Compte-rendu de la première conférence internationale sur l’ordination des femmes dans l’Église catholique

J’ai eu la chance de participer à la première conférence internationale sur l’ordination des femmes qui s’est tenue à l’université de Dublin du 29 juin au 1er juillet 2001 [1]. Ce fut une expérience inoubliable. Ce congrès a été organisé par WOW (Women’s Ordination Worldwide), un regroupement oecuménique international préoccupé par la question de l’ordination des femmes. BASIC (Brothers and Sisters In Christ), un groupe irlandais membre de ce réseau, était l’hôte de ce congrès ayant pour thème « Voici l’heure : Célébration de l’appel des femmes à un presbytérat renouvelé dans l’Église catholique ».

Se trouvaient réunis pour cet événement mémorable 370 personnes originaires de 26 pays différents dont l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, le Brésil, le Canada français et anglais, la Colombie, l’Écosse, l’Espagne, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Hollande, la Hongrie, l’Inde, l’Irlande, le Japon, le Mexique, l’Ouganda, le Sri Lanka. Ida Raming, Suzanne Tunc et Marie-Thérèse Van Lunen Chenu, théologiennes et auteures de plusieurs articles ou livres sur la question des femmes en Église, étaient du nombre des participantes. L’atmosphère qui régnait dans la salle du congrès était celle d’une grande fête, et ce, malgré quelques ombres au tableau : Aruna Gnanadason, du Conseil Mondial des Églises, n’a pu prononcer la conférence d’ouverture suite aux pressions du Vatican et Myra Poole, la coordonnatrice internationale de WOW, a été menacée d’exclusion de sa communauté religieuse si elle assistait à la Conférence.

L’ouverture officielle du congrès a été faite par Mairead Corrigan Maguire, Prix Nobel de la Paix de Belfast : elle y a exprimé sa solidarité envers les femmes qui portent un appel à un ministère ordonné dans l’Église catholique et appuyé, au nom de l’Évangile, le combat des femmes et des hommes pour la liberté à l’intérieur de cette institution. Rose Hudson-Wilkin, vicaire de l’Église d’Angleterre à Londres, a prononcé la conférence d’ouverture. Elle a parlé de la peine comme de la joie d’être femme, prêtre et noire et rappelé le chemin qu’il reste encore à parcourir pour les femmes à l’intérieur de l’Église d’Angleterre.

Les principales interventions du congrès ont été faites par Joan Chittister et John Wijngaards, auteurs et conférenciers connus pour leur engagement envers la cause de l’ordination des femmes.

Joan Chittister est une Bénédictine d’Erie (Pennsylvanie) bien connue par ses nombreux ouvrages en spiritualité. Elle nous a entretenus avec passion de ce que c’est qu’être disciple de Jésus et de ce que ça implique pour l’Église et ses prêtres de vivre sous ce registre, entre autres, de s’occuper de la question des femmes. Ainsi, selon elle, ceux qui ne prennent pas cette question au sérieux, même s’ils sont prêtres, ne sont pas des disciples de Jésus. Elle nous a invités à mener sur la place publique de grands débats sur les sujets chauds de l’Église tels l’infaillibilité, le « sensus fidelium ».

    John Wijngaards, est un théologien hollandais. Il a quitté la prêtrise et la vie religieuse en 1998, à l’âge de 62 ans, pour exprimer son désaccord à la suite de la publication du document romain Ad tuendam fidem. Il est responsable du site http://www.womenpriests.org , une mine de renseignements pour ceux et celles qui s’intéressent à l’ordination des femmes. Dans son exposé, il a proposé, lui aussi, de débattre cette question sur la place publique. Il a également suggéré de mettre en place un programme d’éducation solidement étoffé pour rendre les gens compétents sur le sujet. Les connaissances acquises feront tomber les craintes injustifiées et permettront qu’un changement advienne dans l’Église. Son intervention, comme celle de Joan Chittister, ont été très applaudies.

Une table ronde formée de participantes d’Afrique du Sud, du Mexique, de la Colombie, du Brésil, de l’Ouganda, du Japon et de la Hongrie nous a permis d’entendre la voix des femmes de ces pays et de prendre conscience que cette question était portée dans plusieurs régions du globe.

Outre ces exposés, le programme comprenait des célébrations très vivantes et très parlantes, des discussions entre participants et participantes et l’élaboration de résolutions sur des actions futures en faveur de l’ordination des femmes, tout ceci bien intégré à la grande toile du congrès. Le tout avait été préparé avec grand soin et pensé dans le menu détail (nourriture, musique,…) pour faire de ce rassemblement la plus belle des fêtes. Et ce fut réussi.

À travers des conversations et des rencontres informelles, j’ai fait plein de découvertes. J’ai appris que le militantisme pour l’ordination des femmes était beaucoup plus actif que je ne le soupçonnais. J’ai pu rencontrer des femmes qui se préparaient concrètement au diaconat en Allemagne, au presbytérat en Californie. J’ai pu toucher du doigt l’actualité de cette cause dans l’Église des baptisés, être en lien avec des femmes et des hommes préoccupés par ce sujet et briser la solitude que j’éprouve à certaines heure à porter cette question. Ce fut une expérience extraordinaire de fraternité et de liberté dans l’Esprit. J’ai vu le mur de la peur tomber : des femmes ont osé parler de leur appel publiquement, des femmes et des hommes leur ont manifesté leur appui. On ne pourra effacer cette prise de parole.

Ce congrès m’apparaît avoir été une grande manifestation de l’Esprit qui est passé, parfois comme une brise, parfois comme un grand coup de vent en laissant derrière Lui des traces d’une joie difficile à traduire. Comme l’exprimait Soline Vatinel, porte-parole du congrès : « L’Esprit y était tellement tangible qu’Il nous a fait nous lever dans une crainte respectueuse… »

À la suite de cet événement extraordinaire, je fais un rêve : que tous ceux qui ont le pouvoir de changer des choses dans l’Église ouvrent leur cœur, écoutent cette Parole qui s’est exprimée à Dublin du 29 juin au 1er juillet 2001 et la mettent en pratique.

* Cet article a été publié en 2002 dans Dans le trafic. Bulletin de l’Association des Diplômés en Théologie de l’Université de Montréal (ADDTUM), 11, 6-9.


NOTE 

[1] Il est possible de retrouver plusieurs documents et photos du congrès sur le Web : http://www.iol.ie/~duacon/wow2001/



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A propos Pauline Jacob

Théologienne féministe, Pauline Jacob détient un Ph. D. en théologie pratique et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle est l’auteure d'« Appelées aux ministères ordonnés » (Novalis, 2007), coauteure de « L’ordination des femmes » (Médiaspaul, 2011) et a à son actif plusieurs articles. Elle poursuit depuis plus de 20 ans des recherches sur l'ordination des femmes dans l’Église catholique et est très active à l’intérieur du réseau Femmes et Ministères.