Synode sur la vocation et la mission des laïques dans la société et dans l’Église – Rome, 1987

Le synode ordinaire des évêques convoqué à Rome du 1er au 30 octobre 1987, portait sur « La vocation et la mission des laïques dans la société et dans l’Église » . Prenaient part aux délibérations 232 cardinaux et évêques dont 154 élus par les conférences épiscopales, et 78 nommés par le pape. L’Afrique en comptait 44, les Amériques 54, l’Asie 28, l’Europe 50 et l’Océanie 6. À eux, s’ajoutaient 10 supérieurs majeurs de communautés de prêtres, 23 cardinaux, évêques chefs des dicastères, 14 métropolites et patriarches des Églises orientales. Un secrétariat central comprenant 20 personnes formait un pivot autour duquel se déroule le synode.

La délégation canadienne était composée de quatre évêques élus par leurs confrères canadiens, Mgr Jean-Guy Hamelin de Rouyn-Noranda; Mgr John Sherlock, évêque de London, Ontario; Mgr James Martin Hayse, archevêque d’Halifax et président de la CECC; et Mgr Donat Chiasson, archevêque de Moncton. Quatre experts accompagnaient la délégation, l’abbé Paul Tremblay, Mesdames Annine Parent et Janet Summerville, le Père Bill Ryan, s.j., secrétaire général de la Conférence des évêques catholique du Canada.

Le synode s’est déroulé sur 30 jours. Dès le premier jour, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, rapporteur au synode, a annoncé que suite aux consultations préalables, quatre questions principales feraient l’objet des discussions : 1) le caractère séculier des laïques, 2) les associations laïques et leur rapport avec les pasteurs, 3) les ministères, 4) la vocation et la mission de la femme.

Dans ce document, nous vous présentons comment il a été question des femmes lors de ce synode. Nous constaterons que malgré les requêtes des laïques, malgré les  interventions des évêques à Rome, malgré les études et les démarches de toutes sortes, il est difficile de faire entendre la voix des chrétiens et des chrétiennes alors que Rome demeure généralement ferme dans ses positions.

Vous trouverez ci-après 1) les requêtes des laïcs de chez-nous  lors des consultations avant synode,  2) des extraits des interventions des évêques venant de différents pays du monde au synode, 3) les recommandations retenues, 4) un extrait du message du synode à l’ensemble du synode,  5) un extrait de l’homélie de Jean Paul II lors de la messe de clôture, 6) un aperçu de l’exhortation apostolique Christifideles laici de Jean Paul II, suite au synode, 7) et  les propos de Jean Paul II  aux personnes présentes à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïques rassemblés pour les vingt ans de l’exhortation apostolique Christifideles laici

1)    REQUÊTES DES LAÏQUES DE CHEZ-NOUS

L’étape de la consultation a été l’occasion d’une première prise de parole sur les femmes. Par la suite, le débat s’est poursuivi à Rome, soutenu par les interventions des évêques et les travaux en ateliers. Les minces résultats immédiats se lisent à travers les propositions votées, le message final adressé au peuple de Dieu ainsi que l’homélie prononcée par Jean-Paul II lors de la cérémonie de clôture.

La délégation canadienne au synode s’était donnée comme objectif de consulter le plus grand nombre de personnes possibles. Du côté francophone, des réponses à un questionnaire et plus de quatre-vingt-dix mémoires ont été présentés à la délégation.

Voici quelques extraits du rapport rédigé à partir des nombreuses demandes. 

« L’ecclésiologie constitue le premier pont de convergence notable. En effet, les opinions entendues présentent une remarquable unité de vue quant au rôle et à la mission de l’Église dans le contexte d’ici. De cette commune conception naissent quelques préoccupations majeures, la condition féminine est la première d’entre elles. Une nette majorité des mémoires en font mention et une vingtaine d’entre eux portent exclusivement sur le sujet. Deux autres questions retiennent aussi l’attention, tant par leur pertinence que l’insistance avec laquelle elles sont exposées. Il s’agit du mariage et de la famille compris et vécus comme des manifestations spécifiques de la vocation laïque, et, dans un tout autre ordre d’idées, de la place faite dans l’Église aux laïques mandatés pour des tâches pastorales. »

La condition féminine

•    Ce point réunit une large part des mémoires soumis à la délégation. Il s’agit des questions portant sur la place faite aux femmes dans l’Église et la société. À l’unanimité s’ajoutent parfois même la fermeté et l’impatience devant la lenteur des changements qui tardent à venir. Une intervenante a d’ailleurs exprimé en peu de mots ce que vivent un grand nombre de femmes engagées en Église : « J’étais fatalement laïque dès le sein de ma mère. Ce n’est pas le baptême qui m’a fait laïque, mais le fait d’être femme… ».


•    On désigne l’élan d’émancipation des femmes au sein de la société et de l’Église québécoise comme un signe de bonne nouvelle, un « signe des temps » . Dès lors, on presse les évêques de persévérer dans leur insistance à parler de la condition des femmes au cours du synode, comme ils le font régulièrement depuis 1971.

À cause de l’Église

•    La place de la femme dans l’Église est d’abord considérée à la lumière de l’ecclésiologie précédemment esquissée. La dignité baptismale des enfants de Dieu, de même que la commune mission ecclésiale, sont les deux arguments qui animent la plus grande part des argumentations, opinions et recommandations.


•    À la lecture des mémoires, on constate que des groupes de tous les horizons se font solidaires des revendications des femmes. Ces revendications sont de trois ordres : le discours ecclésial, le partage des responsabilités et l’accession aux ministères.

Discours ecclésial

•    Les femmes réclament un droit de parole pour tout ce qui les concerne, particulièrement en des domaines qui les touchent directement. C’est, entre autres, cas du discours ecclésial portant sur la famille et la sexualité.


•    Dans un même ordre d’idées, il est fortement souhaité que l’Église proclame une parole prophétique qui promeut l’égalité de l’homme et de la femme. Cela va jusqu’à la forme même du langage que l’on veut exempt de sexisme.

Responsabilité partagée

•    Les voix s’unissent aussi pour recommander que soient abolies toutes les règles, lois et conditions qui interdisent aux femmes l’accès aux différentes fonctions et responsabilités ecclésiales. Tout doit être mis en œuvre afin qu’elles puissent accéder à tous les niveaux de service et de responsabilité de l’Église. De plus, les fonctions d’enseignement et de gouvernement ne devraient plus être fermées aux femmes. Enfin, certaines règles – comme l’interdiction qui est faite aux femmes d’approcher l’autel – qui heurtent de front la dignité humaine et chrétienne des femmes devraient être révisées sans tarder.

Ministère

•    Au risque de revenir sur des appels déjà lancés (…) la délégation canadienne devrait demander qu’une étude sérieuse soit reprise sur la question des ministères (…). Nous, comme femmes en Église, serions mal à l’aise que les pères synodaux gardent le silence (…). Nous demandons que les évêques canadiens posent à nouveau un geste prophétique. Ces propos résument assez bien un souhait généralement exprimé. Les personnes et les organismes qui ont déposé des mémoires et attendent de la délégation canadienne qu’elle intervienne sur la question de l’accès des femmes aux ministères ecclésiaux. Voyons de plus près en quoi consistent les différentes recommandations à ce sujet.

Nouveaux ministères

•    De façon générale, il est recommandé par les différents groupes que les nouveaux ministères soient développés de manière à ce que les femmes y aient accès sans réserve aucune. Voilà pourquoi plusieurs pressent les évêques de poser un premier geste concret en accordant un mandat pastoral aux laïques, femmes et hommes, qui assument une charge pastorale (là où ce n’est pas encore une pratique habituelle).

De nouvelles modalités

•    Une certaine part des intervenants et des intervenants proposent une approche essentiellement pragmatique. Il s’agirait de confier à des femmes mandatées le soin de présider certains actes liturgiques qui sont directement liés à leur tâche pastorale. Ceci concerne particulièrement les ministères dits « de la Parole »  (proclamation et prédication) de même que les sacrements du baptême, du mariage et de l’onction des malades.

Les ministères ordonnés

•    Enfin, quelques mémoires recommandent explicitement que soit étudiée l’hypothèse selon laquelle des femmes pourraient accéder aux ministères ordonnés.


•    Plusieurs voix se sont unies pour demander précisément l’accès des femmes au ministère diaconal.


•    De plus, il est à noter qu’un grand nombre d’individus et d’organismes recommandent que soient levés tous les obstacles qui empêchent les femmes d’accéder à la totalité des fonctions ecclésiales. Dans cette perspective, l’ordination est perçue comme la voie d’accès aux postes de gouvernement dans l’Église, la plupart de ces derniers étant exclusivement réservés aux ministères ordonnés.

En tout état de cause, notons que tous ceux et celles – et ils sont nombreux – qui sont intervenus en faveur des revendications des femmes pourraient assurément se reconnaître dans les propos suivant émis par les mouvements nationaux de la JEC et du MECQ : « Une Église qui avance c’est aussi une Église qui fait des choix, et pour nous, la priorité doit être faite aux femmes, (…) il est plus que temps de cesser de leur faire une certaine place dans notre projet d’Église mais bien plutôt de leur faire une place certaine. Et cela dans toutes les sphères de notre travail que ce soit au niveau du langage, des symboles, des lieux de décision, des sacrements, etc. ». 


La consultation au Canada anglophone

Cette consultation arrivera à des résultats analogues dans l’ensemble des expressions. Toutefois, quelques groupes, dont les Real Women, s’opposeront au féminisme le considérant comme une source de division et de confusion et se porteront à la défense d’une pratique traditionnelle. Entre les tendances radicales et les tendances traditionnelles, s’expriment une large majorité de chrétiens et de chrétiennes. Ils et elles veulent que des femmes fassent partie du personnel de leurs paroisses et ne soient plus tenues à l’écart du processus décisionnel. Ils demandent de ne plus lier sacerdoce et juridiction.

2)  DÉCLARATIONS DES ÉVÊQUES AU SYNODE

Lors de la tenue du synode sur « La mission et la vocation des laïcs dans la société et l’Église » plusieurs épiscopats ont soulevé certaines situations problématiques qui empêchent les femmes d’être pleinement reconnues dans l’Église. Il a été demandé de lever les barrières juridiques qui oppriment les femmes, de permettre aux femmes d’accéder à des postes de gouvernement  dans l’Église,  de permettre aux théologiens et théologiennes d’approfondir la questions des ministères ordonnés en particulier le diaconat, d’abroger les lois qui écartent les femmes de l’autel, d’ouvrir aux femmes les ministères du lectorat et d’acolytat, de reconnaître l’égalité homme femme dans l’Église,  leur rôle d’évangélisation et leur leadership au sein des communautés chrétiennes et enfin,  d’encourager les valeurs familiales.  Ils s’inquièteront du sentiment de désillusion grandissant chez les femmes. Nous vous présentons quelques extraits d’interventions entendues à cette occasion. 

Le numéro qui suit le nom de l’évêque marque son ordre d’intervention.

Belgique, Cardinal Godfried Danneels, archevêque de Bruxelles (4) 

« Pour exercer leur responsabilité dans l’Église, les femmes doivent d’abord occuper la place qui leur revient dans la gestion d’un diocèse. On ne peut perdre de vue le rôle irremplaçable des religieuses dans l’Église ».

USA, Mgr Georges Weakland, archevêque de Milwaukee (12)

« La lutte à propos du rôle des femmes dans l’Église et la société est peut-être le défi le plus significatif auquel l’Église ait à faire face aujourd’hui. Par le passé les femmes ont beaucoup contribué à la vie et à la vitalité de l’Église mais dans un nombre restreint de domaines. En gratitude pour leur contribution, nous devons nous efforcer de travailler pour que la totalité de leurs talents et de leurs dons soient reconnus et utilisés dans l’avenir. La coexistence en tant que disciples dans l’Église exige que soient reconnus les dons des femmes et découvertes les voies dans lesquelles elles puissent pleinement contribuer à la vie de l’Église et à sa direction. Les femmes demandent à être traitées dans une relation mutuelle qui ne soit pas condescendante, ni paternaliste, qui ne crée pas de passivité ni de dépendance. Les femmes souhaitent être traitées de la manière dont Jésus a traité les femmes : avec confiance et respect. »

Colombie, Mgr Libardo Raminez Gomez, évêque de Garzon (13)

Le concile Vatican II, le droit canon, et l’Instrumentum Laboris de cette septième Assemblée Générale du Synode parlent des droits et devoirs des laïques dans l’Église. La femme fait partie de cette catégorie des laïques, rendus à leur manière « participants de l’office sacerdotal, prophétique et royal du Christ » . (L.G. n.31 et C204)

L’Église a une législation au sujet de la vie consacrée à laquelle participe un groupe choisi de femmes (C.C. 573 à 730); les autres, qui forment l’immense majorité des femmes, sont des laïques à qui il serait souhaitable de ménager un accueil plus large au sein de l’Église du fait qu’elles sont susceptibles d’y donner une collaboration et d’y rendre des services en supprimant simplement quelques barrières disciplinaires.

La vocation est un appel de Dieu pour une « relation personnelle avec lui dans l’amour » (I.L. n.15). La « mission » découle de la vocation, elle en est sa projection dans l’apostolat (I.L.n.14). Cet appel et cette projection dans l’apostolat doivent s’accomplir dans l’Église et contribuer à sa mission. « L’Église écarte toute discrimination entre les diverses sortes de fidèles, hommes ou femmes; elle reconnaît en tous la même dignité de chrétiens et elle compte sur la communion entre tous pour l’accomplissement de la mission. » (I.L.48) Il faut donc pour cela que « les capacités spécifiques des femmes soient mieux reconnues et mises en valeur et que leur contribution soit plus large et plus intense dans les divers champs d’apostolat » . (id)

L’Instrumentum Laboris dit : « …la pleine reconnaissance de la dignité de la femme est encore un objectif à atteindre » (I.L. n.9) Quand la dignité de la femme n’est pas suffisamment reconnue, on ne lui donne pas pleinement de co-responsabilité et il en découle une infirmation de l’égale dignité entre fidèles laïques hommes et femmes.

Suisse, Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg (14)

La participation des laïques hommes et femmes aux décisions dans l’Église doit être étudiée attentivement afin que soient respectées et la coresponsabilité des laïcs enracinés dans leur baptême et confirmation, et la mission d’unité et de fidélité du magistère dans la transmission de la foi des apôtres. Les notions de consultatif et de délibératif ne paraissent pas bien respecter le Mystère propre de l’Église. Ne devraient-elles pas être dépassées par la recherche, dans le dialogue, d’un consensus. En lieu de cette question devrait être approfondie la notion de « sens des fidèles » ou de « sens de la foi » conçue trop souvent comme exclusivement passive, i.e. comme la disponibilité à recevoir les décisions du magistère. Cette question est importante également d’un point de vue œcuménique.

L’impossibilité canonique (can.230, par.1) de donner l’institution liturgique du lectorat et de l’acolytat aux femmes constitue une réelle discrimination contraire à la déclaration formelle de l’Instrumentum laboris. À l’intérieur de la mission des laïques, toute discrimination entre hommes et femmes, enfants et adultes, mariés et célibataires, malades et bien portants, doit être écartée.

Scandinavie, Mgr Gerhard Schwenzer, évêque d’Oslo (16)

L’Église défend dans ses documents la dignité et les droits des femmes. Bien que le Concile Vatican II ait clairement reconnu l’égalité fondamentale entre homme et femme, nous devons constater que, 20 ans après le Concile, il existe encore chez de nombreuses femmes un sentiment diffus d’impuissance et de désillusion.

Indépendamment du fait que ce sentiment peut exister à tort ou à raison, nous devons le prendre au sérieux et agir en conséquence. La réalité selon laquelle les hommes et les femmes sont égaux est-elle effectivement, en pratique reconnue ? Cette réalité présuppose la sensibilisation de l’intérieur des prêtres, ce qui revient à dire la considération de la manière dont on doit « voir » les femmes en général, traiter avec elles, se tourner vers elles et leur parler.

Les femmes préparées, dont la situation positive à l’intérieur de l’Église soit reconnue, devraient avoir bien d’autres postes de responsabilités que ceux qu’elles ont occupés jusqu’à maintenant au sein de la pastorale (par exemple la collaboration dans les séminaires) dans la communauté de l’Église, jusqu’à la Curie. Il est important que les femmes elles-mêmes puissent donner leur contribution aux changements nécessaires.

L’influence insuffisante des femmes dans le milieu ecclésial apparaît de plus en plus comme une erreur fondamentale de l’Église. En aucun cas les femmes ne sont seulement un objet de la pastorale mais plutôt unsujet responsable dans une large partie et de façon indispensable, dans la vie de l’Église, et par conséquent, tant dans la diffusion de la foi que dans la participation à la pastorale et au diaconat. Cette conscience doit se renforcer à l’intérieur de l’Église, à tous les niveaux et doit se transformer en action concrète.

Zimbabwe, Mgr Henry Ernest Karlen, évêque de Bulawayo (20)

Les femmes dans l’Église d’Afrique jouent un rôle très important. Elles sont souvent plus actives que les hommes; elles sont des apôtres laïques et souvent des leaders. Cela contribue à la dignité et à l’acceptation des femmes comme membres importants de l’Église.

U.S.A. Mgr Roger Michael Mahony, archevêque de Los Angeles (30)

Il est nécessaire de continuer à examiner les formes d’exclusion des femmes des fonctions ministérielles, de façon à voir ce qui est exigé par la Tradition chrétienne aussi bien que dans les dispositions et les qualités nécessaires pour travailler en harmonie avec les autres.

Antilles, Mgr Donald James Reece, évêques de St-John’s Basseterre (31)

Le rôle spécial des femmes est un rôle égal bien que distinct de celui des hommes. Il faut faire des études sur la question de l’ordination.

Nouvelle-Zélande, Mgr Edward Russel Gaines, évêque de Hamilton (34)

Le rôle de femmes dans le futur de l’Église.
•   Les femmes qui travaillent pensent que leurs dons et leur savoir-faire pourraient être mieux utilisés dans les processus de décisions de l’Église.


•    Le langage utilisé dans le culte et la liturgie se trouve à exclure les femmes. Une plus prompte approbation des textes anglais pourrait guérir cette blessure pour certaines.


•    Les femmes seules, les mères seules et les femmes divorcées se sentent écartées de l’Église
Les femmes ne sont pas consultées dans les processus de législation de l’Église. Mais elles sont sensées respectées ces lois dans leur vie.


•    Les femmes pensent qu’il y a une réticence de la part de certains prêtres de paroisse à accepter volontiers que des femmes exercent un ministère dans l’Église.


•   Les femmes espèrent un esprit de collaboration et de réconciliation dans l’Église afin de pouvoir participer plus pleinement à la «communion de l’amour ».

Inde, Mgr Kuriakose Kunnasserry, évêque de Kottayam (62) 

Il y a une vaste implication de l’Église tout entière, à la fois hommes et femmes, dans la célébration des sacrements; cela est particulièrement évident dans le rôle de « Msamsanitha » ou de « Deaconess » qui sont particulièrement ordonnés pour aider à administrer le baptême des femmes, pour distribuer la Sainte communion dans des circonstances et formes particulières. Même aujourd’hui le service d’ordination des évêques dans les rites orientaux contient des paroles conférant le pouvoir d’ordonner des diaconesses. Il sera opportun de restaurer l’institution des diaconesses, dans le contexte présent.

République fédérale d’Allemagne, Mgr Hemmerle, évêque de Aachen (65)

La femme dans l’Église et dans la société est un thème d’une actualité brûlante. Une théologie et une anthropologie de la communion peuvent susciter toute une série de demandes et de réponses.

Mexique, Mgr Rafaelo Monuz Nunex, évêques d’Aguascalientes (70) 

En Amérique latine, des millions de femmes sont encore émarginées de la société et de la culture, et l’Église ne leur a pas donné l’opportunité d’une pleine participation.

Bien que la femme ait une vocation dans la foi identique à celle de l’homme, elle a une condition qui lui est propre et une forme bien à elle de sentir Dieu et de le rayonner, que ce soit par sa foi adulte et cultivée, que ce soit par sa, non moins valable, religiosité populaire empreinte de simplicité.

Mission dans l’Église : La femme est le visage aimable et doux de l’Église, celle qui sait le mieux vivre et dispenser avec fécondité sa virginité ou sa maternité. De ce filon inépuisable, l’Église a reçu une énergie, une impulsion, une affection, une ferveur et un élan dynamique. Et pourtant, elle ne lui permet pas encore de développer à fond toutes ses capacités de don et de réalisation.

La mission de la femme dans le monde actuel présente de très vastes perspectives, pratiquement toutes les professions, tous les milieux et toutes les structures sociales sont aujourd’hui ouverts à la femme. En notre époque de profondes transformations du monde, où entrent en jeu les valeurs fondamentales de l’humanité, nous nous devons de tourner nos yeux vers les femmes. Quand la femme se laisse pénétrer par l’évangile, elle fait en sorte que s’épanouissent la vérité, la justice, la paix, l’amour, la vie. Elle est un signe authentique des temps modernes.

Zaïre, Mgr Ignace Matondo kwa nzambi, évêque de Basankusu (77) 

À l’échelle nationale les laïques sont formés en théologie et en philosophie, et ont accès aux grades universitaires. L’Église espère que grâce aux études bibliques et théologiques, les laïques en général, et les femmes en particulier apporteront une contribution originale dans la formation spirituelle et morale des autres membres de la communauté ecclésiale.

République fédérale d’Allemagne, Mgr Wolfgang Rolly, évêque tit. De Taborenta (84)

Il est tout à fait vrai qu’aujourd’hui les associations féminines peuvent représenter une grande demande de dignité et d’égalité de la femme dans l’Église et dans la société. Puisse le Synode encourager les associations catholiques dans leur engagement ecclésial et social.

Philippines, Mgr Celso N. Guevarra, évêque de Balnga (85)

L’Assemblée plénière de la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie a étudié le sujet sur les laïques et la condition des femmes en Asie. En Asie, le tourisme et les industries de loisir ont exploité, dégradé et déshumanisé les femmes asiatiques. Elles sont exploitées et mises de nouveau à l’écart par la nouvelle situation économique et industrielle, la politique de l’emploi et les bas salaires qu’elles reçoivent pour le même travail que les hommes. En général, la société asiatique considère les femmes comme inférieures. Toutefois existe aussi une appréciation positive de leur personne et de leur travail comme cœur de la famille et de leur courage dans les moments de crise. Cela est particulièrement vrai dans certains pays, comme les Philippines où leur progrès dans des professions comme médecins, juristes, directeurs, leaders politiques est phénoménal. Leur travail dans l’Église est extrêmement valable; sans elles le travail d’évangélisation échouerait.

Les femmes ont leurs propres rôles et fonctions basées d’abord sur leur dignité; il y a égalité tant qu’il y a complémentarité avec les hommes. Mais des qualités et des charismes particuliers rendent les femmes particulièrement aptes à certaines fonctions qui, dans le contexte sociologique de l’Asie, ne peuvent être remplies convenablement que par des femmes. Cela rendra possible pour l’Église d’être présente là où elle ne l’était pas avant. Toutefois, cela n’implique pas qu’il doive y avoir des ministères séparés pour les femmes. Il est question d’une égale participation au ministère des femmes, non d’un ministère pour les femmes.

Il s’ensuit certaines conséquences. Ce sont les laïques eux-mêmes qui ont de particulières responsabilités pour défendre et promouvoir la dignité des femmes, également par la législation. Le corollaire de ce principe de dignité et d’égalité est également applicable au sein de l’Église. Ne serait-ce que pour que l’Église soit crédible quand elle parle en faveur des femmes d’une voix qui n’a pas son égale en Asie. Les femmes dans les ministères est un impératif pour l’évangélisation en Asie.

France, Mgr Albert Decourtray, archevêque de Lyon (87) 

S’il est vrai que bien des femmes sont à l’aise dans notre Église, c’est aussi un fait que beaucoup d’entre elles se sentent victimes d’un manque de respect objectif de la part de leur pasteur. Notre discours pastoral et théologique sur l’égale dignité des sexes, que Dieu a créés un dans la différence, à son image, est en effet parfois contredit par nos comportements.

Compte tenu de cette observation pratique, je souhaite que le Synode :

•    Suscite et prépare un nouvel effort théologique et catéchétique destiné à faire mieux comprendre le sens de la féminité dans le dessein du Dieu créateur et rédempteur.


•    Invite les pasteurs à associer de plus en plus de femmes – en tant que femmes – à la marche de l’Église en facilitant la mise en œuvre de leurs dons spécifiques « dans toute activité » (Jean-Paul II à San Francisco).


•    Déterminer quelques responsabilités typiques auxquelles il recommanderait d’appeler des femmes qualifiées par l’authenticité de leur vie chrétienne, la profondeur de leur expérience humaine et spirituelle, leur familiarité avec les écritures et la pensée de l’Église, leurs dons particuliers. Il faudrait que les femmes soient appelées à jouer un rôle dans des domaines dont elles sont exclues sans raison : le conseil spirituel, conformément à toute une tradition du monachisme oriental, la formation théologique et spirituelle des chrétiens et notamment des futurs prêtres, l’aide aux ministres ordonnés sous de multiples formes.


•    L’année mariale offre une occasion privilégiée de mieux comprendre et de mieux vivre le sens de la féminité et du rapport entre l’homme et la femme dans le dessein de Dieu.

Argentine, Mgr Raul Francisco Primatesta, érchevêque de Cordoba (91)

En particulier, la vocation et la mission de la femme dans l’Église : sa dignité, son égalité fondamentale à l’homme, au rapport spécifique et bien à elle au sein de la communauté ecclésiale doivent être étudiées et proposées dans sa juste perspective. Jusqu’au problème de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel doit être pris en considération en soulignant les motifs purement théologiques du magistère invariable de l’Église tout au long de son histoire, en rappelant que le magistère a dans l’Église une fonction qui ne saurait être substituée, en se référant à la nature même du ministère sacerdotal qui n’est un droit pour personne et en respectant aussi le caractère séculier particulier au laïque pour éviter tout risque de « cléricalisation » de la femme.

Australie, Père Anthony McSweeney, sss, supérieur général (96) 

L’eucharistie doit être vue comme la source, le sommet et le centre de l’existence chrétienne.

Sommet : La pleine participation de tout le peuple aux ministères, des femmes comme des hommes, aux rites (introductions, prière des fidèles) et à l’homélie, nourrit ce sens d’identité et d’expérience de la communion…

République centre africaine, Mgr Armando Umberta Gianni, évêque de Bouar (99) 

La conférence épiscopale centrafricaine demande un engagement pour un renouveau du mariage, de la vie familiale, de la dignité de la femme, pour que cessent certains abus; unions libres, polygamie, prostitution, drogue.

Colombie, Mgr Alberto Giraldo Jaramillo, évêque de Cùcuta (101)

En parlant de ministères conférés à des laïcs : Ces ministères peuvent être conférés aussi aux femmes. Elles sont des laïques à part entière,

Yougoslavie, Mgr Franc Kramberger, évêque de Maribor (114) 

Il est facile de comprendre que la femme doit avant tout collaborer avec son mari dans la famille, à l’éducation des enfants, mais on ne doit d’aucune façon retenir comme secondaire la légitime promotion sociale de la femme (cf. G »S »52) Cette promotion sociale de la femme ne doit pas seulement être reconnue, mais il faut également s’employer à ce que la femme coopère au bien commun universel. Deux choses sont donc nécessaires : d’une part que la femme accomplisse pleinement la fonction qui l’attend dans la vie sociale; de l’autre qu’elle puisse l’accomplir selon son propre caractère de femme. La participation de la femme à la réalisation du bien commun universel est quelque chose d’important et donc nécessaire et exige, en tant que tel, la reconnaissance et le soutien de l’Église universelle. Le motif fondamental de cette exigence est : d’une part, la connaissance de la doctrine de l’essentielle égalité entre toutes les personnes; de l’autre, la conscience du fait que chaque chrétien et donc aussi chaque chrétienne a ses propres charismes. Le charisme particulier de la femme est dans le champ de la vie. C’est un charisme qui peut donner ses fruits pour l’édification de l’Église et du genre humain.

Irlande, Mgr Cahal Brebdan Daly, évêque de Downand Connor (128) 

Les femmes doivent également entrer en politique. Trop souvent, notre société abaisse leur dignité et n’accorde que trop peu d’attention à leurs droits et à leur bien-être. Il est à espérer que, sous l’influence bénéfique de la femme en politique, la société pourra arriver à avoir un visage plus humain, montrer un respect plus réel du caractère sacré de la vie humaine, défendre les droits des bébés et des enfants et rechercher une juste politique de la famille.

République Dominicaine, Mgr Priamo Péricles Tejeda Rosario, évêque de Bani (132)

Il y a des ministères laïques qui doivent être conférés officiellement et sans réserve aux femmes. C’est souvent entre elles que l’on rencontre le plus grand nombre et le meilleur des laïques dans les communautés.

S.B.R. Stephanos II Ghattas,cm, patriarche d’Alessandrie des Coptes (137) 

Quant à la femme, les Églises orientales, en particulier l’Église Copte, tout en prônant la dignité de la femme et en proclamant son égalité avec l’homme, ayant tous les deux les mêmes droits et les mêmes devoirs dans tous les domaines : éducatif, social, service de santé, catéchèse, ne lui confèrent pas de ministères liturgiques. Cela est dû probablement à notre traditionalisme ancestral et à notre connivence avec d’autres chrétiens attachés eux aussi aux traditions de l’Ancien Testament, et de plus encore avec les Musulmans.
Notre dévotion bien connue à la Vierge Marie devrait nous donner en cette année mariale, un regard plus serein sur le rôle et la mission de la femme égyptienne d’aujourd’hui dans l’Église et dans le monde.

Angleterre, Cardinal George Basil Hume, osb, archevêque de Westminter (138) 

Le baptême rend chacun de nous capable de partager pleinement l’unique mission du Christ qui s’exprime et se réalise dans une diversité de vocations et de dons spécifiques.

Je voudrais évoquer quatre points. Premièrement, je voudrais voir avec plus de clarté son usage, le terme « ministère » qui ne doit être appliqué que pour le service de ceux qui agissent de façon particulière au nom de la communauté de l’Église et qui sont autorisés par l’Évêque.

Deuxièmement, il est urgent de reconnaître le rôle des femmes dans l’Église. Leur exclusion, présente des ministères de lecteur et d’acolyte et l’autorisation qui leur est donnée d’exercer ces fonctions de manière exceptionnelle, est théologiquement confuse.

Troisièmement, il est important d’approfondir l’association réelle entre les ministères. Quand par exemple, le ministre ordonné exerce son rôle d’enseignement, il doit écouter l’Esprit qui parle au travers des laïques en vertu de leur baptême.

Quatrièmement, rétablir toute chose en Christ exige de chaque chrétien d’être saint. Par la suite, il dira : « On nous dit de faire des études sérieuses parce qu’il s’agit d’une question importante. Eh bien oui, les études ont été faites. Nous savons ce que nous demandons et c’est important pour nous. »

Une anecdote : Un cardinal africain venait de faire une intervention passionnée pour s’opposer à la présence de femme dans le service de l’autel. Le cardinal Hune, qui s’était permis de « rêver » à l’avant-dernier Synode d’une Église qui ne serait plus la forteresse du château Saint-Ange mais d’une humble pélerine sur les chemins des hommes, suit immédiatement et raconte : 

« Je m’excuse auprès de vous, Saint-Père, mais j’ai encore fait un rêve… La nuit dernière j’ai rêvé que j’avais des problèmes dans mon diocèse au sujet des femmes à l’autel.  Je me sentais très inquiet. Je téléphonai au nonce papal. – « Elle n’est pas là »  me répondit son mari.  Je demandai alors de parler au secrétaire.  Il répliqua : « Elle est allée dans la paroisse pour se préparer à faire des lectures dimanche prochain. » Je devins alors plus inquiet, alarmé même à la pensée qu’une femme allait faire une chose aussi importante dans une Église dont je suis responsable. Mon rêve se changea en cauchemar! Je devins si inquiet que je me réveillai.  Et alors, les yeux bien ouverts je me dis à moi-même : Tout de même, je vis dans un pays où la première fonction est tenue par une femme, la reine.  Et c’est aussi une femme qui est premier ministre.  Toutes deux s’acquittent bien de leur tâche,  Et elles restent bien femme… même avec le pouvoir qu’elles exercent.  Je réalisai alors que mes peurs de la nuit étaient sans fondement.”

Par la suite il dira : « On nous dit de faire des études sérieuses parce qu’il s’agit d’une question importante.  Eh bien oui, les études ont été faites.  Nous savons ce que nous demandons et c’est important pour nous.»

Niger, Mgr Anthony Ilolu, osb, évêque de Okigwe (142)

Que certains ministères comme ceux de lecteurs, d’acolyte ou le service de l’autel, puissent être confiés à la fois aux hommes et aux femmes, sans discrimination de sexe.

Autriche, Mgr Maximilian Aichern, évêque de Linz (152)

Le postulat de réaliser l’égalité de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde trouve des réponses diverses; les soi-disant qualités masculines et féminines se trouvent dans chaque personne mais sont attribuées, demandées et promues unilatéralement.

La Mère de Dieu est un modèle, non seulement pour la femme, mais aussi pour tous les chrétiens, et même pour toute l’Église. Parce que le problème est très complexe, on devra procéder avec une grande attention.

Irlande, Cardinal Tomas O’Fiaich, archevêque de Armagh (172) 

Le laïcat catholique est un géant qui dort. D’une force de plus de 700 millions de membres, il pourrait faire un immense travail en faveur du Royaume de Dieu.

Enfin, quelques mots sur le rôle des femmes. L’Église doit entrer en jeu pour que soit reconnue à la femme sa pleine dignité. Elles ont rendu d’incalculables services par le passé, et elles sont en général la moitié du laïcat qui est la plus attentive à la prière, aux devoirs religieux, à la compassion, à l’attitude amicale et à la bienveillance humaine.

Canada, Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda (176)

La question de la pleine participation des femmes à la vie de l’Église est une question de toute première importance pour la vie et l’avenir de notre Église. Ce n’est pas une exigence nouvelle, c’est l’intuition de la Génèse.  Il n’y a pas d’humanité selon de cœur de Dieu sans l’alliance de l’homme et de la femme.

Osons le reconnaître, il existe  un contraste évident entre la question des femmes dans la société et la condition des femmes dans l’Église. Dans la société, il y a encore des barrières à franchir, barrières psychologiques, sociologiques, culturelles, mais les barrières juridiques sont levées et les femmes peuvent avoir accès à toutes les responsabilités, métiers, professions ou services. Dans l’Église trop de portes restent fermées.

Il va falloir nous laisser interpeller sérieusement par cette situation et consentir à certains redressements.  Reconnaissons-le, nos mentalités, notre pratique et notre discours ne concordent pas toujours avec les affirmations sur l’égalité que l’on trouve dans nos déclarations. Le temps n’est plus aux souhaits, il est aux gestes concrets…Nous ne pouvons pas ne pas souligner dans cette assemblée que les arguments utilisés jusqu’ici pour réserver le ministère ordonné aux hommes arrivent mal à convaincre, les jeunes notamment, Sur ce sujet, comme sur d’autres, nous avons besoin d’écouter l’Esprit qui parle au peuple des baptisés, le sensus fidelium… »

L’accès au diaconat pourrait représenter un cas particulier, Ne pourrait-on pas reconnaître la diaconie des femmes présentes depuis des siècles à la misère et au service quotidien (foyers, écoles, hôpitaux, missions…)

U.S.A. Père Thomas Forest, CSSR (182)

Même sans autorité juridique ou ordination, les femmes, par leur activité spirituelle dynamique, ont fortement influencé la vie de l’Église… Je ne suis pas en train de dire s’il faut ou non donner aux femmes le rôle auquel elles ont droit dans l’Église ou s’il faut augmenter la présence des hommes dans l’Église, mais qu’il faut faire les deux. En répondant aux justes aspirations des femmes, nous devons développer des programmes dynamiques pour rendre les hommes à l’aise et actifs dans l’Église. Les hommes se vantent de leur force mais, dans la foi, la fidélité et le service, les femmes sont souvent plus fortes. L’amour du pécheur, l’amour du faible sont des caractéristiques chrétiennes. Si nous renforçons le rôle des femmes, les femmes aideront avec amour et nous aiderons à rendre les hommes plus forts.

3)    LES RECOMMANDATIONS 

La ronde des interventions terminées, le Cardinal Thiandoum  a repris la parole pour présenter  une synthèse des 215 interventions, de  ce qui avait été dit ou remis par écrit aux Pères du Synode. Il soulignait la nécessité de tout envisager dans les perspectives d’une ecclésiologie de communion. A propos de la place des femmes dans la vie de l’Église, il relevait l’insistance des Pères sur l’urgence qu’il y avait à progresser dans la reconnaissance de leur rôle.  Il évoquait la question du diaconat féminin et plus généralement de l’accès des femmes aux ministères non-ordonnés. 

Par la suite, les évêques furent invités à travailler en 12 ateliers linguistiques afin de formuler des recommandations. Ces recommandations ont fait l’objet de 900 amendements  qui seront acceptés ou refusées par le secrétariat du synode sans être soumis à la discussion de l’assemblée synodale. De ce travail est sorti un texte comprenant 54 propositions soumis au vote individuel  et présenté à Jean Paul II.

Malgré de nombreuses requêtes et recommandations, sur les 54 propositions remises au pape Jean Paul II, seulement deux d’entre elles concernaient les femmes. Les rapports des ateliers contenaient des indices d’ouverture qui n’ont pas été retenus par le secrétariat du synode. Mentionnons simplement la demande que des ministères laïques soient également accessibles aux hommes et aux femmes, que les femmes soient autorisées de servir à l’autel, qu’une étude soit faite sur le sens du diaconat et sur l’accès possible des femmes au ministère diaconal.

La dignité propre aux femmes 

Proposition 46 : À la suite du pape Jean XXIII qui, dans l’encyclique Pacem in terris, voyait un signe des temps dans la prise de conscience des femmes de leur dignité et dans leur accès à la vie publique, le synode fait les recommandations suivantes :

1)    L’Église doit reconnaître que, pour sa vie et sa mission, elle a besoin des dons de tous les hommes et de toutes les femmes et doit traduire ces dons dans la pratique;


2)    Dans la ligne même de sa mission, l’Église doit fermement se dresser contre toutes les toutes formes de discrimination et d’abus dont sont victimes les femmes;


3)    Le Synode veut affirmer l’urgente nécessité pour tout chrétien de vivre et d’annoncer le message d’espérance inhérent à la relation homme/femme. Le sacrement de mariage, qui consacre cette relation dans sa forme conjugale et en fait un signe de la relation du Christ à son Église, contient une doctrine importante pour la vie de l’Église, doctrine que l’Église se doit de faire parvenir au monde d’aujourd’hui. Toutes ces relations doivent être pénétrées du même esprit. L’Église doit être plus pleinement consciente de ces richesses.

Vœux concrets pour la reconnaissance de la dignité de la femme

Proposition 47 : Le synode proclame la nécessité pour l’Église de reconnaître et d’utiliser les dons, l’expérience et les capacités des hommes et des femmes, afin que sa mission soit efficace. (cf. Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, no 72, par la congrégation pour la doctrine de la foi)

D’où les vœux suivants :

1)    Les fondements anthropologiques et théologiques permettant de résoudre les questions de la véritable signification de la dignité de l’un et de l’autre sexe doivent faire l’objet d’une étude plus poussée;


2)    La théologie du mariage doit être développée et la vie matrimoniale doit être comprise à la lumière du lien intime d’amour entre le Christ et l’Église. Le mariage est sans conteste le fondement dont dépend l’avenir de l’Église et des peuples;


3)    Il faut que, dans la façon de s’exprimer, soient évités les termes qui frappent les femmes d’une injuste discrimination;


4)    La dignité de la femme, gravement blessée dans la mentalité publique, doit être recouvrée par l’observation effective des droits de la personne humaine et par l’application de la doctrine de l’Église;


5)    Dans la vie de l’Église, que les femmes participent sans discrimination aux consultations et aux délibérations;


6)    Les femmes, qui jouent un si grand rôle en transmettant la foi et en rendant service de tous ordres dans la vie de l’Église, doivent être associées à la préparation des documents pastoraux et des projets missionnaires et être reconnues comme coopératrices dans la mission de l’Église au plan de la famille, de la profession et de la communauté civile;


7)    L’estime de la virginité et le respect de la maternité doivent être l’une et l’autre retrouvés. Le synode salue avec joie le travail des femmes dans la promotion des vocations au sacerdoce et à la vie religieuse. Elle remercie et encourage particulièrement les religieuses, actives ou contemplatives, et affirme que ce qu’elles apportent à l’Église même est d’une valeur inestimable.


8)    Marie, Mère de Jésus et Mère de l’Église, est un modèle de vie pour tous les fidèles du Christ et en tout premier lieu pour les femmes.

Dans le texte final des Propositions n’apparaît plus le passage suivant qui figurait dans la première version : Que les charges dans l’Église, y compris les charges liturgiques, qui peuvent être exercées sans ordination, soient également ouvertes aux femmes et aux jeunes filles, selon leur caractère propre. (n.49)

4)    MESSAGE DU SYNODE 

Le 30 octobre s’est terminée à Rome la septième assemblée ordinaire du Synode des évêques. 

Comme par le passé, les membres du synode ont conclu leurs délibérations par un message à l’ensemble des fidèles, aux chrétiens de diverses dénominations et aux hommes et aux femmes de bonne volonté. Voici quelques extraits de ce message. 

6. Les ministères et les services

La gratitude de toutes les Églises s’est manifestée envers les fidèles laïques, hommes et femmes, qui ont édifié l’Église en tous lieux et tous temps, avec le clergé, les religieux et religieuses, n’ayant pas hésité à aller parfois jusqu’au martyre.

La conscience généralisée des droits des chrétiens laïques à travailler à la construction d’un monde nouveau et la vision théologique présentée par le Concile Vatican II ont développé une participation plus ample à la vie de l’Église et à son action dans le monde.

9. La femme dans l’Église et dans le monde

Fondés sur la parole de Dieu, nous affirmons l’égale dignité de la femme et de l’homme. « Homme et femme il les créa » (Gen 1,27).

Le peuple de Dieu est formé de baptisés ayant une même dignité et une mission commune, même si les modalités et les tâches sont diverses. Le péché a terni la perfection du plan divin. Les discriminations qui en résultent subsistent sous des formes variées. Nous les réprouvons et nous nous réjouissons de la reconnaissance des droits légitimes qui permettent à la femme d’accomplir sa mission dans l’Église et dans le monde.

Cela nous amène à tourner nos regards vers Marie, Mère du Seigneur, archétype de la dignité de la femme et exemple sans égal de la participation à l’œuvre du salut.

13. Appels

Femmes, vous qui luttez à bon droit pour la reconnaissance plénière de votre dignité de vos droits. Que cette lutte donne naissance à un mode de dialogue et de complémentarité tel qu’il a été voulu par le créateur qui a confié le destin du monde à l’homme et à la femme et qui nous a donné dans l’Église la femme restituée dans la plénitude de la féminité et de la grâce : la Vierge Marie.

5)    EXTRAIT DE L’HOMÉLIE DE JEAN PAUL II à la messe de clôture le 30 octobre 1987

Lors de la messe de clôture le pape Jean Paul II eut ces quelques mots à l’égard des femmes.

« …Le synode a accordé une attention particulière à la femme et aux jeunes non certes pour des motifs contingents mais dans la profonde conviction du peuple de Dieu qui sont à la fois signe et rappel de la maternité attentive et féconde de l’Église et de sa jeunesse éternelle.

Il s’est dit des choses profondes et stimulantes à ce sujet et j’aurai besoin, dans les mois à venir, de les rassembler avec ordre pour les présenter à tout le peuple de Dieu. Nous voulons en effet qu’aux côtés de nos frères dans l’épiscopat représentés dans ce synode participent aux fruits de nos travaux tous les prêtres, collaborateurs du ministère épiscopal, et toutes les familles religieuses masculines ou féminines de l’ensemble de l’Église… » .

6)    L’EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE CHRISTIFIDELES LAICI 

Une exhortation apostolique est un document dans lequel le pape expose sa réflexion ou confirme et promulgue les orientations ou les conclusions d’une réflexion collective menée dans une cadre collégial, en particulier le synode des évêques.

Le 30 décembre 1988, 15 mois après le synode, Jean Paul II a publié l’exhortation apostolique Christifideles laici. 

Christifideles laici sera considéré comme la charte du laïcat. Jean Paul II y confirme les tendances du concile Vatican II en faveur d’une participation des laïcs. Tous, dans l’Église, sont égaux en dignité, coresponsables de la vie de l’Église pour sa mission. Cinq parties la composent : 1. je suis la vigne, vous êtes les sarments, 2. tous sarments de l’unique vigne, 3. je vous ai établis pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, 4. les ouvriers de la vigne du Seigneur, 5. pour que vous portiez du fruit. L’encyclique se termine sur une prière de Jean Paul II à Marie Vierge très sainte. Dans la ligne de Vatican II, cette exhortation apostolique adressée aux fidèles du Christ se rapporte aux textes principaux de Vatican II que sont Lumen Gentium et Gaudium et Spes.

Cette exhortation apostolique précise le rôle du laïque dans la communion au corps du Christ qu’est l’Église. Si le Christ invite à travailler pour l’Église, c’est pour témoigner dans l’action et la parole et pour évangéliser afin que personne ne puisse manquer les « noces ». Ce document insiste sur le fait que l’Église est une communion missionnaire et que les laïques sont les sarments de la vigne. Le pape veut mobiliser le laïcat dans une Église missionnaire.

Au chapitre des femmes rien de neuf mais un rappel d’énoncés maintes fois avancés. Dans Mulieris dignitatem(août 1988) le Pape avait annoncé qu’il se réservait de traiter plus explicitement de la femme dans l’Église dans ce document. Un certain nombre d’interventions au Synode, nous l’avons vu, soulignaient pourtant l’urgence d’aborder ce thème. Le Pape rappelle que les femmes doivent être reconnues en égalité avec les hommes, qu’il est urgent de « défendre et de promouvoir la dignité personnelle de la femme»(no 49). Jean Paul II reprend certains aspects de sa lettre Mulieris dignitatem concernant les fondements anthropologiques et théologiques de la dignité personnelle de la femme. Le Pape souhaite que sa « méditation biblico-théologique » stimule « les représentants des sciences humaines et des disciplines théologiques », afin qu’ils poursuivent « leur étude critique » sur ce point (no 50).

Bien que les femmes ne sont pas « appelées à l’apostolat propre aux douze , et donc au sacerdoce ministériel » (no 49), le Pape encourage leur participation : il est « nécessaire que nous passions de la reconnaissance théorique de la présence active et responsable de la femme dans l’Église à sa réalisation pratique » (no 51) Comme les Pères du synode l’ont mentionné : « Que les femmes participent à la vie de l’Église sans aucune discrimination, même pour les consultations et l’élaboration des décisions » (no 51). 

Écoutons Michel Rondet s.j. « On note que le Pape reprend les grands thèmes de Mulieris dignitatem. Cependant, on peut noter qu’ici il dépasse les développements traditionnels sur la femme épouse et mère pour souligner sa vocation spécifique dans la société : assurer la dimension morale de la culture, porter le souci de l’homme dans tous les problèmes de la société. Quant il s’agit plus précisément de la femme dans l’Église, le Pape nous l’avons dit, campe sur des positions connues : au plan de la dignité et de la sainteté, aucune discrimination, au plan des fonctions, essentielles, maintien des distinctions. Tout ceci est assorti d’un appel à enrichir la mission de l’Église d’une coopération masculin-féminin voulue par Dieu dès l’origine. Le moins qu’on puisse dire est que, sur ce point de la place des femmes dans l’Église, le texte reste embarrassé, pris dans des contradictions qu’il ne veut pas avouer. C’est dire que la question reste présente à l’avenir de l’Église ».

Bref, un discours qui maintient le statu quo pour les femmes à l’intérieur de l’Église. 

De très belles affirmations sur la dignité de leur personne (no 49) sur leur statut de baptisée et l’importance de leur contribution à la croissance de l’Église (nos 49, 50, 51, etc.).

Une réaffirmation également de la « vocation spéciale » des femmes (no 49), de leur « complémentarité » (no 50) mais en ajoutant le qualificatif « réciproque »…), de leur « féminité » (no 50), etc.

Aucun changement au plan des ministères ordonnés : « l’agir ne suit pas l’être » car l’égalité des femmes comme « personnes baptisées » (no 50) n’entraîne pas l’égalité au plan de la vie de la mission, des fonctions de l’Église…(no 51). « Dans la participation à la vie et à la mission de l’Église, la femme ne peut recevoir le sacrement de l’Ordre, et donc, ne peut remplir les fonctions propres du sacerdoce ministériel » (no 51).

Ministères non-ordonnés : aucune révision n’est annoncée concernant l’accès des femmes à ces ministères (no 23) et seulement une commission spéciale est constituée pour étudier les problèmes des ministères confiés aux laïques (no 23). 

7)    DISCOURS DE BENOÎT XVI À L’ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LES LAICS.

Le 15 novembre 2008 se tenait à Rome une Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs, rassemblés sous le thème : « A vingt ans de Christifideles laici : mémoire, développement, nouveaux défis et devoirs ». Voici quelques extraits du discours de Benoît XVI aux membres présents. 

 « L’exhortation apostolique Christifideles laici, qualifiée de magna charta du laïcat catholique de notre temps, est le fruit des réflexions et des échanges d’expériences et de propositions de la VIIème assemblée générale ordinaire du synode des évêques, qui eut lieu au mois d’octobre 1987 sur le thème : « Vocation et mission des laïcs dans l’Église et dans le monde ». Il s’agit d’une révision organique des enseignements du Concile Vatican II à propos des laïcs, – leur dignité de baptisés, la vocation à la sainteté, l’appartenance à la communion ecclésiale, la participation à l’édification de la communauté chrétienne et à la mission de l’Église, le témoignage dans tous les milieux sociaux et l’engagement au service de la personne en vue de la croissance intégrale et pour le bien commun de la société –, thèmes surtout présents dans les Constitutions Lumen gentium et Gaudium et spes, tout comme également dans le Décret Apostolicam actuositatem (…) ».

Après avoir parlé des fruits du synode, valoriser et encourager l’engagement des laïques comme étant de première importance dans l’Église, de la richesse des organisations de laïques, de l’urgence d’une action apostolique face aux jeunes générations, Benoît XVI dira : « Je connais aussi votre engagement au sujet de questions d’importance particulière, comme celles de la dignité et de la participation des femmes dans la vie de l’Église et de la société. J’ai déjà eu l’occasion d’apprécier le congrès que vous avez organisé pour le vingtième anniversaire de la promulgation de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem, sur le thème « Femme et homme, l’humanum dans son intégralité ». L’homme et la femme, égaux en dignité, sont appelés à s’enrichir réciproquement en communion et collaboration, non seulement dans le mariage et dans la famille, mais aussi dans la société dans toutes ses dimensions. Des femmes chrétiennes, on attend la conscience et le courage d’affronter des tâches exigeantes, soutenues toutefois par une propension particulière à la sainteté, une lucidité spéciale dans le discernement de courants culturels de notre temps, et la passion particulière pour soigner l’humain qui les caractérise. On ne dira jamais assez combien l’Église reconnaît, apprécie et valorise la participation des femmes à sa mission de service à la diffusion de l’Évangile.

Synthèse effectuée par Annine Parent

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A propos Annine Parent

Cofondatrice et membre active du réseau Femmes et Ministères, Annine Parent a travaillé durant 25 ans au diocèse de Québec dont 12 années comme directrice de la pastorale d’ensemble. En 1987, à titre d’experte, elle accompagna la délégation des évêques canadiens au « Synode sur la vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde ». Elle est détentrice d'un doctorat honorifique en théologie pastorale du Collège universitaire dominicain (Ottawa, 2008).