Interdites de vocation

L’ Esprit Saint parle au cœur des croyantes et des croyants. Il inspire des chemins de vie parfois imprévus. Mais pauvre Esprit Saint!… Il n’arrête pas de se tromper, aux dires de certains… Au dernier conclave, il a « choisi » le pape François et aujourd’hui, on accuse celui-ci d’hérésie… Il appelle des femmes à la prêtrise et on prétend qu’il n’inspire que des hommes… Portons attention à ce dernier volet.

Chaque année, lors du quatrième dimanche de Pâques, traditionnellement nommé le « Dimanche du Bon Pasteur » ou « Dimanche des vocations », l’Église invite les chrétiens et les chrétiennes à prier pour les vocations, à interpeler des jeunes dans leur cheminement spirituel et à regarder le plan de Dieu dans leur vie. Pendant longtemps, la vocation était associée à la prêtrise ou à la vie religieuse, mais il y a eu évolution à ce niveau. Toutefois, si l’on scrute attentivement cette question dans notre Église, on se rend compte qu’il s’agit d’une question genrée, d’une mise entre parenthèses de l’action de l’Esprit, d’une source d’injustice pour les femmes.

Une question genrée

Rapidement, à travers ce que l’Institution ecclésiale et la société transmettent, que vous soyez une femme ou un homme, vous réalisez qu’on ne traite pas les hommes et les femmes de la même façon. Dans la société, on a longtemps enfermé les femmes et les hommes dans des rôles stéréotypés. Certaines sociétés, dont la nôtre, ont beaucoup évolué à ce niveau. Les rôles des hommes et des femmes dans les familles sont beaucoup plus égalitaires, non seulement au profit des femmes, mais également pour le plus grand bien des hommes et des enfants. Il reste toutefois une longue route à parcourir dans le partage des rôles au sein des familles comme dans de nombreux secteurs de la société. L’Institution ecclésiale, de son côté, n’a pas évolué au même rythme. Elle maintient une rigidité des rôles y valorisant à outrance la fonction maternelle. Jean‑Paul II, comme plusieurs de ses prédécesseurs, a fait de la maternité physique ou spirituelle, la vocation première de toute femme, vocation voulue pas Dieu… Mais, si les femmes y sont confinées dans certains rôles, les hommes le sont aussi. Et chez les ministres ordonnés, ce sont entre autres des rôles de pouvoir; pouvoir sur les laïcs parmi lesquels se retrouvent les femmes et les enfants.

Une non-reconnaissance d’une vocation

Quand il est question de vocation à la prêtrise, l’Église balise le rôle de l’Esprit Saint… Alors qu’elle évoque régulièrement l’action de l’Esprit dans nos vies et l’importance de discerner cette présence, elle en fait abstraction losqu’il est question de discerner une possible vocation presbytérale chez des femmes. Seul les individus de sexe masculin ont le privilège de vivre un discernement vocationnel de ce type à travers ce que l’Institution catholique offre aux candidats. Pourtant, certaines femmes, passées au filtre des critères de discernement utilisés par l’Institution catholique, pourraient être admise au séminaire.

Une injustice pour les femmes

Cette non-reconnaissance de vocations de femmes à la prêtrise est une injustice réelle pour les femmes. La position de l’Église institutionnelle fait abstraction, dans ce domaine, des aspirations profondes de certaines d’entre elles, de leurs dons, et elle oublie que les communautés chrétiennes reconnaissent la vocation de certaines de ces femmes. Celles-ci n’ont aucun lieu pour faire reconnaître officiellement cette vocation qu’elles portent parfois depuis longtemps. Le seul obstacle semble celui d’être nées dans un corps de femme.

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Sans vouloir prêter de mauvaises intentions aux décideurs, je m’interroge sur cette rigidité concernant la notion de genre et ce, particulièrement depuis que j’ai travaillé cette question pour ma thèse de doctorat. Cette position sert bien les décisions institutionnelles qui semblent mobiliser bien des énergies pour maintenir les femmes en dehors du bateau des décideurs. Ceci a comme conséquence, non seulement d’étouffer les vocation de ces femmes, mais aussi de priver les communautés chrétiennes des pasteurs dont elles ont besoin.

À quand un dimanche des vocations qui reconnaisse toutes les vocations que l’Esprit suscite dans notre Église? À quand une écoute réelle et attentive du passage de l’Esprit? « Le vent souffle où il veut, tu entends sa voix sans savoir d’où il vient, ni où il va » (Jn 3, 8).

Pauline Jacob,
Asbestos, le 6 mai 2019

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A propos Pauline Jacob

Théologienne féministe, Pauline Jacob détient un Ph. D. en théologie pratique et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle est l’auteure d'« Appelées aux ministères ordonnés » (Novalis, 2007), coauteure de « L’ordination des femmes » (Médiaspaul, 2011) et a à son actif plusieurs articles. Elle poursuit depuis plus de 20 ans des recherches sur l'ordination des femmes dans l’Église catholique et est très active à l’intérieur du réseau Femmes et Ministères.

4 thoughts on “Interdites de vocation

  1. Merci Pauline pour ta fidélité à l’Esprit qui nous rend audacieux et persévérant. Je pense aussi que l’argument majeur, décisif, pour l’ordination des femmes est qu’elles sont appelées par l’Esprit Saint. Mais les hommes en pouvoir ont la tête dure et la nuque raide. Les scandales sexuels couverts par les hautes autorités qu’ils sont prêts à tout pour défendre leur pouvoir. Je reste pour que ça change ( cléricalisme, mysoginie, phallocratie, etc.) Merci. Gérard.

  2. Bonjour de l’Île-du-Prince-Édouard

    S. Norma Gallant apprécie vos articles bien gros même si je suis pas tellement impliquée dans les affaires de Femmes en Église. Dans mon travail de tous les jours en Prévention de la criminalité par le développement social je rencontre des femmes ainsi que des hommes de tous les âges qui vivent des malaises dûs à l’abus et au harcèlement. Les cas reliés à l’église font surface assez fréquemment et surtout du côté des femmes. Je travaille présentement sur le projet de Justice Canada pour la Semaine des victimes et survivants d’actes criminels qui a pour thème cette année: Le pouvoir de la collaboration. Dommage que toutes les institutions humaines ne fonctionnent pas « en Collaboration »……. Je garde un très bon souvenir de mes années passées aux rencontres de Femmes et Ministères.

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