Une solidarité indéfectible à l’égard des femmes

Rolande ParrotEn 1979, paraissait le livre vert du Conseil du statut de la femme [CSF]  Pour les Québécoises : égalité et indépendance. Sensibilisé dès lors à la cause des femmes tout en ayant un esprit critique, Mgr Bernard Hubert a démontré un soutien indéfectible à la condition des femmes jusqu’à la fin de sa vie. Sa lettre pastorale intitulée Une complémentarité réciproque témoigne de plusieurs initiatives prises sous sa gouverne dans l’Église de Saint-Jean-Longueuil.

Alors que plusieurs confrères de l’épiscopat du Québec se crispaient dès que le sujet était à l’ordre du jour, l’évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil manifestait de l’accueil, de l’écoute, de l’empathie envers les femmes réprimées dans leurs droits fondamentaux.

Journaliste au diocèse, intéressée au plus haut point par la situation des femmes dans la société et dans l’Église, je me suis dit, en parcourant le dossier du CSF  : « On parle des femmes, on parle de moi ». Mgr Hubert a accepté que je mette un comité sur pied pour faire l’étude du document. Puis, remaniant un peu plus tard les fonctions au sein de son équipe diocésaine, il me nomma responsable diocésaine de la condition des femmes.

Au cours de cette période, j’étais aussi secrétaire du Conseil diocésain de la pastorale qui regroupe une trentaine des personnes provenant des diverses instances de l’Église : laïques, religieuses et religieux, prêtres. Un des sujets d’étude entérinés par l’Évêque fut celui de la condition des femmes dans la société et dans l’Église. Cette étude se concrétisa par un certain nombre de recommandations qui s’adressaient d’une façon particulière aux forces vives de l’Église diocésaine tels que les vicaires épiscopaux, les curés et les agentes de pastorale, les organismes et les mouvements, etc.

Je me rappelle qu’une des recommandations s’adressait à toutes les femmes intéressées à se sensibiliser à la situation de la femme, indépendamment qu’elle soit croyante ou non. Une rencontre avait réuni une centaine de femmes dont la majorité n’était pas visible dans l’Église. Ce jour-là, Mgr Hubert se mit à l’écoute des femmes sur divers sujets comme l’avortement, la violence conjugale, le rôle des femmes dans l’Église…

Peu de gens savent qu’il s’impliqua d’une manière personnelle afin de mieux comprendre la vie des femmes, particulièrement celles qui vivaient de la violence conjugale. Il fut invité un soir par l’organisme Vie nouvelle, fondé par le Diocèse. Il écouta sans broncher le flot de paroles difficiles à entendre projetées comme dans un profond cri du cœur.

Quand des compagnes et moi-même prenions conscience des conflits et des humiliations que vivaient des agentes de pastorale avec leur curé, nous n’hésitions pas à en informer clairement l’Évêque. Il allait parfois personnellement rencontrer un curé pour lui faire part de l’urgence de changer de comportement.

C’est à la demande du Conseil diocésain de pastorale que Mgr Hubert a rédigé une lettre pastorale publiée en 1981, il y a déjà 35 ans. Elle est le fruit de ses réflexions amorcées en 1979. On observe dans ce texte une ouverture d’esprit et plusieurs prises de conscience concernant l’apport des femmes dans la société et dans l’Église. Évidemment, l’ordination sacerdotale demeurait une question épineuse.

Mgr Bernard Hubert acceptait l’égalité des femmes dans tous les secteurs de la société. Dans l’Église, il restait du chemin à faire, nous le savons bien. Mais cet évêque a su défendre la cause des femmes en maintes situations dans son Église locale.

Décédé il y a vingt ans, le 2 février 1996, sa mémoire demeure toujours vivante.

Rolande Parrot
Greenfield Park, le 13 décembre 2016

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A propos Rolande Parrot

Cofondatrice du réseau Femmes et Ministères, Rolande Parrot est au service de l’Église depuis plus de 40 ans, comme journaliste, directrice de la défunte revue « L’Église canadienne », responsable des communications (diocèse de Saint-Jean-Longueuil, Assemblée des évêques catholiques du Québec). Elle est récipiendaire du Prix Marie-Guyart (2008) pour sa fructueuse carrière de communicatrice en Église. Elle est l'auteure de nombreux articles concernant l'Église et la question des femmes en Église.

Une réflexion au sujet de « Une solidarité indéfectible à l’égard des femmes »

  1. Dans quelques semaines mon fils informaticien créera pour moi un site qui aura pour thème la défense des droits de la femme dans notre Église Catholique. Peut-être mon recueil de témoignages et de réflexion vous intéressera-t-il. Si cela est le cas j’aimerais connaître votre adresse-mail. Voici mon histoire en très bref.
    <mathieu.opdenacker@gmail.com
    Nous étions en 1936. Dans notre petit village belge et flamand je me préparais avec ferveur à ma première rencontre avec Jésus. J'avais 7 ans quand notre curé a lancé, pendant notre préparation à la 1° communion, cette phrase sexiste et assassine : « Les garçons qui jouent avec des filles vont en enfer! » Tout petit garçon je me suis ainsi trouvé devant un choix impossible, celui de renoncer à fréquenter mes petites camarades de jeu pour garder l'amitié avec Jésus. J'ai choisi les deux, Jésus et les filles, et j'ai pris mes distances avec les autorités de mon Eglise qui m'avaient mis devant ce choix cornélien.
    Depuis ce temps-là je suis un chrétien clandestin, rebelle et nomade. Mais de jour en jour, d'année en année, la conviction a grandi en moi que j'avais fait le bon choix et que Jésus était de mon côté chaque fois que je prenais position en faveur des femmes. La découverte très précoce de la Bible a été pour moi un signe très fort et supplémentaire que la Providence avait pris ma vie en main. Grâce à la lecture méditative et priante de la Parole de Dieu j'ai presque toujours eu les bons réflexes au bon moment, mieux que si j'avais demandé conseil à un prêtre. En même temps m'était ouverte la porte vers les autres confessions chrétiennes où la Bible et la personne de Jésus ont une place plus centrale.
    Pour moi la femme n'a jamais été l'abominable tentatrice comme on nous la présentait, et je n'ai jamais accepté qu'elle soit simplement l'esclave reproductrice pour le peuple de Dieu. Pour moi elle est citoyenne du royaume de Dieu à part entière. Mais elle est davantage que cela ; Sans elle l’Église n'est qu'une image tronquée de Jésus. Maintenant je suis veuf mais je continue d'avoir beaucoup d'amies et leur amitié est pour moi un bien précieux.
    Mes origines bi-raciales m'ont rendu sensible aux souffrances que crée le racisme ; cette réalité m'a en même temps rendu capable de comprendre encore mieux les souffrances que cause le sexisme aux femmes. Mon itinéraire de vie est assez singulier et assez riche d'enseignements. Je me sens solidaire de tous ceux qui sont marginalisés. J'ai commencé mon combat de féministe en solitaire, mais je suis pleinement heureux de constater que partout des hommes et des femmes, des religieux et des laïcs assènent des coups au système patriarcal. Merci à vous aussi de tout coeur.

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