Le Synode : qui écoute qui?

Voici un excellent commentaire sur le Synode des évêques 2018 actuellement en cours :

Je demande à l’Église, ma famille, de relever le défi qui consiste à inculquer à notre famille un sens du « nous », à encourager chaque personne – homme ou femme – à développer ses compétences pour servir le Royaume de Dieu. Je demande à nos responsables d’Église de reconnaître que de nombreuses femmes qui se sentent appelées à être au service du Royaume de Dieu ne trouvent pas de place dans notre Église. Aussi douées soient-elles, certaines ne peuvent apporter leurs talents aux tables de prise de décision et de planification pastorale. Elles doivent aller ailleurs pour être utiles à la construction du Royaume de Dieu.

Une bonne idée? Elle est venue de soeur Maureen Kelleher, religieuse du Sacré-Coeur de Marie des États-Unis, au Synode de 2015. Je sais que les choses avancent lentement, mais c’est majeur. Des femmes qui autrefois s’éloignaient lentement de l’Église ne s’y rendent plus jamais. La nouvelle génération (lire : les jeunes) a suivi ou a été entraînée à l’extérieur de l’église par leurs mères qui en avaient assez. Ça suffit les pédérastes et les prédateurs, les pasteurs corrompus ou qui ne font rien, bref, ça suffit une Église entièrement contrôlée par des hommes. Aucune femme n’autoriserait un sale type à s’approcher d’un enfant; aucune femme ne couvrirait un clerc coureur de jupons. Les femmes peuvent voler, mais il est très peu probable qu’elles videraient les comptes de la paroisse pour une aventure amoureuse. Et les femmes ministres ont tendance à travailler, pas à jouer au golf.

Les chancelleries diocésaines ajoutent peu à peu des officières là où elles le peuvent. À Rome, les appels répétés et les promesses de confier à des femmes des postes de direction n’ont pas franchi les portes des dicastères derrière lesquelles se trouve un véritable pouvoir. Oh, ici et là, une femme est nommée « consultante » ou obtient un poste de sous-secrétaire, mais il n’y a pas de présence féminine visible dans l’Église. Aucune.

Diffusez la vidéo de n’importe quelle cérémonie du Vatican et, à l’exception de quelques femmes et de quelques filles apportant les offrandes ou faisant une lecture dans leur langue maternelle, il apparaît très clairement qu’il s’agit d’une opération masculine menée de part en part. Qui entoure l’autel? Qui touche aux vases sacrés? Qui distribue la communion?

La cérémonie représente la réalité. Dès le Ve siècle, les papes se plaignaient de l’impureté des femmes. Cette accusation, répétée et enracinée au fil des ans, a permis de mettre fin aux ordinations de femmes diacres et d’hommes mariés. Les femmes – par définition impures – ne peuvent s’approcher de l’autel. Et les hommes qui touchent des femmes se rendent impurs.

L’agitation actuelle concernant le vote de femmes laïques au Synode des évêques met en évidence une injustice tout en détournant l’attention de la controverse réelle. (En trame de fond : Ils ont invité le groupe représentant les ordres et les instituts religieux masculins à nommer dix représentants. Les hommes ont envoyé huit prêtres et deux frères, tous maintenant membres votants. Le groupe de femmes a envoyé sept religieuses, mais aucune n’a le droit de vote.) La gestion de la représentation des hommes et des femmes religieuses va dans plusieurs directions. Si, comme dans l’Église médiévale, vous reconnaissez les abbés et les abbesses comme les équivalents des évêques, leur représentation et leur vote aujourd’hui apparaissent alors logiques. Mais cela n’équivaut pas à des laïcs votant – religieux ou non – dans un synode d’évêques.

Le document de travail pour le synode – l’Instrumentum laboris – peut se lire comme l’analyse sociologique qu’il contient (n’en déplaise à l’archevêque Chaput). Mais l’idée de départ était d’écouter les jeunes. Voici donc ce que les jeunes ont dit souhaiter : la reconnaissance du rôle de la femme dans l’Église et dans la société (n° 70), une réflexion renouvelée sur la vocation à un ministère ordonné (n° 102), et la promotion de la dignité de la femme (n° 158). En fait, au moins cinq groupes linguistiques du Synode – deux francophones, un anglophone et un germanophone – ont réclamé une plus grande participation des femmes à la direction de l’Église.

Bien sûr, les jeunes veulent beaucoup plus, mais au centre de leurs demandes se trouve un appel au respect véritable de toutes les personnes – jeunes et moins jeunes, hommes et femmes – à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église. On retrouve chez eux une conviction profonde que l’Évangile donne les réponses, mais aucune indication claire sur la manière dont les réponses peuvent se concrétiser dans l’action.

C’est ce que Sœur Kelleher a souligné: « encourager chaque personne – homme ou femme – à développer ses compétences pour servir le Royaume de Dieu. Je demande à nos responsables d’Église de reconnaître comment les femmes qui se sentent appelées à être au service du Royaume de Dieu ne trouvent pas de place dans notre Église. »

C’est l’heure.
Phyllis Zagano

Texte original publié dans le National Catholic Reporter; puis traduit et publié avec l’autorisation de l’auteure.
Traduction : Pauline Jacob

Autres textes de l’auteure sur ce site :
Le diaconat pour des femmes catholiques (2003)
Accorde-lui ton Esprit (2005)
Mais que pensent-ils donc au Vatican? (2015)

Une récente publication en français chez Novalis
« Femme diacres. Hier, aujourd’hui et demain »  écrite en collaboration.

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A propos Phyllis Zagano

Titulaire d'un poste de recherche et professeure adjointe de religion à l'Université Hofstra (Hempstead, NY), Phyllis Zagano, Ph. D., est lauréate de nombreux prix. Membre de la Commission pontificale pour l'étude du diaconat des femmes, conférencière reconnue, elle est l'auteure de plusieurs livres et articles, entre autres, « Femme diacres. Hier, aujourd’hui et demain » (Novalis, 2018) écrit en collaboration. Elle a une chronique dans le « National Catholic Reporter ».

2 réflexions au sujet de « Le Synode : qui écoute qui? »

  1. Voilà un excellent propos incisif et fort lucide sur la question de la place de la femme dans l’Église catholique. L’autorité masculine de cette Église doit maintenant se rendre à l’évidence qu’elle ne peut se réfugier derrière des principes historiques et magistériels qui ne tiennent plus la route. Le temps est venu, l’Esprit souffle, par la voix de la jeunesse. Il faut l’écouter!

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