Virage 2000 – Petite anthologie de la résistance – Quelques dires parmi tant d’autres

« La liberté, c’est un bien grand mot. Les artistes, les révolutionnaires et les vrais chrétiens en vivent et en meurent. » (Simonne Monet-Chartrand)

« On a dit que résister, ça voulait d’abord dire s’informer, surmonter le défaitisme, faire face à nos peurs et se responsabiliser en faisant des choix. Ensuite, c’est dire non aux mesures et aux politiques injustes, s’opposer, se tenir debout. La résistance ne se vit pas dans l’isolement; elle suppose qu’on s’organise, qu’on bâtisse des réseaux, qu’on se concerte. (Guy Côté)

« (…)  si  la religion se réduit à une inertie assurant une cohérence déjà au passé, elle n’assure plus sa fonction dynamique dans le présent. Elle devient mortifère au lieu d’apporter un surcroît de vivre dans des dimensions individuelles et collectives unissant le corporel au spirituel, le sensible au mental, le soi à l’autre. » (Luce Irigaray)

« Pour le Christ, obéir ce n’est pas soumettre ses pensées et ses actions à un homme, quel qu’il soit, qui serait le seul messager et le seul interprète des vouloirs divins. Obéir, c’est à chaque instant faire référence à Dieu son Père et se déterminer à penser et à dire (par des mots ou des actes) en pleine liberté de conscience : Dieu est l’absolu et tout le reste est relatif. » (Claude Bernard)

« La question n’est pas de se dire : Qu’est-ce que le Christ a dit en son temps, il y a deux mille ans? Mais quelle serait sa pensée aujourd’hui, compte tenu des apports de la réflexion, du contexte de la société, compte tenu aussi de sa disposition constante à faire prévaloir l’amour et la vérité, quelles que soient les habitudes à bousculer? » (André Myre)

« Attendre [de Dieu] des miracles et négliger l’effort consciencieux, c’est présomption et contrefaçon de la confiance. (…) Nous devons besogner humblement de toutes nos forces, avec la certitude que le bon Dieu fera porter des fruits à nos efforts. » (Marie Gérin-Lajoie)

« (…) notre attitude d’insoumission, qui fut valable par rapport à un monde un peu marqué sociologiquement, nous la retrouvons très actuelle aujourd’hui par rapport à un monde moderne qui ne peut plus entendre ou ne comprend plus le langage de certitudes affirmées et réaffirmées. Donc, dans le prolongement de notre insoumission d’il y a cinquante ans, nous nous sentons très actuels. » (Jean-Marie Huret faisant ici référence à « l’insoumission des prêtres ouvriers »)

« Selon les termes de leur bénédiction, les abbesses étaient chargées du « gouvernement des âmes » de cette partie du troupeau de Dieu qui leur était confié. Elles furent cependant sans cesse entravées dans leur mission, et sans cesse durent se battre pour l’accomplir de leur mieux. » (Suzanne Tunc)

« La résistance est dangereuse. Il faut bien s’en rendre compte et prendre les moyens de faire face au danger. Quand tu introduis des grains de sable dans les rouages d’une machine, elle grince. Les techniciens de l’empire se méfient beaucoup des grains de sable ! » (Guy Côté)

« Les plus grands ennemis, ce sont probablement la peur d’agir, l’opinion publique, l’impatience devant la lenteur des réformes sur le statut de la femme dans l’Église, l’attitude fataliste qui mène souvent à l’impuissance. Malgré ces obstacles réels, je me sens rarement démobilisée, démoralisée… Je dois en toute logique aller au bout de mes convictions pour réaliser ce en quoi je crois. Au-delà de mes certitudes et angoisses, une force supérieure me soutient. Surnaturelle. » (Simonne Monet-Chartrand)

« Comment  ne pas penser ici à une réflexion de René Girard qui disait (…) « Au fond, il y a une valeur chrétienne qu’on oublie constamment, c’est la dissidence, valeur chrétienne par excellence…» Pour conclure, je voudrais revenir à la citation de Girard et la compléter. Après avoir cité la dissidence comme valeur chrétienne par excellence, il continue : « Trop souvent, on identifie le christianisme au suivisme. Mais dans ses grandes périodes, il est le contraire de tout cela… » Il y a tout lieu de croire, n’est-ce pas, que nous sommes aujourd’hui dans une grande période du christianisme… » (Denise Peeters dans une présentation de Sister Teresa Kane)

« Il faut habituer l’institution à vivre de manière différente, il faut desserrer enfin ce qui est serré, tout ce qui est trop boulonné, et cela un peu partout, parce qu’on ne peut pas attendre des réformes venues d’en haut. C’est d’en bas, dans toutes les communautés chrétiennes qu’il faut faire ce travail d’innovation et travailler à donner à l’Église un visage différent. » (Joseph Moingt, s.j.)

« C’est donc, d’une certaine manière, la même exigence qui a poussé certains hommes à l’insoumission hier, qui nous commande aujourd’hui d’inventer la parole et les pratiques qui doivent rendre possible un dialogue impossible. Étonnante continuité dans une même fidélité fondamentale (…) » (Jacques Chatagner, en référence particulièrement aux prêtres ouvriers)

« Souveraine liberté des enfants de Dieu, telle était la liberté de sa foi, en prise directe sur la Parole de Dieu qui se donne à entendre à qui se met à faire ce qu’elle dit et, à partir de cette pratique, tenter de rendre compte de ce qu’elle signifie : pratique théologique traditionnelle s’il en est, mais qui exige que soient déconstruits les discours déjà figés pour que puissent s’élaborer les balbutiements qui disent ce qui est en train de naître. » (Vincent Cosmao, o.p. dans une présentation du Père Marie-Dominique Chenu)

« Nous autres, ne pouvons rester qu’à la condition de « résister », résister au poids d’un passé mortifère… en amorçant les chemins du futur, en démontrant le mouvement en marchant. » (Gaston Guilhaume)

« En tant que femmes, nous avons entendu le message de notre Église réclamant la dignité et le respect pour tous les êtres humains. Nous y avons longuement réfléchi. Notre réflexion nous a conduit à déclarer que l’Église, pour être fidèle à ce message, doit y répondre en donnant la possibilité aux personnes-femmes d’être inclues dans tous les ministères de notre Église. Je vous supplie, Saint Père, d’être ouvert et de répondre aux voix des femmes de ce pays qui sont désireuses de servir l’Église en tant que membres à part entière. » (Sister Teresa Kane)

« Parce qu’on est entraîné sur des chemins non tracés, parce qu’on est amené à mettre en question l’ordre établi, qui a été jusqu’ici – pour le contestataire également – la ligne de sécurité, parce qu’on doit pénétrer dans la nuée et affronter l’inconnu, parce que la conviction de ce qui n’est plus valable n’apporte pas nécessairement la perception de ce qui doit advenir, la contestation est d’autant plus éprouvante qu’elle porte sur les réalités les plus fondamentales. Comment, à certains moments, ne pas être tenté de se croire abandonné de tous, au jardin de l’angoisse, où il n’y a plus que la fine pointe de la confiance, de la foi, qui puisse subsister. » (Pierre de Locht)

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A propos Yvonne Bergeron

Détentrice d'un Ph. D. (théologie), Yvonne Bergeron, c.n.d., est engagée dans différentes causes sociales. Professeure à la faculté de théologie et d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke, puis coordonnatrice du Service de la pastorale sociale du diocèse de Sherbrooke, cette ancienne membre du réseau Femmes et Ministères sait allier rigueur intellectuelle et action. Elle est l'auteure de « Partenaires en Église, Femmes et hommes à part égale » (Éditions Paulines, 1991) et de nombreux articles.

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