Le 8 mars 2023 : 40 ans de résistances féministes dans l’Église

En ce 8 mars, les féministes qu’elles soient chrétiennes, sociales ou politiques, proclament que devant les violences et les inégalités persistantes le silence est devenu intolérable. Le slogan Résistances féministes met en lumière l’urgence d’agir et de poursuivre ensemble les luttes pour une société et une Église libre, égalitaire et inclusive.

La journée internationale des femmes et le Synode sur la synodalité qui se déroulera à Rome cet automne nous invitent à vous parler du travail du réseau Femmes et Ministères, un organisme qui se voue à la reconnaissance effective des femmes en Église et lutte pour obtenir une véritable égalité entre les hommes et les femmes. L’Église n’est-elle pas le dernier bastion de résistance à l’égalité des femmes?

Fort d’une espérance têtue, depuis 40 ans, le Réseau a multiplié études, recherches, rencontres de toutes sortes. Malheureusement devant la rigidité de l’Église et son refus tenace d’admettre des femmes aux ministères ordonnés et par le fait même de les exclure des postes de gouvernance et de décision, même ceux les concernant au premier chef en tant que femmes, force est de constater que nombreuses sont les femmes qui ont quitté les rangs de l’Église.

Dans le cadre des consultations en préparation du prochain Synode, voici le Manifeste que Femmes et Ministères a présenté au nom des femmes baptisées qui refusent de partir et de se taire. Il dit bien les convictions du Réseau.

1 L’heure n’est plus au plaidoyer,
Nous voulons être écoutées.
2 La société a évolué partout sur la planète,
C’est un changement d’époque, François l’a dit, c’est un fait.
3 Terminée l’exclusion des femmes du pouvoir,
Tout comme les hommes, elles ont expérience et savoir.
4 Femmes et hommes sont baptisées,
À tous les ministères également appelées.
5 Après des décennies de lutte pour l’égalité,
La discrimination doit enfin être éliminée.
6 Ni de justifications théologiques ni d’arguments qui tiennent,
De multiples recherches, et des plus sérieuses en conviennent.
7 Séparer gouvernance et sacerdoce
S’impose, pour mettre fin à l’équivoque.
8 Les structures patriarcale et cléricale
Sont sans fondement théologique qui vaille.
9 L’inclusion des femmes aux divers ministères,
C’est la condition d’une Église égalitaire.
10 Nous luttons pour faire tomber les murs,
Qui, depuis 1994, emprisonnent telle une censure1.
11 La voix des femmes doit enfin être considérée,
C’est une urgence, à n’en pas douter.
12 Avec femmes et hommes, une Église à rebâtir,
Sans quoi elle n’aura pas d’avenir.
13 Ensemble, soyons à l’écoute de l’Esprit-Saint,
Qui nous conduira vers de nouveaux chemins.
14 Voyons ce manifeste comme un signe des temps,
La crédibilité de l’Église en dépend.
 

 

 

 

 

 

 

Colloque Femmes et gouvernance : mêmes enjeux dans l’Église et dans l’État?

Considérant que tout a été dit, écrit et réclamé, les féministes œuvrant dans l’Église comptent sur l’appui des femmes engagées dans la société. Elles y rencontrent de véritables alliées convaincues que la lutte contre le patriarcat religieux est un enjeu social puissant et global. Autant l’engagement des femmes dans les sphères politiques aura contribué à transformer la société civile (garderies, congés de maternité, équité salariale, etc.), autant l’accession des femmes à la gouvernance de l’Église contribuera à faire évoluer le discours et les pratiques religieuses, contribuant ainsi à l’émancipation des femmes.

À Québec le 7 décembre dernier, un colloque organisé par le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD) en collaboration avec Femmes et Ministères : Femmes et gouvernance: mêmes enjeux dans l’Église et dans l’État ? a permis de tourner les projecteurs sur les revendications féministes dans l’Église et de dénoncer le non-accès des femmes au pouvoir ainsi que la discrimination qu’elles y subissent encore aujourd’hui.

La lutte se continue

Le Synode tiendra sa première session en octobre prochain sous le thème : Pour une Église synodale : communion, participation et mission. Il aura donné lieu à de multiples consultations : provinciales, nationales et continentales. Le rapport québécois mentionne que tous les rapports déposés affirment l’importance d’une gouvernance coresponsable clercs-laïques et hommes-femmes. Il mentionne que la coresponsabilité demeure difficile parce qu’il y a encore trop d’appropriations du pouvoir entre les mains de quelques-uns. Pourtant il n’y aura que des hommes évêques et cardinaux présents pour débattre de l’avenir. Une seule femme, sœur Nathalie Becquart, sous-secrétaire du synode y sera présente.

Les femmes réclament le droit de parler pour elles-mêmes. Elles croient qu’une autre manière de faire Église est possible. À cet effet, une rencontre s’organise cet automne à l’initiative de la collective féministe et chrétienne l’Autre Parole, en collaboration notamment avec Femmes et Ministères et le Groupe Femmes, Politique et Démocratie. Se réuniront des femmes aux multiples engagements : chrétiennes engagées, politiciennes, théologiennes, sociologues, historiennes, etc. Les femmes de tous horizons sont invitées à se joindre à elles. C’est une invitation!

Nous sommes persuadées que les femmes ne seront pas égales tant que toutes n’auront pas atteint l’égalité : il y a urgence en la demeure.

Le silence est intolérable, l’union fait la force.

Marie Bergeron
Membre du conseil d’administration de Femmes et Ministères

Pour en apprendre davantage sur les enjeux des féministes présentés dans cet article:
Sites Internet
https://femmes-ministeres.org/
https://www.lautreparole.org/
https://gfpd.ca/
Pages Facebook
https://www.facebook.com/femmesministeres
https://www.facebook.com/Lautreparole
https://www.facebook.com/GroupeFemmesPolitiqueetDemocratie/

NOTE
1 Jean-Paul II, Lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis : L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église.

Marie Bergeron

A propos Marie Bergeron

Marie Bergeron détient une maîtrise en théologie de l'Université Laval. Elle a été chargée de cours pendant plusieurs années. Elle a ensuite oeuvré au sein du milieu syndical, particulièrement en éducation et santé-services sociaux. Marie est également membre du réseau Femmes et Ministères.
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Une réponse à Le 8 mars 2023 : 40 ans de résistances féministes dans l’Église

  1. Jeanne d'Arc Brown dit :

    Bravo ! On ne lâche pas !

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