Décès de Monique Dumais

9 août 1939 – 16 septembre 2017

C’est avec une infinie tristesse que nous vous annonçons le décès de Monique Dumais, ursuline, théologienne féministe, professeure en sciences religieuses et en éthique à l’UQAR. Monique Dumais est décédée à l’âge de 78 ans au Centre de santé des Ursulines de Rimouski entourée de ses consœurs et des membres de sa famille.

En 1976, elle fonde, avec Louise Melançon et Marie-Andrée Roy, la collective de femmes chrétiennes et féministes, L’autre Parole. Quarante et un ans plus tard, cette collective continue de jouer un rôle majeur pour le développement et la diffusion d’une pensée critique sur les femmes et la religion et la mise en place de discours et de pratiques alternatives féministes en théologie et en spiritualité. La collective, qui a essaimé en de multiples groupes de base au Québec, va, dès sa fondation, publier un bulletin qui deviendra la revue L’autre Parole, reconnue comme la plus ancienne revue féministe au Québec. (http://www.lautreparole.org) Tout en contribuant de manière décisive à la vitalité et à la reconnaissance de la collective sur la scène nationale, Monique Dumais a mis sur pied à Rimouski le groupe Houlda de L’autre Parole. Voici ce qu’elle disait du nom de son groupe et qui traduit bien son enracinement dans le Bas-du-Fleuve : « Fidèles à notre goût pour les grandes marées, nous avons cherché un nom qui parlerait à la fois de la mer et de la Bible. C’est ainsi que nous avons vu surgir, sur un lointain rivage, le profil d’une prophétesse jusqu’alors noyée dans le patriarcat : Houlda. Nous avons donc jeté nos amarres désignatrices de son côté. » Avec le décès de Monique Dumais, L’autre Parole perd une prophétesse, sa première inspiratrice, un de ses piliers fondateurs et sa plus fidèle et ardente défenseure de la parole des femmes, de toutes les femmes dans l’Église et la société.

Pionnière audacieuse. Après une formation de premier cycle en théologie à Rimouski, Monique Dumais ne manque pas d’audace en poursuivant ses études de maîtrise et de doctorat à Harvard puis à l’Union Theological Seminary de New York où elle a soutenu une thèse sur L’Église de Rimouski dans un contexte de développement régional (1963-1972) (Fides, 1978). De retour au Québec, Monique Dumais s’affirme comme une cheffe de file en théologie féministe et contribue de manière très significative à faire connaître la pensée de théologiennes féministes américaines comme Rosemary Radford Ruether, Elizabeth Schüssler Fiorenza, Mary Daly.

Théologienne percutante. Monique Dumais a apporté une contribution décisive à la théologie féministe notamment à celle du corps. Dans ses écrits, elle montre comment l’expérience passe par le corps, présenté comme lieu d’incarnation et de révélation. Ce corps, sexué et désirant, constitue fondamentalement pour Monique Dumais le lieu de l’expérience religieuse. Elle soutient que les paroles de la consécration eucharistique, « ceci est mon corps, ceci est mon sang », rejoignent intimement l’expérience des femmes, notamment quand la mère, qui vient de donner naissance à un enfant, dit : « ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Et elle rappelle que chaque mois, quand les femmes voient couler le sang menstruel, elles peuvent l’associer au sang sacrificiel de Jésus. Dans le sillage de cette réflexion, nous pensons que l’expérience de vie de Monique Dumais a été le reflet d’une incarnation heureuse, ouverte sur le monde et capable d’émerveillement. Au terme de sa vie, nous croyons que Monique, aux prises avec une longue et souffrante maladie qui a affecté tout son corps jusqu’au sang, a vécu radicalement la passion du Ressuscité et a acquiescé à l’invitation de ce dernier pour passer à une vie nouvelle.

Éthicienne interpellante. Monique Dumais a publié des ouvrages sur des enjeux concrets affectant la vie des femmes : les droits, la pauvreté et la mondialisation. Mettant de l’avant une éthique de la relation, elle propose une lecture féministe et écologique de la réalité religieuse qui met en relief la dimension immanente du divin, dénonce la tradition spirituelle de domination et propose la transformation de la symbolique chrétienne. Ses écrits sur l’écoféminisme articulent éthique sociale et éthique religieuse. Ils remettent en question nos comportements concrets envers la terre, l’environnement, nos pratiques de consommation, etc. et, simultanément, ils critiquent les légitimations religieuses de ces comportements.

Femme résiliente. Née sur le bord du grand fleuve Saint-Laurent, Monique Dumais a audacieusement piloté sa vie en sachant naviguer contre les vents et marées du patriarcat, en bénéficiant de ports d’attache accueillants comme son Monastère, son Université, ses fidèles amitiés d’ici et d’ailleurs et sa collective L’autre Parole. Engagée dans différents groupes de femmes, dont l’Association des religieuses pour les droits des femmes, elle a profondément marqué la vie de nombreuses femmes au Québec et à l’étranger. Son sens proverbial de l’accueil, son ouverture sur le monde, sa soif de culture, son inlassable énergie, sa capacité de dialogue en ont fait une femme attachante, une femme de vision, qui a su incarner ses idéaux dans des projets novateurs qui entendent bien persister pour lui assurer longue vie.

Les détails pour les funérailles suivront très prochainement.

Marie-Andrée Roy
pour la collective L’autre Parole
2017-09-17

Bibliographie (premier jet)

– Monique Dumais, L’Église de Rimouski dans un contexte de développement régional (1963-1972), coll. Essais et recherches, section religion, Montréal, Fides, 1972, 395 p.

– Dumais, Monique, « Si Dieu s’était faite femme », Critère, no 32, automne 1981.

– Dumais, Monique, 1983, « Femmes faites chair », dans Élisabeth J. Lacelle (dir.), La femme, son corps et la religion, Approches multidisciplinaires, Montréal, Bellarmin, 1983, p. 52-70.

– Dumais, Monique, Les femmes dans la bible, Montréal, Éditions Paulines, 1985. 98 p.

– Monique Dumais, « Sortir Dieu du ghetto masculin », dans Monique Dumais, Marie-Andrée Roy, direction, Souffles de femmes. Lectures féministes de la religion, Montréal, Éditions Paulines, 1989, pp. 135-146

– Dumais, Monique, 1990, L’autre salut, Recherches féministes, volume 3, numéro 2, 1990

– Dumais, Monique, 1992, Les droits des femmes, Montréal, Éditions Paulines, 132 p.

– Dumais, Monique, 1993, Diversité des utilisations féministes du concept expériences des femmes en sciences religieuses, Les documents de l’ICREF, 32, n.p. n. d.

– Dumais, Monique, « Synergie : Femmes et religion au Québec depuis 1970 », Religiologiques, no 11, printemps 1995, pp. 51-64.

– Dumais, Monique, 1996, « Préoccupations écologiques et éthique féministe », « Questions d’éthique en sciences des religions », Religiologiques, 13, p. 115-124.

– Dumais, Monique, 1997, « Éthique féministe de la relation et perspectives sur le corps », Laval théologique et philosophique, 53, 2, p. 377-384.

– Dumais, Monique, 1998, Femmes et pauvreté, Montréal, Médiaspaul, 134 p.

– Dumais, Monique, 2009, Femmes et mondialisation, Médispaul, 144 p.

Ce contenu a été publié dans Événements et nouvelles, Portraits par Marie-Andrée Roy. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Marie-Andrée Roy

Marie-Andrée Roy, sociologue, est directrice du Département de sciences des religions et membre de l'Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). L’analyse féministe des religions, les rapports femmes-hommes et les conservatismes religieux constituent ses principaux domaines d’expertise. Sa thèse de doctorat en sociologie (1992) portait sur les femmes et le pouvoir dans l’Église catholique. Elle est cofondatrice de la collective féministe et chrétienne L’autre Parole.

Une réflexion au sujet de « Décès de Monique Dumais »

  1. Merci pour ce texte inspiré et inspirant, qui me rappelle le souvenir d’une femme que j’ai connue et estimée.

    Toutes mes sympathies sont avec vous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *