Les femmes, leur voix et la Pentecôte

Lisa Sharon HarperEt un vent violent descendit impétueusement et des langues de feu se posèrent sur la tête de la multitude de disciples de Jésus, blottis dans la pièce d’en haut. Ils se cachaient de tous ceux qui auraient pu les identifier comme étant rattachés à ce Christ crucifié; mais, maintenant ils allaient par les rues.

Imaginez cette constellation hétéroclite de personnes rassemblées issues de l’Empire romain. Imaginez la surprise sur leurs visages alors que les disciples parlaient des langues qu’ils n’avaient jamais apprises. Imaginez le sentiment de crainte éprouvé lorsqu’ils ont entendu leurs propres paroles qui leur étaient reflétées à travers des visages étrangers. Et imaginez leurs yeux perplexes lorsqu’ils ont réalisé qu’au milieu de cette manifestation publique, au milieu de cette brèche sacrée, au milieu de ces voix qui s’élevaient et se faisaient entendre, au milieu de ceux qui prophétisaient à l’intérieur de cette foule, il y avait des femmes.

Ari Hart, rabbin et cofondateur d’Uri L’Tzedek: Orthodoxe Social Justice a avoué dans un récent article du Huffington Post que, comme homme, il est censé faire cette prière de bénédiction chaque jour : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui n’a pas fait de moi une femme. » (Bénédictions du matin, Artscroll Sidour, p. 12). Il explique, dans l’article, que la prière a été écrite il y a près de 2000 ans; ce qui placerait le temps de rédaction de la bénédiction à l’époque de cette première Pentecôte.

Maintenant, nous sommes dans le prolongement du mouvement pour le suffrage des femmes du XIXe siècle, du mouvement de libération des femmes des années 1970 et des icônes culturelles actuelles comme Madonna, les femmes de Sex and the City et de Lady Gaga; toutes essaient de faire entendre la voix des femmes dans l’espace public, tentent à travers des femmes de dire la vérité sur le pouvoir donné par Dieu aux femmes et sur leur valeur intrinsèque. Elles ont déclaré qu’elles avaient autant de valeur que les hommes pour voter, autant de valeur que les hommes pour travailler, autant de valeur que les hommes pour être payées selon la valeur de leur travail et autant de valeur que les hommes pour vivre le ravissement que Dieu avait destiné aux relations sexuelles. Quelques tentatives ont été imparfaites, mais imparfaites ou non, elles ont permis de combattre l’injustice qui se vivait tant dans l’espace public que dans la chambre à coucher.

Les politiques de libération des femmes dans le passé ont mis l’accent, pour l’essentiel, sur la vie publique des femmes : notre habileté à voter, à briser le plafond de verre dans le milieu de travail et à « ramener le beurre à la maison ». D’un autre côté, plusieurs des plus explosives explorations culturelles des femmes depuis quelque temps ont porté sur la chambre à coucher, à la Samantha Jones de Sex and the City. Mais je sens quelque chose de nouveau émerger; enfin! La sexualité des femmes et l’injustice dont plusieurs d’entre nous souffrons, partout dans le monde, surgissent sur la place publique; même dans nos politiques.

Si l’on considère l‘année écoulée, des Américaines et des Américains ont dû lutter contre l’injustice des échographies vaginales obligatoires [lors d’un avortement]. Nous avons fait preuve d’une sérieuse apathie culturelle quand les médias ont manifesté leur sympathie envers les sportifs qui avaient brisé la vie et le corps d’une jeune fille de 16 ans par un viol collectif à Steubenville, Ohio; alors même que notre nation avait sursauté d’horreur à la suite de plusieurs rapports de viols collectifs de femmes en Inde. Et au cours des dernières semaines, nous avons appris que plusieurs dirigeants militaires américains qui, par leurs fonctions, étaient chargés de protéger les femmes dans leurs rangs contre les abus sexuels en étaient eux-mêmes les auteurs.

Dans sa dernière rubrique, Jim Wallis écrit : « Il est temps pour toutes les croyantes et tous les croyants d’être indignés ». Et il ajoute : « Et il est temps pour nous, dans la communauté de foi, de reconnaître notre complicité dans une culture qui non seulement reste trop souvent silencieuse, mais peut aussi propager une fausse théologie de pouvoir et de domination ».

Le ferons-nous? Allons-nous passer à cette étape? Allons-nous laisser ce souffle saint qui a soufflé sur le couvercle de mauvaises actions effectuées dans l’obscurité pour les expulser énergiquement? Allons-nous laisser les eaux purificatrices de Dieu laver notre société des pratiques, tant publiques que privées, qui tordent, mutilent et écrasent l’image de Dieu dans plus de la moitié de la population? Saurons-nous manifester le même courage qu’il a fallu aux femmes, à la première Pentecôte, pour permettre à l’esprit de les amener sur la place publique pour parler/ témoigner, dire la vérité et prophétiser? Saurons-nous nous repentir de notre silence?

Le repentir commence dans le cœur. Donc, je dois me demander: « Est-ce que je me repens de mon silence; mon silence sécurisant? » Oui.

Et voici mon propre témoignage :  

Si l’on remonte à l’époque de l’esclavage, chaque femme, dans la lignée de la famille de ma mère, a subi des violences sexuelles de la part d’un membre de la famille, d’un ami ou d’un copain;  moi y compris. Une grand-tante est morte dans les bois après avoir été violée par son oncle. La plupart d’entre nous avons souffert en silence et certaines ont souffert à nouveau quand elles ont élevé la voix pour nommer leurs agresseurs. Pères, cousins, même les religieuses et les pasteurs, ont minimisé la souffrance et châtié celles qui avaient été écrasées pour avoir troublé la « paix ».

Mais dans les Écritures, Dieu châtie ceux qui crient «  paix, paix », là où il n’y a pas de paix (Jérémie 6, 14).

Je crois que l’Esprit Saint se déplace à nouveau sur le cloaque de notre monde assujetti à l’exploitation sexuelle. Le mouvement est aussi puissant que la première tempête qui a entraîné les femmes à se manifester sur la place publique et à se réapproprier le statut de personne. La question est : aurons-nous la volonté d’écouter l’Esprit?

*Lisa Sharon Harper est directrice de la mobilisation pour Sojourners et un membre de Emerging Voices.

Lire la version originale en anglais 

Traduction libre : Pauline Jacob
20 mai 2013

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.