Le Déni – commentaires

Joce-Lyne Biron 2La lecture du Déni fait prendre douloureusement conscience, si ce n’est déjà fait, du mal engendré par le Magistère, qui se croit en possession de La Vérité, presque en toute chose. Et paraît-il que lui seul a la science exacte de l’interprétation du message évangélique! Nous vivons de cet héritage où toutes les écoutilles semblent avoir été fermées! Pourquoi?

Parce que, pour la hiérarchie ecclésiale, il ne vaut pas la peine d’entrer en dialogue avec nous, les femmes : nous ne figurons même pas dans le sous-sol des soucis de ces messieurs qui la composent. Pour parler de représentativité, il faudra s’armer de patience et nous en avons déjà une longue pratique.

L’intérêt du Déni, c’est de faire ressortir, références à l’appui, la logique infernale du Magistère et l’absence de sens critique et d’ouverture à une certaine diversité de pensée au sein de l’Église. Une bonne théologie doit simplement réaffirmer ce qui a déjà été encensé par le Magistère. Dans ce cadre autoritaire, comment rendre crédible une toute petite question, ou même une hypothèse contraire aux dogmes proclamés de l’Immaculée Conception et de l’Assomption? Ces deux dogmes ont, en quelque sorte, accrédité la dévotion mariale et la mariologie et renforcé le culte populaire rendu à la Vierge Marie, une presque déification de Marie, la femme intemporelle que le Magistère propose comme modèle féminin. Mais, comment peut-on imaginer imposer un modèle de soumission à la volonté divine à partir de brefs récits scripturaires à décrypter?

Les deux auteures du Déni démontrent ainsi comment l’Église est infidèle au message évangélique. En effet, Jésus n’a pas jugé, ni condamné personne. Il n’a pas imposé une morale; il a plutôt proposé un idéal de vie et a laissé, à chaque personne, le soin de s’en remettre à sa conscience.

Or, que fait l’autorité ecclésiale? Elle proclame ex cathedra ce qu’elle considère comme le bien et le mal, ce qui est acceptable ou tolérable; elle condamne et excommunie. Est-ce un hasard, si elle applique deux poids, deux mesures, selon que l’on est homme ou femme : pédophilie en son sein, avortement, contraception, questionnement du presbytérat unique et masculin, etc. Où trouver discernement, bienveillance, justice, compassion, vérité dans le jugement de ces hommes d’Église imbus du pouvoir qu’ils se sont eux-mêmes attribué? Je doute qu’ils parlent avec autorité. De toute manière, leur discours sur l’égalité entre les hommes et les femmes, qui s’apparente plutôt à une complémentarité de la femme, n’est plus audible parce qu’ils ont institué un apartheid au sein de l’Église, alors qu’en Christ, il n’y a plus de différences entre les êtres humains.

Par hasard, les femmes, tout comme leur mère symbolique et biblique, Ève, sont les grandes pécheresses, particulièrement pour les péchés de la chair. Elles devraient suivre l’exemple de Marie…ou, bien, être fécondes, selon leur aptitude physique à la maternité ou le bon vouloir de leur homme. Le pape François fait appel à la responsabilité parentale pour ce qui est du nombre d’enfants à mettre au monde…

Il demande aussi d’ouvrir des postes de responsabilités aux femmes dans l’Église. Quel accueil fait-on, dans les diocèses, à cet appel du Pape, étroitement surveillé par la majorité des membres privilégiés de la Curie? Pourquoi les femmes ne seraient pas aussi sollicitées par les différentes responsabilités à tous les niveaux d’engagements ecclésiaux? Pourtant, même si Jésus n’a choisi que douze apôtres, tous des hommes, il ne faisait pas de différence entre les êtres humains. Avoir institué des femmes parmi les Douze aurait probablement rendu non crédible celui qui parlait avec autorité. Quelques femmes de son entourage ainsi que des chrétiennes des tout premiers siècles ont effectivement joué des rôles significatifs de pasteures dans l’Église. La mémoire collective a généralement oublié cela et le gouvernement de l’Église a bifurqué vers le modèle étatique romain.

Dans un autre ordre d’idées, les derniers papes ont proposé d’élaborer une théologie de la femme. Je m’explique plutôt mal cette orientation de recherche donnée aux théologiens et théologiennes. Est-ce à dire que la théologie jusqu’à récemment aurait été une théologie de l’homme? Ou bien, la théologie examinerait-elle quelques spécificités concernant les femmes? Pourtant, hommes et femmes sont créés à l’image de Dieu, selon la Genèse. Baptisés, hommes et femmes sont des êtres égaux en dignité, mais pas vraiment en droits, selon le Droit canonique. Qu’a fait l’Église du message proclamé par Jésus, de la Bonne nouvelle apportée à tous les êtres humains, peu importe leurs origines, leurs conditions et leurs aspirations?

Quelques suggestions d’activités à partir de la lecture du Déni

 Organiser, avec un ou des groupes concernés par la question des femmes dans l’Église, une table ronde sur diverses questions soulevées par la lecture du livre.

 Solliciter des articles critiques sur des aspects particuliers traités dans Le déni; les publier sur notre site web.

 Adresser quelques questions à des évêques et leur demander de faire connaître publiquement leur point de vue et d’en débattre

Joce-Lyne Biron,
le 13 novembre 2016

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A propos Joce-Lyne Biron

Responsable du dossier de l’insertion du personnel scolaire et de la valorisation de la profession enseignante au Ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (Québec), Joce-Lyne Biron est l'auteure de nombreux documents en éducation. Membre du réseau Femmes et Ministères, elle prend régulièrement position sur des questions d'Église à travers des textes d'opinion.

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