Engendrer un nouveau modèle de gouvernance en Église

Le réseau Femmes et Ministères – Femmes et hommes pour l’égalité en Église, actif au Québec, joint sa voix à d’autres groupes de militantes et militants engagés pour l’accès de femmes à toutes les fonctions et responsabilités de gouvernance dans l’Église catholique.
Par ce communiqué, le Réseau tient à apporter son soutien à la candidature de madame Anne Soupa, théologienne, au poste d’archevêque de Lyon. Son engagement pour l’annonce de l’Évangile, notamment par ses nombreuses publications, et ses états de services dans l’Église comme sa militance de longue date pour la reconnaissance des ministères exercés par les femmes dans les structures ecclésiales, motivent sa candidature.

Une proposition inédite

Québec, le 27 mai 2020 

En se portant « candidate » au poste d’archevêque de Lyon, la théologienne et écrivaine Anne Soupa joue coup double. D’abord en attirant, une fois de plus, l’attention sur la possible contribution des femmes en Église, puis en mettant le doigt là où le bât blesse, soit l’enjeu de la gouvernance en Église.

Anne, notre soeur Anne, ne voyant rien venir a donc choisi de prendre l’initiative et nous lui en savons gré. Sa crédibilité n’est plus à démontrer : ses publications ont traversé l’Atlantique; son apport à la fondation de la Conférence Catholique des Baptisés Francophones (CCBF), à la suite du plaidoyer du Comité de la jupe aux côtés de Christine Pedotti, témoigne de son engagement à l’intérieur de l’Église; enfin, sa fidélité à l’Évangile en fait une voix incontournable.

Le geste est inédit, audacieux, téméraire, sans doute, mais assumé. Le processus de candidature dans nos institutions catholiques diffère de celui qui a cours chez les Anglicans et dans les milieux protestants. On est « appelé » à remplir une fonction; on ne propose pas ses services, du moins pas officiellement; bref, il n’y a pas de concours. Qu’une femme, si qualifiée soit-elle, bouscule les codes a de quoi étonner, mais le geste reflète bien une procédure établie dans la société civile. Or, Anne Soupa veut introduire plus de laïcs dans la gouvernance de l’Église, d’autant plus que le pape François appelle tous les catholiques, hommes et femmes, à s’engager pour sortir l’Église du cléricalisme au nom même de leur baptême. Il en va de l’avenir de l’Église, voire de la crédibilité de l’annonce de l’Évangile.

Anne Soupa démontre, encore une fois, sa capacité de prendre à bras-le-corps une problématique qui en découragerait plus d’un. Elle propose sa candidature au siège épiscopal de Lyon, auquel est conféré le titre de Primat des Gaules (comme l’est celui de Québec, en Amérique du Nord). Or, l’archidiocèse de Lyon a malheureusement acquis une célébrité indésirable ces dernières années pour des affaires d’abus de mineurs, un fléau qui ravage notre Église.

Cela étant, même sans les abus sexuels découlant du cléricalisme institué, les revendications pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Église seraient les mêmes, car elles ne sont pas nouvelles. Cependant, la conjoncture exige de refonder la gouvernance de l’Église et celle des Églises diocésaines ou locales sur l’égalité entre les femmes et les hommes, entre les clercs et les laïcs. Convenons que la proposition est inédite, mais le temps de tergiverser est révolu. Rien ne peut plus être comme avant; rien ne doit ni ne sera comme avant.

Nous savons bien que l’évêque d’un diocèse réunit en sa personne le triple pouvoir pastoral, administratif et juridique. Cette conception historique peut-elle être repensée, réaménagée? Voilà la question que pose l’initiative d’une théologienne en présentant sa confession de foi à la nonciature de Paris chargée de recueillir les noms des épiscopables (les pro movendi). Ce qu’elle appelle la fonction sacramentaire relève des prérogatives liées à l’ordination, mais administrer une paroisse, une communauté diocésaine plus large, doit-il toujours mobiliser les forces vives des pasteurs dans le monde complexe où nous vivons?

Par ailleurs, comme Anne Soupa l’affirme dans sa déclaration du 25 mai, « on peut gouverner un diocèse, veiller à la rectitude doctrinale, protéger les plus petits, qui est la mission première de l’évêque, en étant laïque. Et je peux être un guide spirituel, sans être directement affectée à la question des sacrements. Pour moi, ce sont deux choses différentes. (…) Les sacrements, ce n’est pas le tout de la vie chrétienne. »

Enfin, après la triste « affaire Philippe Barbarin » à Lyon et tous les autres scandales qui ont secoué notre Église, un nouveau modèle de gouvernance doit advenir pour prendre soin des catholiques blessés, « panser les blessures » comme l’a dit François et, pourrait-on ajouter, consoler les catholiques (titre du dernier ouvrage d’Anne Soupa).
*****
Le réseau Femmes et Ministères, actif au Québec, réfléchit depuis une quarantaine d’années à la situation collective des femmes en Église et ne peut qu’appuyer le mouvement d’une femme visionnaire et courageuse qui se porte au secours d’une institution blessée. Une fois traversé « le mur d’incompréhension » qu’Anne Soupa redoute à juste titre, restera à mettre en place d’autres moyens pour que s’enclenche un dialogue franc et honnête en vue de faire advenir une Église inclusive où femmes et hommes baptisés auront accès aux mêmes fonctions et responsabilités. C’est à ce nouveau modèle de gouvernance dans l’Église que le Réseau oeuvre.

Contact :
Marie Bergeron marie.berger@sympatico.ca
Joce-Lyne Biron biron.lajoie@videotron.ca
info@femmes-ministeres.org
https://www.femmes-ministeres.org
https://facebook.com/femmes-ministeres

3 thoughts on “Engendrer un nouveau modèle de gouvernance en Église

  1. Quel rafraîchissement en ces temps lourds que nous vivons d’apprendre la candidature de Anne Soupa au « siège épiscopal » de Lyon! Je pense que c’est le temps d’interpeller l’Église catholique par autre chose que nos paroles et poser un tel geste pourrait être prophétique. Je ne peux faire autrement que de penser à la situation actuelle des églises fermées, et d’espérer qu’il y ait là aussi un moment d’interpellation très fort pour redonner naissance au mouvement évangélique d’il y a plus de 2000 ans.

  2. Je suis bien d’accord avec le but poursuivi et ce moyen fera, faut-il l’espérer, bouger les choses ou a tout le moins faire réfléchir la hiérarchie masculine à Rome.

  3. On en peut qu’admirer et saluer le courage de la théologienne Anne Soupa qui interpelle de façon lumineuse le pape François et tous les membres de la hiérarchie catholique. Je lui souhaite de recevoir de larges et solides appuis parmi les chrétiennes et chrétiens de toutes confessions ainsi que de la part des citoyens du monde qui croient à la nécessité d’incarner de façon crédible le message d’amour de Jésus de Nazareth.

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