40e : Ouverture et bienvenue par Isabelle Lemelin

Vous le savez, quarante n’est pas un nombre anodin. C’est d’ailleurs le nombre le plus utilisé dans la Bible. On le sait, il y a les 40 jours et les 40 nuits de pluie lors du Déluge, les 40 jours et les 40 nuits passés par Moïse sur le mont Sinaï, les 40 jours et les 40 nuits qu’a passé Jésus dans le désert au lendemain de son baptême.

Aux dires de François Brossier, c’est le temps requis pour entendre la volonté de Dieu et s’imprégner de ses paroles, pour qu’advienne une véritable rencontre avec Dieu. Cela dit, on parle aussi de cette durée dans le monde plus prosaïque. Pour lutter contre les épidémies, on exigeait jadis une quarantaine, soit une période de temps suffisante pour lever un doute. L’expression est demeurée, on le sait trop bien aujourd’hui, même si les exigences d’isolement de jadis ont été réduites.
 
Puis, il y a les années. Quarante ans, ce n’est pas rien. Dans la tradition juive, c’est même l’âge de raison et ce n’est pas anodin que le peuple hébreu ait dû séjourner tout ce temps dans le désert, que les rois les plus respectés – David, Salomon, Joas – aient eu des règnes de cette durée et qu’Isaac, entre autres, ait dû attendre cet âge pour se marier.

Dans la bible, c’est donc le chiffre du passage et de la transformation, marqués par l’intervention divine et aboutissant presque toujours à une nouvelle alliance ou une nouvelle configuration des relations. Dans l’Islam, c’est l’âge où Mohammed reçoit la révélation de l’ange Gabriel. Dans le bouddhisme, c’est le temps du prêche du bouddha.

C’est aussi le temps qui a été nécessaire pour que les femmes aient le droit de vote au Québec… Ainsi, 40 ans annonce un nouveau cycle, une phase de changement ou une épreuve à traverser, débouchant sur un ordre nouveau. 
 
À cet effet, la sagesse populaire considère traditionnellement le « cap de la quarantaine » comme un tournant essentiel, voire comme le midi de l’existence, ce qui, pour la première fois dans l’histoire, est vrai puisque 40 ans coïncident réellement avec le milieu de l’espérance de vie à la naissance. Cela dit, 40 ans, c’est aussi, parfois, l’âge de la crise, selon notre vision de cette dernière (le mot grec krisis peut signifier : « action de distinguer », « action de choisir », « action de séparer » et « action de décider »).

De manière générale, c’est un temps de la transition, de retour sur soi, d’introspection qui, idéalement, débouche sur un changement. Si, naguère, ce n’était pas rien de recevoir une révélation angélique, de vivre si longtemps ou de célébrer des noces d’émeraude, on peut néanmoins encore dire, aujourd’hui, sans anges ni trompettes, que 40 ans ça se souligne!

Entre autres, parce que c’est, qu’on le veuille ou non, un moment pour célébrer toutes les belles relations qui ont été créées ou maintenues au fil des années. Car, 40 ans, ça en fait du monde, des rencontres, des amitiés et des luttes, qu’il convient de saluer. 

Isabelle Lemelin
Le 26 octobre 2022

Isabelle Lemelin
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A propos Isabelle Lemelin

Détentrice d’un doctorat en sciences des religions (UQÀM, 2017) (sujet de thèse : « À l’origine des martyres féminines: la mère du 2e livre des Maccabées ») et d’une maîtrise en anthropologie (Laval, 2003), Isabelle Lemelin est chargée de cours à l’UQÀM.
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