La Bible au féminin : Houlda, traversée par la Parole divine

Le nom d’Houlda apparaît quatre fois dans le Premier Testament; deux fois dans le second livre des Rois (2 R 22,14.15) et deux fois dans le second livre des Chroniques (2 Ch 34,22.23). Ces deux livres évoquent, chacun à leur manière, l’époque de la monarchie en Israël et Juda. Nous nous limiterons ici au texte du livre des Rois.

Le lecteur qui s’y attarde n’a qu’un maigre verset à se mettre sous la dent pour découvrir qui pouvait être cette femme. Pas de quoi écrire une biographie bien étoffée! On y apprend le nom et la fonction de son mari, Shallum, gardien des vêtements sacrés du Temple, et son lieu de résidence, « Jérusalem dans la ville neuve ». On y découvre surtout qu’elle était prophétesse et là, ça nous intéresse! Une femme prophétesse! Ce n’est pas la seule femme de la Première Alliance à avoir exercé cette fonction. La Bible mentionne par exemple Myriam, la sœur de Moïse (Ex 15 ; Nb 12,1-16), Débora (Jg 5) ; la femme d’Isaïe (Is 8,3) et une certaine Noadya (Ne 6,14).

Si donc on ne sait pratiquement rien d’Houlda, on peut en revanche s’intéresser à ce qui compte vraiment : ce qu’elle dit. Après tout, les prophètes sont des porte-parole du Seigneur, quelle que soit la manière dont ils s’y prennent pour transmettre sa Parole, en mots ou en gestes. Pourquoi cette femme prend-elle la parole et que raconte-t-elle?

Sous le règne du roi Josias (640 à 609 avant Jésus-Christ)

Le chapitre 22 du deuxième livre des Rois s’ouvre sur l’accession au trône du roi Josias à l’âge de huit ans (1 R 22,1). Son histoire se termine à la fin du chapitre suivant par sa mort tragique à l’âge de 39 ans lors d’une bataille contre les Égyptiens à Megiddo (2 R 23,28-30). Le texte biblique le présente sous un jour très favorable en insistant sur sa grande réforme religieuse, laquelle est provoquée par la découverte du livre de la Loi et par l’avertissement prophétique de Houlda.

Le livre de la Loi

Lors de travaux de réfection au Temple, on découvre le livre de la Loi. Les circonstances sont un peu nébuleuses et les spécialistes discutent de la teneur historique de l’événement et de l’identité du livre, peut-être une version ancienne du livre du Deutéronome. Nous ne spéculerons pas là-dessus, mais nous nous attarderons plutôt à la manière dont le livre raconte les choses. La trouvaille, peut-être pas si fortuite que cela, sème l’émoi chez tous ceux qui en apprennent la nouvelle, à commencer par le grand prêtre Hilqiyahu et le scribe Shaphân qui s’empresse d’aller le lire au roi. Celui-ci réagit fortement, s’inquiète des conséquences de ne pas avoir obéi aux « paroles de YHWH » contenues dans le livre et ordonne que l’on consulte ce dernier, ce qui revient à demander de convoquer le prophète de la cour, en l’occurrence la prophétesse Houlda.

La Parole du Seigneur transmise par Houlda (2 R 22,16-20a)

L’oracle prononcé par Houlda donne froid dans le dos. D’entrée de jeu, le Seigneur annonce clairement ses intentions : « Je vais amener le malheur sur ce lieu et sur ses habitants » (v. 7).  Le Seigneur est en colère (v. 17) et cela s’explique assez facilement par tous les manquements de son peuple. Cependant, il se radoucit quelque peu devant l’attitude humble du roi Josias : les malheurs ne surviendront pas de son vivant, ils sont reportés à un peu plus tard (v. 20).

Nous, lecteurs contemporains qui lisons aussi l’Évangile, pouvons ressentir un malaise devant cette figure d’un Dieu colérique et violent. Bien des explications pourraient être données sur la violence dans la Bible.

Je vous proposerais ici de revenir tout simplement au texte et de regarder, au-delà de ses énoncés, la manière dont il « parle » et les chemins qu’y emprunte la parole. Et là un constat s’impose : les indices d’une parole dite, lue, inscrite dans un livre, transmise ou à transmettre abondent! Le texte insiste sur la délégation de la Parole : du Seigneur à Houlda, de Houlda aux délégués du roi, de ces derniers au roi. À cette parole dite ou à entendre, correspond l’autre versant, celui de la parole entendue. Josias est celui qui a entendu les paroles du livre, qui les a reçues comme une Parole du Seigneur. Il a laissé la Parole accomplir en lui sa trajectoire complète : des oreilles au cœur — lieu dans la Bible de la décision consciente, des orientations de vie — du cœur aux gestes et actions qui expriment une conversion véritable (v. 18-19). En retour, le Seigneur entend lui aussi (v. 19) : la parole créatrice de relation circule librement entre eux et ses fruits de paix peuvent accompagner Josias jusqu’à son dernier souffle (v. 20).

Lu ainsi, l’oracle prononcé par Houlda devient une « école » de l’entendre. Le texte pointe de manière contrastée, et sans doute très pédagogique, vers deux voies possibles. Celle de l’écoute et de la paix, celle de la surdité (abandon du Seigneur, v. 7) et du malheur. Houlda apparaît ici comme la prophétesse par excellence que la Parole traverse sans obstacle.

Texte publié sur le site Interbible, chronique du 6 janvier 2017 et reproduit avec les permissions requises.

Ce contenu a été publié dans La Bible et les femmes par Anne-Marie Chapleau. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Anne-Marie Chapleau

Formée en sémiotique et détentrice d'une maîtrise en théologie, Anne-Marie Chapleau est professeure de Bible et directrice des études à l'Institut de formation théologique et pastorale (IFTP) de Chicoutimi et professeure associée à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval. Elle anime également des groupes de lecture biblique et des sessions de récitatif biblique, tout en poursuivant depuis longtemps son engagement bénévole auprès de Développement et Paix

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