La femme et l’homme adultères

La femme adultère et ses 35 accusateurs

Mot de l’artiste jésuite
Je réfléchis
depuis quelques mois au texte de La femme adultère (Jean 8, 1-11). Cette scène montre, à mon avis, la supériorité de l’amour sur la loi, de la compassion sur le châtiment, du pardon sur la condamnation, etc.


Pour ainsi dire, les lois ne doivent pas nous détruire, nous les humains, car elles sont faites pour nous. Elles ne doivent pas nous faire perdre le sens de l’amour fraternel, comme les pharisiens : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes. Et toi, que dis-tu? (Jn 8, 4-5) », disent-ils. En voulant piéger Jésus, sans s’en rendre compte, ils lui ont offert une occasion en or de faire jaillir la Bonne Nouvelle. « Jésus se baissa et se mit à écrire avec [une rose] sur le sol. (Jn 8, 6) » Il écrivait, entre autres, ceci : « ♡ > □ ». « […] ils continuaient à l’interroger, [Jésus] se redressa et leur dit: « Que celui d’entre vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle (Jn 8, 7) ». Sans le dire, Jésus, à travers la dite scène, prouve que : « [La loi] a été fait[e] pour l’homme et non l’homme pour [la loi]. (Mc 2, 27) »
(Ce tableau est réalisé à base de peinture acrylique sur toile et mesure 61 cm par 91 cm.)

« L’homme adultère », l’autre histoire dans Jean 8,1-11

Cette toile de 61 cm par 91 cm, couverte de peinture acrylique, est une interprétation osée du passage biblique se trouvant dans Jn 8, 1-11 intitulé La femme adultère. Cette péricope aborde, comme son titre l’indique, l’histoire d’une femme prise en flagrant délit d’adultère alors que celui avec qui elle le faisait est ignoré. C’est seulement écrit, selon les dires des scribes et les Pharisiens : « […] cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère » (Jn 8, 4). Étymologiquement, adultère est formé de deux mots latins : ad, vers et, ulterium, autre. Ce qui signifie : aller vers un(e) autre ou d’autres. Pour ainsi dire, elle n’a pas agi seule. Cependant, elle seule a été ciblée.

Certes, dans la Loi de Moïse citée par les scribes et les pharisiens, il est écrit : « [il faut] lapider ces femmes-là [les femmes adultères] » (Jn 8, 5). Toutefois, cette même Loi stipule aussi : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère » (Lv 20, 10). Ou encore :

Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, ils mourront tous les deux, l’homme qui a couché avec la femme, et la femme elle-même. Tu ôteras le mal d’Israël. Si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, et qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous les deux à la porte de cette ville, vous les lapiderez et ils mourront […]. (Dt 22,22-24)

Donc, l’autre, celui avec qui la femme était prise en flagrant délit d’adultère, commettait lui aussi l’adultère, pas seulement la femme. Mais, pourquoi ne l’ont-ils pas amené aussi à Jésus? Pourquoi était-il protégé? Était-ce à cause de son sexe masculin? Comment était-il traité au moment où ils amenaient brutalement la femme à Jésus?

Sensible à la question du genre, aux discriminations infligées aux femmes, c’est le sujet que je traite dans ce tableau : le traitement complètement différent de celui de la femme adultère que cet homme, adultère lui-aussi, a reçu de la part des scribes et des pharisiens. Deux poids, deux mesures. Il suffit de regarder la position de certains objets dans cette chambre sens dessus dessous – la chaise, la coupe, la cruche, le vêtement de la femme et ses sandales – pour comprendre qu’il y a eu de la violence au moment d’enlever la femme. Pourtant, l’homme n’a pas été touché et n’a pas l’air à se préoccuper de la situation. Et cette même histoire se répète encore de nos jours dans nos sociétés.

Jean Yves Fernand, alias Zantray Ayiti
Le 16 novembre 2019

 

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A propos Jean Yves Fernand

Jésuite né à Port-au-Prince, Jean Yves Fernand, licencié en humanités et en philosophie, est étudiant en théologie à l'université Laval (Québec). Artiste peintre, il utilise son art pour traduire de façon sensible ses convictions. Son nom d’artiste, Zantray, qui signifie « entrailles » en créole, veut exprimer ce qu’il porte, ce qui l’habite et le bouleverse au plus profond de lui, entre autres l'injustice, le racisme et l'oppression.

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