Servir Dieu, l’Église et mon prochain

Micheline SavoieÀ l’Annonciation, Marie s’est engagée, elle a accepté dans la joie et la souffrance de servir; elle a dit « oui » (Lc 1,38).

C’est avec joie et humilité que j’accepte de partager quelques moments qui ont marqué ma vie où j’ai dit « oui » et accepté dans la joie et la souffrance de servir.

Sur mon honneur…. je m’engage à servir Dieu, l’Église et mon prochain.

Chez les guides, la veillée d’armes est un moment solennel où nous réfléchissons au sens de l’engagement que nous prendrons au moment de notre promesse. Cette petite phrase a résonné dans mon cœur comme un appel du Seigneur à servir. Servir dans ma famille (je suis l’aînée d’une famille de neuf enfants) ; servir comme étudiante en acceptant différentes responsabilités; enfin, servir chez les guides à différents niveaux. Sans le savoir, les célébrations de la messe quotidienne au camp d’été m’ont éveillé à la liturgie et aux textes bibliques.

Un vent souffle sur l’Église

La fin du concile VATICAN II (1964) et la publication des seize documents  conciliaires  coïncident avec mes débuts dans l’enseignement. Trois documents conciliaires retiendront spécialement mon attention : en premier lieu, le document sur l’Église « Lumen Gentium », où l’on nous invite fortement à sortir sur les parvis. Suite au document La sainte Liturgie l’on voit apparaître dans les diocèses et les paroisses des comités de liturgie, on offre de la formation comme lecteur, lectrice ;  il y a de l’effervescence et ça bouge; les jeunes s’engagent. À la suite de la publication de L’apostolat des laïcs, plusieurs témoins laïcs nous sont présentés dont Madeleine Delbrel, engagée dans le guidisme et travailleuse sociale ; cette femme, par ses écrits,  m’a aidée à devenir cette missionnaire sans bateau 1 dans mon propre milieu, moi qui rêvais d’aller en Afrique….Je ne peux passer sous silence l’instauration du diaconat permanent ; le diacre, le jour de son ordination, se voit confier le service de la charité, le service de la Parole, et le service de la liturgie.

La place de la femme dans l’Église : on repassera….

Je me suis mariée en 1970;  pour mon mari et moi servir dans notre communauté chrétienne fait partie de nos valeurs.  En mai 1971, mon mari téléphone à notre paroisse pour lui offrir nos services. « Merci beaucoup Monsieur de votre offre, cependant votre épouse ne peut être lectrice, ni distribuer la communion ; nous serons heureux de vous accueillir comme lecteur ».   Réponse de mon mari : « Dans ce cas là, je ne serai pas lecteur ». Nous avons offert notre disponibilité ailleurs, qui fut acceptée avec joie. Mon mari a toujours été solidaire de mes engagements en Église, même si très souvent il trouvait que certains membres de l’Église parlaient beaucoup de la place que les femmes devraient avoir en Église, mais trop souvent les bottines ne suivaient pas les babines.  Cet épisode m’a poussé à davantage prendre ma place dans l’Église peu importe les réactions de mon entourage. 

Un appel plus précis 

Agente de pastorale scolaire, je savais qu’un paroissien se préparait au diaconat permanent  sans trop connaître véritablement ce qu’était le diaconat permanent.  Le soir de son ordination en mars 1981 en voyant cet homme marié, père de 4 enfants et professionnel donner sa vie pour l’Église je me suis dit : pourquoi  l’Église ne me permettrait pas de m’engager d’une façon permanente  à servir Dieu, l’Église et mon prochain comme je l’avais promis le soir de ma promesse guide?   À partir de ce moment ce fut clair dans mon esprit et dans mon cœur que je servirais l’Église comme agente de pastorale et pourquoi pas comme diacre.

Quelques années plus tard en lisant l’article « Paul à l’heure du féminisme »  d’Olivette Genest, je souligne ce petit paragraphe qui continue de me faire rêver : peut -être qu’un jour des femmes seront ordonnées.

On le voit donc, Paul ne fait pas que saluer chaleureusement quelques chrétiennes au passage, […] il les situe pour nous dans des activités qui plus tard, deviendront des fonctions d’Église. [Un bel exemple que nous retrouvons dans]  Rom, 16,1-2 : Je vous recommande Phoebé, notre soeur, qui est diaconesse de l’Église de Cenchrées afin que vous la receviez en notre Seigneur d’une manière digne des saints, et que vous l’assistiez dans les choses où elle aurait besoin de vous, car elle en a donné aide à plusieurs et à moi-même. […] Il est clair qu’il avait confié à ces femmes des responsabilités plus importantes que n’en détiennent leurs consoeurs dans l’Église du XXe siècle 2.

Les années ont passé; j’ai eu la chance de rencontrer d’autres consoeurs qui se sentaient elles aussi appelées au ministère ordonné que se soit au presbytérat ou au diaconat avec qui j’ai pu partager ce rêve.

Raviver la flamme

En 2002 je reçois un appel de Pauline Jacob m’invitant à répondre à un questionnaire pour la rédaction de sa thèse de doctorat 3 . Ma participation à la thèse de Pauline m’a permis de raviver ma flamme 4 sur mon appel au ministère ordonné.

La rencontre durant plus de deux ans avec un groupe de femmes, venant de différents diocèses, ayant participé à la thèse de Pauline m’a une fois de plus confirmé mon appel au diaconat permanent. Aurons-nous la chance de nous revoir?

Dans les différentes paroisses où j’ai œuvré j’ai eu la chance de travailler avec des diacres permanents; chacun à sa manière m’a aidé à mieux vivre mes engagements comme épouse, mère et agente de pastorale. Ils ont été et demeurent pour moi des témoins de service.

Plus je lisais et m’informais sur le diaconat permanent plus j’y retrouvais les éléments de ma promesse guide : servir Dieu (la Parole), servir l’Église (la liturgie) et servir mon prochain (la charité).

Partir ou rester?

J’ai vécu au cours de mes 35 années d’engagement en pastorale des moments plus difficiles que d’autres, des heures de découragement, des moments de remise en question où j’ai eu le goût de quitter la barque Église pour aller voir ailleurs, particulièrement quand on a essayé de me convaincre que je n’avais pas ma place en pastorale, même si les gens m’appréciaient. Je demeure de plus en plus convaincue que nous faisons peur à plusieurs membres du clergé lorsque nous affirmons notre désir de consacrer notre vie à l’Église comme diacre ou prêtre. Les commentaires ne manquaient pas…. dans mon cas du moins.

Quant à la position du pape François, si l’on s’en tient aux numéros 103 et 104 de l’Exhortation apostolique, La joie de l’Évangile 5 , à moins d’un miracle, mes quatre petites-filles et mes trois arrière-petites-filles continueront d’espérer….Pour elles, il est important que je garde ma flamme allumée;  j’ai la responsabilité de la transmettre, à l’image d’une course à relais ou de la flamme olympique.

Mon mandat de baptisée, aucun évêque ou prêtre ne pourra me l’enlever. En tant que baptisée j’ai la responsabilité de continuer à travailler pour qu’un jour des femmes puissent être appelées à un ministère ordonné.

Une chance qu’il y a eu sur mon chemin des anges, qu’ils soient prêtres, diacres ou laïcs, dont mon mari, pour m’aider à revenir à la source de mon engagement en Église et à retrouver le vrai sens du oui de l’Annonciation.  Marie a vécu ses mystères douloureux ; elle a toujours été fidèle au oui donné. Je lui demande de m’aider à redire oui à servir Dieu, l’Église et mon prochain.

Repentigny, le 11 novembre 2014


Références

1-  Madeleine Delbrel, Nous autres, gens des rues, p.73-74, Éd. du Seuil, Coll. Livre de Vie, no 107, Paris, 1971.

2- Genest Olivette, « Paul à l’heure du féminisme ». Dans G. Couturier, J.L Duhaime, O. Genest, La Bible, livre pour aujourd’hui, Éditions Paulines, Montréal, 1982, p.92.

3- Jacob Pauline, Appelées aux ministères ordonnés, Novalis, Montréal, 276 p., 2007.

4- Jacob Pauline, mot de Pauline à mon intention dans son volume : Chère Micheline, un volume pour aider à garder ta flamme allumée. (12 octobre 2007)

5- Pape François, La joie de l’Évangile, p.102-104, Éditions Novalis, Montréal, 2013.

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A propos Micheline Savoie

Mariée depuis 46 ans, mère de 4 enfants, grand-mère de 7 petits-enfants et arrière grand-mère 6 fois, Micheline Savoie compte 7 années d’expérience en enseignement et 35 années comme agente de pastorale mandatée. Elles est membre de l’équipe PACEM (préparation au sacrement de mariage), bénévole au service de préparation au baptême dans sa paroisse, à Développement et Paix et au Service correctionnel canadien. Elle détient un B.A en enseignement et une maîtrise en théologie.

5 réflexions au sujet de « Servir Dieu, l’Église et mon prochain »

  1. Chère Micheline,
    Merci de nous communiquer une partie de ton parcours de vie. Très intéressant! Surtout qu’on se rappelle avec plaisir le temps où nous nous sommes connus comme « jeunes » animatrice/animateur en pastorale scolaire.
    C’est vrai que le bon Pape François semble avoir verrouillé lui aussi la possibilité de l’ordination des femmes. Il me semble que le diaconat permanent serait une voie facile à emprunter … ça viendra surement!
    Merci pour ton engagement et ta persévérance!
    Avec mon amitié. Joyeux Noël… à toi, à Victorin et à toute la famille!
    François Baril

    • Merci François pour ces mots d’encouragement. Ils sont très précieux
      C’est toujours un plaisir de te revoir à Développement et Paix.
      Je compte sur tes prières.
      Peut-être qu’un jour nous pourrons nous en reparler de vive voix.
      Victorin s’unit à moi pour t’offrir nos vœux de Noël.
      Que l’Enfant de la crèche te comble de ses bénédictions tout au long de la nouvelle année.

      Micheline Savoie,
      Toujours passionnée de pastorale.

  2. Je viens de lire l’article de Mme Micheline Savoie et elle vient de renforcer cette lampe que je tiens parfois a bout de bras. Je suis une laïque consacrée depuis près de 20 ans. En août dernier, j’ai beaucoup ralenti dans mon bénévolat. Je me consacre à ma fille qui vit des problèmes de santé mentale ainsi qu’à ma soeur aînée qui a aussi des problèmes semblable. Vous lire m’apporte beaucoup de courage pour poursuivre cette route et si ma flamme baisse, jamais elle ne s’éteint complètement. Merci pour toutes ces belles lumières.

  3. Merci pour partager avec nous votre parcours et vos espoirs. Votre témoignage renforce mes convictions et mes espoirs qu’un jour les femmes auront la possibilité de remplir n’importe quel ministère, au même titre que les hommes. Vous m’inspirez lorsque vous dites que vous garder la flamme allumée pour que vos petites filles et arrières petites filles puissent vivre, en Église, l’engagement auquel elles se sentent appelées. Demeurons solidaires dans notre quête.

  4. Persévérante êtes-vous, Micheline. Quant à moi, j’ai délaissé le service en paroisse. Je souhaite que les femmes d’Église et en Église déclenche la grève de zèle qui nous ronge jusqu’à l’os. Une grève qui ne ferait pas long feu, j’en suis certaine. Le Vatican commanderait rapidement une imposante AMNISTIE, même internationale en plusieurs langues… Et l’accès immédiat ou presque aux ministères ordonnés pour les femmes, reconnaissant enfin que le salut de notre Église repose dans la capacité des femmes de donner naissance à un Nouvel et Prometteur Enfantement. Qui mieux qu’elles peuvent dire avec sens : Ceci est mon Corps … Ceci est mon Sang!
    Pour ce Jour de Naissance je nous souhaite «d’avoir la nuque raide» une bonne fois pour toutes! Rêve couronné de la fine fleur de nos espoirs L’ESPÉRANCE, cette petite fille de rien du tout qui tire la foi et la charité loin, par en avant, plus haut, plus loin!!!!
    Une entêtée au service des distants et des incroyants!
    Réjeanne Martin

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