et son entêtement actuel portent trop souvent à ignorer! On lui demande tout simplement d’avoir la modestie et le discernement d’examiner les conditions de contextualisation patriarcale et androcentrée de ses interprétations d’hier, qu’elle prétend imposer comme étant des volontés intangibles du Christ lui-même pour la constitution de son Église.

En fait, le problème principal de linstitution catholique romaine, et d’autres qui lui sont proches, est le manque de capacité à se reconnaître ouvertement patriarcale et monosexuée, liée, telle un serpent qui se mord la queue, par ses propres interprétations patriarcales et monosexuées. Un tel choix est jugé contraire aux références éthiques et aux normes juridiques actuelles. Ainsi le problème de fond serait bien celui du refus institutionnel d’autocritique, du manque de discernement et de labus de pouvoir qui ont conduit à cette inflation et cette sacralisation d’un cléricalisme – parfois partage et propagé par les femmes elles-mêmes – qui ne peut, ne sait ou ne veut pas se reconnaître sexiste!

Une queue d’hirondelle n’annonce que de bien loin l’arrivée du printemps… Notre désir de sens, à nous les fidèles et les infidèles de ce temps, ne peut plus guère se contenter des petits pas et des délais imposés : nombreuses et nombreux, nous avons quitté le lourd navire de l’institution, ou sommes chaque jour tentés de le faire, pour trouver ailleurs et autrement les nouveaux ancrages du christianisme, en des lieux où ces fragiles hirondelles aident déjà des communautés à discerner pour aujourd’hui l’appel de l’Évangile.

Texte publié dans la revue Témoignage chrétien et reproduit avec la permission de l’auteure.

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A propos Marie-Thérèse van Lunen Chenu

Féministe reconnue, cofondatrice de Femmes et Hommes en Église (France), du Centre Genre en Christianisme (France) et de l’Unité de Recherches et Documentation Genre en Christianisme [GC], Marie-Thérèse van Lunen Chenu est une auteure et une conférencière reconnue pour ses analyses rigoureuses. Elle a publié « Femmes et hommes » (Cerf, 1998) et a à son actif de nombreux articles et contributions à des ouvrages collectifs.

2 réflexions au sujet de « Un diaconat pour les femmes ou pour l’Église? »

  1. Merci pour ces mots, Marie-Thérèse !
    Tu n’as pas changé ! C’EST BIEN !
    Je vais sur des sites suisses et canadiens français !
    Je suis toujours investie dans notre église… mais que c’est dur… on fait du rétro-pédalage !
    On n’est pas gâté à Autun !
    Bises d’une chalonnaise amie et reconnaissante de tes interventions quand tu nous rendais visite au « 59 » ! A partager avec les tiens !
    Annie, et Claude, Miguel et Gabie <3 <3 <3 <3 …
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  2. Merci, madame Chenu. Voilà une façon de nommer nos interventions sur ce qui en est le fondement: SERVIR L’ÉGLISE. Peut-être que tout ce lourd appareil n’a pas encore connu ni reconnu «le vide abyssal» qui se creuse de plus en plus, parce que les «monosexués», comme vous dite si bien, ont été depuis trop longtemps et demeurent encore trop lents à saisir la portée des revendications des femmes. Nuques raides, pourrions-nous penser.

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