Élisabeth Turgeon, femme d’exception

Présentation faite au colloque ayant pour thème Visage féminin de l’Église! dans le cadre des célébrations du150e anniversaire de la fondation de l’archidiocèse de Rimouski.

Soeur Jeannette Beaulieu décrit le parcours de la fondatrice des Sœurs des Petites-Écoles, qui seront appelées plus tard Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire. Elle l’a suivie depuis son arrivée à Rimouski le 3 avril 1875 jusqu’à son décès le 17 août 1881. Elle a fait état des toutes premières fondations en 1880 à Saint-Gabriel, à Port-Daniel et à Saint-Godefroi, trois paroisses qui étaient alors dans notre diocèse. La communauté s’est agrandie et les sœurs se sont retrouvées par la suite dans 90 paroisses, dans 9 diocèses du Québec, dans 6 provinces du Canada, enfin dans 12 pays.

À Rimouski, une rue… une école primaire… … un espace au musée régional portent le nom d’Élisabeth Turgeon et une maison de fin de vie celui de Marie-Élisabeth.

On se souvient de la célébration de béatification de la Vénérable Élisabeth Turgeon, le 26 avril 2015, présidée par le cardinal Angelo Amato venu spécialement de Rome pour cette célébration… une première à Rimouski, au Québec et même au Canada.

Qui est donc cette femme, native de Beaumont, qui a vécu de 1840-1881 dont les six dernières années de sa courte vie à Rimouski?

Que pensent d’abord ses parents et quelques-uns de ses proches à son sujet?

Son père, Louis-Marc Turgeon, autodidacte, constate «  la supériorité de l’intelligence » de sa fille, « qui se manifeste par ses multiples questions et réflexions, signe d’une rare perspicacité ».

Sa mère, Angèle Labrecque observe chez sa 4ième fille, encore toute jeune enfant, « la gentillesse de son caractère, la bonté de son cœur »; à la mort de son époux, elle trouve en Élisabeth, qui a 15 ans, « une âme sensible » et « une aide intelligente et dévouée ».

Sa plus jeune sœur Aurélie écrit: «  Jamais, je n’oublierai sa tendresse, son dévouement […]. Sa figure était belle, son air gracieux, son maintien distingué […] elle inspirait le respect et l’admiration […] Je la vis toujours patiente, toujours résignée […] Sa douceur, sa compassion étaient admirables pour les malheureux [..] sa sérénité ne manifestaient nullement l’état habituel de ses souffrances. [..]

Le principal Jean Langevin et les professeurs de École Normale Laval de Québec remarquent chez la normalienne de 20 ans : son heureuse mémoire, ses talents brillants, sa constance et son énergie au travail, son esprit vif et pénétrant, un esprit droit, judicieux et profond, sa fermeté, sa piété, son cœur généreux.

À son arrivée à Rimouski, le 3 avril 1875, on la décrit ainsi : « grande, svelte, figure pâle, air distingué, un sourire qui captive; somme toute, un extérieur agréable dans la force du mot. Sa joie est communicative. » Ses compagnes louent son dévouement, son esprit clairvoyant et sa foi ardente.

Pour ma part, je retiens:

Élisabeth Turgeon, femme de cœur

Un cœur tout habillé de bonté, de tendresse et de sollicitude. Son cœur s’émeut devant la souffrance, elle se penche sur la misère d’autrui. Elle éprouve de la compassion pour les personnes qui se confient à elle. Les lettres adressées à ses sœurs sont remplis d’affection, de confiance et d’encouragement. Elle leur demande souvent ce dont elles ont besoin pour leur travail, leur santé et leur bien-être. Elle fait tout son possible pour répondre à leurs besoins malgré sa grande pauvreté. Tout son être est façonné et stimulé par le désir de donner ce qu’il y a de mieux pour les jeunes à qui l’on enseigne. Jour après jour, la tendresse de Dieu s’imprègne en elle pour ne plus jamais s’effacer... Elle dira à ses sœurs : Vous êtes renfermées dans mon cœur : vos peines sont mes peines, vos joies sont mes joies.

Un événement nous démontre son grand cœur:

L’INCENDIE DU SÉMINAIRE de Rimouski : 5 avril 1881. Devant la détresse de l’évêque, Élisabeth lui offre de quitter la maison que la communauté habite depuis 1876 et qu’elle a aménagée de peine et de misère pour la rendre habitable. Élisabeth veut permettre aux séminaristes d’y continuer leurs cours. Un geste qualifié d’héroïque par Mgr Jean Langevin. Elle-même, très malade, ne peut déménager avec ses sœurs dans la maison de briques rouges mise à leur disposition et, c’est dans la turbulence des jeunes étudiants, qu’Élisabeth continue de vivre sa maladie avant d’aller rejoindre ses compagnes le 9 juin suivant.

Élisabeth Turgeon, femme éducatrice

Dès les premières années de son épiscopat, Mgr Jean Langevin s’est beaucoup intéressé à l’éducation et au développement de l’enseignement dans toutes les paroisses de son vaste diocèse. Il a constaté l’ignorance religieuse des enfants de son diocèse. Il veut avoir des institutrices mieux formées pour les petites écoles. Mgr Jean Langevin se souvient d’Élisabeth Turgeon, de ses nombreuses qualités, de son amour des jeunes. Elle serait la personne idéale pour consacrer sa vie à l’instruction et à l’éducation chrétienne des jeunes des campagnes. Il lui demande de venir à Rimouski pour former des enseignantes qualifiées. À sa 3ième demande, Élisabeth répond affirmativement puisque sa santé lui permet.

Femme de terrain et d’expérience, Élisabeth Turgeon est convaincue que pour répondre aux défis envisagés, il faut des femmes sérieusement formées, capables de s’adapter et de prendre des initiatives. Elle est heureuse de partager son savoir. Elle met sur pied une école indépendante, à Rimouski, pour préparer ses compagnes à leur tâche d’institutrice dans les petites écoles. Dans le contact avec les enfants, elle recommande l’affabilité, l’affection et la joie. (cf. Règlement des Sœurs des Petites Écoles). Elle invite à reprendre avec bonté, douceur, fermeté, usant de beaucoup de réserve. Elle dit : « la douceur et l’affabilité sont pour nous un devoir de justice envers nos élèves. La sagesse nous enseigne comment allier la bonté et la fermeté. » Elle porte une grande attention au bien-être des enfants, à leur sécurité, à leur état de santé. Élisabeth privilégie les petits et les nécessiteux. Elle se permet de leur offrir de petites gâteries à l’occasion./ Elle voit l’importance du climat relationnel en éducation pour favoriser les apprentissages et le développement de la personne. Les bonnes relations avec les parents, les curés, les autorités scolaires et gouvernementales sont capitales. Elle s’attend à ce que les institutrices aient un bon maintien, un langage soigné, qu’elles soient polies, discrètes et réservées.

Le temps venu, elle envoie des sœurs 2 par 2 vers les enfants du peuple, dans des écoles de campagne, et vivant comme eux dans la pauvreté. Une Réalité tout à fait nouvelle dans son temps (on voyait des couvents et des collèges)…Elle est vraiment une PIONNIÈRE dans le domaine de l’éducation dans l’Est du Québec.

En considération de l’engagement exceptionnel et de l’œuvre inestimable de la Bienheureuse Élisabeth Turgeon, le conseil municipal de la Ville de Rimouski lui a décerné, le 25 avril 2015, le titre de CITOYENNE D’HONNEUR avec tous les égards et la reconnaissance attachée à ce titre.

Le pape François dans le décret de béatification l’a appelée « APÔTRE DE LA JEUNESSE ».

ÉlisabethTurgeon, femme de vision. 

Afin d’assurer la stabilité et la permanence du projet d’éducation, Élisabeth voit la nécessité de FONDER UN INSTITUT RELIGIEUX. Avec courage et ténacité, pendant 4 ans, elle multiplie les démarches auprès de Mgr Jean Langevin afin d’obtenir l’autorisation d’émettre les vœux de religion. La première profession religieuse a lieu le 12 sept. 1879. Le 2 janvier 1880, Élisabeth envoie des sœurs dans des milieux éloignés et pauvres pour enseigner et cela, malgré le peu d’effectifs et de ressources matérielles. Une communauté en sortie comme aime le dire le pape François. Elle a l’audace des chemins nouveaux. Rien ne paraît l’arrêter … il y a une force intérieure qui l’habite. Élisabeth accompagne ses sœurs en lointaine Gaspésie, malgré sa santé précaire et les difficultés du voyage (son médecin lui avait fortement déconseillé). Femme de discernement, Élisabeth veut constater par elle-même les besoins du milieu pour y répondre adéquatement. Élisabeth voit loin. Ses yeux semblent scruter les personnes pour faire jaillir ce qu’il y a de meilleur en elles et les inviter à se jeter en Dieu dans toutes situations.

Devant Dieu considérez les choses, il vous inspirera ce que vous devez faire pour le mieux.

Des curés de paroisse, apprenant la renommée des sœurs dans l’enseignement, réclament des institutrices pour leurs écoles. Élisabeth n’ayant pas suffisamment de sœurs bien formées se voit dans l’obligation de refuser… elle demeure ferme dans sa décision.

À la suite de leur fondatrice, les sœurs du Saint-Rosaire ont continué l’œuvre d’instruction et d’éducation chrétienne dans 12 pays, au Canada elles ont œuvré dans 6 provinces, au Québec dans 9 diocèses, dans le seul diocèse de Rimouski dans 90 paroisses.

Élisabeth Turgeon, femme transparente

Elle reconnaît ses fragilités et ses limites. C’est impressionnant de constater sa capacité à les partager avec ses sœurs. Elle dit comment elle se voit et elle demande à ses sœurs de prier pour elle pour devenir meilleure. Elle saisit toutes les occasions pour exprimer sa gratitude envers les personnes qui posent des gestes de bonté soit envers elle, soit envers la communauté.

Élisabeth Turgeon, femme de foi

Elle croit en l’autre, au soutien de l’autre. Elle ne travaille pas seule. Elle fait confiance au bon jugement de ses sœurs et elle les invite à agir au meilleur de leurs connaissances. Elle croit à la force de la prière et elle sollicite même celle des élèves. L’attachement d’Élisabeth à la prière, c’est celui de l’arbre à ses racines, du fleuve à sa source. Elle espère tout de son Dieu en qui elle a mis son entière confiance.

Une pensée chère à Élisabeth peut résumer sa foi : Avec la protection de Jésus-Christ, les toiles d’araignée sont plus fortes que les murailles et sans sa protection, les plus fortes murailles ne sont que des toiles d’araignée.

L’amour unifie sa vie. Quelques mois avant sa mort, elle résume toutes ses exhortations dans le commandement de Jésus : « Mes Sœurs, je vous recommande particulièrement l’union, la charité fraternelle, quand on est uni dans une communauté, quand la paix règne parmi ses membres, c’est le ciel sur la terre. »

Pour conclure : Élisabeth Turgeon a répondu aux besoins éducatifs et spirituels de son temps avec une intuition sûre, une force extraordinaire et une audace à toute épreuve. L’AECQ l’a désignée comme l’une des figures inspirantes pour les catéchètes. Elle peut aussi inspirer les femmes d’affaires d’aujourd’hui par sa persévérance pour réaliser un rêve, par son courage et sa détermination au milieu des difficultés rencontrées.

Jeannette Beaulieu
Rimouski, le 8 mars 2017

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A propos Jeannette Beaulieu

Après avoir enseigné et travaillé en pastorale dans des écoles secondaires pendant 35 ans, Jeannette Beaulieu, r.s.r., originaire de l’Isle-Verte, œuvre auprès d’immigrants nouvellement arrivés à Montréal. Elle est actuellement vice-postulatrice pour la cause de canonisation de la Bienheureuse Élisabeth Turgeon, fondatrice de sa communauté, la Congrégation des soeurs du Saint-Rosaire. Elle détient une maîtrise en sciences religieuses (Université de Montréal) et est diplômée en enseignement (École Normale de Mont-Joli).

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