Le regard que porte des féministes du Québec sur la situation et le travail des femmes en Église

Annine Parent

Le 20 avril 2013, le réseau Femmes et Ministères a tenu une journée de réflexion dans le cadre des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, sous le volet Liberté. Les États généraux ont été initiés par la Fédération des femmes du Québec. 

Cette journée a réuni 25 femmes, sur invitation, appartenant à différents groupes : réseau Femmes et Ministères, AFÉAS, FFQ, Maison des femmes, mouvement syndical, conseil du statut de la femme, répondante à la condition des femmes, regroupement des groupes de femmes, milieu universitaire, centre pour femmes violentées, etc.

Un diaporama a été présenté au début de la journée, relatant 40 ans de lutte des femmes en Église.

Les objectifs  la journée étaient les suivants :

1) Faire connaître l’histoire des luttes des femmes en Église. Les avancées et les reculs et l’impasse dans lesquels elles se  trouvent depuis quelques années.

2) Faire connaître qu’à l’intérieur même de l’Église, malgré le conservatisme, les restrictions et même les interdits, des femmes  travaillent  toujours pour une reconnaissance effective des femmes, pour l’égalité et la justice.

3) Faire connaître le travail des femmes en Église, leurs difficultés, leurs aspirations, et voir comment à l’instar d’autres groupes, elles peuvent être appuyées dans leur travail.

Nous voulions savoir quel regard des femmes d’expérience, qui connaissent des avancées dans d’autres domaines,  portent sur notre situation et sur notre travail.

Les femmes en Église travaillent en solidarité avec les femmes engagées dans les réseaux sociaux, dans des mouvements traitant de diverses problématiques concernant les femmes.  Comment l’inverse pourrait-il se faire même à petite échelle?

Déroulement de la journée

Deux panélistes ont apporté une réaction très enrichissante au diaporama qui a été présenté. Il s’agit de Caroline Caron, membre du conseil d’administration du Groupe Femmes Politique et démocratie et chercheure en études féministes, ainsi qu’Élisabeth Germain, de la FFQ et du Collectif Léa-Roback de Québec. À la fin de la journée, une synthèse et perspective a été présentée par Mme Rosette Côté, consultante en leadership et gouvernance.

Historique

Après avoir présenté un bref historique du travail des femmes en Église depuis plus de 40 ans, pour être reconnues en égalité avec les hommes, accéder à des postes de réelles responsabilités, avoir un droit de parole dans les lieux décisionnels, nous avons entendu les réactions de deux panélistes.

Ateliers

Par la suite, l’échange en ateliers a permis de nommer les défis et les enjeux sur lesquels il serait bon de travailler ensemble comme Réseau et par la suite en solidarité avec d’autres groupes de femmes.

Nous avons reconnu l’importance pour les femmes en Église de dire et d’agir pour se faire connaître davantage, faire connaître leurs luttes et leurs revendications pour un jour, obtenir les mêmes droits et privilèges qui sont accordés aux hommes.  La question a été posée : Pourquoi n’y a-t-il pas plus de connivence entre la « gauche » en Église et la « gauche » hors de l’Église?

Le travail est sensiblement le même, mais dans deux lieux différents.

Il y a été maintes fois répété que le langage (jargon d’Église) semble créer un mur d’incompréhension entre les femmes.

Dans les circonstances actuelles, les femmes réclament pour elles le droit d’accéder à l’ordination à la prêtrise, parce que c’est la seule façon d’obtenir un pouvoir réel, tous les postes d’autorité étant réservés aux ordonnées. Il nous semblerait pourtant important de dissocier pouvoir et sacerdoce.

Les échanges ont été nourrissants et les échanges des plus conviviaux,

L’évaluation de la journée a signalé un haut taux de satisfaction de part et d’autre, une meilleure connaissance les unes des autres et pour certaines la découverte d’un monde jusque-là inconnu.

Il a aussi été signalé l’urgence de créer des alliances plus fortes et solidaires, les femmes féministes chrétiennes sont combatives, mais souvent laissées à elles-mêmes. Ces dernières font aussi face à l’inertie et à la non- conscientisation de nombreuses femmes devant l’oppression qui leur vient de l’Église, de ses lois et de ses normes.

Conclusion de la journée

Dans le mot de conclusion de la journée, Rosette Côté a souligné que De tous temps, les revendications du mouvement des femmes dans l’Église ont visé à la fois l’avancement de l’Égalité, par la reconnaissance de l’autonomie des femmes et de droits égaux autant dans les faits que dans les instruments juridiques, et le partage réel du pouvoir religieux.

C’est donc et ça reste toujours une lutte politique où le rapport de force ne s’est jamais établi et où les rapports de pouvoir se rangent immanquablement du côté du plus fort et de ceux qui possèdent le pouvoir décisionnel, par des stratégies de tenue à l’écart au nom de la volonté divine. Or, avec le temps et leurs batailles, les femmes dans l’Église n’ont pas réussi à gagner aucune « manche dans l’arène décisionnelle, même si elles en ont gagné ailleurs. Il faut donc reprendre la lutte encore et autrement »

Elle a constaté qu’en 2013, le terrain de la mixité des lieux de pouvoir religieux est toujours inaccessible et entièrement masculin, les femmes parlent, les hommes décident. Il n’y a encore aucune démocratisation des instances et du pouvoir religieux.

Presque toutes les positions religieuses, notamment la libre disposition du corps et du type de sexualité, sont restées inchangées malgré les appels incessants faits par les femmes d’Église.

Ces dernières restent toujours enfermées dans une logique de soumission, de respect de l’Autorité, sous toutes ses formes, de domination de la hiérarchie religieuse sur elles et d’exécution de tâches invisibles, silencieuses et cléricales sans que ces dernières puissent servir de tremplin pour franchir l’autre côté du miroir : celui de l’accès à la prêtrise et aux tâches gratifiantes, visibles et reconnues.

Cependant et malgré cela, au fil du temps, les actions des femmes dans l’Église n’ont pas été vaines : elles ont ouvert plusieurs portes, à demie…

Après avoir développé quelques pistes d’action elle a conclu en disant : « Malgré le contexte difficile, il faut reprendre le terrain perdu en améliorant les réseaux internes et externes, en tissant des liens fonctionnels avec le mouvement féministe par une activité les rejoignant. Il faudra aussi fixer quelques objectifs atteignables et mesurables en lien avec les enjeux sociaux énumérés souvent dans l’actualité politique comme la Gouvernance et l’apport des femmes dans les relations humaines et dans la gestion administrative ».

Pour en savoir plus sur notre réseau, nous vous vous invitons à consulter notre site Web : http://www.femmes-ministeres.org

Pour connaître le travail des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, voir leur site.

Marie Bergeron et Annine Parent
Pour le réseau Femmes et Ministères 
Mai 2013

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A propos Annine Parent

Cofondatrice et membre active du réseau Femmes et Ministères, Annine Parent a travaillé durant 25 ans au diocèse de Québec dont 12 années comme directrice de la pastorale d’ensemble. En 1987, à titre d’experte, elle accompagna la délégation des évêques canadiens au « Synode sur la vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde ». Elle est détentrice d'un doctorat honorifique en théologie pastorale du Collège universitaire dominicain (Ottawa, 2008).

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