Colloque Virage 2000 – Discours de clôture

Passer ces trois jours avec vous, vous entendre toutes, a été pour moi un moment fort. L’écrivain comme vous le savez est un travailleur un peu solitaire. Ce fut pour moi un grand ressourcement que de sentir ces solidarités de femmes autour de moi et je vous ai trouvées toutes merveilleuses.

Vous entendre a été pour moi un temps de réflexion qui va nourrir certainement ma pensée et possiblement mes écrits et mes interventions dans l’Église. Il y a quelque temps on m’a demandé de faire partie du comité de prospectives des évêques et j’ai beaucoup hésité à accepter ce poste mais la journée d’aujourd’hui balaie vraiment toutes mes réticences. De ce lieu, je pourrai porter tout ce que j’ai entendu ici et le partager avec mes collègues du comité dans l’espoir que cela aboutisse jusqu’aux lieux de décision qui, pour le moment, ne sont pas les nôtres.

Mon impression aujourd’hui, c’est vraiment que comme femmes nous avons, dans l’Église du Québec et dans nos Églises respectives, un mandat qui excède, qui est plus large encore que celui de nos propres revendications comme femmes parce d’avoir été privées de pouvoir si longtemps, de l’être encore, fait peut-être que nous sommes les meilleures gardiennes de l’esprit du concile. Actuellement, dans l’Église, on sent qu’il y a un mouvement de frein, de marche arrière, mais je crois que les femmes ont à apporter cet esprit de libération, cet esprit d’égalité et de fraternité qui avait inspiré Jean XXXIII. On sent que cet esprit est peut-être menacé aujourd’hui.

Je l’ai senti depuis des années d’ailleurs dans la façon dont nos religieuses au Québec ont pris le virage postconciliaire avec une rapidité de réaction, avec un esprit de discernement qui les a souvent placées à la tête du peloton. De tout cela, nous sommes fières et c’est sans doute une volonté de l’Esprit de même que ce fut un choix du Seigneur que ce soit des femmes qui, les premières, ont été dépositaires des deux grands mystères centraux de notre foi. L’Incarnation qui a été un secret partagé entre deux femmes et la Rédemption, au matin de Pâques, dont le message a été apporté par des femmes.

Je voudrais vous laisser cette pensée que parfois, comme femme, nous avons une conscience malheureuse; nous nous imaginons que faire des luttes pour nous, c’est un peu de l’égoïsme, mais pas du tout… Je pense que les luttes que les femmes entreprennent dans l’Église actuellement sont des luttes pour l’Église parce que ce visage féminin de l’amour de Dieu n’est pas assez visible. Nous avons la mission de le rendre visible maintenant. Bonne chance et au revoir. Nous nous donnons rendez-vous une fois le plan d’action engagé dans nos milieux.

Ce contenu a été publié dans 2000 - Virage 2000 par Hélène Pelletier-Baillargeon. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Hélène Pelletier-Baillargeon

Femme de lettres québécoise, journaliste, essayiste et biographe, Hélène Pelletier-Baillargeon occupe une place importante dans la société et l'Église du Québec. Auteure de « Marie Gérin-Lajoie, de mère en fille, la cause des femmes » (Boréal Express, 1985), codirectrice de « Simone Monet-Chartrand, un héritage et des projets » (Éditions Fides et Remue-ménage, 1993), elle est lauréate du prix Rosaire-Morin 2011 de L'Action nationale. Elle devient chevalière de l’Ordre national du Québec en 1999.

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