Devenir agente de pastorale sociale

Je suis invitée à partager mon itinéraire vers un travail en pastorale sociale. Cet exercice m’oblige à revoir le chemin parcouru et à nommer mes expériences d’engagements et de cheminement de foi. J’ai retracé quatre passages à travers lesquels j’ai orienté ma vie de baptisée : l’entrée sur le marché du travail et les loisirs; la famille et l’entreprise; la formation en théologie et le travail communautaire et pour terminer, le Service de la pastorale sociale. Le premier passage se situe pendant le concile Vatican II traversé par un remarquable vent de changement qui soufflait dans l’Église. De son côté, la société québécoise était entraînée dans une grande transformation des valeurs apportées par la Révolution tranquille. J’entrais dans le monde adulte et j’avais soif de liberté et de justice.

L’entrée sur le marché du travail et les loisirs

Je suis passée de l’école au marché du travail après la fin du secondaire. La situation économique de ma famille ne nous permettait pas de poursuivre nos études. Dans mes loisirs, j’ai participé à la mise sur pied d’une Maison pour les jeunes travailleurs. Un vicaire dynamique nous accompagnait dans l’organisation d’activités ouvertes à tous et à toutes. C’est à travers cet engagement que j’ai commencé à apprivoiser la Bible et à m’ouvrir aux réalités du marché du travail. Je possédais un certain leadership et j’aimais mettre en commun nos ressources et nos talents pour concrétiser des projets. Mon idéal était de réussir ma vie comme laïque; je voulais fonder une famille et les valeurs familiales guidaient mes choix.

La famille et l’entreprise

Un an après notre mariage, nous avons fait un retour à la terre à proximité de la famille de mon conjoint. Notre désir d’avoir des enfants s’est heureusement concrétisé. Pendant ce temps, nous bâtissions progressivement une entreprise porcine. À mesure qu’elle prenait de l’expansion, les luttes pour obtenir le juste prix pour notre production et pour le droit de produire en terre agricole se multipliaient. Nous étions engagés dans le Syndicat des producteurs de porcs du Québec et aussi au Syndicat de base de notre région.

Ces expériences m’ont particulièrement fait comprendre l’importance de se rassembler, de résister et d’être solidaires dans nos revendications pour défendre non seulement nos droits, mais ceux de l’ensemble des producteurs et productrices agricoles. Confrontée à des systèmes de pouvoirs oppressants, j’ai également vécu l’impuissance de changer cette réalité qui minait notre vie familiale.

La quête du sens de ma vie s’imposait. Tout en prenant une formation en animation pastorale offerte par les Services diocésains, je suis devenue animatrice de pastorale auprès d’élèves du primaire durant une année. C’est à ce moment que j’ai senti le besoin de remettre en question mon éducation religieuse. Les fondations sur lesquelles je m’étais bâtie s’effondraient. J’avais un choix déchirant à faire pour reprendre ma vie en main avec tout ce que ça comportait de culpabilité face à mes engagements familiaux, à mes croyances et à mes valeurs.

La formation en théologie et le travail communautaire

J’ai alors entrepris un baccalauréat en théologie. Durant ces années, j’ai cherché à me reconstruire et à continuer d’être présente aux enfants devenus adolescents et jeune adulte.

À la fin de mes études, la rencontre de monseigneur Gérard Cambron lors des Journées sociales du Québec à Rimouski fut un véritable cadeau. À ce prêtre d’une grande sagesse, fondateur des communautés de base au Brésil et engagé socialement dans notre diocèse, je dois mon initiation en pastorale sociale. Par ailleurs, le travail communautaire m’attirait. Il n’y avait pas beaucoup d’issue dans ce milieu pour la formation que j’avais choisie. Des portes se sont cependant ouvertes à Centraide et, par la suite, dans un Centre de femmes. Mon expérience à Centraide m’a permis de connaître la mission des groupes de la région qui intervenaient auprès de personnes vivant diverses situations problématiques. Au Centre des femmes, j’étais responsable des bénévoles et je faisais de l’accompagnement individuel et de groupe. Tout en aidant ces femmes, je prenais conscience de l’importance des luttes féministes et je devenais davantage engagée sur mon propre chemin de libération.

Le service de la pastorale sociale

Trois ans plus tard, ayant joint l’équipe de la pastorale sociale diocésaine, j’avais enfin la chance d’exercer cette pastorale en compagnie de deux personnes d’expériences : une théologienne féministe exerçant une grande liberté de parole et un travailleur social formé à l’approche de Paolo Freire. Ce milieu de travail favorisait l’articulation de ma foi avec mes engagements sociaux auprès des groupes communautaires voués à la défense des droits des personnes appauvries, marginalisées et exclues. De son côté, l’organisme Développement et Paix m’apportait une ouverture et une analyse critique sur les problématiques vécues dans les pays en développement. Nous formions aussi des alliances avec des groupes pour des projets tels que la Décennie pour la lutte à l’appauvrissement, la Loi pour un Québec sans pauvreté et la célébration de la Fête de la vie qui incluait la contribution des personnes marginalisées. Nous avons travaillé ensemble durant deux belles années.

Après le départ à la retraite de mes collègues, je suis devenue coordonnatrice de la pastorale sociale. J’ai formé équipe avec la responsable de la Condition des femmes en Église et un employé de Caritas engagé dans la spiritualité de saint-François-d’Assise. Nous mettions en commun nos expériences et partagions nos engagements ecclésiaux et communautaires. Le départ de ces deux autres collègues, des changements de tâches, de responsabilités et une diminution du temps de travail sont survenus dans les années qui ont suivi. J’avais donc moins de temps disponible à accorder aux organismes communautaires et aux luttes sociales. Heureusement, je pouvais compter sur un noyau solide de membres engagés socialement en paroisse ou dans les organismes du milieu, à savoir le noyau de la Table diocésaine de pastorale sociale. C’était un lieu d’échange d’expériences, de ressourcement et de formation ajustés à la conjoncture ecclésiale et sociale. Je retrouvais aussi cet espace de ressourcement, d’approfondissement et d’échange sur mon travail pastoral lors des rencontres de la Table provinciale des pastorales sociales du Québec ainsi qu’aux Journées sociales du Québec.

Conclusion

Cette rétrospective m’a donné l’occasion de revoir le chemin parcouru et de rendre grâce pour tous ces gens qui m’ont permis de devenir la femme que je suis aujourd’hui. J’entreprends ma deuxième année de retraite et je savoure le temps qui m’est donné pour développer ma créativité et mes talents. Je fais partie d’une belle grande famille qui aime se rassembler et fêter ensemble et je continue de m’intéresser aux enjeux sociaux et de m’interroger sur ma part de responsabilité pour faire advenir plus de justice. La lecture quotidienne de la Bible nourrit ma foi et guide mes pas sur cette nouvelle route.

Le 18 octobre 2018
Lise Laroche,
Sherbrooke (Québec, Canada)

Une réflexion au sujet de « Devenir agente de pastorale sociale »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.