Le pontificat de François, espoir et désillusion

Pauline JacobEn écoutant les multiples éloges dont on couvre le pape François, je m’interroge : suis-je réaliste ou rabat-joie relativement à son pontificat? Car je ne partage pas l’emballement de plusieurs à son sujet, même si je lui reconnais de grandes qualités.

Il est vrai que la nomination de François comme l’ensemble de son travail et de sa présence au monde depuis son élection le 13 mars dernier nous ont apporté plusieurs belles surprises, plusieurs raison de nous réjouir. Le changement de ton apporté au Vatican et, par là, à l’image de l’Église est tellement extraordinaire. On recommence à considérer l’institution ecclésiale comme une institution au service des gens, principalement des plus démunis, des plus mal pris. Nous avons un pape qui va à la rencontre des personnes, qui se fait proche, ne craint pas d’embrasser et de tendre chaleureusement la main.

Parallèlement à ce sentiment de joie, à une satisfaction à me reconnaître à travers ses gestes tout simples pour exprimer sa sympathie, un fond de tristesse se lève toutefois en moi de plus en plus, au fil des jours, quand je regarde sa façon de considérer les femmes, de les ramener à des rôles traditionnels, de méconnaître les recherches et les réflexions menées à leur sujet depuis plusieurs années par des femmes et des hommes compétents. Nous, les femmes, ne sommes pas des vis-à-vis, des égales en dignité dans cette Église, sinon à un niveau bien théorique. Le pape François continue, comme ses prédécesseurs, à nous traiter sur une base différente de celle de nos confrères masculins. Son rapport à la question des femmes demeure jusqu’à maintenant très décevant. D’autres, comme moi, n’osent s’élever trop énergiquement pour protester… car nous constatons et apprécions le changement apporté à plusieurs niveaux et le vent de sympathie que son image médiatique suscite.

Je suis une théologienne spécialisée dans les questions entourant l’appel vocationnel de femmes à la prêtrise ou au diaconat. Comme d’autres, j’ai consacré plusieurs années de ma vie à travailler cette question. Je ne comprends toujours pas cette réticence à nous considérer vraiment comme des égales, des vis-à-vis dans toutes les sphères de la vie ecclésiale. Pourtant, nous y somme invitées dès les premières pages de la Genèse : « Dieu créa l’humanité à son image, à l’image de Dieu il la créa ; mâle et femelle il les créa » (Gn 1, 27).

J’attends davantage du pasteur de mon Église que les changements apportés dans les neuf premiers mois de son pontificat. Ceux-ci ne sont pas perceptibles en ce qui concerne les femmes. Maintenir fermée la porte que Jean-Paul II avait verrouillée concernant l’ordination des femmes, négliger de tenir compte de multiples études sur le sujet, vouloir refaire une théologie de la femme, refuser l’ouverture possible au cardinalat; rien de très emballant… En ce qui me concerne, j’aspire à une plus grande reconnaissance comme être humain.

Malgré cette apparente noirceur, j’essaie de trouver quelque signes d’espérance et de me concentrer, sur des éléments positifs du pontificat de François. N’a-t-il pas ouvert la porte à la théologie de la libération? Cette théologie part de la vie du peuple de Dieu/e pour y reconnaître les traces du passage de Dieu/e. Comme elle, la théologie féministe part de la vie, particulièrement de l’expérience des femmes, pour y reconnaître les chemins de Dieu/e. Comme elle, elle fait partie de la grande famille des théologies contextuelles. Le pape François saura-t-il s’entourer de personnes qui pourront l’initier à ce volet des études théologiques qui occupe un espace important dans les bibliothèques universitaires spécialisées dans ce domaine? C’est à souhaiter. À son ouverture à la théologie de la libération, j’ajouterais une deuxième raison d’espérer , soit le mode « conversation » auquel il nous a habitués. Si, dans l’année qui vient, il osait converser avec les femmes, en les considérant comme des égales, son regard pourrait peut-être se transformer et son approche changer. Il accepterait alors de se mettre à l’écoute de ce que disent vraiment les textes bibliques, particulièrement ceux qui pourraient permettre des modifications structurelles dans l’institution ecclésiale et ouvrir la porte aux femmes dans tous les champs de responsabilité.

Le pontificat de François, espoir ou désillusion? Concernant la reconnaissance réelle des femme en Église, les mois qui viennent nous le diront.

Pauline Jacob, Ph.D. (théologie pratique)

Asbestos, le 19 décembre 2013

 

Pauline Jacob

A propos Pauline Jacob

Théologienne féministe, Pauline Jacob détient un Ph. D. en théologie pratique et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle est l’auteure d'« Appelées aux ministères ordonnés » (Novalis, 2007), coauteure de « L’ordination des femmes » (Médiaspaul, 2011) et a à son actif plusieurs articles. Elle poursuit depuis plus de 20 ans des recherches sur l'ordination des femmes dans l’Église catholique et est très active à l’intérieur du réseau Femmes et Ministères.
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2 réponses à Le pontificat de François, espoir et désillusion

  1. Jocelyne Simard dit :

    Merci, fois merci pour vos écrits. Je me demandais si vous les faisiez parvenir au pape. Il pourrait s’inspirer des arguments et des perspectives réalistes des femmes faisant partie du peuple de Dieu et y contribuant amplement. Grandes éducatrices, les femmes, les théologiennes de grande envergure tel que vous et bien d’autres, l’aideraient, le soutiendraient dans sa tâche, son rôle incontournable dans l’Église Peuple de Dieu.
    Bravo et bonne continuité dans votre engagement précieux.

  2. Merci beaucoup Pauline Jacob, PhD en théologie. J’apprécie votre article.

    D’après vous, si je veux realiser des changements dans notre église catholique actuelle, où me conseillez-vous d’étudier afin d’avoir la plus grande voie? Une voie qui pèserait si le Vatican ouvrait des portes aux femmes pour le diaconat ou la prêtrise?

    Je suis native de Montréal et y vit présentement.

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