La liberté que Jésus a donnée aux femmes
par
Odette Mainville[*],
bibliste, professeure retraitée,
Faculté de théologie et
de sciences des religions, Université de Montréal
Quand la mort ravit un être tendrement aimé, qui a
marqué notre vie, nous aimons en faire mémoire. Des souvenirs
ressassés, il émerge souvent ce qui, de lui, a le plus contribué
à nous faire grandir. La mise en scène fictive que voici
rassemble des femmes dont le destin a été transformé par le
passage de Jésus. Elles sont là, Marie de Magdala , la femme
« adultère », la Samaritaine, la femme hémorroïsse,
Marthe et sa
soeur Marie, chacune cherchant les mots pour dire le don le plus
précieux reçu de lui. Écoutons-les se souvenir[1].
— Moi, dit l’Hémorroïsse[2], j’ai
tellement souffert de mon
isolement. Pendant douze ans! Imaginez! Douze ans à être
coupée du monde. Douze ans à rendre impur quiconque me touchait.
Quelle humiliation! J’ai tant de fois souhaité mourir pour
de bon puisque, de toute façon, je n’avais plus de véritable
vie. C’est bien le cas de le dire, la vie se vidait de mon
corps au rythme de l’écoulement de mon sang. Ma blessure
était telle que j’en venais moi-même, comme le reste du
peuple d’ailleurs, à oublier pourquoi le contact avec le sang
provoque l’impureté. Il y a effectivement tellement de
confusion à ce sujet que, dans l’esprit de plusieurs, c’est comme
si le sang était sale. Moi, n’en pouvant plus, j’ai fini
par consulter un savant scribe, — si bon et si compatissant, dont
je tairai le nom, vous comprendrez bien —, et me faire
expliquer le véritable sens du sang. Mais oui, malheureusement,
les gens l’ignorent.
— Moi, je crois le connaître, risque Marie de Magdala, mais
je veux entendre ce que t’a dit ce scribe.
— « Le sang, c’est la vie! La vie de toute chair,
c’est son
sang![3] »
s’est-il exclamé. « Ma pauvre dame, tout le monde
devrait savoir cela puisque c’est là en toutes
let- tres dans les Écritures! » Puis il a
expliqué : « La vie vient de Dieu; elle appartient à
Dieu.
Elle est, par le fait même, sacrée. Comme le sang c’est la vie,
le sang est donc sacré. Or, il ne faut pas toucher à ce qui
est sacré. Le fait d’entrer en contact avec le sang n’est pas
en soi péché; mais le cas advenant, il faut se purifier
pour revenir au monde ‘profane’. Si on omet délibérément de
se purifier, c’est là que ça devient péché; justement pour avoir
mêlé le sacré au profane. » J’ai alors compris
pourquoi ma
tradition me demandait de rester à l’écart du monde[4]:
quelqu’un
aurait pu me toucher et être devenu impur sans le savoir.
— Mais sachant tout cela, comment alors as-tu osé toucher
Jésus? s’écria Marthe.
— Oui, oui, je sais bien; mon geste ne semble pas très
cohérent avec ce que je viens de dire. Comment expliquer
mon audace? (L’hémorroïsse cherchait ses mots, incertaine
de se rendre convaincante.) D’un côté, j’ai senti une
petite ouverture de la part de ce bon scribe. Il ne voulait
pas trop s’avancer, mais il m’a quand même dit : « Écoutez :
il y
a la loi et il y a la vie. La loi est stricte, c’est bien
sûr, mais dans la vie de tous les jours, ce n’est pas toujours
facile de s’y conformer dans tous les détails.
L’important, c’est que vous fassiez toujours votre possible. Il
ne faudrait donc pas trop vous torturer l’esprit. »
Puis,
comme se parlant à lui-même, il a ajouté : « Yahvé est si
bon. Je
ne peux pas croire que… » Il n’en a pas dit plus, mais
c’était la brèche qu’il me fallait. D’un autre côté, je
connaissais la réputation de Jésus. Je l’ai vu tant de fois
faire des encoches à la loi quand il s’agissait d’aider les gens.
Combien de gens a-t-il guéri le jour du sabbat alors que la
loi l’interdit? Il ne cessait de clamer : « L’homme n’est
pas fait
pour le sabbat, mais le sabbat pour l’homme ». Il
avait pour
son dire que si le sabbat est fait pour l’être humain, c’est donc
une journée idéale pour lui faire du bien. Et Jésus, comme
le scribe, était si bon. Tous les deux voulaient tellement
faire les oeuvres de Yahvé. Quoique Jésus prenait encore
beaucoup plus de liberté, bien évidemment! Il me semblait
que Yahvé devait aimer et approuver ce que faisaient ces
deux hommes.
— De toute manière, en ce qui concerne Jésus, depuis que Dieu l’a
relevé d’entre les morts, cela ne fait plus aucun doute,
s’exclame Marie de Magdala.
— J’étais donc dans un véritable dilemme : d’un côté, j’avais la
nette conviction qu’à seulement toucher Jésus je serais
guérie, tout en sachant très bien que je n’avais pas le droit de
le faire; de l’autre, j’étais certaine que Jésus
m’accorderait la guérison si je la lui demandais. Mais
allez donc demander une telle chose devant tout le monde!
Imaginez si les gens qui le suivaient avaient su! Je me
suis dit que si, en le touchant, j’étais instantanément guérie,
ma situation d’impureté serait aussi instantanément
annihilée, vous comprenez, et que, par conséquent, je ne le
rendrais pas impur. Vous savez la suite. Quelle délivrance!
Il m’a redonné la vie, quoi! J’ai depuis une vie normale avec mon
mari, ma famille, avec tous ceux et celles que je côtoie.
Il a défait les liens qui me gardaient prisonnière, me redonnant
la liberté de vivre. De vivre comme tout le monde, enfin!
— Je t’écoute raconter cela, reprend Marie de Magdala,
toute songeuse, et je suis étonnée de voir comment toute
vie est précieuse pour Jésus. Et encore plus frappant, la
vie d’une femme a autant d’importance que celle d’un homme.
Hommes et femmes sont égaux devant lui.
— Oui, en effet, les hommes et les femmes sont égaux pour
Jésus, s’exclame Marie. Ce qu’il a fait pour moi en est un
exemple criant. La chance qu’il m’a donnée est complètement
renversante dans le monde où nous vivons.
— Je t’en prie Marie, ne recommence pas avec cette
histoire[5]
s’impatiente Marthe, sa soeur. Ton attitude m’a
tellement irritée, ce jour-là. On invite Jésus à la maison,
et voilà que Madame me laisse tous les préparatifs sur les
bras, sous prétexte de s’instruire!…
— Voyons, Marthe! Tu ne vas pas encore faire la mauvaise tête. Si
ma propre soeur ne comprend pas, soupire Marie, comment
faire accepter au monde ce droit que j’ai reçu de Jésus?
— J’avoue Marie, que moi non plus, la dite « femme
adultère », je
ne saisis pas très bien de quel droit tu parles.
— Le droit de s’asseoir aux pieds de Jésus et de ne rien
faire, ironise Marthe.
— Bien Marie, il semble que nous ayons vraiment besoin que
tu expliques, reprend avec sérieux « la femme
adultère ».
— Vous savez très bien que le droit de s’asseoir aux pieds
d’un maître pour recevoir l’instruction[6] est
réservé aux
hommes. Ce droit leur confère, par le fait même, les privilèges
d’interpréter, d’enseigner, de diriger, etc. La société ne
reconnaissant aucun de ces privilèges aux femmes, nos chefs
jugent prudent de nous garder dans l’ignorance. Mais Jésus,
lui, m’a enseigné exactement comme il l’a fait à ses disciples.
Il m’a fait comprendre que si Dieu m’a donné une
intelligence j’avais le droit de l’éclairer. Réalisez-vous ce que
ça implique? Considérant justement les implications, je
qualifierais son geste de prise de position radicale à l’encontre
d’une tradition très ancrée dans notre culture.
— Moi, je continue à croire que tu t’enfles la tête, ma chère
soeur.
— Attention Marthe! Marie est en train de me faire réaliser des
choses en ce qui me concerne personnellement; des choses
que je n’avais encore jamais vues avec autant d’acuité, dit Marie
de Magdala d’un air très songeur. C’est effectivement grave
et plein d’implications ce que tu dis, Marie.
— C’est tout simplement éblouissant! renchérit Marie. J’avais
souvent entendu Jésus s’entretenir avec mon frère Lazare.
J’étais fascinée par l’enseignement qu’il lui livrait. Je mourais
d’envie de me joindre à eux. Je découvrais avec
émerveillement que je comprenais tout ce que Jésus lui apprenait.
C’est fou, mais je découvrais en même temps que, moi, une
femme, je devais pouvoir assouvir mon incommensurable soif
d’apprendre. Puis, j’avais d’ailleurs entendu parler de la
fameuse parabole des talents que Jésus avait racontée un jour.
Alors, tout se bousculait dans ma tête : Avaisje le droit
d’étouffer mon intelligence? Mais comment la développer? Pour
la faire fructifier où? Auprès de qui? Puis, à bout
d’énergie, je finissais par me dire que la parabole des talents[7],
c’était sûrement pour les hommes. Je savais, certes, qu’il
y avait des femmes qui suivaient Jésus[8], mais
je croyais que
c’était uniquement pour servir les hommes. — Pardonne- moi,
Marie (de Magdala)—. J’avais beau me raisonner; ma lutte
intérieure me reprenait de plus belle. Or, j’avais bien
remarqué que Jésus traitait les femmes avec autant de respect
qu’il traitait les hommes. Ça, j’avoue que ça m’intriguait.
C’est ce qui m’a donné l’audace…
— Et Marie a sauté sur la première occasion. Nous avions
invité Jésus à venir manger chez nous et dès qu’il est
arrivé, elle l’a accaparé.
— Pauvre Marthe! Je n’arriverai certainement pas à te convaincre.
Mais enfin, dès qu’il est arrivé, oui effectivement, je
l’ai interpellé. Je me suis mise à lui poser des questions. Ça
déferlait. Et quel accueil Jésus m’a réservé! Il me
souriait d’un air ravi. Sans trop m’en rendre compte, je
m’étais tout bonnement retrouvée assise à ses pieds. Eh oui!
Dans la position de l’élève devant son maître!
Et lui, n’en a même pas fait la remarque. Tout avait l’air si
naturel pour lui. Plus tard, quand je me suis ressaisie, en
repassant la scène, j’ai réalisé que pour Jésus, c’était normal
qu’une femme s’instruise. Or, sachez-le bien, mesdames,
s’exclame Marie dans une feinte d’orgueil enjouée, le savoir
confère l’influence et le pouvoir!
— Oh, Marie! dit la dame de Magdala, en riant aux éclats,
avant que les hommes n’acceptent une telle réalité, il s’en
écoulera des siècles! Des millénaires même!
— Trèves de plaisanterie, je n’ai pas encore fini de
mesurer l’ampleur du don que Jésus a fait aux femmes à
travers son geste à mon égard. La liberté de s’instruire,
réalisez-vous? C’est sûr qu’il me faudra lutter pour me prévaloir
de ce droit. On pourra toujours me faire obstruction, mais
on ne pourra jamais m’enlever du coeur la conviction que
Dieu veut que ce droit soit reconnu aux femmes, puisqu’Il a donné
raison en tout à Jésus en le ressuscitant.
— Tu sais, Marie, ta façon d’exprimer avec autant de
lucidité les conséquences pour les femmes du geste de Jésus à
ton égard me fait encore mieux saisir ma propre expérience,
reprend Marie de Magdala[9].
L’enseignement privé que Jésus a
bien voulu te donner, je l’ai reçu au fil des jours en le
suivant. Car tu sais, ce qui m’est arrivé est tout aussi
inouï. Si je commençais par le commencement! Tout d’abord,
j’ai toujours senti que j’avais en-dedans de moi…— je ne
sais pas trop comment dire sans avoir l’air prétentieuse— que
j’avais du « leadership ». Oui, c’est ça, je me
sentais
capable de rassembler, d’organiser, de diriger… Eh bien! Jésus
s’en est vite rendu compte. Aussi, il n’a jamais cessé de
me confier des responsabilités. Nous discutions beaucoup
ensemble. Il savait très bien qu’il ne pouvait pas
m’envoyer en mission comme il le faisait avec les hommes;
ça aurait été me jeter dans la gueule du loup. Il disait que
notre société ne le permettrait jamais et que ce serait
trop dangereux pour moi; puis que de toute façon, on ne recevrait
pas l’enseignement d’une femme, ajoutait-il. Mais il me
laissait prendre une foule d’initiatives dans son
entourage. Il souhaitait surtout que j’aide les femmes à
développer leur estime personnelle et que je les encourage à se
tenir debout. Au début, ses compagnons — et même les
femmes!— me regardaient de travers. À la fin, ses plus proches
collaborateurs avaient appris à respecter mon opinion et à
me faire confiance. Ah! il y avait encore des réticences à
l’occasion. Le naturel a toujours tendance à refaire
surface, mais Jésus répétait sans cesse : « Pourquoi
le
souffle de Dieu, qui fait vivre et qui inspire, serait-il de
moindre valeur dans les femmes que dans les hommes? »
Que
vouliez-vous que les hommes répliquent à une telle sagesse?
Comme toi, Marie, je me bute aux entraves sociales quand j’ai le
goût d’exercer la liberté que Jésus m’a donnée. Mais je
sais qu’elle est là, invulnérable endedans de moi, et j’ose
espérer qu’elle soit une semence. Si Dieu a su vaincre la
mort en faveur de Jésus, il saura bien également faire triompher
la liberté qu’Il a donnée aux femmes par ce même Jésus.
— Écoutez les amies, si vous êtes étonnées de ce que Jésus
a osé faire pour vous, en terre purement juive, en défiant
les interdits, imaginez donc ce qu’il a fait pour moi « La
Samaritaine![10] »
Dans le monde juif, ça dépasse
l’entendement. Quand j’y pense, je suis même surprise qu’il
n’ait pas été exécuté sur le champ[11]!
Depuis quand un Juif a-t-il
le droit de s’adresser à une femme, comme ça, en public? À
une Samaritaine, par-dessus le marché! Même ses disciples, quand
ils sont revenus de leurs courses, en étaient tout
simplement scandalisés! Pourtant, ils en ont vu d’autres à ses
côtés!
— Ah oui, cette fois-là, sa liberté dépassait toutes les
bornes. Même moi, qui, en le suivant, ai vu tant d’entorses de
sa part, j’ai encore du mal à m’habituer à celle-là, dit
Marie de Magdala.
— Qu’il me parle en public, à moi, femme samaritaine,
c’était déjà inadmissible, mais qu’il l’ait fait en dépit
de mon lourd passé libertin, c’est renversant!
— Là, je t’arrête, dit la femme « adultère ». Jésus ne
s’est jamais
empêché de côtoyer les pécheurs (excusemoi!), même si la
religion le lui interdisait. Il avait pour son dire que ce
n’est pas en les méprisant et en les gardant loin qu’on
peut leur faire comprendre que Dieu les aime. Il n’a d’ailleurs
jamais cru que le contact avec qui que ce soit –homme, femme,
étranger, lépreux, pécheur- pouvait rendre impur.
— Mais plus encore, c’est par une femme, une samaritaine indigne,
que Jésus a fait entrer la foi en Samarie[12],
ajoute la
Samaritaine.
— Sans compter que Jésus était en train de dire au monde qu’aux
yeux de Dieu, les Samaritains valent autant que les Juifs.
Ça ce n’est pas près d’être gobé par les autorités juives! Les
impacts politiques et religieux sont tout simplement trop
grands. On ne peut pas voir l’immensité d’une montagne en se
tenant à son pied; il faut prendre du recul.
— N’empêche qu’au plus profond de mon coeur, moi, la
célèbre Samaritaine, je suis une femme libre. Jésus m’a
rendu l’estime de moi-même. Il m’a montré que mon
témoignage était digne. Un seul problème : avec toute la fougue
qui m’habite, j’ai peine à accepter que les choses bougent
si lentement.
— Moi, risque timidement la « Femme adultère »[13],
en
t’écoutant,
chère soeur de Samarie, toi qui sembles si à l’aise de
parler de ton cas, même si tu as eu cinq maris, ça me donne de
l’audace de parler à mon tour. J’ai traîné ma honte
longtemps après que Jésus m’ait sauvé la vie. Que dis-je?
je la traîne encore. Vous savez, on m’avait surprise en flagrant
délit avec cet homme… J’étais sûre que j’allais mourir,
qu’ils allaient me lapider, comme le prescrit la loi.[14]
— Et l’homme, lui? s’indigne la Samaritaine.
Haussant les épaules et hochant la tête, la pauvre
« Femme
adultère » semblait incapable de donner plus de précision.
— Ah, mais Jésus a bien dû penser que tu n’avais pas commis
l’adultère toute seule, ricane la Samaritaine.
— Mais enfin, moi qui me sentais si souillée, si sale, si
indigne… Moi qui, toute tremblante, n’osais même pas
redresser la tête quand Jésus m’a interpellée. J’entends encore
la douceur de sa voix- : « Femme, où sont-ils donc
ceux-là
qui t’ont amenée à moi? Ils ne t’ont pas condamnée? » J’ai
levé la
tête et j’ai lu tellement de bonté, de miséricorde dans son
regard. J’ai alors compris que j’étais sauvée.
Elle essuya une larme, tandis que les autres, émues, baissaient
la tête en silence.
— Mon histoire est peut-être plus personnelle, mais je
voulais quand même en parler parce que, en dedans de moi,
je me sens grandie face à Dieu; parce que Jésus a montré, que,
oui, pour Dieu, homme et femme sont égaux. Pourquoi, lui,
il aurait échappé à la mort et moi pas? L’attitude de Jésus a
suscité en moi un tel bien-être intérieur, une telle
libération. Mais jamais je ne recommencerai! Oh non!
s’écrie-t-elle avec conviction.
Marthe, s’approche par derrière, posant les mains sur ses
épaules, elle dit affectueusement :
— Ton histoire est loin d’être banale. Elle est un baume
pour les femmes bafouées. Elle clame l’égalité dans
l’exercice de la justice. Elle est garante de l’amour de
Dieu pour les femmes. Elle est promesse qu’un jour, on nous
respectera et nous reconnaîtra pleinement, nous aussi, les
femmes.
Les autres, la regardant avec tendresse, se taisaient
toujours. Marthe reprit:
— À moi aussi, Jésus a donné quelque chose, et ce quelque
chose est très précieux. Ah, bien sûr, ce n’est pas comme à
ma soeur, la possibilité de m’instruire; il savait que, de toute
façon, ça ne m’intéressait pas. Mais ce qu’il m’a donné, je
le chéris presque égoïstement : une amitié personnelle. Il a été
mon ami, lui, un homme juif, à moi, une femme!
— Dans ce cas, à moi aussi, dit sa soeur.
— Laisse-moi donc ce qui m’appartient, veux-tu Marie! Oui,
il a été mon ami. Au début, je craignais les jugements;
mais pour Jésus, c’était tellement naturel.
— Ce que tu dis n’est pas banal, Marthe, reprend Marie de
Magdala. Tu sais, dans notre groupe, Jésus voulait vraiment
que les hommes et les femmes aient ce type de relation, sans
jugement. Il était aussi à l’aise avec les femmes qu’avec
les hommes. Ah, ce n’est sûrement pas le même type d’amitié qu’il
a eu pour toi, se rattrape Marie de Magdala, soucieuse de
ne pas déplaire à Marthe. Mais au delà de toutes les
réticences que son attitude engendrait, c’était une semence
de libération sociale que Jésus jetait en faveur des femmes.
J’oserais dire que la relation d’amitié qu’il a eue avec
toi … et avec ta soeur aussi, peut-être?… est une sorte de
consécration de rapports nouveaux entre les hommes et les
femmes. Il osait vous rencontrer même si Lazare n’était pas
là, tout simplement parce qu’il attachait beaucoup de
valeur à votre compagnie. Jésus franchissait là un seuil
important. C’est encore une liberté nouvelle qu’il
octroyait aux femmes
— Mes chères soeurs, Jésus a semé un vent de liberté dans le
coeur des femmes, et cela, d’une multitude de manières.
L’histoire de chacune d’entre nous en est un témoignage vivant.
Il y aurait encore bien d’autres exemples à citer. Si
seulement le message de Jésus pouvait être entendu, reçu,
mis en pratique, le monde entier serait transformé! Car après
tout, - je ne le répèterai jamais assez- Dieu lui a donné
raison, puisqu’il l’a ressuscité. Mais vivons dans l’espérance et
dans la foi. Dieu est le Maître de l’univers. Il peut
vaincre toutes les résistances. La liberté que Jésus a donnée aux
femmes, un jour, s’épanouira pleinement pour le plus grand
bien de l’humanité!
Ce texte a été publié dans la revue L'autre Parole, no 114, été 2007 et est reproduit
avec les permissions requises.
NOTES
[1]
Sans malice aucune, on garde ici, pour certaines
femmes, les pseudonymes par lesquels la tradition chrétienne les
a identifiées, cela en raison du pouvoir évocateur du type
d’intervention de Jésus à leur égard.
[2] L’épisode concernant l’hémorroïsse se retrouve dans les synoptiques : Mc 5,25-34 ; Mt 9,20-22 ; Lc 8,43-48.
[3]
Lv 17,11.14 ; Dt 12,23 ; aussi Gn 9,4 ; Ex 24,8
[4] Lv 15,25-30.
[5] Voir l’épisode de Lc 10,38-42 relatant la visite de Jésus chez Marthe et Marie.
[6] Les élèves s’assoyaient effectivement par terre aux pieds de leur maître pour se faire instruire. Ainsi, selon Ac 22,3, Paul reçoit sa formation à la loi aux pieds de Gamaliel.
[7] Voir Mt 25,14-30 ; Lc 19,12-27.
[8] Lc 8,1.
[9]
Il ne faut pas confondre Marie de Magdala et la pécheresse non
identifiée de Lc 7,36-50. La traditionnelle confusion vient sans
doute du fait qu’elle soit nommée, en Lc 8,2, immédiatement après
l’épisode de la pécheresse, alors qu’on dit de Marie de Magdala
qu’il était sorti sept démons. En raison de ce dernier détail, la
possession de Marie a été associée à la situation de péché de l’autre
femme. Pourtant, les démons des évangiles ne suscitent pas le
péché mais sont cause ou explication de la maladie physique ou
mentale. Or, dire que Marie de Magdala a été délivrée de sept démons
peut signifier qu’elle ait été guérie d’une maladie incurable,
considérant la valeur du chiffre sept, symbole de la plénitude.
[10]
Jn 4,1-42
[11] Il importe de rappeler ici la profonde division qui existait entre Juifs et Samaritains. Les Samaritains étaient considérés comme un peuple bâtard du fait qu’il était composé d’un mélange d’Israélites et de colons étrangers. En effet, lors de l’invasion assyrienne en Samarie, en 722 av. J., les conquérants avaient, d’un côté, déporté en terre étrangère une partie de la population samaritaine, mais ils avaient, de l’autre, amené en Samarie des étrangers (dits « païens », du fait qu’ils adoraient plusieurs divinités). Le métissage raciale avait aussi entraîné une sorte de syncrétisme religieux, carrément décrié par les Juifs de race pure. Bref, les deux groupes, Juifs et Samaritains, se détestaient mutuellement. On saisit alors l’ampleur de la provocation, dans l’épisode du bon Samaritain (Lc 10,29-36), quand Jésus propose justement le Samaritain comme modèle, alors que deux Juifs de la plus haute orthodoxie, un lévite et un prêtre, n’ont pas su adopter le comportement charitable qui plaît à Dieu. (Voir aussi en Lc 17,11- 19, le récit de la guérison de dix lépreux dont seul le Samaritain revient remercier Jésus).
[12]
Jn 4,39-42
[13]
Jn 8,1-11
[14]
Lv 20,10 ; Dt 22,22-24
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le