Un appel différent

Rita AmabiliLa mise en route

Je suis née dans un quartier ouvrier. Ma sensibilité a probablement été exacerbée par certaines expériences de mon enfance. L’une d’entre elles est relative à un problème de pieds m’obligeant à porter une prothèse. Cela faisait en sorte que le regard que posaient sur moi les enfants et certains adultes me rendait mal-à-l’aise. J’étais classée comme une enfant à part, différente… Cette dissemblance se continuait par mon nom de famille étranger. Les sarcasmes ou les réflexions racistes, bien que n’étant pas vraiment méchants, m’insultaient fortement.

Ces expériences ont peut-être préparé en moi cette propension à me soucier des plus faibles. Catholique romaine comme la majorité des gens de notre pays, j’étais sensible à la préoccupation de Dieu pour les plus petits. J’ai choisi de devenir infirmière, afin de pouvoir faire à ma mesure, ce que j’admirais chez les autres : soutenir l’être humain que je rencontrais!

Ma vie de couple et ma vie de famille me comblent d’humanité! Je partage avec les miens cet idéal que je porte en moi concernant ma préoccupation pour les plus pauvres et les gens qui souffrent.

À cette étape de ma vie, j’écris depuis des années. Dès le départ, je veux donner un sens à mes écrits : mes poésies racontent ma foi, mes livres d’enfants et mes pièces de théâtre parlent des droits humains. Chaque fois, je m’aperçois que mes présentations publiques plaisent aux gens qui ont envie de partager leur expérience à la suite de ces dernières. Mes enfants (et parfois même leurs amis!) acceptent avec joie de participer à ces projets en jouant dans mes pièces ou en déclamant mes textes publiquement.

Durant cette période, je perçois de plus en plus que le discours de l’Église hiérarchique ne va pas avec mon goût de compassion. Les prises de décisions officielles me heurtent et je décide d’entreprendre des cours de théologie à l’université pour comprendre cette situation.

L’université et la théologie

Je travaille comme agente de pastorale et lorsque je décide de donner ma démission, une des raisons qui m’y pousse est que le discours de l’Église me rejoint de moins en moins. Je rêve d’inclusion à la grandeur de la planète. Le refus des femmes aux ministères ordonnés et leur immuable place de second ordre, l’illogisme du prêtre mâle qui parfois se trompe de vocation mais garde tout de même son rang à cause de son sexe, me rendent progressivement réfractaire à l’Institution entière. Je me sens de plus en plus féministe et tournée vers les laissés-pour-compte de la foi : homosexuels, divorcés, etc. Ma préoccupation pour les marginalisés grandit et j’ai la conviction que l’amour véritable de Dieu dépasse les dogmes et les lois pour ne s’attacher qu’à l’humain qui souffre.

Subséquemment, je décide de continuer comme romancière. En même temps, chaque fois que mes cours en théologie me font découvrir des trésors de sens pour la vie quotidienne, j’applique mes savoirs dans mes histoires. J’entreprends mon mémoire de maîtrise avec un sujet qui fait sursauter plusieurs de mes professeurs : La fiction est-elle un outil adapté pour transmettre l’Évangile ? Réflexion à partir de ma pratique d’auteure.

À l’intérieur de moi, je sens un appel différent de ceux dont j’ai entendu parler jusqu’ici. Cet appel concerne mon travail, ma profession. D’infirmière à agente de pastorale, la suggestion d’un collègue protestant m’étant restée au cœur, je pense mettre en histoire ce que j’ai découvert dans mes cours et mon parcours de vie et qui a littéralement bouleversé mon quotidien, m’ouvrant à une réalité pour laquelle je n’ai aucun exemple connu : devenir théologienne auteure!

Une auteure théologienne, une théologienne auteure, à quoi ça sert?

Au début de cette démarche, je me sens peu sûre de moi. Un emploi régulier à l’université serait plus rentable et mieux perçu. Si ma famille et mes amis m’encouragent, je reçois de nombreux avis négatifs. Quelques personnes me signifient que ce n’est pas un vrai travail, le milieu du livre déjà en crise n’apprécie aucunement des histoires à saveur de « religion »; et le milieu chrétien? Repoussé par quelque chose qu’il ne connaît pas, cet environnement que je croyais familier n’accueille pas facilement ce que je fais. Plusieurs portes se ferment définitivement. Des individus me repoussent sans façon. Par peur? Parce que je ne suis plus en paroisse? Parce que je ne fais plus « ce qui se fait » généralement? Parce que…

Le roman Saffia femme de Smyrne naît de mes connaissances en théologie, de mon souci de justice sociale inscrit au cœur de ma foi, de ma volonté de transmission de cette même foi et de mon féminisme. Je veux raconter la vie des femmes du début de l’ère chrétienne et leur importance dans la société. Ce roman historique est publié, mais manque sérieusement de publicité. Malgré cela, les commentaires que je reçois dépassent de loin mes attentes.

Je réalise que les gens sont intéressés à comprendre ce qui ne leur est pas enseigné et je me retrouve à parler de foi dans des endroits aussi saugrenus que chez le coiffeur ou l’esthéticienne! Mes contemporains ont soif de Dieu, mais sont réticents sur certains point. Leur réaction est celle de jeter le bébé avec l’eau du bain!

Je considère avec étonnement qu’il y a des lacunes dans leur connaissances religieuses; que des fidèles ne connaissent pas des segments de l’histoire chrétienne qui me font vivre; que plusieurs faits ont été occultés et que lorsqu’on leur laisse une place, ils expliquent par leur présence un enseignement que l’on a voulu effacer.

Des gens me demandent de célébrer avec eux, ce que je fais comme chrétienne en marge de l’Église. Mon désir de dire Dieu aux individus qui s’en soucient est accueilli par de nombreuses personnes qui ont eux aussi un intérêt pour ce message aussi vieux que populaire : « Aimez-vous les uns les autres! »

Mes trois romans historiques et ma nouvelle sur l’homosexualité féminine sont lancés pour… dire Dieu aux gens ordinaires!

L’un de mes romans, intéressant mes collègues italiennes, bénéficie prodigieusement d’une traduction italienne avant même d’être publié en français. Je vois deux participantes à mon lancement les yeux mouillés d’émotion. Mon message passe, même là-bas!

Mes études ont changé ma perception générale et ma vie. Mon œuvre prend sa cohérence dans ma foi et mon parcours de vie. Au-dessus de tout cela? Dieu.

 Rita Amabili
Le 5 novembre 2018

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A propos Rita Amabili

Détentrice d'une maîtrise en théologie pratique (2010) qu’elle utilise comme romancière en vulgarisation et féminisme, Rita Amabili est conférencière et auteure entre autres de « Saffia, femme de Smyrne » (2007) et de « Marguerite prophète » (2014). Son expérience d’accompagnante en fin de vie, son travail sur les droits humains, les droits des enfants, la situation des enfants dans les conflits armés ou vivant l’oppression, et également sur l’immigration, plus particulièrement l’immigration italienne au Canada caractérisent son engagement.

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