Les séminaires, comme celui de Maynooth, perpétuent l’autorité injuste des hommes d’Église sur les femmes

Soline Humbert 2Ce qui est pernicieux en ce qui concerne le séminaire de Maynoothi [Dublin, Irlande], c’est qu’il s’agit d’une institution patriarcale et hiérarchique comme le sont tous les séminaires catholiques.

Les séminaires perpétuent l’autorité injuste des hommes sur les femmes dans l’Église. Ils font partie intégrante d’une culture de violence institutionnelle, d’abus spirituel, insensible à la dignité des femmes, à leurs dons spirituels et à leurs vocations.

Les séminaires ont été les lieux de formation des chefs religieux actuels de l’Église et demeurent les lieux de formation de ses futurs dirigeants. Ils sont exclusivement masculins. Ceci est fondé sur la conviction que, si les femmes et les hommes sont à l’image de Dieu, les hommes le sont plus pleinement. Ils peuvent donc représenter le Christ-tête tandis que les femmes ne peuvent représenter que le Christ-corps.

Les hommes peuvent exercer l’autorité dans l’Église; les femmes ne peuvent qu’obéir. Les hommes décident quels rôles limités peuvent être donnés aux femmes. Les hommes connaissent la pensée de Dieu, lequel, après tout, ne peut être évoqué officiellement qu’en tant que « Il ».

Les clercs prétendent avoir la connaissance divine sur ce que Dieu ne peut être et sur ce qu’il réalise chez les femmes et par les femmes. C’est ce qu’on nomme la DAM : la Divine Autorité Mâle. Et ceci est plus important que notre humanité commune, plus important que l’unique baptême et l’unique Esprit que nous partageons tous, femmes et hommes.

Les évangiles nous montrent très clairement que la vie, la mort et la résurrection de Jésus n’ont certainement pas servi à diviniser les structures patriarcales oppressives. Mais, le pouvoir libérateur de son amour était trop radical; et il l’est toujours. L’autorité créatrice de vie a été rapidement remplacée par un pouvoir abusif. Le patriarcat et la structure hiérarchique sont devenus les principales caractéristiques définissant la communauté des disciples, l’Église, compromettant l’égalité de tous les baptisés et de toutes les baptisées.

Après avoir été considérées pendant des siècles comme inférieures et subordonnées aux hommes, les femmes sont désormais considérées comme « égales » aux hommes, mais pas égales au point que les clercs renoncent à leur DAM. Les femmes sont égales, mais différentes. Cette différence rend les femmes apparemment inaptes à agir comme ministres dans d’innombrables situations. Par conséquent, seuls les hommes peuvent avoir un mandat divin de gouverner et d’enseigner; aucune femme, par exemple, n’avait droit de vote au récent Synode sur la famille.

Patricia FresenPatricia Fresen est une personne qui en connaît beaucoup sur la toxicité de l’« égal, mais différent et par conséquent mis à part ». Fresen était une religieuse dominicaine; elle vivait en Afrique du Sud à l’époque de la lutte contre l’apartheid. Elle a combattu l’apartheid et a défié certaines lois injustes en acceptant à l’école des enfants noirs avec des enfants blancs.

Plus tard, alors qu’elle enseignait dans un séminaire, elle s’est rendue compte de l’apartheid des genres dans l’Église. Même si elle enseignait l’homilétique (la prédication) aux séminaristes, elle ne pouvait pas prêcher lors de la messe de leur communauté. En se découvrant un appel à devenir ministre, elle a été ordonnée : des lois injustes ont parfois besoin d’être trangressées avant d’être modifiées.

Irene McCormackUne autre femme qui a été amenée à enfreindre ces lois injustes et oppressives est soeur Irene McCormack. Cette Australienne a été exécutée, il y a 25 ans, par le Sentier lumineux dans un petit village au Pérou. On se souvient d’elle comme d’une martyre. Il n’y avait pas de prêtres dans ce village : elle avait choisi de rester avec le peuple que Dieu lui avait confié. Elle baptisait et priait avec les gens, mais il n’y avait pas d’eucharistie. Ils sont venus à elle et lui ont dit : « Donne-nous l’eucharistie ». Elle ne voulait pas, mais ses yeux se sont ouverts et elle a écrit :

Ils m’ont rendue libre pour exercer le ministère eucharistique parmi eux… Il me semble donc que la préoccupation des dirigeants de notre Église, lesquels exercent le pouvoir et le contrôle sur qui peut célébrer l’eucharistie, sur qui peut et qui ne peut pas recevoir l’eucharistie est non pertinente.

Non seulement c’est en contradiction avec l’enseignement de Jésus qui dit qu’il n’y a pas de distinction entre les hommes et les femmes, mais cela démontre un manque de considération de la situation désespérante de villageois comme les nôtres partout dans le monde. L’Église les prive de son ministère officiel qui est, par nature, communion.

Quand les gens de nos petites communautés chrétiennes se rassemblent en mémoire de Jésus tout en haut dans les Andes, il n’y a aucun pouvoir ni autorité sur terre qui me convaincra que Jésus n’est pas personnellement présent parmi nous. Je suis reconnaissante du fait que ces longs mois sans la messe officielle et au sein d’une culture où je rencontre de nouveaux symboles m’aient permis une compréhension renouvelée de l’eucharistie.

En Irlande et à travers le monde, des communautés se réunissent régulièrement en mémoire de Jésus et célèbrent l’eucharistie en marge de l’Église institutionnelle, osant « obéir à Dieu et non aux hommes ». L’Esprit souffle où il/elle veut. Il/elle ne se laisse pas limiter par le genre, l’orientation sexuelle ou l’état matrimonial des personnes.

À mesure que les structures hiérarchiques patriarcales meurent, de nouvelles communautés et de nouveaux ministères naissent, témoignant que, dans le Christ ressuscité, il n’y a plus ni homme ni femme. Nous sommes un.

Soline Humbert + cène

Dublin (Irlande), le lundi 15 août 2016

 

La version originale est parue dans The Irish Time (15 août 2016) et sur le site We Are Church Ireland (15 août 2016).
Texte traduit par Michel Goudreau et Pauline Jacob et publié avec l’autorisation de l’auteure.


NOTE

i À la suite d’allégations de comportements sexuels inappropriés au sein du séminaire Saint-Patrick de Maynooth, l’archevêque de Dublin a décidé d’envoyer ses séminaristes se former à Rome : http://www.la-croix.com/Religion/Monde/L-archeveque-de-Dublin-boycotte-le-seminaire-de-Maynooth-2016-08-03-1200779899 .

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A propos Soline Humbert

Détentrice d'une maitrise en théologie oecuménique, Soline Humbert est accompagnatrice spirituelle, auteure de nombreux articles et militante pour l'ordination des femmes. Elle est chercheure pour le Wijngaards Institute for Catholic Research. Ses recherches portent sur le genre, la sexualité et la réforme de l'Église. Elle a été porte-parole pour le congrès « WOW 2001 » du Women's Ordination Worldwide à Dublin.

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