Le pape François et la théologie féministe

Publié dans la revue guatémaltèque Alternativas, revista de análisis y reflexión teológica, n° 46, 2013, sous le titre El papa Francisco y la teología feminista, ce texte a été mis en ligne le 9 avril 2014 par DesveIadas. La version française a été publiée sur le site de L’Entraide missionnaire
Ivone Gebara

Introduction
Les attentes et les réalisations possibles

En quelques mois de pontificat, le pape François est devenu non seulement un phénomène médiatique, mais une sorte de catalyseur de nombreux espoirs, de trop nombreux espoirs peut-être. En général, nous pouvons observer que son image se construit de manière très positive. Dans la presse et dans divers articles, on trouve des expressions qui traduisent un enthousiasme contagieux. « L’espérance renaît dans l’Église »; « François, le pape des pauvres »; « La révolution de François dans l’Église »; « François, pape de la mondialisation », autant de formules qui indiquent une attente positive face à son pontificat. La majorité des théologiens d’Amérique latine, et des autres continents aussi, je crois, semblent enthousiastes à son endroit et n’hésitent pas à faire des pronostics sur les changements radicaux qui pourraient se produire. Il suffit de suivre ses charges à propos de la Banque du Vatican, ses dénonciations du luxe et de la politique des groupes d’intérêt, son projet de réforme de la Curie, pour comprendre que quelque chose de nouveau est en train de prendre forme. Chaque jour est un nouveau jour, même si nous conservons nos vieilles habitudes, et l’inattendu peut aussi bien nous étonner agréablement que nous décevoir.

Toutefois, le bon sens nous rappelle qu’on ne peut espérer qu’en quelques mois de pontificat le pape puisse mettre en train toutes les réformes qu’attendent différents groupes représentant les intérêts les plus divers. La vie de l’Église catholique romaine illustre bien la complexité de toutes les institutions religieuses à notre époque et elle reflète les différentes questions politiques et économiques que posent les religions institutionnelles. À l’endroit du pape, la diversité des attentes se complique d’insatisfactions de divers ordres, relatives aux priorités objectives et subjectives de groupes différents. Tout cela relève du moment historique que vit notre monde, où se multiplient de jour en jour les manifestations et les revendications de toutes sortes.

Dans un tel contexte, le pape pourra faire certaines choses, mais pas toutes celles qu’il faudrait faire aujourd’hui et encore moins toutes celles qu’attendent tous les groupes. Par ailleurs, ne serait-ce que pour définir ce que nous disons nécessaire, nous sommes plongés dans un océan d’attentes et d »opinions des plus diverses. En somme, il n’ a pas toujours de convergence entre ce qui semble bon pour l’Église communauté de croyant-e-s et ce qui nous semble bon, à moi et à mon groupe. C’est au milieu de cette situation complexe, où se font entendre des voix discordantes, que s’inscrivent aussi les revendications des femmes. Parler des femmes, ce n’est pas évoquer de manière générale les représentantes du deuxième sexe, mais citer plutôt des groupes précis de femmes, qui se sont donné entre autres pour mission de réinterpréter et de vivre l’héritage chrétien à partir de références nouvelles. Cette attitude s’est accentuée au 20e siècle avec la perception plus vive de la complicité des religions dans les processus de domination et d’exclusion des femmes.

Les femmes se heurtent à plusieurs siècles de pouvoir et de contenus théologiques qu’on tient pour l’expression historique de la foi chrétienne, mais qui semblent aujourd’hui anachroniques face aux défis de l’existence au 21e siècle. La grande majorité des formulations dogmatiques qui font partie de notre credo sont marquées par les mythes, les conflits et les interprétations qui se sont croisés et exclus mutuellement jusqu’à ce qu’on en arrive à un énoncé qui s`est constitué comme vérité catholique. La formulation de ces vérités est aujourd’hui remise en question au vu des conséquences historiques qu’eIles ont imposées à des corps concrets, des corps de femmes, mais aussi d’autres groupes sociaux. Le pape François pourra-t-il les modifier rapidement? Pareils changements font-ils partie de sa perspective théologique et ecclésiale? Ce travail ne revient-il pas plutôt à la communauté chrétienne à travers le monde? Quelles sont les nouvelles références pratiques et théoriques qui ressortent des discours publics du pape? Ces questions sont importantes à envisager si nous voulons traiter nos nombreuses attentes avec plus de calme et de modération. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on réduit au silence et qu’on voue à diverses formes de censure et de persécution les femmes qui revendiquent des espaces et des formes d’expression religieuse qui diffèrent des canons officiels. l’institution chrétienne a toujours mal réagi aux femmes et aux nouveautés qu’elles ont créées. Le souvenir du péché d’Ève et de sa chute, quand le serpent l’a tentée, subsiste encore sous des formes multiples dans l’inconscient chrétien. Le ressentiment originel suscité dans les relations humaines se manifeste de diverses façons dans la vie de tous les jours. La « guerre des sexes » se poursuit encore aujourd’hui quoique d’une manière moins violente et plus discrète.

Tant que les femmes sont soumises et obéissantes à l’ordre patriarcal, on fait l’éloge de leur générosité au service de la famille et de l’Église. Mais dès qu’elles revendiquent la liberté, leurs droits, et qu’elles s’en prennent à l’ordre établi et au discours qu’on tient sur elles, on les refoule dans la marge et on les exclut. Ce vieux débat continue au 21e siècle avec quelques accents particuliers; c’est lui qui va orienter la présente réflexion, réflexion qui propose un point de vue parmi tant d’autres au milieu de la masse des analyses et des publications que suscite la figure du pape François. Un point de vue seulement, car personne n’a le don de s’exprimer de partout ou de représenter tous les points de vue. Ainsi, qu’on parle de théologie, d’Église ou des femmes, le contenu se limite à une façon de voir les relations humaines, façon de voir qui n’est aucunement absolue. Chaque point de vue doit être accueilli comme une opinion personnelle qui sert à rendre possible le dialogue entre différentes perspectives et à faire que la pluralité des approximations autour d’un même événement vienne enrichir la diversité de nos expériences.

1.- La théologie de la majorité. Histoire d’amorcer la conversation

Avant de parler de théologie féministe en lien avec certains aspects de la théologie du pape – c’est le sujet que m’a proposé la revue Alternativas, il faut dégager les grandes lignes de la théologie de la majorité de ceux et celles qui à travers le monde se reconnaissent catholiques. Cette théologie semble être avant tout une théologie du sens commun, fondée sur la dévotion, dépendante de la hiérarchie, attachée aux miracles et aux grandes manifestations de masse. Il ne s’agit pas ici de contenus théoriques de fond ou de nouvelles formulations théologiques, fussent-elles féministes, mais des relations qu’on entretient avec Dieu, la Vierge, les saints ou le Seigneur Jésus, vers qui on se tourne quand on se retrouve dans le besoin. Joue ici une moralité tenue pour catholique et qui rejoint différents niveaux de l’existence. Sur cette théologie axée sur des forces supérieures, les figures masculines continuent d”exercer une influence fondamentale en orientant un processus dans lequel l’émotion et la soumission ont plus de place que la réflexion. Je ne pense pas à ce que je crois, je crois, c’est tout. En ce sens, il faut relever à quel point les médias nationaux et internationaux ont intérêt à faire ressortir précisément ces manifestations affectives de religiosité, les guérisons et autres événements extraordinaires, comme si c’était ce à quoi se réduit la foi religieuse. Dans la même ligne, on souligne les grandes manifestations de masse, que retransmettent généralement les télévisions et où les fidèles, obéissant à la voix du prêtre, expriment leur foi dans le cadre de la liturgie. Il semble que cet aspect visible retienne davantage l’attention du grand public que la recherche de pratiques de justice ou une réflexion qui porte sur les défis de la culture d’aujourd’hui. C“est comme si la vie courante se partageait en deux niveaux distincts, mais interdépendants. L’un de ces niveaux, c’est le quotidien de nos luttes pour la survie avec leur monotonie, leurs surprises, leurs tristesses et leurs joies. L’autre, c’est le monde spirituel représenté par des forces capables de modifier miraculeusement le cours normal de nos vies. Ces forces viennent de Dieu et, a travers lui, de Jésus Christ, des saints, de la Vierge Marie. La relation entre ces deux dimensions en est une de dépendance mutuelle, sans doute, mais le monde spirituel semble être le plus puissant. La dimension spirituelle n’est pas seulement assumée par les fidèles, mais elle est fortement sublimée par les prêtres et les évêques qui indiquent la voie à suivre et les comportements à adopter. La dépendance d’une dimension à l`égard de l°autre s’exprime en particulier dans un modèle de soumission des fidèles aux autorités de leurs églises, qui représentent d’une certaine façon le monde spirituel. ll existe un langage axé sur les nécessités de l’existence et sur la conviction que, si on croit en la puissance de Dieu et des saints, il est possible de changer la vie pour l’améliorer; ici s’inscrit la célébration des sacrements, du baptême surtout, partie intégrante de la culture religieuse populaire.

La théologie des masses ou du commun des croyants dépasse de beaucoup, à mon avis, la théologie des minorités qui cherchent une autre façon d’expliciter la tradition chrétienne. On va même parfois jusqu’à se demander s’il faut parler de théologie des masses ou seulement de religiosité. Je n`entre pas dans ce débat pour le moment. Je préfère dire que les masses ont une théologie hybride qui comporte de nombreux éléments et qui est l’expression de leurs besoins à différents moments de la vie.

J’estime que la théologie féministe est une théologie minoritaire, c’est-à-dire qu’elle représente une petite minorité, surtout en Amérique latine. Ceci parce qu’elle est l’expression du mouvement de libération des femmes, qui a conquis d’énormes espaces dans la vie sociale, politique et culturelle de nombreux pays. Néanmoins, le féminisme n’a eu d’impact important ni dans les églises chrétiennes ni sur la majorité des théologies reçues, notamment dans l’Église catholique romaine.

Parler de l`Église catholique romaine, c’est parler de toutes les institutions catholiques qui réunissent les catholiques: paroisses, écoles, hôpitaux, centres de pastorale. Ces endroits ont fermé la porte, d’une certaine façon, au féminisme et à la théologie féministe. Nombre de catholiques ignorent qu’il existe une théologie féministe. On pourrait se demander pourquoi.

Je soupçonne que la théologie catholique traditionnelle ne peut accueillir les revendications du féminisme sans modifier radicalement l’anthropologie philosophique qui a servi de base pendant des siècles à l’interprétation de l’héritage du Mouvement de Jésus. Dans cette philosophie, la conception de l’être humain est marquée par une hiérarchie presque ontologique selon laquelle l’homme, le mâle, est prioritairement divin, représentant et symbole de l’autorité divine. C”est cette représentation que nous qualifions de théologie patriarcale.

Les conquêtes des femmes ont souvent été considérées comme des concessions faites par le pouvoir masculin afin de préserver l’ordre dominant masculin. C’est dire que dans Ia culture d’aujourd’hui, les nombreux efforts des femmes dans les différents domaines du savoir et dans la militance sociale et politique sont vus comme de petites ingérences dans l’organisation masculine du monde. Cette façon de voir et ce modèle de comportement restent très présents dans les églises chrétiennes, en particulier dans le catholicisme. Dans le même sens, la diversité sexuelle, les nouvelles relations de genre, les nouvelles identités marquées par le changement de notre monde sont toujours accueillies comme des exceptions à la règle patriarcale validée par la nature et par Dieu. En d’autres mots, l’ordre patriarcal — notamment l’ordre religieux patriarcal — lutte pour préserver ce qu’il tient pour l’ordre naturel des choses ou la vérité révélée par Dieu. Ses tenants sont loin d’accepter que ce qu’ils appellent l’ordre naturel est en réalité une interprétation, une manière de voir la société et le cosmos. De la même façon, ce qu’ils appellent l’ordre voulu par Dieu est une interprétation imaginaire d’une volonté éthique et supra-éthique capable de mettre le monde en ordre. Cette philosophie de modèle aristotélico-thomiste, vulgarisée de diverses manières, est très présente dans les églises et se heurte aux nouveaux défis du monde contemporain. Les conflits avec différents groupes se multiplient inévitablement.

Évidemment, il y a des éléments de notre structure vitale qui ne dépendent pas de nous, qui nous sont transmis par les forces de la Vie, mais les enjeux éthiques dont il s’agit ici débordent le donné biologique. Cette distinction qu’il importe d’introduire de plus en plus dans la théologie populaire rencontre plusieurs résistances de divers ordres. Ainsi en va-t-il de la dimension mystique de l’existence, qui peut se traduire en accueil de la vie au-delà du prévisible; l’accueil du mystère qui nous tisse et nous enveloppe n’a pas nécessairement a s’identifier à un schéma philosophique défini officiellement. Ce n’est pas un schéma théorique qui va déterminer ou imposer ce qui doit être jugé vrai ou faux dans l’expérience religieuse.

Pour de nombreux chrétiens, ce qu’on appelle « l’ordre naturel » est une réalité préétablie et révélée par Dieu, qui concerne non seulement les choses de la nature, mais aussi nos comportements et nos sentiments. Ils n’y voient pas en effet le fruit de l’évolution de l’être humain et des conventions nécessaires à la vie sociale. Pour beaucoup, il s’agit plutôt de données préalables, de réalités préexistantes, qu’il faut confesser et observer sans discuter. Or, dans une perspective comme celle- là, il n’y a presque rien qu’on puisse changer dans ce qu’on tient pour des lois de la nature puisque cela reviendrait à désobéir à l’ordre divin. Bien sûr, ce qui se présente comme un argument philosophique et théologique fondé sur la raison naturelle n’échappe pas à la complexité affective de l’être humain et aux mythes que nous construisons autour des situations de notre vie. L’ordre affectif semble avoir une force considérable, car plusieurs personnes vont jusqu’à donner leur vie pour cet ordre-là alors que d’autres s’emploient à le préserver pour défendre leur propre pouvoir et ce qu’ils pensent être la volonté divine.

Je parle de l’ordre affectif pour récupérer une dimension importante de notre vie, en particulier les expériences religieuses. L’émotion ne fait pas qu’ajouter de la couleur et de l’intensité a la religiosité : en fait, elle facilite ou elle bloque la perception plurielle du monde et la nécessité des changements. Très souvent, nous croyons plus à ce que nous ressentons et à ce que nous voulons ressentir qu’à certains faits ou à certains événements que nous présente le quotidien. Nous croyons plus à nos habitudes qu’aux invitations que nous lance l’histoire en vue du bien collectif. C’est cette religiosité qui continue de se diffuser dans les églises quand on célèbre des fêtes de saints, des miracles et des liturgies sacramentelles quotidiennes qui se répandent partout sur notre continent et à travers le monde. Cette religiosité, qui est devenue une habitude à bien des endroits, peut marquer le temps et l’espace et exercer un pouvoir considérable sur la vie des masses qui en vivent.

J’irais jusqu’à dire que les derniers papes, dont François, et plusieurs d’entre nous, d’une certaine façon, sommes habités par cette théologie des masses, mélangée à toute une érudition philosophique, littéraire et théologique. Même dans les textes et dans les entrevues du pape actuel, comme dans l’exercice de son ministère, ces niveaux ressortent tantôt clairement, tantôt mêlés l’un à I’autre.

Il faut signaler qu’il n’y a pas de débats théologiques dans la majorité des communautés populaires et que les conflits de pouvoir s’y expriment autrement. La grande majorité des gens ne savent rien des discours et des encycliques des papes. Le langage dans lequel sont rédigés ces textes et leur style particulier leur arrivent d’un monde à part. Mais ce monde à part et ses discours bien construits renforcent le pouvoir des clercs sur les fidèles et leur donnent plus de savoir et de pouvoir pour diriger le « troupeau » et l’amener à dépendre d’une vision qui s’autoproclame la plus juste.

Du pape la majorité des fidèles saisissent des gestes, une caresse, le charme exercé sur le public, une bénédiction, des paroles simples. Ils vibrent, l’applaudissent, le divinisent, l’idéalisent afin de préserver leurs croyances et l’émotion dont ils ont besoin pour vivre. L’appréciation positive dure, en général, le temps que dure l’enthousiasme de la présence physique ou de l’événement. J’estime que cette dynamique nourrit la théologie des masses, mais qu’en même temps qu’elle flatte et fascine la multitude, elle risque d’engendrer l’aliénation. D’où la nécessité urgente de recommencer à participer davantage à la discussion et à la transformation des contenus de nos croyances afin que l`Évangile puisse être vécu pour aujourd’hui.

2.- La « théologie de la femme » selon le pape. Perceptions non confirmées

Chaque fois que nous disons qu’une personne pense de telle ou telle façon, qu’elle fera telle ou telle chose, il faut bien préciser que c’est moi qui pense qu’elle pense de la sorte. La chose est particulièrement vraie quand nous ne connaissons cette personne qu’à travers quelques textes, quelques entrevues et quelques conférences. À moins d’avoir longtemps partagé la vie de quelqu’un à divers niveaux, il est très difficile de dire ce que pense ou veut l’autre. Ainsi, à de rares exceptions près, ma subjectivité et ma manière de percevoir la vie des autres expriment ma manière à moi de voir et de juger la vie. Néanmoins, il faut dire qu’il reste possible de se rapprocher et de se comprendre et que la communication et le dialogue entre nous ne sont pas illusoires. Si bien qu’en parlant de la pensée d’un autre, je ne suis pas seulement sélective et je peux situer cette pensée, d’une certaine façon, par rapport à ma propre perception du monde et aux positions que je défends. Par ailleurs, la critique que je fais de la pensée de cette personne est influencée par ce que je voudrais retrouver dans sa pensée et son action. Une bonne partie des choses auxquelles je crois et pour lesquelles je me bats conditionnent ma façon d’interpréter la pensée de l’autre. C’est pourquoi ce que je dis ici de ce que je comprends de la pensée du pape François en lien avec l’objet du présent article est limité par mon histoire, mes conditionnements, mes perceptions et mes choix.

La figure affable, proche et courageuse du pape François, sa rupture avec le protocole, la simplicité de son mode de vie montrent qu’il accorde de l’importance au contact direct avec les personnes, à l`emploi d’un langage plus familier que théologique ou scientifique. Sa manière d’être ou de se présenter en public en a incité plusieurs à dire qu’il ressemble à Jean XXIII, ou que sa pensée amorce un printemps de l’Église catholique. D’autre part, nous pouvons remarquer à quel point, dès les premiers mois de son pontificat, il a tenu à introduire une dimension de collégialité dans le débat sur les nombreux problèmes du Vatican. Voilà qui rompt avec le modèle de l’infaillibilité pontificale et de la concentration du pouvoir entre les mains d’un individu.

À partir de mes options de vie et de pensée, je sens que ce langage familier et affectueux du pape François exprime aussi une façon de penser le monde selon un ordre plus ou moins préétabli, même si le pape parle beaucoup de changements, de temps et d’espaces différents, de modernité et de questions analogues. Je crois trouver dans sa pensée, sur la base des discours qu’il a prononcés et des entrevues qu’il a accordées, notamment à l’occasion de la dernière Journée mondiale de la Jeunesse, des énoncés constants venus de la tradition chrétienne, mais formulés par un homme capable de communiquer dans un langage moderne et familier. Son univers doctrinal catholique est stable et plus ou moins connu. Comment pourrait-il en être autrement puisque c’est le collège des cardinaux qui l’a élu chef suprême de la communauté catholique mondiale? ll parle en prêtre, en jésuite, en lettré qui connaît la littérature et le cinéma en plus de la grande tradition théologique chrétienne. ll peut être direct et appeler sans détour à la proximité des pauvres, à l’intimité avec Jésus, à la dévotion envers la Vierge Marie. Tout cela dans un langage affectueux, sobre et familier, que les personnes les plus simples apprécient et accueillent plus facilement. Mais, à mon avis, il n’introduit rien de radicalement nouveau dans l’enseignement traditionnel de l’Église. Les appels à la justice que nous entendons dans ses discours sont l’écho de la doctrine sociale de l’Église et du concile Vatican II. Le respect des différents credo religieux fait partie de tout l’effort oecuménique amorcé là encore par le Concile. L’affirmation du Dieu unique par delà le Dieu catholique, affirmation d`une importance fondamentale, est un énoncé très ancien dans la théologie et la mystique chrétiennes.

La nouveauté du pape ne se trouve pas dans ses discours, mais tient à la façon très personnelle qu’il a de se faire proche des personnes, en particulier des enfants abandonnés, des jeunes marginalisés, des personnes âgées et malades. À sa manière simple de vivre et d`entrer en rapport avec les gens, comme à certains gestes et à certains discours significatifs sur le plan politique. Son voyage à Lampedusa, dans le sud de I’Italie, en est un exemple; comme ses interventions en appui au peuple syrien et à d’autres groupes victimes de la stupidité des guerres.

Où interviennent les femmes dans sa pensée? C’est la question que nous nous posons vu que nous émergeons comme sujets historiques actifs par delà les stéréotypes et les généralisations masculines.

Pour essayer de cerner quelque chose de sa théologie relativement aux femmes, je vais procéder librement en cherchant à dialoguer avec ce qu’iI a dit publiquement dans ses encycliques, ses homélies et quelques entrevues.

Dans le vol qui le ramenait à Rome, au lendemain de la Journée mondiale de la Jeunesse2 a Rio de Janeiro, un participant l’interrogea sur l’ordination des femmes; il répondit brièvement que le pape Jean-Paul Il avait clos le sujet et que les femmes ne pourraient donc pas être ordonnées. Et comme pour justifier sa position et pour éviter peut-être un conflit avec les femmes, il ajouta que « Marie est supérieure aux apôtres et que l’Église a besoin d’une théologie féminine3 » Nous avons ici, me semble-t-il, une réponse à chaud, un tantinet rhétorique, abstraite et idéaliste, Qui révèle même une lacune : le pape ignore l’existence de la théologie féministe et les efforts de tant de femmes, intellectuelles et engagées en pastorale, pour vivre et diffuser un christianisme inclusif, égalitaire et compréhensible pour notre siècle. Son attitude trahit la méconnaissance ou la non-reconnaissance de la théologie féministe qui a déjà une longue histoire en plusieurs régions du monde, y compris en Amérique latine.

Dire que Marie est supérieure aux apôtres, c’est d’une certaine façon esquiver la question. C’est répondre à une question aussi vaste qu’épineuse par un propos qui donne dans le spiritualisme et la consolation précaire. La question des femmes n’est pas une question abstraite : ce n’est pas une question théologique, ce n’est pas une question de dévotion; c’est un problème pratique et quotidien qui se pose partout dans le monde. C’est une question de droit à la dignité, de citoyenneté et de liberté. Elle renvoie aux façons hiérarchiques de comprendre l’être humain et aux manipulations qui en découlent. Qu’iI suffise d’évoquer la violence faite aux femmes, qui prend différentes formes. On parle même aujourd’hui d’une sorte de génocide féminin perpétré en diverses régions du monde, notamment en Amérique latine. C’est pourquoi le fait d’en appeler à Marie, dans ce contexte, nous semble à plusieurs déplacé et à côté de la question. La dévalorisation des femmes, la violence dont elles sont victimes, leur réduction au silence et les différentes formes de violence physique et symbolique qu’elles subissent sont de vraies questions que les institutions de l’Église doivent regarder en face. Et dire cela, ce n’est en aucune façon faire des femmes les principales victimes de l’Église, comme certains l’affirment à tort, mais bien reconnaître des contextes et des rapports qui, de fait, font que les femmes sont objets d’abus.

Les hommes chrétiens et en particulier les clercs n’ont pas encore regardé en face les souffrances multiples et variées des femmes et leur combat pour la dignité. Ces hommes, dans leur grande majorité, n’intègrent pas à leur mission la cause des femmes, même si quelques-uns d’entre eux se montrent plus sensibles au problème. Ils peuvent reconnaître l’existence de la violence, mais sans s’approcher des femmes concrètes, peut-être à cause de la prudence et de la méfiance que l’Église leur impose envers elles. En ce sens, je pense que le pape François vit les mêmes difficultés que le clergé. Depuis qu’il est tout jeune, orphelin de mère, il a surtout vécu dans un monde masculin, imprégné de préjugés relativement aux femmes. C’est pourquoi je ne pense pas qu’il puisse affronter directement ces questions à partir de la formation jésuite et cléricale qu’il a reçue. Dire cela, c’est souligner les limites de la formation cléricale, qui empêche d’accueillir la multiplicité des manières de vivre et de sentir la vie dans le monde. C’est dire aussi qu’il est urgent d’entendre davantage les cris des femmes à travers leur voix à elles, et non à travers la médiation et les interprétations du clergé. Et donc de s’approcher davantage des mouvements de femmes qui revendiquent plus de place dans l’Église et des mouvements de la société civile qui font valoir leurs droits. Comme le pape le dit lui-même, il faut « sortir dans la rue » pour être avec les gens et par conséquent aussi avec les femmes.

Dans l’entrevue qu’il a accordée à la revue jésuite La civiltá cattolica4, le pape affirme qu’il faut « agrandir les espaces pour une présence féminine » dans l’Église. Ce commentaire, si important qu’iI soit, tombe un peu dans le vide, car nous nous demandons de quels espaces il s’agit? Fait-il référence à l’espace des ordres cléricaux? À l’espace dans les facultés de théologie? À l’espace dans les conclaves cardinalices, comme l’ont signalé certains journalistes ces dernières semaines? Sûrement, il faudra que ce soit dans l’espace public, sur le plan de la représentation, à l’intérieur de l’Église, espace où nous sommes absentes. Dans l’exercice d’un pouvoir égalitaire, auquel on ne nous donne pas accès en vertu d’une argumentation biaisée et d’une interprétation étroite du Nouveau Testament. Mais n’oublions pas que là où le pape invite les séminaristes et les prêtres à se rendre, chez les plus pauvres, il y a déjà un grand nombre de femmes qui partagent chaque jour la vie des plus méprisés de notre monde. Plusieurs y sont par choix, à titre personnel, par conviction. Je ne parle pas seulement des religieuses, mais de nombreuses laïques qui par leur travail quotidien soutiennent la foi et la vie de bien des gens en des endroits inhospitaliers et dans des conditions désespérées. C’est depuis ce lieu aux couleurs et aux voix multiples que nous revendiquons une manière nouvelle de comprendre et de vivre la tradition du Mouvement de Jésus, une approche qui inclue pratiquement les différences. C’est depuis ce lieu que nous espérons être reconnues avec notre interprétation de la tradition chrétienne. Pour cela, il ne s’agit pas seulement de nous octroyer la « dignité sacerdotale » et de reproduire le modèle clérical. Notre révolution veut aller plus loin, creuser la terre pour planter une semence nouvelle.

En abordant l’encyclique Lumen Fidei5, écrite à quatre mains avec Benoît XVI et la première du pontificat de François, je me suis sentie vraiment émue, surtout en lisant les sept premiers paragraphes. François y propose une sorte d’explication phénoménologique de la foi avec de très riches analogies, depuis le culte du soleil dans le monde païen jusqu’à l’urgence de retrouver le sens originel de la foi par delà le soleil. La foi comme mémoire et la foi comme lumière qui vient de l’avenir, par delà la consolation recherchée, par delà le vide qui nous envahit. Se dégage de ces énoncés une beauté mystérieuse qui n’est toutefois à la portée que d’un public restreint.

J’avoue que ces premiers paragraphes ont résonné en moi surtout parce que les noms de Nietzsche, de Dante et de certains pères de l’Église cités par le pape ont réveillé comme un écho de mes années de formation philosophique et théologique. En lisant ces lignes, je me suis surprise à contempler une beauté qui prenait forme en moi dans une sorte de dialogue avec d’anciennes expériences remontant à ma formation. Mais en même temps, j’avais conscience de faire partie d”une «  caste » capable de situer ces auteurs et les autres que citait ensuite le pape. Quoique femme, j’appartiens aux privilégiés qui lisent Nietzsche, Buber, Jean-Jacques Rousseau, Dostoïevski et qui peuvent apprécier un texte d`une telle qualité littéraire, texte qui reste inaccessible à la majorité des fidèles. Je me demandais si les encycliques pourraient être différentes. Si, à côte des grands textes marqués du sceau de l’autorité papale, il ne pourrait pas y avoir de brèves chroniques sur différentes situations, différentes questions, différentes joies de notre monde. Je me disais que plus de gens pourraient ainsi avoir accès aux commentaires du pape sur l’histoire quotidienne. Et qu’il pourrait y avoir plus de discussion et certains consensus.

De la beauté des premiers paragraphes de l’encyclique, qui peuvent assurément rejoindre l’expérience de foi des hommes et des femmes, je suis passée au premier chapitre qui commence avec Abraham, notre père dans la foi. Ici, l’histoire reste la même qu’autrefois : on privilégie la voix de Dieu à Abraham, le dialogue avec lui, la réponse d`Abraham et son cheminement. Encore une fois, ressort à l’évidence l’association de la foi à une figure mythique masculine sans qu’on inclue de figures féminines. Le texte continue avec la figure de Moïse présenté comme le médiateur, celui qui parle avec Dieu et qui communique au peuple la volonté divine, et il se rend jusqu’à Jésus Christ, toujours selon la même dynamique d’une histoire de foi transmise à travers une série de personnages masculins. ll montre la place centrale de la foi en Jésus, le fils de Dieu fait homme, voie du salut pour les chrétiens, comme s’il s’agissait de la longue histoire du rôle privilégié réservé aux hommes.

L’encyclique semble suivre les pistes traditionnelles de l’histoire du salut dans la théologie classique. Dieu y est le personnage principa : il a une volonté, un dessein sur tout ce qui existe et au-dessus de tout ce qui existe. Jésus est présenté comme le miroir dans lequel le croyant doit se regarder.

Tous ces énoncés paraissent refléter une philosophie caractéristique du christianisme primitif; mais ils ont peu d’écho dans le monde contemporain, formulés qu’ils sont dans ce genre de langage.

Dire, par exemple, que la foi a une dimension ecclésiale, c’est-à-dire qu’elle se vit en communauté, c’est sans doute vrai, mais ça ne suffit pas du point de vue pratique. Pourquoi? Parce que les fidèles s’interrogent sur le type de communauté, sur ses valeurs, sur ses positions politiques, ses dirigeants et ainsi de suite. Malgré l’importance pour le christianisme de la référence platonicienne et aristotélicienne, aujourd’hui, elle ne répond plus aux revendications immédiates que des personnes très différentes présentent à l’Église. Elle ne répond pas à la revendication des femmes et aux situations limites que nous vivons face à la destruction de la planète, que promeut le modèle capitaliste dominant. Parler des limites des textes pontificaux, ce n’est pas nier l’importance de la réflexion théologique sur le plan des défis théoriques, mais poser la question des destinataires de ces textes et de ce à quoi ils sont censés servir. Autrement dit, c’est vouloir que la richesse du christianisme puisse être comprise par un grand nombre de personnes dans des situations différentes.

Dans l’entrevue de François à La civiltà cattolica, où l’intervieweur, le P. Antonio Saharo, perd quelquefois le lecteur par ses interventions et ses commentaires, on arrive à percevoir la sensibilité du pape aux souffrances du monde. Son style direct et personnel révèle la qualité de sa recherche et de sa communication. Mais encore une fois, pour l’essentiel, sa façon d’aborder les problèmes est marquée par la formation catholique traditionnelle qu’il a reçue. Une excellente formation humaniste, philosophique et théologique sans doute, mais qui se cantonne dans une tradition qui utilise le langage d’une caste; il parle encore de problèmes généraux, en particulier des problèmes des pauvres. Ce dialogue illustre la distance entre la caste et la masse des croyants et, comme je l’ai dit plus haut, la distance entre la théologie des masses et celle des minorités. En outre, il présente une « histoire de la foi » qui se limite à des figures extraordinaires chez qui transparaît peu la conflictualité de l’existence tandis que les acteurs et les actrices de cette histoire n’ont d’autre rôle que de représenter une histoire exemplaire masculine, qu’il s’agit d’imiter.

Au sujet des femmes, le pape déclare dans l’entrevue : Il est nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église, avant d’ajouter : je crains la solution du « machisme en jupe », car la femme a une structure différente de l’homme. Les discours que j ‘entends sur le rôle des femmes sont souvent inspirés par une idéologie machiste. Les femmes soulèvent des questions que l’on doit affronter. L’Église ne peut pas être elle-même sans les femmes et le rôle qu’elles jouent. Les femmes lui sont indispensables.

Quels sont ces espaces de présence plus incisive pour les femmes? Que signifie le machisme en jupe? Quelle forme prend- il clans l’Église? Quel est le type d’idéologie machiste qui a influencé les femmes? Quelles femmes? Certains commentaires d’hommes d’Église viendront justifier les déclarations du pape en les situant dans le droit fil du machisme latino-américain. Je trouve cette allusion déplacée parce qu’eIIe critique les formes d’action sans situer les problèmes que vivent les femmes et contre lesquels elles se battent. J`imagine que le pape avait en tête certaines manifestations féministes extrêmes ou radicales, mais il n’a pas abordé les grands problèmes qui sont à l’origine de ces réactions.

Plus encore, François introduit une distinction et peut-être même une véritable séparation entre I’Église et les femmes, quand il affirme que les femmes sont indispensables à l’Église. Je ne peux interpréter ces propos sans me rappeler que pour la théologie dans laquelle le pape a été formé, l’Église est masculine même si on en fait l’épouse du Christ ou si, comme au paragraphe 5 de l’encyclique Lumen Fidei, en citant les Actes des martyrs, on évoque le chrétien Hiérax confessant que notre vrai père est le Christ, et notre mère la:foi en lui. La féminisation de la foi au Christ comme artifice de langage élimine l’action et la représentation réelle des femmes. Le féminin est absorbé par le masculin et la question est résolue.

Mais quelles sont les questions essentielles que les femmes ont posées dans I’Église? Le pape n’en nomme aucune, il se contente d’un énoncé général. Le lecteur en est réduit à essayer de deviner, ou alors il n’a qu’à oublier cette partie de l’interview. Encore une fois, les déclarations sur les femmes restent très vagues et n’affrontent pas nos problèmes concrets et nos revendications historiques au fil des siècles et jusqu’à aujourd’hui.

Le pape François continue : Marie, une femme, est plus importante que les évêques. Je dis cela parce qu’il ne faut pas confondre la fonction avec la dignité. Il faut travailler davantage pour élaborer une théologie approfondie du féminin. C’est .seulement lorsqu’on aura accompli ce passage qu’il sera possible de mieux réfléchir sur le fonctionnement interne de l’Église.

La petite phrase sur Marie est troublante. Troublante parce qu’inattendue et même assez difficile à comprendre dans ce contexte. Jamais on ne s’attendrait à ce que le pape dise que Jésus est plus important que les évêques et à ce qu’il en déduise qu’il ne faut pas confondre la fonction et la dignité. Qu’entend-on ici par fonction et par dignité? Serait-ce qu’on peut distinguer entre la fonction sacerdotale et la dignité sacerdotale? Entre la fonction d’enseignante et la dignité de la femme qui enseigne? Je trouve que ces distinctions n’aident pas à comprendre les relations entre le clergé et les femmes, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres de l’ÉgIise catholique – femmes et hommes – forment en théorie « le peuple de Dieu », mais il semble que François, peut-être sans s’en rendre compte, introduit une distinction, Pourquoi? Que cache cette distinction?

Nous pourrions aussi nous demander : comment approfondir la fonction de la femme dans l’Église? Qui devra l’approfondir? Ce ne sont pas là des questions abstraites, mais bien des questions « contextualisées ». Elles doivent rejoindre des situations concrètes d’affrontement entre les femmes et l’institutíon hiérarchique. Dans ce contexte, on ne saurait oublier le procès intenté par le pape précédent aux religieuses nord-américaines, et dont François a autorisé la poursuite. Ce qui nous amène à nous demander: comment la papauté approfondit-elle l’image de la femme? Quelle image? Et quelle est la place des femmes?

Il n’y a aucun autre nom de femme, sauf celui de Marie, mère de Jésus, dans l’interview comme dans l’encyclique, sauf pour une allusion à Mère Teresa de Calcutta. Sainte Claire n’est pas citée à côté de saint François. On oublie Thérèse d’Avila, réformatrice du Carmel. On n’évoque même pas les grandes mystiques du Moyen Âge, la richesse et l’originalité de leur contemplation du mystère divin. Les fondatrices d’instituts religieux au service des plus pauvres sont absentes. Notre chère Sœur Juana Inés de la Cruz, victime de l’inquisition pour son audace et sa sagesse hors du commun, ne fait pas partie des citations qu’on attend d’un ecclésiastique. Serait-ce qu’elles sont exclues de l’idéologie machiste que les hommes d’Église continuent de transmettre? Croient-ils encore que les femmes vont accepter en silence cette grave erreur historique, comme si dans l’Église, la communauté des fidèles du Mouvement de Jésus, les femmes n’avaient pas des les premières heures du christianisme joué un rôle de premier plan?

Je continue de citer le pape François dans la même entrevue : Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes. Aujourd’hui le defi est celui-ci : refléchir sur la place précise des femmes, aussi Ià où s ‘exerce !’autorité dans les différents domaines de I’Église.

Le « génie féminin » sent la littérature française et l’expression nous amène à nous demander ce qui se cache derrière cette déclaration. François pensait-iI à Molière et à ses « femmes savantes » du 17e siècle, ou à René de Chateaubriand qui, au début du 19e siècle, associait les femmes au génie du christianisme? Pardonnez ces considérations livresques, mais c’est ce qui m’est venu à l’esprit en parcourant le texte du pape et en essayant de comprendre ce que signifiait cette expression. (Ce commentaire sur le « génie féminin » mentionné dans la version originale en portugais n’a pas été repris dans la version en espagnol.)

Pourquoi dit-il que ce génie est nécessaire là où se prennent les décisions importantes? De quels lieux s’agit-il? N”est-ce là que de la rhétorique? Une figure de style? Ou est-ce qu’il pense au génie de tant de femmes chefs de famille, qui arrivent seules à faire vivre, à soigner et à éduquer leurs enfants? Ou alors aux intellectuelles de différentes régions du monde qui se sont imposées dans le monde des lettres et des arts, en particulier au cours des deux derniers siècles? Ou à l’ascension des femmes dans le monde de la politique?

Or, sans préciser davantage son idée du génie féminin, le pape François conclut le paragraphe en ouvrant une perspective nouvelle sur la nécessité de réfléchir à la place des femmes dans l’exercice de l’autorité dans l’Église. De quelle autorité parle-t-il? ll n’en donne pas d’indices clairs ni dans l’entrevue ni ailleurs.

ll est intéressant de remarquer que dans l’encyclique Lumen Fidei, on fait très peu allusion à l’expérience et à la transmission de la foi par les femmes. Ce n’est qu’au troisième chapitre, sous le sous-titre « L’ÉgIise, mère de notre foi », qu’il est fait allusion au paragraphe 57 à la bienheureuse Teresa de Calcutta qui, comme saint François, a accueilli les personnes qui souffrent comme des médiatrices de la lumière de la foi. Et au quatrième chapitre, le dernier, l’encyclique se conclut par une réflexion sur Marie, la mère de Jesus, avec le commentaire de Luc 1,45, Bienheureuse celle qui a cru. Le bonheur de la mère s’accomplit dans l’obéissance à Dieu, route de « l’icône parfaite de la foi » (par. 58). Le pape termine en affirmant que c’est par son lien avec Jésus que Marie est associée à ce que nous croyons.

Comme c’est souvent le cas dans la théologie masculine, la figure de Marie est idéalisée et toujours présentée en fonction de Jésus. Elle n’est pas autonome, mais toujours là en fonction de son fils et pour son fils. L’identité de la femme se perpétue à travers la maternité et la plus grande valeur chrétienne pour les femmes continue d’être l’obéissance.

3.- Les limites d’une « théologie de la femme »

Sur la base de ce que nous avons dit jusqu’ici et à la lumière de quelques références féministes, on peut percevoir les limites et l’insuffisance de la théologie de la femme qui se dessine dans certains textes et certains propos du pape François. Disons tout de suite que l’expression « théologie de la femme » reste vague, abstraite et beaucoup trop ample. Je me permets de jouer un peu avec les formules. Que signifierait une « théologie de l’homme »? De quel homme ferions-nous la théologie? Des blancs? Des noirs? Des jaunes? Des célibataires? Des hétérosexuels? Des homosexuels? Est-ce que nous ne sommes pas en train de commettre la même erreur à propos des femmes? Nous savons bien que dans la tradition chrétienne les hommes ont été les premiers sujets et les premiers objets de la théologie, mais ce n’est pas une raison pour aborder la question des femmes d’une manière aussi générale. ll y a ici plusieurs problèmes historiques et herméneutiques à considérer et à approfondir.

La question de la théologie féministe renvoie à l’absence de femmes en tant que sujets actifs de la théologie, responsables de l’expression de la foi, habilitées à prononcer une parole sur I’Évangile de Jésus, aptes à diriger leur communauté ecclésiale. La théologie féministe trace un combat pour notre dignité, pour tenter d’aller au-delà du masculin abstrait qui nous domine et qui cherche à nous absorber dans un modèle unique. La théologie féministe veut aller au-delà de la normativité masculine pour s’ouvrir à une pluralité d’expressions et d’expériences d’amour de soi et du prochain. C’est a peine si la théologie de la femme semble vouloir ouvrir un espace dans les domaines masculins exclusifs de la théologie et de l’Église pour nous faire une petite place. Nous voulons, nous, aller plus loin.

Nous sommes de plus en plus amenées à préciser et à caractériser notre vision pour nous poser et nous affirmer dans nos recherches à partir de perspectives diversifiées. En ce sens, le terme général « la femme » n’aide pas à voir de quelle femme on parle au 21e siècle. Et il n’aide pas non plus à saisir quels sont les problèmes relatifs aux femmes qu’on veut évoquer dans la théologie et dans l’ÉgIise.

Cette situation me renvoie à certaines réflexions de la philosophe Hanna Arendt, dans La vie de l’esprit6, où elle aborde la question de la pensée. Pour elle, les penseurs, en particulier les philosophes et, je me permettrais d’ajouter, les théologiens ont tendance à fuir les apparences, c’est-à-dire ce qui se montre à nous, pour penser un monde conçu en fonction d’idées parfaites sur le monde. Ils ont tendance à fuir les obstacles quotidiens, la cohue des enfants, les plaintes des malades et les contradictions de l’instant, pour penser un monde idéal. Ces idées peuvent remonter à des philosophies et à des théologies anciennes, elles peuvent être des concepts dont ils ont hérité et qu’ils ont retravaillés à longueur de vie. Ainsi devient-il plus facile de parler de l’homme, ou de la femme, en tant que concepts forgés selon un « devoir être » du réel multiple qui se présente à nos yeux, multiplicité dont je fais aussi partie, moi aussi, dans mon apparition et ma disparition aux yeux des autres.

Ce qui apparaît, ou nos propres apparitions à nous-mêmes, renvoie au concret de nos histoires, aux relations et aux conflits vécus au jour le jour. Or ces conflits ont quelque chose à voir avec les relations de genre, avec les pouvoirs, avec les luttes de divers types et avec l’expérience de notre sexualité dans les différents milieux où nous sommes. De là naît la dichotomie entre ce qui apparaît et ce que nous pensons être telle ou telle catégorie de personnes. La tentation de traverser constamment les apparences pour aller au delà de ce qui apparaît de rechercher l’essence des choses et des êtres a été très forte dans le christianisme. Ce qui nous a poussés à abandonner ou a fuir le monde et a considérer les personnes de manière abstraite et en fonciton de modèles jugés plus conformes à la volonté divine. Aimer le monde du point de vue des femmes, c’est aimer les apparences multiples et fugaces en quête de petits bonheurs

Pour découvrir ce qui existe réellement, le philosophe doit abandonner le monde des apparences à I’intérieur duquel iI se trouve naturellement et originellement chez lui (…). Ce fut toujours la dimension propre à l’apparence de ce monde qui a suggéré au philosophe, c’est-à-dire à l’esprit humain, l’idée qu’il doit exister quelque chose qui n’est pas apparence7.

Comme s’il fallait supposer cette « chose » plus élevée ou lui reconnaître plus de valeur qu’a l’apparence que je saisis dans ma vie quotidienne et qui est susceptible bien souvent de m’induire en erreur sur moi-même et sur les autres. C’est pourquoi une théologie de la femme occupe plus de place dans I’Église qu’une théologie féministe combative, multiple parfois contradictoire, pleine d’équivoques et de petites lueurs.

Nous savons bien que la primauté de ce qui nous apparaît dans l’existence quotidienne est un fait de vie, que nous ne pouvons fuir. La faim, la soif, le défaut d’ethique, les problèmes de santé, la solitude, l’abandon…, voilà de quoi est faite notre vie. L’insécurité n’a pas de patrie, se mettre en quête d’un toit, fuir la guerre, échapper à la violence, mentir sous la torture, se cacher d’un mari violent, voler pour tromper la faim…, c’est notre respiration quotidienne. Comme aussi la rencontre de l’être aimé, le pressentiment de son arrivée ou la tristesse de son départ, qui nous frappent au cœur plus que toute théorie. C’est le bébé qui naît, I’arbre qu’on plante, les poules dans la cour, le chant des oiseaux au printemps… ce qui renouvelle la vie.

La construction de la vérité et son imposition à l’apparence semblent un élément fondamental de plusieurs théologies et philosophies. Celles-ci donnent de la valeur à ce qui ne paraît pas et elles font de ce qui est au-delà des apparences l’idéal et le principe à proposer aux vies humaines ordinaires. Elles attribuent à cet ordre de réalité pensé une valeur plus élevée qu’à ce qui constitue la matérialité de nos relations, la matérialité de notre corps avec ses multiples besoins. Dans cette mystérieuse transmutation du monde, elles donnent au pensé le pouvoir sur nous, simples vivants, et elles utilisent ce pouvoir pour dominer nos corps et nos intelligences.

C”est ainsi qu’elles ont culpabilisé nos corps et ont tourmenté notre esprit au nom d’une perfection imaginée. Et elles continuent aujourd’hui de ne pas se méfier de la fausseté de leurs constructions métaphysiques, de leurs aspirations spirituelles, avides qu’elles sont de dépasser la beauté et la contradiction incarnée dans la matérialité quotidienne de la vie. Elles ne se méfient pas, comme le dit Hannah Arendt, de cette dichotomie entre I’être et l’apparence, qui pousse à nier la dynamique propre à la vie pour essayer de fonder une « vérité vraie » sur l’être humain et sur le monde. Elles ne voient pas que ce monde dans lequel elles nous invitent à entrer et à vivre n’existe pas parce que nous n’arrivons pas à vivre en dehors des limites de notre matérialité et de nos apparences ou apparitions multiples.

C’est dans cette perspective que je relève les propos du pape sur la femme ou plus exactement sur la théologie de la femme. De quelle femme et de quelle théologie parlons-nous? J’ai parfois l’impression que le pape actuel et ses prédécesseurs immédiats ont une idée très sublime de la femme, qu’ils aimeraient voir acceptée par les femmes. Une femme au-delà des apparences! Mais cette idée ne correspond à aucune femme réelle, à aucune femme qu’on rencontre en ce monde. C’est pourquoi ils s’attachent à la figure de la Vierge Marie, construite à l’instar de leur monde d’idées vraies sur la femme. Ils s’attachent à la Vierge, figure maternelle, apparition née de la nostalgie de notre origine utérine, destituée de son sexe et d’autant plus glorifiée.

Pourquoi ne pas apprécier la surface au lieu d’insister toujours sur les fondements idéaux? Pourquoi ne pas apprécier ce qui apparaît, aimer ce qui apparaît même s’il donne une autre forme à ce qui apparaît? Pourquoi ne pas parler de ce qui est là sous nos yeux afin de pouvoir le contester, l’améliorer? Cette forme nouvelle ne serait-elle encore et seulement qu’un nouvel apparaître, sujet aux mutations qui nous caractérisent? On ne peut dissiper les erreurs en superposant des essences ou des idéaux à la matérialité de notre existence. Comme le dit Hannah Arendt, ce qui est proprement scientifique appartient au monde des apparences même si sa perspective sur le monde peut être différente de celle du sens commun8. Nous appartenons toutes et tous à la Terre, bleue vue de l’espace et multicolore à nos yeux.

En ce sens, encore une fois, parler de « théologie de la femme », c’est demeurer à un niveau abstrait et général. Il faut interroger les femmes elles-mêmes, dans les différentes régions du monde, sur ce qu’elles vivent et sur leur théologie. ll faut accueillir ce qu’elles expriment comme vécu à partir de leurs paroles et de la façon dont elles construisent les sens de leur monde. Le dialogue, la croissance et le changement se font à partir de cette attitude qui permet aux personnes de se sentir écoutées, respectées et appréciées.

Enfin, il serait important que François, en tant qu’homme et que pape, entende directement et reconnaisse les paroles des femmes sur elles-mêmes. Et que cette démarche confirme l’autorité de ces paroles lorsqu’elles expriment la force de la vie dans la multiplicité de ses contextes et de ses défis. Je ne parle pas ici des frivolités du consumérisme capitaliste qui utilise les femmes comme objets de propagande et de profit. Je le sais bien, nombreuses sont celles qui se laissent séduire par les lumières des centres commerciaux et leurs articles de luxe et par les modèles de vie enivrants que leur présente le capitalisme. Mais j’entends parler ici de tant et tant de groupes de femmes au service du bien commun et de la solidarité entre les peuples. J’entends signaler leur critique du capitalisme et de l’idéologie patriarcale, et leurs nombreuses initiatives en faveur des marginalisé-e-s. S’approcher d’elles, c’est une façon de valoriser la diversité des croyant-e-s dans I’Église à partir de ce que la Vie et l’Esprit nous inspirent et nous ordonnent.

Brève conclusion. Pour qu’on ne dise pas que je n’ai pas parlé d’espérance…

Le dernier point de ma réflexion porte sur certaines attentes de groupes de femmes catholiques au sujet de la papauté de François, et je pense qu’ici je me représente moi-même. Je ne mets pas mon espoir dans les encycliques du pape ni dans sa théologie; elles n’ont qu’une importance relative dans la vie de la majorité des gens. Je ne le mets pas non plus dans cette forme de papauté avec son organisation hiérarchique pour le gouvernement de l’Église. Non, ma petite espérance s’accroche à ce que j’arrive à assimiler de l’attitude du pape à l’égard de la souffrance du grand nombre. Je pense en particulier aux propos et aux gestes publics de François en relation à l’exclusion multiforme des pauvres, des chômeurs, des émigrants., des jeunes : ces propos, ces gestes sont porteurs d’espérance en vue d’un monde meilleur. Son attitude démontre qu’il n’est pas insensible à la douleur et à la cruauté des systèmes que nous instaurons et que nous maintenons en place. On voit qu’il n’est pas naïf face aux souffrances qui sont imposées aux personne, fût-ce même par l’institution ecclésiastique. Il comprend les difficultés des structures de l’Église, notamment au sein de la Curie romaine, problèmes qu’il n’a pas hésité à qualifier de « lèpre de la papauté9 ».

Ses paroles fortes et sans ambages contre les systèmes d’oppression laissent présager qu’il pourra peut-être capter, au milieu de la multitude des problèmes, un aspect plus précis de l’oppression des femmes. Absentes, réduites au silence, regardées de haut dans la société, dans l’Église et en théologie, elles pourraient. être reconnues dans l’Église pour les luttes qu’eIles mènent pour leur dignité. Nous aimerions espérer que dans les prochaines années on prenne plus au sérieux les revendications spécifiques des femmes, leur travail dans de nombreux secteurs marginalisés et leur contribution théologique, philosophique et scientifique. Nous espérons que le pape rendra possible une discussion plus large des questions que nous, les femmes, nous nous posons en ce début de 21e siècle sur le monde, sur l’Église et sur la théologie.

Je pressens que le pape François au fil de son pontificat, en dépit de tout ce qu’iI ignore des femmes du fait surtout de sa formation cléricale, saura avec notre aide reconnaître les méprises millénaires de l’Église et nous aider à avancer collectivement et solidairement. ll pourrait porter attention aux diverses formes d’oppression et de déni de droits dont plusieurs femmes ont été et sont toujours victimes. Il pourrait joindre sa voix à la nôtre dans le combat radical de l’amour, qui commence par l’écoute et par l’instauration de relations justes et équitables. Ainsi pourrait prendre forme dans l’Église une attitude d’accueil à ‘égard des luttes des femmes. On ne viendra pas autrement à bout de l’antiféminisme, si virulent dans tant de cultures et dans l’Église.

L’antiféminisme ecclésiastique assimilé à la volonté de Dieu et du Christ nous surprend chaque jour. Ses représentants ont la prétention de connaître la volonté de Dieu et de l’identifier à des comportements ségrégationnistes typiques de l’ordre masculin établi dans l’Église catholique. Ils justifient cet ordre en en faisant une réalité révélée immuable. lls lancent une « guerre sainte » trop connue contre celles qui font d’une autre manière l’expérience du monde et de la transcendance. Pour nous, théologiennes féministes, ces attitudes font partie des nombreuses superstitions qui persistent dans l’Église et qui sont défendues en particulier par la hiérarchie et par le laïcat qui en dépend. Ces attitudes découlent de longs siècles de préjugés et de craintes à l’égard des femmes, et de l’amalgame de nombreuses cultures qui en sont venues à se cristalliser en un prêt-à-penser hiérarchique qui continue de priver les femmes d’une citoyenneté pleine et entière dans l’Église. I’invitation à écouter, à se faire proche, à être-avec fait partie intégrante du discours du nouveau pape. Les périphéries du monde, les sans-pouvoirs, les marges de la société savent toucher le cœur du pape.

C’est ce qui me fait espérer que le pape François saura remplir sa mission de pontife, de pont entre les différents groupes qui, à partir de langages différents, veulent exprimer l’amour, seule force historique capable de renouveler toutes choses. Les femmes font partie de cette multiple diversité de groupes et nombre d’entre elles sont disposées, comme François, à ouvrir une voie pour que naissent des temps nouveaux de solidarité, de justice et d’entraide. Cette voie fait surgir de nouvelles possibilités : perfectionner les relations humaines et faire grandir le nombre des personnes qui cherchent à être citoyennes et citoyens du monde en se mettant à la place des autres sans « lancer de pierres » et sans « supprimer la loi et les prophètes ».

Traduction : Albert Beaudry


 

NOTES

1- Adresse courriel : ivonegebara@gmail.com Publié dans la revue guatémaltèque Alternativas, revista de análisis y reflexión teológica, n° 46, 2013, sous le titre El papa Francisco y la teología feminista, ce texte a été mis en ligne le 9 avril 2014 par DesveIadas.

2- Palabras de Francisco en Brasil. Sao Paulo. Ed. Paulinas, 2013.

3- Entrevue accordée aux personnes qui ont participé avec le pape au vol de retour du Brésil. Radio Vatican, voyages apostoliques, 30/07/2013.

4- La civiltá cattolica. 19/08/2013. Entrevue réalisée par le P- Antonio Spadar S.J. Traduit et reproduite dans la revue Études, octobre 2013.

5- Lettre encyclique Lumen Fidei du pape François, São Paulo, Paulinas, 2013.

6- Hanna Arendt, A vida no spirite, vol. l, Pensar. Lisbonne, Instituto Piaget, 1971. En français : La vie de l‘esprit, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2013; première partie : « La pensée ».

7- Op. cit., p. 33/34.

8- Op. cit., p. 36.

9- Entrevue accordée à Francisco Strazzari pour le quotidien O Estado de São Paulo, 8 octobre 2013.

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A propos Ivone Gebara

Docteure en philosophie de l’Université catholique de Sao Paulo et en sciences religieuses de l’Université catholique de Louvain, Ivone Gebara travaille depuis plus de 35 ans à renouveler la théologie dans une perspective féministe. Elle a enseigné pendant 17 ans aux côtés de Dom Helder Camara. Elle est l'auteure de nombreux livres, articles et conférences, entre autres « Le mal au féminin - Réflexions théologiques à partir du féminisme » (Paris/Montréal, L’Harmattan, 1999).

2 réflexions au sujet de « Le pape François et la théologie féministe »

  1. Quelle pertinente et profonde analyse. Merci, Ivone Gebara. Il y a juste un point sur lequel j’aimerais discuter : la question des « apparences ». Mais nous n’en aurons sans doute pas l’occasion… Je crois que les femmes ont aussi quelque chose à dire – d’expérience – sur un « au-delà » des perceptions matérielles et quotidiennes, aussi importantes que soient celles-ci. Tout est lié. Tout concourt à l’unité.

  2. Le catholicisme étant basé sur la bible et Saint Paul, fondamentalement sexistes, je ne vois pas comment il pourrait accepter la présence de femmes dans ses rangs. La femme, hors « la femme servante » est totalement absente du monde religieux quelque soit la religion d’ailleurs. Non seulement on veut, mais on doit l’exclure. Elle doit être « au service de » et surtout se taire, ne pas être entendue. Les saintes ne sont-elles pas vierges et martyres? J’ai été croyante, pratiquante catholique jusqu’au jour où j’ai compris que les violences et les mépris subis par les femmes en Occident ont été insidieusement induites par la notion de « soumission », mot qui devrait être banni de toute personne qui se respecte. On se soumet à Dieu, pas à un homme. Les hommes, catholiques ou non, ne veulent pas le comprendre. Ils refusent de l’entendre.

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