Décès de Jacques Grand’Maison, solidaire de la cause des femmes

jacques-grandmaisonJacques Grand’Maison, prêtre, théologien, sociologue, professeur émérite de l’Université de Montréal est décédé à Saint-Jérôme tôt le matin du 6 novembre 2016 à l’âge de 84 ans. Il a été professeur à l’Université de Montréal (1968-1997) et pasteur de paroisse (1984-2015). Il a publié plus d’une cinquantaine d’ouvrages et a pris l’initiative de mettre sur pied de nombreux projets collectifs sociaux et pastoraux. Il laisse à l’histoire moderne du Québec un précieux héritage (Service des communications, Diocèse de Saint-Jérôme).

Sa préoccupation pour les exclus, ses multiples réflexions sur l’univers des valeurs ont été d’un apport précieux pour notre société.

Rappelons ici son souci des exclues que sont les femmes dans notre société comme dans l’Église :

Au colloque tenu en l’honneur de Grand’Maison en 1989, Gisèle Turcot a dit son admiration pour son ouvrage Les tiers, sur les exclus de la société. L’exclusion constitue de fait ce que vivent les femmes au sein de sociétés traditionnelles et ce qui continue à marquer leur situation dans la société moderne. Dans un conflit entre deux groupes d’hommes, on a tendance à oublier l’état de soumission imposé aux femmes traditionnelles et plus modernes. S’il advient qu’un conflit éclate entre deux groupes d’hommes, on ne fera sans doute pas mention de l’état de soumission imposé aux femmes. Cet exemple souvent rapporté par les Amérindiennes du Canada en témoigne : dans le conflit entre le gouvernement fédéral et les leaders autochtones, on passe le plus souvent sous silence l’oppression des femmes amérindiennes par les hommes de leur propre nation. Jésus, affirme Grand’Maison, a pratiqué la solidarité avec les tiers : mettant de côté l’affrontement de la hiérarchie juive avec l’empire romain, il s’est rangé du côté des gens du pays, population également méprisée par son élite et exploitée par l’empire. Baum (2014, p. 139)

Dans une entrevue réalisée par François Gloutnay à l’automne 2015, il s’exprimait avec l’audace qu’on lui connaît sur cette Église qu’il affectionnait particulièrement et qui a besoin de changement :

Aujourd’hui, observe le sociologue, « le monde clérical est en train de mourir. Mais on a une chance historique inouïe, car dans l’Église, il y a tant de ressources humaine ».Dans sa paroisse, « il y a des gens formidables, des femmes, des hommes, qui pourraient être de véritables pasteurs. Mais on est en train de manquer le tournant. On a ici une possibilité de donner aux communautés la dynamique de se prendre en mains. »
Mais ce n’est pas ce qu’on fait, regrette-il. « Il y a des fusions de paroisses, on crée des unités pastorales. C’est très clérical ». Dans ce modèle, « les curés se promènent d’une paroisse à l’autre ».
Il s’intéresse au Synode sur la famille qui se déroule actuellement à Rome. La proposition de Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, sur l’admission des femmes au diaconat réjouit le théologien. « Mais je suis obligé de rappeler qu’aux débuts de l’Église, il y avait des femmes diaconesses. On semble ouvrir une petite porte, comme si cela n’avait jamais existé. »

Lise Baroni qui l’a eu comme mentor et ami reconnaît son ouverture aux femmes :

Non seulement il croyait et privilégiait les façons de faire des femmes en JOC [Jeunesse Ouvrière Catholique] et en paroisse, mais il admirait la révolution féministe… En plein coeur du mouvement québécois de libération des femmes dans l’Église et dans la société (au cours des années 80), il publie La révolution affective et l’homme d’ici (1982) qui a fait beaucoup jaser… y compris de la part de féministes qui n’acceptaient pas qu’un prêtre se mêle de critiquer les hommes et surtout qu’il communique une telle approbation du mouvement féministe alors que l’institution à laquelle il appartenait refusait d’admettre des femmes aux ministères ordonnés.

Il y écrit : « La révolution féminine, j’insiste encore, est une des rares forces historiques positives, passionnées, lucides dans nos sociétés occidentales »… il en pensait autant pour l’Église.

Le départ de Grand’Maison est une grande perte pour la société et l’Église du Québec.

Pauline Jacob,
Asbestos, le 8 novembre 2016

Sources :

Baum, Gregory (2014). Jacques Grand’Maison : introduction à sa pensée. DansVérité et pertinence. Un regard sur la théologie catholique au Québec depuis la Révolution tranquille (p. 111-143). Montréal : Éditions Fides.

Diocèse de Saint-Jérôme, Service des communications (2016, 7 novembre). Décès de Mgr Jacques Grand’Maison. Diocèse de Saint-Jérôme, [en ligne]. http://diocesestj.ca/fr/news-item/deces-de-mgr-jacques-grand-maison (8 novembre 2016)

Gloutnay, François (2015, 16 octobre). Entrevue avec Jacques Grand’Maison ‑ Atteint d’un grave cancer, le théologien signe son testament spirituel. Présence : information religieuse, [en ligne]. [http://presence-info.ca/article/atteint-d-un-grave-cancer-le-theologien-signe-son-testament-spirituel] (8 novembre 2016)

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A propos Pauline Jacob

Théologienne féministe, Pauline Jacob détient un Ph. D. en théologie pratique et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle est l’auteure d'« Appelées aux ministères ordonnés » (Novalis, 2007), coauteure de « L’ordination des femmes » (Médiaspaul, 2011) et a à son actif plusieurs articles. Elle poursuit depuis plus de 15 ans des recherches sur l'ordination des femmes dans l’Église catholique et est très active à l’intérieur du réseau Femmes et Ministères.

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