Marie Gérin-Lajoie, femme de vision et femme d’action (1890-1971)

Marie Gérin-LajoieS’il est une chose qu’il faut retenir de Marie Gérin-Lajoie, c’est qu’elle a été une pionnière du service social dans le milieu francophone au Québec.  Cependant, cette description ne dit pas la féministe engagée, l’éducatrice, ni la femme d’Église qui se côtoyaient en elle sans contradiction.

Marie Gérin-Lajoie est née à Montréal le 9 juin 1890.  Son père, Henri Gérin-Lajoie, est avocat. Sa mère, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie (1867-1945), est également passionnée de droit; elle luttera toute sa vie pour faire reconnaître les droits civiques et juridiques des femmes, notamment le droit de vote. Marie grandit, comme ses trois frères, dans une famille où les préoccupations sociales sont nourriture quotidienne. Adolescente, elle assiste avec sa mère aux conférences données par les Jésuites de l’École sociale populaire sur l’encyclique Rerum Novarum, de Léon XIII (1891), document de l’heure pour les catholiques sociaux.

Première « Bachelière » d’une institution canadienne-française, l’École d’enseignement supérieur, elle verra toujours l’instruction qu’elle a reçue comme une responsabilité envers les moins favorisés: « Les élites, répétera-t-elle, ce sont celles qui servent les autres. »  Par tous les moyens à sa disposition, cercles d’études, conférences, enseignement, publications, (notamment dans la Bonne Parole, mensuel de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste), elle diffusera cet enseignement social aussi bien chez les ouvrières que chez les universitaires et les professionnels.

Sa vocation à « l’apostolat social » la conduit à l’éducation et à l’action sociales. Les problèmes qui affectent la classe ouvrière la préoccupent: exploitation au travail, pauvreté des familles, surcharge des mères, atteinte à la dignité humaine. Certes les oeuvres de charité viennent en aide aux démunis, mais Marie veut aller plus loin, agir sur les causes de la frustration et des inégalités sociales pour les éliminer. « L’action sociale, dit-elle, consiste à toujours remonter aux causes des malaises qu’elle est appelée à soulager », car « la charité sans la justice, sans la préoccupation sociale, serait incomplète. »

Pour assurer des bases stables à cette cause, Marie Gérin-Lajoie fonde en 1923, une communauté vouée à l’apostolat social, l’INSTITUT NOTRE-DAME DU BON-CONSEIL DE MONTRÉAL. Elle rassemble des femmes qui partagent son idéal: travailler à la promotion des femmes et des familles, améliorer les conditions de vie, favoriser la croissance des personnes, afin que la dignité de tous et de toutes soit reconnue selon le plan d’amour de Dieu.

Marie Gérin-Lajoie préconise pour sa communauté diverses formes d’action sociale.  Mentionnons d’abord la création de centres sociaux. En 1926, Marie Gérin-Lajoie ouvre un premier centre dans la paroisse Saint-Stanislas-de-Kotska, à Montréal. Inspirés des « settlements » anglais et américains, ces centres d’éducation populaire et de services sociaux se proposent de collaborer avec les gens des milieux ouvriers à l’amélioration de leurs conditions de vie. Les services offerts s’adressent particulièrement aux femmes, sur lesquelles repose le bien-être de la famille. En plus du service social, des ateliers de formation liés à la santé, à l’hygiène, à l’alimentation ou à la gestion d’un budget fournissent des outils indispensables à l’équilibre des familles à faibles revenus.

Les oeuvres de loisirs: patronage, terrains de jeux et camps de vacances s’ajoutent aux autres services d’entraide; elles permettent un reconditionnement physique aussi bien à l’enfant par le jeu et le plein air, qu’à la mère par l’allègement de sa tâche.

En 1947, un Centre social de Montréal commence à accueillir les immigrants.  Il prendra le nom de Centre social d’aide aux immigrants (CSAI).  Encore aujourd’hui, il continue d’accueillir  des vagues d’immigrants et de réfugiés. Il offre des services d’orientation, de consultation, d’aide à l’installation ainsi que des moyens de s’initier aux réalités socio-culturelles et juridiques du Québec.   

Pour Marie Gérin-Lajoie, la formation au service social va de pair avec le travail social, l’action auprès des familles. Dès 1919, Marie Gérin-Lajoie donne un « Cours préparatoire à l’action sociale » à l’École d’enseignement supérieur devenue en 1926 le Collège Marguerite Bourgeois.  Outre des notions de sociologie et d’économie politique, elle y propose une méthode de service social fondée sur l’analyse des problèmes individuels et des faits sociaux.  Par la suite, elle élabore un programme d’enseignement qui sera offert à l’École d’action sociale à Montréal, de 1931 à 1968. Avec les années, les problèmes sociaux deviennent de plus en plus complexes. Pour y répondre adéquatement, une formation plus poussée s’impose. En 1939, Marie Gérin-Lajoie fonde une École de service social professionnel qui sera intégrée à l’Université de Montréal en 1940.

L’éducation familiale et sociale est une autre préoccupation majeure de Marie Gérin-Lajoie. Avec ses collaboratrices, MGL va mettre sur pied en 1936 l’École d’éducation familiale et sociale à Montréal, puis des Instituts familiaux à Saint-Jérôme et à Sherbrooke. Pendant plus de trente ans, des jeunes filles y ont trouvé une formation professionnelle en sciences familiales.

Femme de vision, Marie Gérin-Lajoie a su communiquer à ses contemporains le sens d’un engagement social inspiré de l’évangile. A ses yeux, christianisme et progrès vont ensemble, surtout quand les innovations sociales font progresser la justice. Femme d’action, Marie Gérin-Lajoie a eu le génie de mettre à la portée des milieux populaires les instruments de promotion sociale et de solidarité qui lui étaient et lui sont toujours indispensables.

Femme de foi, elle a fondé sa vie et son action sur le Christ.  Elle a puisé sa force et son dynamisme dans la prière, la méditation des Évangiles, la lecture de grands maîtres spirituels.  À l’école des pères Loiseau et Bellavance de la Compagnie de Jésus, elle a fait sienne la spiritualité de saint Ignace de Loyola pour elle-même et pour la communauté qu’elle a fondée.  Elle a cherché à la transmettre par divers moyens, tels les instructions et les retraites selon les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

Marie Gérin-Lajoie a dirigé l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de sa fondation en 1923 jusqu’en 1956. Après son retrait de la direction, elle continue à s’intéresser aux questions sociales et à la vie de l’Institut. Elle meurt  le 7 janvier 1971, à l’âge de 80 ans.

Marcienne Proulx, sbc
13 novembre 2009

Pour en savoir plus :
Malouin, Marie-Paule, Entre le rêve et la réalité Marie Gérin-Lajoie et l’histoire du Bon-Conseil, Éditions Bellarmin.1998
Pelletier-Baillargeon, Hélène, Marie Gérin-lajoie De mère en fille, la cause des femmes, Boréal Express,1985

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