40 ans… désert ou Terre promise?

Le 10 mars dernier était l’occasion d’une rencontre festive ayant pour objectif de célébrer le quarantième anniversaire du Réseau des répondantes diocésaines à la condition des femmes et de souligner, plus largement, l’engagement des femmes dans l’Église catholique au Québec. Quarante ans d’histoires de femmes engagées pour rendre compte de la condition des femmes en Église et en société! Voilà ce à quoi a contribué ce groupe partenaire de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec depuis toutes ces années. Au temps fort du Réseau, le dossier Condition des femmes constituait un haut lieu de paroles et d’actions prophétiques pour l’avènement de rapports égalitaires au sein de l’Église, pour la mise en valeur des charismes de toutes et de tous au service de la Mission et aussi pour la sensibilisation à la violence faite aux femmes sous toutes ses formes. Et oui, les sujets portés il y a quarante ans n’ont pas vieilli. Ils sont malheureusement encore bien actuels et, pour la plupart, toujours passés sous silence.

Par contre, malgré son affaiblissement, le Réseau est toujours là. Tout comme la Cananéenne cherchant désespérément la guérison pour sa fille, le Réseau des répondantes promeut la dignité de toutes les personnes et souhaite que les femmes soient debout, enfin libérées du mal qui les opprime. C’est dans la diversité des expériences et des sensibilités de ses répondantes que le Réseau a maintenu une présence active, quoique plus discrète depuis quelques années, faute de moyens et de relève. Et, c’est chacune à leur façon que les répondantes portent une parole agissante dans leur milieu. Des voix situées, mais multiples, parfois dissidentes, mais toujours actuelles.

Lorsque l’idée d’organiser ce rassemblement festif a germé, quelque part en 2020, je n’aurais jamais cru qu’il prendrait autant d’ampleur. Je remercie les répondantes qui se sont impliquées activement, particulièrement Ingrid Lefort pour son esprit de synthèse et sa grande culture techno, Simon Labrecque pour son important soutien ainsi que le conseil Église et société pour son appui et sa collaboration dans la mise en œuvre de cette fête.

Le fruit de la solidarité a pu en être goûté ce 10 mars. Une solidarité sans frontières où l’Église du Québec se retrouvait. Quelle belle surprise de constater que 200 personnes, hommes et femmes de tous les coins du Québec, se soient inscrites pour souligner l’apport des femmes dans l’Église au Québec! Serait-ce que le souffle de l’Esprit soit encore à l’œuvre? La conjoncture actuelle due à la pandémie qui crée un désir de rapprochement, un désir de nous relier et de voir du monde a certainement favorisé cet élan! Quoi de mieux qu’une fête virtuelle en famille pour se rencontrer, pour enfin sortir de notre confinement. Et quelle famille! À la lumière de cette grande participation, impossible de nier que la condition des femmes en Église est un sujet qui nous touche encore et qui ne laisse personne indifférentE. Que dire du désir d’une Église partenariale qui s’est manifestée au cours des échanges en atelier? Oui, le cœur de notre Église du Québec est toujours vivace.

Ce matin-là, je me suis sentie portée par une vague, une lame de fond, qui gronde encore. J’ai été émue de voir la présence de toutes ces ouvrières cocréatrices d’une Église transformante et de ressentir leur proximité par la magie du virtuel. Aurait-il été pensable de réunir autant de personnes dans un contexte hors pandémie en sachant que les milieux n’ont plus les moyens financiers pour supporter de tels évènements?

Cet évènement, somme toute assez bref, mais marquant par sa profondeur et sa vérité, a été bien accueilli par les participants et les participantes. Déjà des demandes pour renouveler l’expérience afin de donner des suites à ce qui s’est vécu ont afflué.

C’est en toute simplicité que la rencontre a débuté. Thérèse Duval, répondante au diocèse de Québec, et Eileen Perry, répondante au diocèse de Gaspé, ont brièvement présenté le Réseau des répondantes. Sylvie Gagné, répondante au diocèse de Nicolet, assurant les transitons entre les différents temps de l’horaire, nous a invités à nous mettre à l’écoute de la Parole. Francine Vincent, coordonnatrice de la pastorale d’ensemble au diocèse Saint-Jean-Longueuil, et Sabrina Di Matteo, adjointe à la direction, volet Mission, de la Conférence religieuse canadienne [CRC] et membre du conseil Église et société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec [AÉCQ], nous ont présenté le conte biblique de la Cananéenne. Quel beau moment! Par la suite, les échanges en atelier ont donné lieu à des rencontres vraies et authentiques. La distance géographique n’était pas un obstacle à la compréhension commune des réalités concernant les femmes en Église, ni au désir d’en arriver à une égalité de fait entre les femmes et les hommes, entre les clercs et les laïques, dans notre organisation ecclésiale. Nous parlions un même langage et d’une même voix. Et ça donnait du souffle! Que notre Église du Québec est belle et distincte!

Par la suite, Frédéric Barriault et moi-même avons témoigné des sources de nos engagements féministes et avons émis nos souhaits quant à la place des femmes dans l’Église de demain. Quel bonheur de constater que Frédéric, comme d’autres hommes de différentes générations, ont su développer des rapports égalitaires entre les hommes et les femmes. Des frères en humanité qui ont compris que défendre les droits des femmes n’est pas une menace à leur masculinité. Des frères dans la foi qui s’inscrivent dans une vision de reconnaissance mutuelle où les rôles sociaux se déconstruisent pour faire place à un partenariat en Église et en société, partenariat fondé sur nos charismes et notre être profond.

Pour clore ce rassemblement, le vibrant hommage rendu à notre matrimoine par monseigneur Pelchat et Sabrina Di Matteo a touché les cœurs. Cette proclamation de notre héritage maternel nous rappelle le legs important de toutes ces femmes qui ont façonné, elles aussi, l’histoire de notre Québec bleu. Participant activement à l’avènement du Royaume de paix, d’amour et de justice, l’apport des femmes est immense au sein de notre Église et en périphérie. Sans leur travail colossal, souvent invisible et non reconnu à sa juste valeur, les structures sociétales et ecclésiales n’auraient pas tenu la route aussi longtemps! Nous pouvons constater ce fait, entre autres par la diminution du bénévolat et de la relève des femmes, particulièrement en Église. Leur absence se fait sentir de plus en plus et met en lumière toutes ces tâches, parfois ingrates, mais non moins importantes, dans la réalisation de la Mission de l’Église.

Quarante ans, n’est-ce pas le temps d’un désert? Le temps d’une maturation vers une transformation? L’heure est-elle venue? Bien sûr, les dissensions, les faux-fuyants vers les oignons en Égypte, la langue de bois, continuent de décevoir. Mais, dans un contexte où la vie de l’Église du Québec est en péril, à quelle mission devons-nous nous consacrer pour les temps qui viennent?

La place des femmes dans l’Église de demain est conditionnelle à la place qu’elles y occupent aujourd’hui. C’est dans l’aujourd’hui que se tisse cette Église de demain, façonnée par des croyantes et des croyants qui marchent encore vers la Terre promise. Les vêtements serrés autour de la taille, les sandales aux pieds et un bâton à la main pour marcher, nous avançons, fils et filles de Dieu. Nous ne sommes ni hommes, ni femmes, ni esclaves, ni libres, mais uns et unes en Christ. Malgré les déceptions et les désillusions, l’espérance nous fait marcher. C’est ensemble que nous bâtissons le Royaume où chaque être humainE y est reconnuE comme partie prenante d’une humanité renouvelée, une humanité en Christ. Et c’est bien notre vocation baptismale qui nous rend partenaires de cette même Mission, aujourd’hui. Parce que demain?

Christiane Lafaille
Répondante diocésaine à la condition des femmes
Diocèse Saint-Jean-Longueuil
Le 22 mars 2021

NDLR : Pour poursuivre la réflexion sur le Réseau des répondantes à la condition des femmes :

Parent, Annine (2012). Création du Réseau des répondantes à la condition des femmes et sa mise en place à Québec de 1981 à 1986
Turcot, Gisèle (2006/2021). Les répondantes diocésaines à la condition des femmes : enracinement et genèse (1971-1981)

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A propos Christiane Lafaille

Formée en théologie et en accompagnement spirituel et engagée depuis plusieur année en pastorale sociale dans le diocèse Saint-Jean-Longueuil, Christiane Lafaille est coordonnatrice des activités paroissiales et responsable du lieu de ressourcement la Halte Marie-Rose de la paroisse La Bienheureuse Marie-Rose Durocher (Greenfiel Park et Lemoyne) Elle est répondante diocésaine à la condition des femmes et membre de l’équipe de rédaction de la revue « Appoint ».
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