Partager son expérience d’appel à la prêtrise ou au diaconat, une expérience libératrice pour les femmes

Présentation faite lors du 5e Rendez-vous de théologie pratique du Réseau québécois de théologie pratique ayant pour thème : « Oppression et libération de la Parole »

Des femmes deviendraient prêtres ou diacres… Certaines osent l’exprimer et leur partage devient libération. Je dirais que c’est un des fruits non prévus de ma recherche doctorale[1]. Les femmes qui y ont participé ont écrit leur cheminement vocationnel. Elles ont ensuite échangé sur l’appel qu’elles portaient avec un sous-groupe de participantes. Plusieurs d’entre elles ont parlé spontanément du bienfait qu’elles avaient éprouvé à partager ce qui les habitait profondément. Elles avaient osé parler ouvertement, pour la première fois dans la plupart des cas, de ce « désir » très grand qu’elles portaient depuis longtemps et que l’institution ecclésiale choisit d’ignorer. Certaines sont allées jusqu’à l’exprimer publiquement par la suite. Un tel échange est dans la ligne d’une libération. 

Comment poursuivre cette libération de la parole ? Comment, à la suite de Jésus de Nazareth, continuer à libérer ces « opprimées » (Lc 4, 16) à qui l’institution refuse toute forme de discernement.

Je situerai en premier lieu le contexte de cette présentation avant de vous parler de la libération de la parole telle que vécue par ces femmes et d’ouvrir le débat sur les suites possibles à donner pour faire avancer la question.

I.    Le contexte de cette présentation

Voici d’abord le contexte de cette présentation. Il comprend l’origine de mon intérêt pour la libération de l’autre, l’évolution de ma question de recherche, l’explicitation d’un présupposé qui sous-tend cette présentation et la présentation d’une conséquence importante de ma recherche.

A.    Le point de départ :

Toute jeune, l’oppression des autres, leur souffrance, leur exclusion me  dérangeaient, me touchaient. J’ai eu la chance de croiser sur ma route une professeure devenue plus tard une amie qui m’a enseigné, en le vivant avec ses étudiantes, l’importance d’une parole libérée.

Cette rencontre comme cette expérience de vie m’ont incitée à poursuivre ma route dans un travail avec des jeunes filles en centre d’accueil, puis à parfaire ma formation à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. À Boscoville, en contact avec des jeunes adolescents en difficulté d’adaptation, j’ai là aussi mieux compris l’importance de la parole à travers l’écoute de leur oppression, à travers ma formation, à travers la participation à des groupes de cheminement thérapeutique. L’évolution de ma vie m’a un jour menée vers une pratique de transmission de la foi à l’école alternative où allait mes quatre enfants, puis dans un cadre plus large de pastorale dans les écoles primaires et en milieu paroissial. Ce travail pastoral, particulièrement le volet paroissial, est à l’origine de ce qui est devenue ma préoccupation « viscérale » pour la cause de l’ordination des femmes.

B.    Évolution de ma question de recherche. 

Au début de ma pratique comme intervenante en pastorale, je savais que seuls les individus de sexe masculin pouvaient accéder à la prêtrise, mais ça ne me préoccupait pas réellement. Comme d’autres agentes de pastorale, je croyais que ce n’était pas nécessaire d’être prêtre pour jouer un rôle important. J’avais même répondu au représentant de l’évêque, en entrevue d’acceptation pour mon poste d’agente de pastorale, que si Dieu/e[2] voulait des femmes prêtres, il s’organiserait pour que ça arrive. Et j’ai entrepris ma maîtrise en théologie pastorale parallèlement à mon travail. Devant la limite imposée au travail pastoral, la question de l’ordination des femmes est vite devenue une préoccupation pour moi.

J’ai eu la chance d’avoir Lise Baroni comme directrice de mémoire de maîtrise en théologie pastorale, puis comme directrice de thèse de doctorat en théologie pratique. Avec elle, j’ai touché ce goût profond de faire quelque chose pour ces femmes qui se sentent interpellées à oeuvrer comme prêtre ou diacre. J’ai renoué avec ce désir de libérer la parole de personnes devenues muettes sur un volet fondamental de leur être.

D’une question théorique Pourquoi les femmes ne peuvent être prêtres ? a surgi une question pratique Se peut-il que des femmes aient une vocation de prêtre ou de diacre comme certains hommes que l’institution reconnaît ? Se peut-il que leur cheminement les ait amenées à vivre un discernement aussi valide que celui de leurs confrères, discernement appuyé sur ce que la Tradition dit ? Et ce questionnement m’a fait atterrir sur le chemin de la rencontre, la rencontre de femmes sereines, équilibrées, toujours porteuses de cette interpellation depuis 20, 30, 60 ans même. C’était en 2002.

C.    Présupposé :

Les propos ici partagés  partent d’un présupposé : l’appel vocationnel existe. Il fait référence à cette interpellation ressentie par la personne pour prendre tel engagement de vie. Il s’agit d’un désir profond qui anime toute la personne et qui se situe bien au-delà d’un attrait passager. L’interpellation a pu être suscitée de différentes façons : engagement dans une sphère d’activité, rencontre d’une personne vivant cet engagement, interpellation de l’extérieur invitant à prendre tel chemin,… Et pour le chrétien et la chrétienne, cet appel est inspiré par le désir de suivre le Christ. Pour certaines personnes, la prêtrise ou le diaconat devient la voie entrevue pour suivre le Christ. Il m’apparaît important de préciser ce présupposé parce que des personnes contestent l’existence de l’appel vocationnel et je ne voudrais pas en faire le sujet d’un débat dans le cadre de cette rencontre.

D.    Une découverte de ma recherche : des femmes à la parole opprimée

Ma recherche a permis le contact avec des personnes réelles porteuses d’un désir profond de servir le Christ à travers les ministères reconnus par son Église. Mon mémoire de maîtrise comme ma thèse de doctorat m’ont permis de découvrir des femmes à la parole muselée, des femmes qui croyaient être appelées par Dieu/e sur la route de la prêtrise ou du diaconat, mais qui en parlaient peu, quand elles ne se taisaient pas tout simplement sur la question.

II.    Libération d’une parole : celle des femmes à vocation ministérielle

La participation à ma recherche comme la collaboration apportée à la préparation de cette présentation leur a permis de libérer une parole enfouie.

A. Une parole exprimée autour d’une recherche

Il y a eu une première parole libérée lors d’une rencontre organisée pour recueillir les ingrédients de base essentiels à ma recherche. Puis une rencontre subséquente a permis de pousser plus loin cette libération.

1o Une parole exprimée dans le cadre de la rencontre-recherche

Pour la préexpérimentation de ma recherche doctorale, j’ai réuni trois des cinq femmes qui avaient participé à mon projet de mémoire. Je pourrais difficilement vous traduire le bonheur qu’elles ont exprimé à plusieurs reprises lors de cette rencontre parce que je les avais réunies, je leur avais permis de se rencontrer et de partager avec d’autres cet appel qu’elle portait depuis plusieurs années. J’ai le souvenir d’avoir été pour elles l’instrument d’une joie indescriptible. Je n’en soupçonnais pas la portée alors que j’étais dans ma démarche doctorale et analysais mes données.

2o Une parole exprimée dans les suites de la recherche

Et lorsque onze d’entre elles se sont retrouvées lors d’une rencontre qui a suivi ma soutenance de thèse, elles ont exprimé une même reconnaissance « débordante de joie ». Et depuis cette rencontre en janvier 2007, plusieurs ont continué à m’exprimer un tel message que ce soit lors d’autres rencontres ou dans des courriels. Elles n’étaient pas obligées de le faire. Ce n’était pas un message de politesse, vous le devinez. C’était trop intense. Je m’interrogeais sur le pourquoi d’une telle manifestation jusqu’à ce que j’en comprenne la portée pour elles. Je les avais libérées d’un secret, je leur avais permis de partager un trésor précieux, je les avais crues et reconnues dans ce qui les habitait profondément durant toutes ces années. J’accueillais leur message : « Enfin, quelqu’un me reconnaît, m’écoute, prend au sérieux ce que je porte au cœur de moi depuis si longtemps ».

Puis, dans la préparation de cette présentation pour ce Rendez-vous de théologie pratique, j’ai voulu connaître leur point vue actuel sur ce volet « libération de la parole ».

B. Une parole actuelle

J’ai donc envoyé trois questions à dix d’entre elles pour préparer la rencontre d’aujourd’hui. Je leur ai demandé :
-Est-ce juste de dire que le fait de parler de ton appel a été libérant ? Explique brièvement.


-Est-ce qu’il t’arrive parfois actuellement de parler de cet appel? Avec qui ? Qu’est-ce que ça produit comme effet ?


-Peux-tu raconter un moment  où tu as particulièrement goûté le fait de parler de ton appel.
Et voilà une brève analyse de contenu réalisée à partir de la réponse des six femmes qui ont répondu au questionnaire; l’une d’elles a participé à la fois à la recherche pour ma maîtrise et pour mon doctorat, quatre pour mon doctorat uniquement et une pour ma maîtrise.

Même si, pour trois d’entre elles, il y un fort accent mis sur la souffrance toujours présente, il n’en demeure pas moins que, pour toutes, l’expression de leur vocation les aide à poursuivre leur route et conforte la certitude de leur appel. Elle rejoint le cœur de l’être, d’où le sentiment de libération ressenti. L’expression de la souffrance vécue devient également un facteur de libération.  La solidarité partagée avec certaines personnes mises sur leur route comme avec d’autres « appelées » est vitale pour elles.

1o L’expression de leur vocation rejoint le cœur de l’être, d’où libération

Ces femmes vivent toutes avec le sentiment que ce qu’elles portent touche le cœur de leur être et c’est très précieux. L’une en parle même comme d’une « perle » :

*Maintenant, cela me semble tout naturel de parler de cela, encore que je n’en fais pas un cheval de bataille. Si je perçois que les personnes sont trop fermées, ou bien trop intégristes, je ne jette pas cette perle.

Elles trouvent libérant le fait d’avoir pu et de pouvoir encore en parler :

*…le fait d’en parler ou d’en entendre parler me libère davantage chaque fois, écrit l’une d’elles.

* Enfin, je n’avais plus honte de parler de mon expérience à d’autres…, exprime une autre.

Maintenant âgée de 75 ans, l’une d’entre elles affirme que la participation à la recherche a libéré ce qui était enfoui en elle depuis longtemps:

* Je gardais cela bien caché (à peine quelques personnes le savaient, mais vaguement) depuis plus de 60 ans, puisque c’est à l’âge d’environ 8 à 10 ans que j’ai commencé à avoir ce désir.

Cette libération est de l’ordre d’une libération existentielle. C’est l’expression utilisée par l’une d’elles pour décrire ce qu’elle a vécu et continue à vivre à travers ce dévoilement du cœur d’elle-même :

* …je me demande encore, dit-elle, comment j’ai pu vivre si longtemps sans en parler et comment ça n’a pas trop affecté mes engagements. Je considère que mon long vécu au Brésil, au milieu des Communautés de base, m’a permis d’ouvrir «quelques valves» pour laisser s’échapper le trop plein et vivre des expériences valorisantes et enrichissantes dans la même ligne que les ministères ordonnés.

Parce que bien réel, cet appel continue de se confirmer dans l’action. Et le fait de sentir que d’autres comme elles vivent leur appel, même sans ordination, a été libérant.

Pour l’une d’elles, cette libération s’est vécue, il y a plusieurs années, bien avant la participation à une recherche :

* … libérant ? Effectivement. Il y a plusieurs années que j’ai décidé de ne pas cacher cet appel. Quand la question venait sur le tapis, j’ai commencé à dire : « moi je pense que je porte un appel au ministère ordonné. »  J’en ai aussi fait mention dans certains écrits, ou lors de prises de parole publique.

Et il n’est pas étonnant d’entendre qu’au cœur d’elles-mêmes, elles reconnaissent cette présence, cette action de l’Esprit :

* L’appel ne vient pas de moi, il est en moi ! Il est cette voix qui ne cesse de  se faire entendre pour marcher comme le peuple d’Israël vers la Terre promise.

* …d’autres personnes, d’autres femmes, vivaient la même chose que moi et avaient ressenti ce que j’avais vécu comme appel intense de la part de l’Esprit « qui souffle où il veut ».

Elles sentent même que leur appel est dans la lignée des prophètes…

* … LIBÉRANT parce que je me sens …semblable aux prophètes de la Bible qui ont dénoncé les injustices de toutes sortes. « Je suis » … envoie des femmes à l’Église qui se ferme les oreilles et les yeux pour ne pas entendre et voir l’Esprit à l’oeuvre dans notre aujourd’hui.


2o L’expression de la souffrance vécue, un facteur de libération

Mais cette libération n’est pas exempte de souffrance. Cette souffrance vécue à travers le refus de l’institution de les reconnaître était bien présente dans le discours des femmes rencontrées dans le cadre de mes recherches. Par contre l’expression de cette souffrance semble libératrice. Tel que mentionné précédemment, trois des six femmes qui ont répondu à mon invitation pour la préparation de cet exposé ont mentionné vivre à la fois libération et souffrance dans l’expression de cet appel qui se situe au plus intime d’elles-mêmes. L’une d’elles l’exprime ainsi :

  *… le fait d’en parler ou d’en entendre parler … réveille aussi en moi une souffrance qui ne lâche pas…

Elles se sentent déchirées, tiraillées parce que l’Église ne reconnaît pas leur appel :

* … ce fut libérant et en même temps déchirant parce que l’Église refuse de RECONNAÎTRE que des femmes peuvent aussi recevoir le Don de l’appel de l’Esprit.

Il s’agit d’une souffrance viscérale parfois réveillée par des événements. Une évoque une demande refusée de coanimation d’un baptême :

* Dernièrement, on a refusé de me faire coanimer un baptême malgré une demande faite par un jeune couple que je connais depuis longtemps.  Ma demande a été discutée à l’évêché et ce n’est pas le prêtre qui m’a appelée pour me le dire, même si je le connais depuis longtemps ; c’est la responsable du baptême.  La raison évoquée : je suis une femme, et je ne peux poser certains gestes.  Pourtant je ne demandais pas de faire le rituel!
La dame de la paroisse m’a dit qu’elle prierait pour moi… j’ai compris pour mon âme en perdition…
J’étais triste, blessée…

Deux autres moments viennent particulièrement toucher le cœur de femmes qui deviendraient prêtres ou diacres si l’Église les y autorisait, soit la Messe chrismale et la célébration du Jeudi saint. L’une d’elles l’évoque ainsi : 

* Ma plus grande SOUFFRANCE : les Mercredi et Jeudi saints qui ont suivi la soutenance de thèse de décembre 2006 . Le mercredi lors de la Messe chrismale alors que l’évêque a invité tous les prêtres et diacres à renouveler leur engagement diaconal et sacerdotal, j’étais tout proche et j’en ai presque crié de souffrance de n’avoir pas le droit d’être au milieu d’eux, seulement parce que j’étais femme… J’ai failli leur dire : « Qu’est-ce que vous faites de moi ? Je suis prêtre aussi ! ». Le jeudi, fête de la prêtrise, j’ai beaucoup souffert toute la journée et j’ai vécu une angoisse que je peux qualifier encore « d’existentielle » …  Le pourquoi revenait sans cesse.
Et j’en souffre encore… Tout réveille cette douleur.


Une épouse de diacre évoque une forme de mépris ressenti :

* …souvent, je ne suis pas reçue, accueillie. Ce que j’entends : …elle, elle voudrait être ordonnée! … devant l’Évêque, les diacres et leur épouse, j’en ai parlé… il y a eu des rires, des taquineries, mais je n’arrête pas de dire… appelée mais non reçue de l’Église …(parce que souvent c’est ce que je sens -du mépris- quand je parle de mon appel au diaconat)…

Par contre, généralement, dans ce que ces femmes m’ont transmis, un courant de sympathie de l’entourage émerge d’un tel partage et c’est réconfortant pour elles.

3o La solidarité ressentie est vitale

Chez ces femmes, la solidarité ressentie à travers le partage de ce qui les habite au plus intime d’elles-mêmes est très importante. En voici un exemple :

* Un jour, j’ai parlé de cela dans un petit groupe lors d’une retraite. Le lendemain, à la messe, le prêtre qui animait cette retraite m’a fait avancer pour présenter avec lui la coupe et le pain, « en solidarité avec toutes les femmes qui portent un appel si particulier. » J’ai été entendue et reçue non seulement par le prêtre, mais aussi par tout le groupe dans ce que j’avais partagé. Cela m’était juste et bon.


Le fait que les autres reconnaissent le plus souvent cet appel est libérant pour ces femmes. En voici quelques exemples :

* …il fait bon recevoir la  confirmation de d’autres .


* Mon appel a été libérant parce que plusieurs personnes autour de moi ont reconnu cet appel à devenir diacre permanent.


* …je sens à peu près toujours une compréhension et une solidarité des personnes qui prennent conscience du sérieux de cet appel et qui m’encouragent à poursuivre ma lutte pour cette cause.


* … des personnes que je côtoie dans différents groupes savent bien ce que je porte.


* Le plus souvent, quand j’en parle à des gens pour une première fois, j’entends comme réponse : « Ce n’est pas surprenant. Tu as tout ce qu’il faut pour cela. » Ça me confirme…

Parfois, la confirmation vient à travers une demande de poser des gestes réservés à un ministre ordonné :

* Il y a 4 ans… un couple que je connais depuis 20 ans m’a demandé de les marier civilement.  Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois pour préparer la cérémonie. Ils étaient croyants, pratiquants, mais lui ayant déjà été marié (sa femme l’a quitté), il ne pouvait se marier à l’église.  J’ai donc fait une célébration très priante, très imprégnée de la présence de Jésus Christ… sans la bénédiction officielle.

Une apporte l’accueil bénéfique d’un moine à la révélation de son appel :

* …un frère moine m’a demandé comment je vivais le diaconat comme femme (de diacre) …, j’ai vu dans le regard de cet homme et même de ses propos que l’Église y perd de ne pas écouter les appels de l’Esprit à des femmes

Et le fait que les familles, les amis, des collègues ou des consoeurs de la  communauté religieuse soient solidaires de ce qu’elles portent est également libérant :

* Au sein de ma famille (soeurs ou frères), on respecte mon engagement. 

* Pour ce qui concerne mes enfants, ils ne comprennent pas pourquoi je ne me fais pas ordonner chez les anglicanes.  Pour eux, ils ne comprennent pas mon désir de vouloir demeurer au sein de l’Église catholique romaine…

* Mon mari continue à m’encourager même si la route est difficile. J’ai son soutien et cela me suffit.

* … plusieurs de mes collègues… savent bien ce que je porte.

* Mes amis … savent bien ce que je porte.

Le partage avec l’auteure de la recherche est également ressenti comme libérant :

* … J’ai été chanceuse … de pouvoir l’exprimer (souffrance) enfin à quelqu’une qui pouvait s’en servir pour faire avancer la cause.

* J’ai eu la chance de beaucoup parler de cet appel à la suite de la soutenance de la thèse de doctorat de Pauline Jacob et du lancement de son livre.

Et l’un d’elles qui a eu de nombreuses interventions dans les médias ou colloques dans la foulée de la sortie de mon livre Appelées aux ministères ordonnés note :

* …j’ai particulièrement SENTI l’accord et l’émotion des personnes présentes aux colloques.

* …J’ai particulièrement goûté le fait de parler de mon appel lors du lancement …, en présence de consoeurs et de personnes amies ; … j’ai senti la solidarité concrète et l’acceptation de la véracité de cet appel.

4o La solidarité des autres appelées

Parmi toutes ces solidarités, celles avec les autres « appelées » demeure très importante ; qu’il s’agisse de celles rencontrées après ma soutenance de thèse ou de celles qui se manifestent parfois à la suite de l’expression de leur vocation. Une d’elles écrit :

* …j’ai senti que je n’étais pas seule.

L’existence du groupe des « appelées », qui continue de se réunir, soutient leur appel et les libère :

*… entendre les femmes du groupe parler ou s’engager plus avant, au sein de leur appel personnel, soutient mes travaux, dit l‘une d’elles.

* Pour moi, ce qui a été libérant, c’est de rencontrer d’autres femmes appelées, de partager ce qu’on vivait et de sentir que l’on n’est pas du côté de la revendication, mais bien du côté de « vivre notre appel ». On a eu besoin de se dire et de s’écouter mutuellement pour se permettre librement de répondre dans le concret, par des faits, à cet appel, que nous soyons officiellement reconnues ou non, exprime une autre.


Et une, en mission en Amérique centrale, écrit :

* … mon petit partage au loin (est libérant) … je continue de vous suivre en lien internet.


Un autre aspect m’apparaît intéressant, soit le lien avec d’autres femmes extérieures à la recherche et porteuses d’un même appel. L’une dira :

* Souvent, en pensant à cet appel, je peux prononcer ces paroles, non plus uniquement envers ma propre expérience, mais à travers des expériences de personnes qui ne savent pas qu’elles vivent aussi ces paroles prophétiques : « Dès le sein de ta mère, je t’ai engendré ».

Et une autre :

* …je découvre aussi plusieurs femmes qui ont déjà ressenti cet appel et ne l’ont jamais exprimé, mais en souffrent encore. 

III.    Des suites à donner

Une constante se dégage du parcours de ces femmes : le partage de leur expérience d’appel à la prêtrise ou au diaconat est libérant pour celles dont le secret était enfoui au cœur de leur être et que ma recherche a libérées comme pour celles qui n’avaient pas besoin de cette recherche pour parler.

Toutefois, le cri de détresse non entendu par les représentants de l’institution ecclésiale  comme le silence imposé à ces femmes et aux chrétiennes et chrétiens qui leur sont solidaires m’inquiètent. Elle évoque de plus en plus chez moi la souffrance des femmes violentées ou abusées. Je sais que l’institution n’aimera pas cette comparaison, mais je ne peux pas me résigner au silence.

Et si l’expression des femmes au sujet de leur vocation semble bénéfique, je m’interroge parfois sur la durée de ces bienfaits. S’il n’y a pas de personnes sympathiques à leur cause, en dehors des regroupements tels le Centre justice et foi[3] , le réseau Femmes et Ministères [4] , la collective L’autre Parole[5] , le Réseau Culture et Foi[6] , le Réseau des Forums André-Naud[7] et moi-même qui les appuyons officiellement, je me demande comment la question évoluera autrement qu’en de pieux voeux. Ce sont les murs non seulement institutionnels, mais aussi ceux « vaporeux » du silence des sympathisants et des sympathisantes qui ont poussé les femmes du Roman Catholic Womenpriests [RCWP][8] à se faire ordonner contra legem. Est-ce qu’il faut nécessairement prendre cette route au-delà des murs institutionnels pour provoquer le changement ? Je ne le crois pas. Mais je suis tout de même inquiète de l’issue de la question. Il m’apparaît urgent de s’interroger « en vérité » sur cette question. Si ces femmes et à travers elles toutes les femmes en viennent à ne pas se sentir écoutées vraiment, quel chemin prendront-elles ? Il m’apparaît de plus en plus important et urgent de trouver des moyens pour dire aux représentants de l’institution ce que ces femmes portent et les interroger…

Bref, à la suite de l’expression de ces femmes, des questions surgissent, questions que je vous pose :

•    Comment continuer cette libération de la parole dans une institution qui impose le silence drastique sur la question ?
•    
Comment, à la suite de Jésus de Nazareth, continuer à libérer ces « opprimées » (Lc 4, 16) à qui l’institution refuse toute forme de discernement ?

Asbestos, le 26 novembre 2009


NOTES 

[1]  JACOB, Pauline (2006). L’authenticité du discernement vocationnel de femmes qui se disent appelées à la prêtrise ou au diaconat dans l’Église catholique du Québec. Thèse de doctorat inédite, Université de Montréal, Montréal.
L’essentiel de la thèse a été publié chez Novalis en 2007. Le livre s’intitule 
Appelées aux ministères ordonnés.
[2]  Cette façon particulière d’écrire Dieu/e permet d’évoquer la représentation à la fois féminine  et masculine du/de la Dieu/e de la Bible.
[3]   Centre justice et foi. 
Site Centre justice et foi, [En ligne]. http://www.cjf.qc.ca/cjf/ (Page consultée le 30 novembre 2009).
[4]   Femmes et Ministères. 
Site Femmes et Ministères, [En ligne].
http://www.femmes-ministeres.org/ (Page consultée le 30 novembre 2009).
[5]  L’autre Parole. 
Site L’autre Parole, [En ligne]. http://www.lautreparole.org/ (Page consultée le 30 novembre 2009).
[6]  Culture et foi. 
Site Culture et foi, [En ligne]. http://www.culture-et-foi.com/ (Page consultée le 30 novembre 2009).
[7]   Réseau des Forums André-Naud. 
Site Réseau des Forums André-Naud.
http://forum-andre-naud.qc.ca/ (Page consultée le 30 novembre 2009).
[8] Roman Catholic Womenpriests, 
Site Roman Catholic Womenpriests, [En ligne]. http://www.romancatholicwomenpriests.org/history.htm (Page consultée le 30 novembre 2009).

 

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A propos Pauline Jacob

Théologienne féministe, Pauline Jacob détient un Ph. D. en théologie pratique et une maîtrise en psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle est l’auteure d'« Appelées aux ministères ordonnés » (Novalis, 2007), coauteure de « L’ordination des femmes » (Médiaspaul, 2011) et a à son actif plusieurs articles. Elle poursuit depuis plus de 15 ans des recherches sur l'ordination des femmes dans l’Église catholique et est très active à l’intérieur du réseau Femmes et Ministères.