Conscientisation ET action – Choisir de se tenir debout

Exposé présenté à la rencontre du réseau Femmes et Ministères du 3 mai 2014 ayant pour thème « Le dit et le non-dit du discours de l’Église sur la femme ».

Huguette LabrecqueJe m’adresse à vous aujourd’hui en tant que militante de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale, l’Afeas. Une association de milliers de Québécoises qui cherchent à défendre les droits des femmes et à améliorer leurs conditions de vie au travail.

L’Afeas pratique un féminisme social et égalitaire qui vise l’obtention d’une identité propre, d’un statut égal, d’une liberté de choix et d’une autonomie pour les femmes, en rupture avec les inégalités persistantes dans notre société.

L’Afeas veut que les femmes deviennent des sujets de droit à part entière et que soient modifiés toutes les lois et tous les codes qui entretiennent l’inégalité entre les hommes et les femmes.

Le discours de l’Afeas est positif et porteur d’espoir pour que l’égalité entre les femmes et les hommes devienne un véritable projet de société qui fasse des «gagnantes/gagnants».1

Passage de l’éducation à action social

Depuis sa fondation, l’Afeas a plusieurs réalisations à son actif en vue de changements sociaux importants, et ce dans plusieurs domaines :

– la violence faite aux femmes, aux enfants et aux personnes aînées,
le travail invisible,
– la Loi sur le Régime de rentes du Québec [R.R.Q.],
– l’allocation au conjoint survivant,
– la reconnaissance des métiers non traditionnels
– la sécurité de la vieillesse
– l’accès aux soins de santé,
– l’instauration de la carte de crédit Visa Desjardins AFEAS,
– le droit familial et le divorce,
– le partage des biens familiaux à la dissolution du mariage (loi 146),
– le statut des femmes collaboratrices : le droit pour une femme collaboratrice de son mari dans une entreprise d’être reconnue comme employée,
– les femmes dans Église.

L’ensemble des dossiers a mobilisé les membres qui sont intervenus auprès des instances décisionnelles (gouvernements, conseils municipaux, institutions publiques et parapubliques) au moyen de pétitions, de mémoires présentés en commission parlementaires, de rencontres avec les décideuses et les décideurs, de travaux avec des coalitions, de collaboration avec des groupes de femmes, de campagnes de sensibilisation et d’information et de participation à des organisation ou des activités internationales.

Actuellement, les dossiers prioritaires de revendications concernent:

– la conciliation travail-famille,
– le travail invisible (virage ambulatoire, aidantes/aidants),
– la laïcité de l’État,
– la lutte contre l’hypersexualisation,
– la prostitution,
– les conjoints de fait (révision du code civil),
– le projet d’approche positive de l’égalité.

Brève présentations des actions réalisées par les membres Aféas, au trois paliers de l’Associations durant les dernières décennies.

Lors de la de fondation l’Afeas en 1966, résultat de la fusion de L’Union catholique des femmes rural [LUCFR] et des Cercles d’économie domestique [CED], la formation des membres devient un objectif principal, son programme étant essentiellement éducatif. C’est en 1972 que l’Afeas propose à ses membres de s’initier à l’action sociale en présentant un plan d’action afin d’orienter les actions futures vers l’amélioration de la condition féminine. Comme le mentionne madame Azilda Marchand : « Il ne suffit pas d’étudier, de réfléchir, d’analyser; il faut aussi passer à l’action. Il ne suffit pas de critiquer, de revendiquer, de contester; il faut aussi collaborer, bâtir créer »2. Le programme d’étude sociale proposé à cette occasion oblige à des prises de conscience collective qui éveillent les indifférentes et entrainent à l’action.

Donc il faut s’engager et d’agir, car si nous voulons modifier les lois et les politiques et améliorer différents programmes, nous devons influencer par nos prises de positions les décideuses et les décideurs politiques. L’Aféas se constitue en tant que groupe de pression en acquérant une compétence reconnu dans plusieurs dossiers. Par la mobilisation effective de ses membres, elle travaille à faire évoluer les mentalités et à améliorer la condition des femmes.

L’action sociale a pour but d’apporter des changements sociaux. Au fil du temps, l’action sociale est devenue stratégique et s’oriente vers le politique. Intervenir sur des dossiers en tant que corps intermédiaire, c’est faire de la politique et « notre silence et notre manque d’intérêt nous rendent complices de l’établissement de politiques ne répondant pas aux besoins des femmes3 » Les changements entrepris dans l’association, soit le passage de l’éducation à l’action sociale, montrent clairement que l’influence de l’utilisation du langage pour exprimer les conditions de vie des femmes a été déterminante pour permettre des prises de consciences et un passage à l’action. Donc le manque de correspondance entre le langage et la réalité (dossier de la violence), entre le langage et nos perceptions de la réalité (égalité entre les hommes et les femmes, équité salariale) a des implications importantes sur notre communication4 en tant qu’association. Le langage peut-être une occasion de freiner ou de susciter l’action.

Le volet action promu à l’Aféas ne se limite pas à un simple éveil des membres, il doit constamment inciter à l’action. Les études menées, visent une prise de conscience collective d’un problème, des enjeux et des conséquences. On prend conscience que les valeurs véhiculées par le langage marquent profondément notre agir individuel et collectif confirmant ainsi l’importance de travailler à changer les mentalités.

Comment l’Aféas parvient-elle à se défaire progressivement de certains carcans, des discours qui influencent les prises de décisions et alimentent diverses problématiques, générant ainsi des résistances ou favorisant l’émergence de nouveaux projets? C’est par la conscientisation de ses membres parce qu’« Une association comme l’Aféas ne se demande pas si elle doit agir, puisque c’est l’essence même de son origine et de sa raison d’être5  ». D’autant plus que dans l’engagement social, l’authenticité de l’expérience se vérifie par la persévérance la détermination à continuer à s’engager sans se décourager.

C’est évident qu’on ne peut y arriver seule. Quand on s’engage à défendre une cause, plus particulièrement si ça concerne le travail pour changer les mentalités ou la transformation de structures politiques ou religieuses, on devient consciente qu’on entreprend un chantier important. Par exemple « le statut de la femme au foyer » est choisi comme priorité pour 1981-1982 6 ». Au fil du temps, plus on progresse ou recule, plus on devient consciente de l’étendue des transformations à réaliser et du fait qu’on ne verra peut-être pas l’atteinte de l’objectif qui est de faire reconnaître l’importance du rôle de la femme « au niveau familial, social, économique, culturel et chrétien 7».

Après 33 ans de militance et d’engagement, l’Aféas n’a pas l’intention d’abandonner le dossier qui se nomme maintenant « Le travail invisible » et touche présentement les aidantes.

Chaque dossier demande une période de sensibilisation si nous voulons mobiliser les membres à l’action. Ainsi en est-il du dossier de la violence. L’Afeas dans les années 1970 a suggéré à ses membres diverses études pour, d’une part, les sensibiliser à ce phénomène et, d’autre part, les inciter à dénoncer les cas de violences – viol, femmes battues et enfants maltraités – et les aider à reconnaître les formes subtiles de la violence. Certaines cercles locaux ont donné peu de place au sujet puisque la violence, ça n’existait pas dans leurs milieux. Mais dans l’ensemble les études et les échanges ont porté fruits. Les femmes ont commencé à réagir à la violence, à s’y opposer et à la dénoncer. Elles ont réalisé, au niveau de la conscience critique, l’importance de passer à l’action.

La sensibilisation et la conscientisation des membres aux niveaux local et régional s’est poursuivie : recherche, études et élaboration d’un plan d’action ayant abouti à la préparation de recommandations qui furent acheminées aux instances décisionnelles.

Le sujet de la violence est remis à l’étude dans les années 1990 ayant pour thème les aînées et les jeunes. C’est ainsi que certains champs de manifestation de la violence ont fait l’objet de plusieurs projets d’actions, entre-autres la campagne annuelle de sensibilisation « L’Opération tendre la main » qui, depuis 1997,vise à sensibiliser la population aux impacts de la violence. Dans le programme de formation de 2008, on retrouve la formation « La Violence ça nous regarde » pour comprendre, détecter et agir pour contrer la violence. La dernière activité de sensibilisation, « Journée contre l’intimidation », avait pour but de demander aux conseils municipaux de décréter le 8 décembre « Journée contre l’intimidation ». Et ce n’est pas fini puisque le phénomène de la violence est présent sous de multiples aspects.

Conclusion

Le passage de l’individualisme au bien commun demeure un enjeu primordial. Passer du « je » au « nous collectif » devient donc fondamental en vue d’établir des stratégies d’actions et de susciter les changements de mentalités entraînant les transformations structurelles tant sociales, économiques, politiques que religieuses. On ne peut nier l’importance de la conscientisation, du travail de terrain ardu qui demande, dans le contexte actuel, réflexion, détermination et constance, puisque les problématiques évoluent au fil du temps; un travail de terrain d’autant plus difficile pour celles qui vivent dans l’exclusion sociale, économique et ecclésiale.

En conséquence, devant l’ampleur du travail de conscientisation à réaliser les défis demeurent nombreux :

  • créer des alliances en retournant sur le terrain,

  • raffiner nos formes de communications tant à l’interne qu’a l’externe,

  • nous mettre à jour dans divers dossiers, revoir les analyses et développer d’autres argumentaires,

  • être solidaire dans nos différences et maintenir l’espérance vivante.

Conscientiser, passer à l’action, un beau défi à relever qui demande de rester réaliste, ouverte à de nouvelles solutions, persévérante et déterminée. D’autant plus que dans l’engagement social, l’authenticité de l’expérience se vérifie par la persévérance et la détermination à continuer à s’engager sans se décourager.

Huguette Labrecque,
Québec

5 mai 2014


RÉFÉRENCES

1 Mission et orientations, [http://www.afeas.qc.ca/]

2 Katy Tri, agente de recherche, l’Afeas en action. Avril 1992, p 20 /Azilda Marchand, “Plan d’action 1972-1973”, l’Afeas, octobre 1972, 7-2, p.8.

3 Jocelyne Lamoureux, Michèle Gélinas, Katy Tari. Femmes en mouvement. Trajectoires de l’Association féminine d’éducation et d’action social, AFEAS, 1966-1991, Boréal p.228

4 Les pièges sémantiques. Les bases de la communication interpersonnelle, 1984, p 122

5 Katy Tri, agente de recherche, l’Afeas en action. Avril 1992, p.42 /Lise Houle, “Le sillon Aféas”, Femmes d’ici, janvier 1981, 15-5, p. 16.

6 Jocelyne Lamoureux, Michèle Gélinas, Katy Tari. Femmes en mouvement. Trajectoires de l’Association féminine d’éducation et d’action social, AFEAS, 1966-1991, Boréal p.111

7 Jocelyne Lamoureux, Michèle Gélinas, Katy Tari. Femmes en mouvement. Trajectoires de l’Association féminine d’éducation et d’action social, AFEAS, 1966-1991, Boréal p.112

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A propos Huguette Labrecque

Toujours active, Huguette Labrecque est une femme engagée socialement et ecclésialement depuis ses débuts en action catholique jusqu’à son implication à la présidence de l’Aféas provincial (1997-2001). De 1989 à 1992, elle siège sur la Commission du primaire du Conseil supérieur de l’éducation et de 1997 à 2006 au Conseil de la famille et de l’enfance. Elle a été répondante diocésaine à la condition des femmes de 1983 à 2013.

Une réflexion au sujet de « Conscientisation ET action – Choisir de se tenir debout »

  1. Bien chères Responsables de AFEAS,
    l’OLC, œuvres laïques catholiques, une associations chrétienne et laique, travaillant dans l’accompagnement des personnes en douleur, notamment les familles, basée à Ouagadougou au Burkina-Faso, vous félicite pour les efforts que vous faites dans la libération de la femme et de la famille.
    Nous désirons établir un contact pour les échanges d’idées et de collaboration.
    En espérant avoir une réponse, veuillez recevoir Mme la Responsable mes profondes admirations pour les thèmes que vous traitez. Aloys Kaboré. tel: +226 79 78 77 79

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