Un doctorat honorifique pour Mme Annine Parent

Annine Parent

Institut de pastorale des Dominicains
Collation des grades, 26 octobre 2008
Allocution de Mme Annine Parent

 

M. Le Chancelier,
M. le Président,
Madame Sylvie Latreille,
Chers collègues et amis-es,

Dans la vie, il arrive que l’on souhaite une promotion, que l’on se croit le candidat ou la candidate idéale pour tel ou tel poste, ou encore, que devant un hommage rendu l’on se dise « Il me semble que ce manteau m’irait comme un gant ».

Aujourd’hui, cependant, je peux vous affirmer que jamais, même dans mes rêves les plus fous, il ne m’est venu à l’esprit, qu’un jour, une université m’octroierait un doctorat honorifique pour l’ensemble de mes engagements dans la société et dans l’Église. Tout à fait impensable. Cet honneur était réservé à ceux et celles qui, selon mes critères, avaient réalisé de grandes choses dans leur vie. J’étais bien en dessous de la barre.

Je remercie de tout cœur l’Institut de pastorale et le Conseil académique du collège universitaire des Dominicains pour cet honneur qu’ils me font. Je remercie aussi tous ceux et celles qui ont rendu possible cet événement si émouvant pour moi.

Dans ma réponse d’acceptation, je disais : « Je me dois d’affirmer que le travail que j’ai réalisé dans la société et dans l’Église n’a pu se faire qu’avec la collaboration de femmes et d’hommes qui, tout comme moi, ont cru en la possibilité d’un avenir meilleur pour tous et toutes. Mes convictions et mon action ont toujours été insérées au cœur d’un travail collectif. C’est dans cette perspective que, bien humblement, j’accepte cette marque de reconnaissance personnelle qui, en même temps, valorise l’implication de nombreuses autres personnes. J’y vois là, pour moi et pour elles, une motivation à poursuivre avec enthousiasme l’immense travail qu’il reste à accomplir, pour qu’adviennent une société et une Église où chaque personne sera reconnue comme membre à part entière, sans discrimination ».

Tout compte fait, et bien curieusement, je réalise, que j’ai rarement choisi mes engagements. On a presque toujours frappé à ma porte. Mon seul mérite, c’est d’avoir répondu oui. Oui à l’action catholique. Oui aux mouvements familiaux. Oui à la pastorale paroissiale et régionale. Oui à divers engagements sociaux… et oui, au Père François Thibodeau, aujourd’hui évêque d’Edmundston, qui m’a demandé comme ça, un bon jour, de faire partie d’une équipe de pastorale sociale naissante au diocèse de Québec. C’est là qu’a commencé ma vie d’agente de pastorale, mandatée par le Cardinal Maurice Roy. Je l’entends encore nous dire : « Tant que l’on se plaindra de vous parce que vous brassez un peu, je dormirai tranquille. Le contraire m’inquièterait bien davantage. » Je suis demeurée au diocèse de Québec 25 ans. Vingt-cinq années faites de hauts et de bas, de calme et de turbulences, mais 25 années qui ont fait de moi, une citoyenne et une chrétienne pour qui l’annonce et le service de l’Évangile est de première importance.

Maintenant retraitée du monde du travail depuis plus de 10 ans, je vis mes engagements autrement, gardant toujours au fond du cœur les mêmes convictions.

Et entre autres convictions, une que je ne saurais taire aujourd’hui, concerne les femmes en Église. En effet, je demeure persuadée, que même si des femmes se sentent a l’étroit dans l’Église, elles ne devraient pas succomber à la tentation de quitter définitivement le bateau, de lâcher prise sur les questions qui les concernent ou, pire encore, d’attendre passivement ou avec morosité que des changements surviennent. Elles ne doivent pas se laisser décourager par les refus, les blocages, les revers. Elles sont plutôt invitées à créer des alliances, à multiplier les études, les interpellations, les interventions avec sérénité et détermination. Elles sont invitées à veiller au grain, peut-être pas pour elles-mêmes dans l’immédiat, surtout si elles ont mon âge, mais pour qu’un jour, d’autres femmes à leur suite, soient reconnues à leur pleine valeur, et finissent par se sentir à l’aise dans leur « vêtement ecclésial ». L’Église, j’en suis convaincue, ne peut être qu’une communauté de femmes et d’hommes égaux de par leur baptême, travaillant ensemble à la mission et ce, à tous les niveaux de responsabilité de l’organisation ecclésiale, à tous les niveaux de la hiérarchie.

Je terminerai en remerciant mes collègues évêques, prêtres, agents et agentes de pastorale, laïques hommes et femmes, qui tout au long de ma carrière m’ont entourée de leur confiance et de leur amitié. Merci au cardinal Louis-Albert Vachon, qui a cru en moi en me nommant à la direction de la pastorale d’ensemble du diocèse de Québec, une nouveauté qui, à l’époque, en a fait sursauté plus d’un.

Merci aux femmes des diverses organisations avec qui je travaille encore, en particulier, aux femmes du Réseau Femmes et Ministères. Avec elles c’est vraiment la persévérance à l’épreuve.

Un merci spécial au Piolet, un groupe d’insertion au travail pour jeunes de 18 à 35 ans en sérieuses difficultés. Jour après jour, il me garde collée à la réalité des écorchés de la vie, me confirmant, une fois de plus, qu’un monde meilleur est possible pour eux si on y croit et si on y met le prix.

Merci à ma famille, nos deux jeunes, leurs conjoints et les trois petits fils pour leur amour de tous les instants. Des remerciements bien spéciaux à Gérard, mon mari, pour sa compréhension, son aide et sa fierté. Nous faisons route ensemble depuis maintenant 53 ans. Merci d’être toujours là avec moi.

Merci à vous tous qui êtes ici pour moi aujourd’hui. J’apprécie votre attachement. Sachez qu’il est réciproque.

Ottawa, le 26 octobre 2008

Ce contenu a été publié dans Événements et nouvelles, Témoignages par Annine Parent. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Annine Parent

Cofondatrice et membre active du réseau Femmes et Ministères, Annine Parent a travaillé durant 25 ans au diocèse de Québec dont 12 années comme directrice de la pastorale d’ensemble. En 1987, à titre d’experte, elle accompagna la délégation des évêques canadiens au « Synode sur la vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde ». Elle est détentrice d'un doctorat honorifique en théologie pastorale du Collège universitaire dominicain (Ottawa, 2008).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *