Les femmes de ma vie personnelle et professionnelle

Présentation faite au colloque ayant pour thème Visage féminin de l’Église! dans le cadre des célébrations du150e anniversaire de la fondation de l’archidiocèse de Rimouski.

Si je prends la parole aujourd’hui, c’est que toute ma vie professionnelle et presbytérale a été une vie marquée particulièrement par la présence des femmes. D’abord, dans ma propre famille composée de 7 sœurs et deux frères et dans l’éducation reçue jusqu’à ma 11ième année d’une part. Et d’autre part, comme professeur universitaire, c’est surtout à des femmes en majorité que j’ai donné mon enseignement majoritairement à des femmes qui se préparaient à l’enseignement. Voilà pourquoi, j’aime commencer mes propos en citant la bibliste et théologienne, Anne Soupa : « La femme n’existe pas! Il y a des femmes différentes, particulières, qui toutes ont leur manière à elles de s’approcher du Seigneur. Certains discours ecclésiastiques sur « la femme » empêchent, en l’idéalisant, la rencontre avec des femmes concrètes, réelles ».

Donc, je vais parler de quelques femmes qui ont façonné, à leur manière, l’histoire de nos communautés, qui se faisant, édifiaient la grande Église du diocèse de Rimouski. Je le fais à partir de mon lien avec elles, de l’amour qu’elles m’ont manifesté et du soutien qu’elles m’ont toujours assuré depuis mon tout jeune âge et dans le ministère presbytéral qui est le mien depuis 46 ans.

  1. La première femme qui m’a guidé et fait connaître le Christ, ma mère Lydia. Quel beau nom, elle avait! Ce n’est pas à l’église paroissiale qu’elle a eu un impact dans la vie, parce qu’elle était toujours enceinte; elle ne pouvait pas se rendre à l’église trop occupé à s’occuper de sa marmaille comme tant d’autres femmes. Ce sont ces femmes qui nous ont donné le goût de s’impliquer dans nos communautés et de l’importance de la famille dans la transmission de la foi. Son apport a été de m’apprendre à prier, â découvrir par sa pratique quotidienne que la patience vient à bout de tout. D’ailleurs, c’est ainsi que je préfaçais ma thèse de doctorat. Elle a été le premier maillon de mon histoire personnelle impliquée dans l’histoire de notre diocèse.

  1. Je pense aussi à ces femmes religieuses qui nous ont fait connaître le Christ à travers leur enseignement profane et religieux dans nos petites écoles. Ces femmes ont permis, pour la plupart d’entre-nous provenant du monde rural de poursuivre nos études secondaires, collégiales ou universitaires. À Saint-Alexis-de-Matapédia, si Mère Sainte Monique, n’avait pas accepté à l’âge de 66 ans, de venir enseigner les 10 et 11ièmes années à des garçons et des filles en pleine adolescence, je ne serais pas ici pour m’entretenir avec vous. Je ne soulignerai jamais assez comme le souligne souvent Denise Bombardier : « Ces femmes doivent être reconnues à leur juste valeur, il importe de revenir régulièrement pour souligner leur apport à l’histoire du Québec et pour nous ici aujourd’hui, à l’histoire de notre diocèse. Mais, je sais aussi que ces femmes religieuses devaient être soumises au curé de la paroisse où elles œuvraient. J’ai eu, à cet égard, des confidences de ces religieuses que j’ai rencontrées dans mon ministère, en particulier, celle de Mère Sainte-Delphine qui m’a raconté comment le curé du temps de Saint-Alexis était autoritaire et exigeant. C’était une femme forte qui a su répondre au curé qui n’était pas content de l’empesage de ses surplis : « Si vous n’est pas satisfait, monsieur le Curé, vous le ferez vous-même». Je ne sais pas si elle a eu une réprimande de sa supérieure locale. Oui, les religieuses dans nos petites communautés ont fait l’histoire! Que seraient devenues ces petites paroisses si elles n’avaient pas été là? L’intuition des évêques d’envoyer des religieuses enseignantes dans ces communautés étaient sûrement d’inspiration divine. Je n’oublie pas ici que d’autres femmes laïques se sont jointes à elles avec le temps, surtout dans les rangs de nos villages Il y avait aussi des professeurs masculins mais c’étaient surtout pour les garçons du secondaire.

  1. Je tiens aussi à parler de ces femmes enseignantes qui ont été et qui sont encore les piliers de l’éducation et de leur apport quant à l’enseignement de catéchèse qui était à l’horaire du programme scolaire. J’ai travaillé 28 ans dans ce monde comme animateur de pastorale, conseiller pédagogique et conseiller en éducation chrétienne. C’est sœur Ida Côté, l’ancienne supérieure générale des sœurs du Saint-Rosaire. Elle est venue me chercher alors que j’étais vicaire à la paroisse cathédrale pour travailler avec elle alors que de plus en plus d’enseignantes trouvaient leur tâche difficile. C’est elle qui m’a initié à cet univers de la pédagogie, étant une compétence reconnue en la matière au niveau provincial. Pendant des décennies, ce sont ces femmes qui ont éduqué les jeunes de nos milieux à la rencontre avec le Seigneur : elles enseignaient, elles préparaient les enfants aux sacrements, elles animaient même les réunions de parents en soirée. On comprend alors tout le vide créé dans notre diocèse quand l’enseignement catéchétique et la préparation aux sacrements furent confiés aux communautés paroissiales qui n’étaient pas prêtres à prendre leur responsabilité à cet égard. La nostalgie de ces temps d’opulence revient fréquemment encore dans les rencontres que nous avons avec les communautés paroissiales.

  1. Le Chantier diocésain 2001-2002 été un moment important dans la prise de conscience de la place des femmes et de leur apport à la vie ecclésiale diocésaine. Le rapport de la Commission du chantier diocésain contenait de nombreuses recommandations audacieuses sur la place des femmes dans l’Église dont l’accès des femmes à la prêtrise.

  2. Recommandations adoptées au Chantier diocésain 200-2002

    1/ que l’évêque fasse connaître à l’AECQ, à la CECC et aux autorités romaines la position et les revendications des fidèles concernant la pleine accessibilité des femmes à l’ordination au diaconat et au presbytérat, eu égard à l’égalité des hommes et des femmes dans le Peuple de Dieu;

    2/ que l’évêque utilise tous les pouvoirs qui sont les siens pour élargir progressivement l’autorisation à des personnes mariées, femmes ou hommes, d’assurer des ministères jusqu’ici réservés à des prêtres;

    3/ que l’évêque autorise, dans des cas particuliers, des expériences ministérielles nouvelles sans discriminations de sexe, qui serviront au renouvellement des ministères ordonnés.

  1. La présence des femmes dans la vie paroissiale actuelle est d’une grande actualité. De plus en plus de femmes participent à l’assemblée de fabrique comme marguillières ou présidentes mais ce sont surtout des hommes s’occupent de l’administration; je le vois quand nous rencontrons les Assemblées de fabrique. Mais ce sont des femmes surtout qui s’engagent dans l’animation des activités pastorales. Je me suis souvent demandé : « Qu’adviendrait-il dans nos communautés paroissiales ou dans les services diocésains si les femmes engagées actuellement se retireraient pour un temps assez prolongé ou une petite grève pour faire moderne? À mon avis, ce serait la dévitalisation la plus totale de nos communautés chrétiennes. Je le crois sincèrement parce que dans toutes nos rencontres vécues depuis 5 ans dans le projet pastoral de revitalisation, les personnes présentes et engagées étaient surtout des femmes. Cet état de fait doit poser de sérieuses questions à tous leaders de nos communautés et de la curie diocésaine dans la reconnaissance des ministères nouveaux. Dans l’état actuel des choses, nous sommes à la recherche d’un modèle nouveau qui reconnaîtrait la place des femmes dans la gouvernance de la vitalité communautaire cela à tous les niveaux : gestion pastorale, gestion sacramentelle et gestion administrative.

  1. J’ai été membre pendant 10 ans au Comité de soutien au Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Ma présence dans ce comité m’a permis de constater comment dans notre diocèse, des femmes étaient soucieuses de la mission de l’Église de notre coin de pays mais en même temps toujours en attente d’une pleine reconnaissance dans une Église toujours marquée par le cléricalisme maintenu par des hommes. Le partenariat homme et femme en Église est toujours en déficit; malgré certaines résistances, il importe de poursuivre des pistes pratiques pour établir une la culture partenariale réelle dans notre diocèse.

  1. Mon rêve;

  • une Église diocésaine où les rapports hommes et femmes se vivent dans la réciprocité.

  • une reconnaissance fondamentale et explicite de la valeur égale des hommes et des femmes dans le respect des différences.

  • une radicale parité jusque dans l’exercice des tâches et des fonctions ecclésiales, et ce en vue d’une mission commune.

    Guy Lagacé
    Rimouski, le 8 mars 2017

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A propos Guy Lagacé

Guy Lagacé est coordonnateur de la pastorale d'ensemble du diocèse de Rimouski depuis 2015. Prêtre diocésain, il détient un Ph.D. en théologie portant sur la gestion participative dans l’Église locale de Rimouski et l’inconfort des laïcs dans le processus décisionnel. Il fut, entre autres, animateur de pastorale scolaire, conseiller pédagogique et modérateur d’une équipe pastorale. Il est l’auteur de guides pédagogiques et de planification en pastorale et en enseignement pour le primaire et le secondaire.

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