Les ACTES du PROJET VIRAGE 2000

Les  ACTES  du  PROJET  VIRAGE  2000,
projet élaboré par un comité présidé par Annine Parent et formé de Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Céline Girard
ont été rédigés par une équipe coordonnée par Annine Parent et composée de Pauline Jacob, Raymonde Jauvin, Annine Parent et Georgette Sirois.

1998-2003

MISE EN CONTEXTE

Le réseau Femmes et Ministères réalisait de 1998 à 2003 un important projet qui s’inscrivait au cœur même des objectifs et des orientations du Réseau. De fait, depuis sa fondation en 1982, le Réseau travaille à la reconnaissance de l’égalité des femmes et des hommes dans l’Église, de multiples façons à la reconnaissance de tous les ministères, ordonnés ou non, assumés par des femmes dans l’Église catholique du Québec ainsi qu’à l’accès des femmes à tous les ministères institués et ordonnés.

En 1998, Femmes et Ministères à confié Virage 2000  à cinq de ses membres. Présidé par Annine Parent, le comité était formé de Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Céline Girard, alors permanente à Femmes et Ministères. Pendant les cinq ans qu’a duré le projet, elles ont multiplié les recherches, des démarches et les consultations en vue d’une prise de parole des femmes engagées en Église.

Rappelons, pour bien situer le Projet Virage, que les années 1980-1995 ont connu un remarquable essor de l’engagement des femmes en pastorale. Dans ce contexte du renouveau ecclésial de Vatican II, Femmes et Ministères a réalisé des recherches théologiques et pastorales, animé des sessions de sensibilisation et de formation relatives à la situation des femmes dans l’institution ecclésiale.

Quelques publications du Réseau rendent compte de ce travail intense accompli avec enthousiasme et grande espérance :

•    1985.  Paroles de femmes, Paroles d’évêques présente un recueil de paroles sur la participation des femmes à la vie de l’Église. Dans la poussée du Concile Vatican II, une voix nouvelle féminine émerge et donne à espérer.

•    1988.  Les Soutanes roses. Ce volume présente un portrait du personnel pastoral féminin dans l’Église du Québec. Des femmes, théologiennes, agentes de pastorale, deviennent visibles, mieux reconnues des responsables pastoraux et du Peuple de Dieu.

•   1995.  Voix de femmes, Voies de passages. Sorties de l’ombre, des femmes prennent la parole, font une interprétation théologique de leurs pratiques pastorales, identifient des enjeux pastoraux, invitent à l’audace du renouveau. Un guide d’animation Voies d’espérance favorise nombre de démarches pour une Église en changement.

Tout au long de ces années, une plus grande reconnaissance de la participation des femmes à la vie de l’Église s’exprimait et confirmait, en quelque sorte la « vocation ministérielle des femmes et de leur engagement dans la mission de l’Église ». Une grande espérance naissait, faite de gestes d’audace et de créativité; et était soutenue pas nos évêques pour « faire Église autrement ». Mais, trois documents romains émis dans les années 90 allaient fortement ébranler les  motivations des femmes pour le service pastoral et sérieusement brimer leurs attentes et espérances. À savoir :

•    Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis,  mai 1994,

•    Note de la Congrégation pour la Doctrine de la foi Sur l’ordination exclusivement réservée aux hommes, mai  1995,

•    L’Instruction romaine du 15 août 1997 Sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïques aux ministères des prêtres.

Ces directives romaines qui maintiennent l’exclusion des femmes aux ministères ordonnés ont comme conséquence d’exclure ces dernières du leadership pastoral officiel et du pouvoir décisionnel en réaffirmant le monopole ministériel des prêtres dans l’animation pastorale des communautés chrétiennes.

Ainsi, les avancées et ouvertures, relatives à l’accès de femmes aux ministères ordonnés, entrevues précédemment, se refermaient les unes après les autres dans l’Église québécoise. Pour poursuivre son travail, le Réseau devait réfléchir à de nouvelles stratégies. C’est dans ce contexte ecclésial que le Projet Virage 2000 devenait un moyen susceptible de faire avancer la cause des femmes en Église. Nous rappellerons les étapes et les principaux résultats de ce projet réalisé de 1998 à 2003.

En 1998, les femmes engagées dans l’Église du Québec réalisent que leurs conditions, loin de s’améliorer, se détérioraient à la suite de nouvelles directives romaines concernant leur place et leur rôle dans l’institution ecclésiale.

Par le projet Virage 2000, le réseau Femmes et Ministères veut mobiliser les femmes en Église et trouver des façons de les sortir de leur situation d’inégalité, de pauvreté et de violence. Ce projet s’inscrivit alors dans les deux grands mouvements en cours : la Marche mondiale des femmes et le Jubilé de l’An 2000. La solidarité avec les femmes du monde entier était vue comme un moyen dynamique pour contrer les pratiques discriminatoires dont les femmes sont souvent victimes et pour travailler à faire avancer la cause de femmes en Église.

Ce projet  s’est réalisé en deux phases. Les deux premières parties de ce document : « Avant le Colloque 2000 » et « Colloque Virage 2000 » rendent compte de la Phase I du projet Virage tandis que la troisième partie « L’après Colloque 2000 »  décrit la  Phase II de ce projet.

 

PHASE  I : 1998-2000

PREMIÈRE  PARTIE : AVANT LE COLLOQUE 2000
« Les situations difficiles des femmes dans l’Église »

Pendant cette période, le réseau Femmes et Ministères voulait identifier les principales résistances qui se manifestent à l’intérieur de l’Église lesquelles révèlent des pratiques discriminatoires envers les femmes,  en chercher les causes,  en mesurer les conséquences afin de travailler à la transformation des structures et à l’amélioration de la condition des femmes. La réalisation de  ces objectifs s’est faite en plusieurs étapes :

•   PREMIÈRE ÉTAPE : recherche  sur les pratiques discriminatoires à l’égard des femmes dans l’Église.

•   DEUXIÈME ÉTAPE : Création d’alliances avec des groupes de femmes. Tables rondes.

•   TROISIÈME ÉTAPE : Analyse des causes et des conséquences des pratiques discriminatoires sur la vie des femmes.

•   QUATRIÈME ÉTAPE : Lien entre la Marche mondiale des femmes de l’an 2000 et le Jubilé 2000. Rencontres régionales: « LA LIBÉRATION DES CAPTIVES ».

PREMIÈRE ÉTAPE : UNE RECHERCHE

L’objectif de cette étape était de faire ressortir des recherches antécédentes les données concernant les pratiques discriminatoires exercées envers les femmes dans les diverses structures de l’Église : violence à leur égard, pauvreté,… Notons que même si l’arrivée de femmes travailleuses en Église remontait alors à environ trente ans, le Bureau de Statistiques Canada regroupait ces femmes parmi les membres du clergé et assimilés – catégorie 25 et le Conseil du statut de la femme les répertoriait dans la catégorie femmes au travail non classées ailleurs – catégorie 99.

Une recherche confiée à Pauline Jacob nous a permis de nommer certaines pratiques discriminatoires exercées envers les femmes dans les diverses structures d’Église. En plus de recueillir des données dans différentes parutions, elle a rencontré cinq intervenantes en milieu ecclésial qui portaient des responsabilités en regard des conditions de travail du personnel rémunéré soit en paroisse, dans les mouvements ou au niveau diocésain. Dans un rapport de 14 pages intitulé « Résumé des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes dans l’institution ecclésiale, fév. 99 » Pauline Jacob fait le bilan des situations de violence et de pauvreté vécues par les femmes à l’intérieur des murs institutionnels.

DEUXIÈME ÉTAPE : DES ALLIANCES

Créer des alliances avec des groupes de femmes.

La deuxième étape de Virage 2000, Phase I a consisté à réunir des femmes de divers champs et milieux d’activités dans le but de partager avec elles sur la situation des femmes œuvrant en Église, entendre leurs expériences et découvrir avec elles de nouvelles stratégies de changement et d’actions à mettre de l’avant pour améliorer la condition des femmes dans l’institution ecclésiale.

Cette étape a été très stimulante tant pour nous que pour les groupes rencontrés. La formule d’une rencontre de deux heures trente autour d’un café ou d’un  déjeuner a été appréciée.

En effet, les tables rondes, tout en créant des alliances avec des femmes de milieux différents, ont permis d’établir certains rapprochements entre la situation des femmes en Église et la situation des femmes œuvrant dans les domaines politiques, économiques, sociaux et culturels. Elles ont aussi permis un partage d’expériences, un échange de moyens pour en arriver à vaincre les difficultés rencontrées. Une solidarité est née entre ces femmes et des femmes œuvrant en Église. Les aspects de discrimination envers les femmes seront insérés dans l’analyse des causes et des conséquences des pratiques discriminatoires identifiées.

Plus de 70 femmes issues du monde économique, politique, social culturel, syndical et de la santé ont partagé leurs luttes et leurs stratégies de changements relativement aux différents visages de la pauvreté, de la violence et aux actions à mettre en place pour faire advenir ces changements. Un document de travail proposait la méthode du « Voir, Juger et Agir » pour les échanges sur les pratiques discriminatoires relatives à l’exercice du pouvoir, aux conditions de  travail, à la culture patriarcale. Voir : c’est nommer, décrire les situations insatisfaisantes pour les femmes en Église. Juger : c’est identifier les causes, les pouvoirs, les valeurs en jeu, et les conséquences de ces situations. Agir : c’est rechercher des stratégies et des actions  pour améliorer les situations insatisfaisantes.

VOIR.  La revue de littérature et les entrevues réalisées par  une assistante de recherche nomment les  difficultés que  rencontrent les  femmes en Église. La violence, la pauvreté sont mentionnées comme des situations de grandes souffrances. Sous ces deux grands chapitres sont nommées plusieurs pratiques discriminatoires. Ces données serviront de point de départ pour élaborer des stratégies de changement et  par la suite préparer une plate-forme d’actions visant la transformation de la condition des femmes dans l’Église.

JUGER. Certains faits ressortent clairement de la recherche et des tables rondes. Notons : le peu de progrès constaté depuis les 20 dernières années, les gains individuels marqués d’avancées et de reculs, la lente progression des femmes dans des postes de responsabilités ou dans les lieux de décisions, les pratiques discriminatoires persistantes malgré la bonne volonté exprimée par plusieurs responsables de l’institution ecclésiale, le peu de changement en dépit des nombreuses études, réflexions, requêtes, recommandations venant de différents lieux et milieux. Ces faits nous confirment que les causes des problèmes ne tiennent pas uniquement à certaines personnes mais qu’elles sont profondément inscrites dans la culture ecclésiale elle-même. Les gains individuels, régionaux, voire même nationaux fussent-ils nombreux ne parviennent pas à opérer des changements valables et durables. Il faut donc chercher dans l’institution elle-même, dans son histoire et dans sa forme de gouvernement les véritables causes des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes.

AGIR.  Au cours des échanges en tables rondes desquelles sont ressorties des petites perles, les participantes ont suggéré des stratégies d’actions qui permettraient d’améliorer la condition des femmes relativement aux pratiques discriminatoires au sujet de la pauvreté et de la violence. Le tableau synthèse permet de prendre connaissance des stratégies d’actions suggérées.

Un des facteurs qui a facilité la réalisation de cette étape est le matériel remis aux intervenantes (Grille pour le déroulement des échanges) pour animer leur table ronde. La grille d’entrevue a aussi permis de faire une synthèse qui reprend l’ensemble des différentes tables rondes. Cette synthèse sera un des outils nécessaires à la réalisation des rencontres régionales et du colloque.

TROISIÈME ÉTAPE : UNE ANALYSE

À partir de recherches réalisées précédemment et à la suite des tables rondes tenues avec des femmes de différents milieux, une analyse a été réalisée à partir de la méthode du voir-juger-agir. Elle comprenait une lecture des situations insatisfaisantes pour les femmes en Église, une recherche des causes, un regard sur les pouvoirs et les valeurs en jeu et les conséquences de telles situations et, finalement, une recherche de stratégies et d’actions pour améliorer les situations insatisfaisantes. Annine Parent nous a présenté une analyse des causes et des conséquences des pratiques discriminatoires sur les femmes dans l’Église et des valeurs en cause.

Dans la culture ecclésiale, la socialisation, profondément ancrée au sein de l’institution, nous place devant un modèle hiérarchique masculin de type patriarcal qui se veut intouchable, donc non questionnable. Les faits mentionnés amènent ainsi les femmes à affirmer que la société civile et l’institution ecclésiale sont héritières de la culture patriarcale, renforcée, dans l’Église, par la culture cléricale.

La recherche parle de différentes sortes de pauvreté. Toutefois, elle consacre une partie du chapitre aux conditions de travail qui entraînent la pauvreté matérielle des femmes : absence de politiques de travail, conditions de travail précaires, salaire insuffisant comparativement au coût de la vie…

QUATRIÈME ÉTAPE : DES  RENCONTRES RÉGIONALES
« LA LIBÉRATION DES CAPTIVES »

⊕Lien entre le projet Virage , la marche mondiale des femmes et le Jubilé 2000

Il s’agit ici de la quatrième étape, entre les tables rondes qui souhaitaient créer des alliances avec des femmes du monde politique, culturel, social, économique, artistique et autres et le colloque qui aura pour objectifs d’étudier et de définir les stratégies de changement auxquelles les groupes de femmes en Église s’attaqueront au cours des prochaines années. C’est en quelque sorte le retour sur le terrain de la mission de la femme en Église.

Entre cette investigation des milieux sociaux contemporains et la détermination des objectifs de changement visant les milieux ecclésiaux, les rencontres régionales se voulaient un moment intense de ressourcement, d’intériorité, de retour aux sources tant séculières que chrétiennes.

En effet, Virage veut rendre compte des résultats des étapes précédentes à des groupes de femmes engagées en Église tout en mettant en relief un lien de Virage avec la Marche mondiale des femmes et le Jubilé 2000; deux événements importants qui font appel à un engagement pour bâtir un monde de justice et de paix.

⊕Marche mondiale des femmes de l’an 2000

Des liens de collaboration étroits ont été établis avec l’organisation de la Marche mondiale. Des membres de Femmes et Ministères ont été collaboratrices au comité de coordination et à la coalition nationale des femmes contre la pauvreté et la violence. À la fin du Colloque, des fanions permettant d’identifier les femmes chrétiennes lors de la Marche ont été distribués aux personnes présentes. Deux documents de réflexion théologique vont offrir aux femmes un argumentaire leur permettant de faire le lien entre l’inscription du projet. Les théologiennes Micheline Laguë et Carolyn Sharp répondaient à la question : « En tant que chrétiennes, devons-nous participer à la Marche des femmes et si oui, pourquoi? ».

⊕Jubilé de l’an 2000

À ce moment du projet, le Réseau voulait poursuivre sa réflexion sur son propre terrain : les Églises locales. Or la tradition biblique du Jubilé témoignait d’une remarquable éthique de renversement en faveur de la libération des personnes appauvries, exclues, opprimées. L’événement de la « sortie d’Égypte, terre de captivité pour un peuple que Dieu désire libre » est une référence fondamentale pour les chrétiens et les chrétiennes.

Actualiser la tradition du Jubilé 2000, permettait de s’approprier l’exigence sociale de la foi pour élaborer des actions conduisant à la sortie des captivités et l’effort collectif de libération des emprisonnements structurels dont Femmes et Ministères se préoccupe.

Ce raccourci expressif « Libération des captives » traduit avec quel esprit Femmes et Ministères entreprend cette étape.

⊕Démarche : La libération des captives

La démarche La libération des captives se déroule en quatre temps.

1.    Un temps pour regarder, observer, entendre.

La Marche mondiale des femmes dénoncera deux problèmes majeurs de la vie des femmes, des hommes et des enfants d’aujourd’hui : la pauvreté et la violence. Toutes et tous, nous connaissons des situations tantôt difficiles, tantôt carrément tragiques qui se vivent tant dans la société que dans l’Église.

2.    Un temps pour écouter, faire silence, descendre au fond de soi …

Avoir le courage de cette lucidité demande des temps de ressourcement car l’espérance est une vertu fragile ! Seul le contact chaud, affectif, ressenti avec le sens profond de nos engagements peut soutenir l’action dans la durée. Il importe de retrouver le souffle de vie qui habite chacun de nos désirs de libération pour soi-même et pour les autres.

3.    Un temps pour reprendre la parole, la triturer, la faire sienne, la proclamer.

Un temps pour se réapproprier la parole pour nous, ici et maintenant. Redire dans nos mots ce que d’autres ont formulé à leur façon. Retrouver la grande source d’inspiration qui alimente depuis toujours les prophètes et les prophétesses de tous les temps.

4.    Un temps pour prévoir l’action.

Un temps pour prévoir l’action à entreprendre, pour voir l’avenir et le bâtir à force de bras et de cœur. Cette parole réappropriée et proclamée entre nous est déjà une action de libération. Mais, pour être encore plus concrètes il faut prendre le temps de réfléchir ensemble sur les pistes d’actions concrètes. Quelles pistes d’actions voulons-nous considérer avec les participantes et participants du Colloque concernant la libération des femmes dans nos Églises ?

L’outil d’animation La libération des captives facilitera le travail des rencontres.

⊕Déroulement des rencontres régionales « La libération des captives ».

Les rencontres régionales se sont bien vécues. Toutefois, il est difficile de relater ici les résultats de chacun des temps réalisés au rythme des textes de réflexion, des chants, des poésies, des récits d’expériences tantôt philosophiques, tantôt bibliques, tantôt artistiques qui ont alimenté  la démarche.  Il y a des vécus que les mots ont peine à traduire dans toute leur intensité, intériorité et profondeur.

Les actions, proposées par les 21 Tables régionales, laissent percevoir, à travers les lignes, les nombreuses difficultés rencontrées par les femmes engagées dans l’Église, difficultés qu’avaient aussi identifiées les étapes précédentes. Ces rencontres ont permis de vérifier qu’un long travail de sensibilisation et de conscientisation était à faire auprès des groupes de femmes en Église. Soulignons cependant qu’une volonté ferme d’apporter une collaboration créatrice à l’Église et à la société sous-tendent les multiples actions suggérées afin de relever ensemble les nombreux défis qui permettront à la fois d’améliorer la condition des femmes et la mise en œuvre d’une façon de « faire Église autrement ».

Ainsi, les nombreuses données recueillies au cours des étapes précédentes de la Phase I de Virage 2000 s’avèrent précieuses pour la recherche des meilleures stratégies de changement qui alimenteront le réseau Femmes et Ministères dans la poursuite de son action avec d’autres femmes pour un avenir meilleur.

Le Colloque sur les stratégies de changement pour contrer les pratiques discriminatoires dont les femmes sont victimes se présentait comme un moment fort de solidarité et d’espérance. Nous en rappellerons les temps forts dans la deuxième partie des Actes.

⊕Pistes d’actions suggérées

Nous rappelons les nombreuses pistes d’action qui ont été suggérées et qui constituent, en quelque sorte le matériau pour les étapes ultérieures du projet :

•   Action de contestation, de dénonciation sous forme de grève un dimanche d’octobre lors de la Marche mondiale des femmes, un mois de non-participation, une action collective de piquetage.

•   Actions de protestation : arrêt devant une église lors de la Marche, chaînes téléphoniques pour dénoncer tout acte de violence.

•   Actions de dénonciation de la violence à la télévision auprès de tous les niveaux de gouvernement; dénonciation des pratiques discriminatoires et des injustices dont les femmes sont victimes.

•   Action de conscientisation et de sensibilisation des hommes en général et des prêtres, des séminaristes en particulier, à la situation des femmes, à l’égalité hommes-femmes, au langage inclusif dans la liturgie et le discours religieux, au partenariat. Faire connaître l’histoire de la lutte des femmes en Église, les écrits théologiques des femmes.

•   Participation des femmes aux comités de formation des futurs prêtres.

•   Prise de parole : utiliser les des différents moyens de communication pour exprimer nos opinions, nos revendications, nos prises de position; pour affirmer la détermination des femmes face au changement à opérer dans l’Église, déclaration publique à la suite du colloque.

•   Actions en vue du renouvellement de la théologie des ministères et de l’approfondissement de la question de l’accès des femmes aux ministères ordonnés.

•   Actions de solidarité : former des groupes mixtes de réflexions et d’actions, créer des alliances, développer la solidarité et la concertation entre les réseaux de femmes en vue de mener des actions communes avec groupes internationaux, des comités de justice, des milieux ethniques, des organismes luttant contre la pauvreté et la violence.

•   Actions pour améliorer les conditions de travail des agentes de pastorale : politiques d’emploi, contrat de travail, salaire décent, avantages sociaux, respect de la loi sur les normes de travail. Mettre sur pied les mécanismes et les procédures nécessaires pour assurer la mise en application de politiques de travail équitables : comité paritaire, comité de griefs, bureau de ressources humaines, comité de soutien.

•   Actions pour développer des processus de formation et d’acquisition de compétence et de formation à  une spiritualité.

•   Actions pour développer la créativité des femmes dans la préparation de célébrations liturgiques qui les rejoignent dans ce qu’elles sont.

•   Actions pour obtenir un statut juridique pour les femmes engagées en pastorale inscrit dans le Droit canonique.

⊕Réécritures

Un beau travail de réécriture  a été réalisé par les femmes lors de ces rencontres. Ces textes ont été utilisés lors de la célébration de la Parole du Colloque.
DEUXIÈME  PARTIE : LE COLLOQUE 2000
« À la recherche d’alternatives libératrices »

1-    Présentation du Colloque par madame Annine Parent

La présidente du projet Virage 2000 ouvre officiellement le Colloque. Elle souhaite la bienvenue à toutes les participantes, rappelle les objectifs poursuivis par le projet, en décrit les différentes étapes et souligne ses liens avec la Marche mondiale des femmes et le Jubilé 2000. Elle invite les participantes à être proactives tout au long du processus de réflexion pour qu’au terme de la démarche il soit possible d’établir une plate-forme de travail. ( Lire le texte de présentation du Colloque. )

2-    Discours d’ouverture du Colloque par madame Hélène Pelletier-Baillargeon, présidente d’honneur

Madame Pelletier-Baillargeon souligne l’importance et le caractère d’urgence des questions que nous aurons à débattre tout au long de la fin de semaine. Elle rappelle avec quelle patience et quelle persévérance les femmes ont lutté par le passé pour se faire une place dans la société. Elle évoque le rôle de première importance que jouent les femmes agentes de pastorale dans nos communautés chrétiennes et des résistances auxquelles elles ont à faire face. Les femmes sont toujours à la recherche de l’égalité dans l’Église. Depuis Vatican II, il est en effet désormais admis que la soif de justice et d’égalité des femmes, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Église, fait indiscutablement partie de ces « signes des temps » modernes annonciateurs d’espérance pour l’humanité. Mais de ce changement de cap considérable au plan ecclésiologique, l’Église postconciliaire est loin, 40 ans plus tard, d’avoir tiré toutes les conséquences dans sa vie interne comme dans l’exercice de son gouvernement. Elle invite à la solidarité féminine pour combattre, à l’échelle mondiale, toutes les formes de pauvreté et de violence, tant physiques que psychologiques. Conséquemment, dit-elle, les femmes en Église puiseront, dans cette expérience rassembleuse, une lucidité et une énergie nouvelles pour travailler à l’élimination de pratiques discriminatoires, sources d’immenses souffrances pour leurs sœurs chrétiennes et obstacle certain à l’évangélisation des jeunes femmes du second millénaire.

Un événement rassembleur tel que Virage 2000 est de première importance pour faire passer, dans la vie quotidienne de l’Église, des pratiques égalitaires et un partage de pouvoir avec lesquels des croyantes se sont familiarisées dans la cité séculière, depuis leur accession, au cours des décennies récentes, à leur plein statut de citoyennes et d’électrices. (Lire le discours d’ouverture du Colloque.)

3- Chant et pièce de théâtre

Le chant thème Artisanes de l’espérance a scandé, tout au long de la fin de semaine, l’espérance têtue des femmes désireuses d’égalité et de justice.

Une pièce de théâtre conscientisante, présentée par la Troupe Mise au jeu, Femmes et Église, un bogue ou un défi, a permis un bon démarrage du Colloque en mettant en relief des situations vécues par des femmes en Église. S’inspirant de la recherche, des tables rondes et des rencontres régionales, les auteures nous rappellent certaines pratiques discriminatoires dont sont l’objet les travailleuses en Église. La pièce demeure disponible pour des présentations en région. Elle pourra faire partie des moyens de sensibilisation dans les prochaines étapes.

4- Table ronde sur la situation des femmes en Église

Le choix des personnes-ressources pour la table ronde du samedi est conséquent avec l’objectif visé tout au cours du projet de créer des alliances avec des femmes venant d’autres horizons. C’est pourquoi, quatre femmes venant d’univers différents, mesdames Léa Cousineau, Françoise David, Denise Veillette et Patricia Peacock, ont été mises à contribution et ont proposé des stratégies d’action aux femmes en Église. La diversité de leurs expériences et leur champ de compétence ont bien servi les objectifs du Colloque. La compilation des évaluations met cette activité en évidence et obtient le plus haut score quant au degré de satisfaction des personnes présentes au colloque.
Voici une brève présentation de l’intervention de chacune des intervenantes.

A.    Denise Veillette.   « Mon regard sur le vécu des femmes en Église »  

J’ai cherché à savoir pourquoi la résistance au changement quant aux rôles des femmes dans l’Église catholique romaine.  Pourquoi, là plus qu’ailleurs dans la société civile, les attitudes, les représentations, les comportements sont encore très souvent traditionnels? D’où provient le malaise ressenti dans le rapport des femmes à l’Église catholique romaine? Si on veut trouver des stratégies efficaces de changement, on doit d’abord, me semble-t-il, chercher à analyser et à comprendre pourquoi si peu de changement en beaucoup de temps et après avoir déployé autant d’effort.
Je vois trois explications que je présente comme trois pistes de réflexion.

1. Dans l’Église, on est encore à la case départ concernant l’asymétrie des rapports sociaux de genre. Des inégalités plurielles entre hommes et femmes persistent avec un rapport fondamental inégalitaire.

2. On retrouve une ambiguïté de l’Église catholique romaine à l’égard de la différence des sexes : d’une part, elle reconnaît la différence des sexes en affirmant un spécifique féminin voué à la maternité spirituelle ou chamelle; d’autre part, elle est peu sensible à la différence des sexes lorsqu’elle exalte un féminin sans les femmes, un féminin davantage représenté symboliquement que réellement reconnu.  La femme, en tant que femme, est toujours exclue du sacerdoce et le corps féminin demeure toujours aussi tabou.

3.  Il y a résistance au changement, parce que le changement tel qu’entrevu devrait être radical.

On le sait bien, il ne s’agit pas tant de changer les rôles des femmes dans l’Église, ni de faire une plus grande place aux femmes que de transformer en profondeur l’Église-institution et c’est sans doute cela qui effraie.
(Lire l’intervention de Denise Veillette)

B.    Françoise David.  « Savoir ce que l’on veut et jusqu’où on veut aller »

Mon exposé se fonde sur une appréciation de l’Église catholique et des Églises en général. Je pense que ces institutions ont été et sont profondément patriarcales et que cela se manifeste sous divers angles : guerres au nom de Dieu, inquisition, asservissement des femmes.
La question est alors de savoir si on peut réformer l’Église du seul point de vue des femmes qui y travaillent – salariées ou bénévoles – ou s’il ne faut pas viser plus large et obliger l’Église catholique – et les autres – à changer leur discours et leurs pratiques à l’égard de toutes les femmes. Je pense, en particulier, aux débats de l’Église quant à la santé reproductive des femmes.
Selon qu’on vise des changements radicaux ou de simples réformes, les stratégies seront différentes. De la sensibilisation à la dénonciation publique, en passant par l’exigence de contrats de travail, tous les moyens sont bons, à conditions d’avoir des objectifs clairs. Les alliances avec d’autres femmes, surtout les féministes hors de l’Église, sont fondamentales et possibles.
Dans ce contexte, la participation des femmes en Église à la Marche est une occasion de construire ces alliances. Même au travers de nos contradictions.
(Lire l’intervention de Françoise David)

C.     Patricia Peacock.   « Des femmes prêtres dans l’Église anglicane »

À partir de ma situation de prêtre dans l’Église anglicane, je parlerai de l’histoire de l’ordination des femmes en Angleterre, de la première femme prêtre dans notre Église, du développement dans les diocèses de Québec et de Montréal. Je signalerai quelques stratégies adoptées et utilisées dans l’Église anglicane pour qu’il y ait des femmes-prêtres. Je dirai un mot des gens, hommes et femmes, qui ont quitté l’Église catholique pour devenir prêtre dans l’Église anglicane.
On m’a demandé d’être concrète et audacieuse. J’essaierai d’être les deux. J’ai pris comme guide spirituel un passage de Luc,12 : « Quand on vous mènera devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire. »
La première stratégie que je propose passe par l’éducation. L’ordination des femmes dans l’Église catholique ne va pas se passer demain. Ce que vous pouvez faire en premier, c’est de commencer une formation théologique. En Angleterre, les premières ont eu lieu le 12 mars 1994. Notons que les 1 200 femmes qui ont été ordonnées pendant les premiers mois suivant le vote, avaient déjà leur formation théologique et pastorale. La deuxième stratégie, c’est de former des groupes de pression avec le seul but d’atteindre l’ordination des femmes. La troisième, c’est de faire appel à un évêque prêt à ordonner les femmes….un évêque avec une vision… un évêque courageux, audacieux.
(Lire l’intervention de Patricia Peacock)

D.    Léa Cousineau  « Pour des stratégies efficaces »

Madame Cousineau rappelle quelques conditions de succès nécessaires à toute stratégies de changement :
Je veux parler de façon générale de ce que je pense être les conditions de succès à toutes stratégies de changement.
La première condition : une grande foi en l’institution que l’on désire investir. Il est important de se demander régulièrement : « Est-ce que cette institution vaut d’être transformée? » La clarté à cet égard est importante. Être à l’aise avec ce qu’on exige de soi quand on décide de transformer ou de militer à l’intérieur d’une institution. Reconnaître la légitimité pour la transformer, même avec éclat, confrontation.
Deuxième condition : être capable de se placer dans le continuum historique dans lequel s’inscrit notre action. Rejoindre quelqu’une qui était là, qui a vécu avant moi l’histoire de cette institution; ce contact est une élément-clé de positionnement pour l’avenir.
Troisième point : recueillir une adhésion la plus large possible auprès de ce qu’on appelle communément la base.
Quatrième point : apprendre à dépasser la compétence technique pour rechercher une compétence stratégique : bien nommer les objectifs à court et à long terme, bien identifier les zones de pouvoir individuelles et collectives et enfin nouer des alliances et des partenariats à l’interne et à l’externe. Faire le point à chaque étape pour mesurer les résultats, vérifier les stratégies et redéfinir les objectifs.
(Lire l’intervention de Léa Cousineau)

5- Conclusions à la suite de la table ronde 

Léa Cousineau
Essentiellement, l’impatience, le goût profond du changement ou d’aller vite ne peuvent pas nous faire oublier la rigueur et le temps nécessaire pour définir les choses. Si on ne veut pas confondre stratégie et tactique, il ne faut pas se contenter d’un coup d’éclat qu’on prépare vite parce c’est le temps. Il faut vraiment être capable de placer les gestes importants que l’on pose seule et collectivement dans des objectifs partagés définis et, comme je le disais ce matin, redéfinis souvent; à chaque geste que l’on pose, on s’inscrit dans une stratégie et pas simplement dans un coup d’éclat. Et ça ne peut être que la rigueur, la rigueur dans vos échanges et dans les définitions des objectifs qui va vous garantir qu’il n’y aura pas de confusion entre tactique et stratégie. Cela dit, j’ajouterais simplement le seul mot qui me vient en tête : bon courage!

Denise Veillette
L’Église institution est contestée, remise en question comme toute autre institution l’est présentement. Par ailleurs on a bien noté que l’institution ecclésiale est particulière et qu’elle ne peut pas du jour au lendemain devenir démocratique comme d’autres. Donc, d’où peut-elle tirer sa légitimité dans une nouvelle forme? Mais, les transformations, si elles se font, sont lentes et pénibles. L’Église apportait la vérité, apportait la sécurité, apportait  sens à nos vies, orientait le mode d’existence collectif. Bref l’Église réglait nos vies. Or, si elle change, ça ne peut que créer de l’incertitude, Mais on n’en est pas rendu, je pense, à vivre, avec ces incertitudes, mais à tenter d’autres voies pour retrouver un sens et un mode de vie ensemble.

Françoise David
Remarquons que tous les pouvoirs résistent à la démocratie, l’Église catholique va y résister beaucoup. J’ai appris ce matin, effectivement, que ce n’est pas tout de discuter de l’ordination des femmes; il faut discuter beaucoup largement de la démocratie dans l’Église. Pourquoi on n’élirait pas les pasteurs?  Je commence à me demander si le mot pasteur est le meilleur mot : je n’aime pas que les gens qui sont sous la houlette du pasteur s’appellent les brebis…
Nos frères et sœurs du Canada anglais sont aux prises avec des groupes d’extrême droite qui se réclamant du même Dieu; moi, c’est ça qui m’affole. Donc, il faut faire quelque chose. Pour la Marche des femmes, on peut demander des appuis à toutes sortes de groupes, d’institutions. Il nous faut absolument des appuis quand on veut gagner des revendications. Les évêques vont, semble-t-il, appuyer nos revendications. Il nous faut aussi l’appui des femmes dans l’Église.

Patricia Peacock
J’ai senti ce matin une énergie, une détermination, une conviction et une articulation extraordinaires, j’ai senti une lutte à poursuivre. Je vous laisse avec tous mes meilleurs souhaits pour votre travail. J’aurai hâte de connaître vos conclusions.

Hélène Pelletier-Baillargeon
Ce qui m’a frappé dans la communication de Patricia, c’est la façon de procéder des anglicanes. En constatant qu’un certain nombre de femmes avaient des vocations pour devenir pasteures, on s’est demandé : qu’est-ce qu’on fait avec ces femmes-là?
Je suis dans l’Église catholique et, depuis les premières années de la Revue Maintenant, on parle de l’ordination des femmes; mais on a toujours pris, c’est sans doute culturel, la question par le biais théorique. Alors nous, catholiques, nous discutions des fondements exégétiques de l’ordination et les femmes catholiques ne sont pas devenues prêtres pour autant alors que je vois que les anglicanes ont commencé comme cela. Je pense que c’est une leçon pour nous. Tout à l’heure, il y a quelqu’un qui a appris douloureusement le fait que des évêques aient conseillé à des femmes catholiques qui avaient des vocations sacerdotales de s’en aller chez les anglicanes. C’est vrai que c’est un peu vexant parce que ça à l’air de dire : « Débarrassez le terrain »… Par ailleurs, je pense que Léa a bien dit aussi, qu’à un certain moment, nos échecs peuvent être retournés d’une certaine façon à notre profit, et moi je dis, l’ouverture œcuménique actuellement peut parfois nous permettre des percées que la question féminine ne nous permet pas encore. Et je m’explique là-dessus. Dans la conjoncture actuelle de la raréfaction de prêtres, on peut penser que notre cause va progresser et, qu’à un moment donné, il y aura des évêques catholiques qui vont être pris devant la situation et qu’il va y avoir des femmes catholiques ordonnées auxquelles ils feront appel.
Une autre réflexion m’est venue lors de la communication de Denise Veillette. Ce qui m’a frappée, c’est la question de nature. J’ai fait partie de la génération des femmes en Église qui se seront battues sur la question du contrôle des naissances et, dans tout cela, l’argument évoqué était toujours la question de nature, la nature de la sexualité et les trois fins du mariage. Comme l’a bien dit Denise, toute la question de la femme est basée sur une conception de la nature qui est héritée de la philosophie thomiste. Donc, sur le plan de l’anthropologie il y a une bataille à faire dans l’Église et quand Patricia disait il faut s’instruire, je pensais à Abraham Lincoln qui disait : « La liberté ne saurait s’accommoder de l’ignorance ». C’est sur la question de nature qu’il va falloir que nos théologiennes, nos philosophes travaillent; et là, je dis qu’il faut aussi aller chercher des alliances stratégiques avec d’autres groupes qui dans l’Église catholique sont « victimisés » du fait de cette conception de la nature humaine. Je pense, par exemple, aux homosexuels qui vivent la même discrimination toujours à cause d’une conception de la sexualité qui est basée sur ce vieil héritage. Toutes ces questions de la sexualité, que ce soit le mariage des prêtres, l’homosexualité, l’ordination des femmes, sont fondées sur la même conception du sacré et de la sexualité.

6- Questions et commentaires à la suite de la table ronde

La table ronde fut suivie d’une plénière. Des questions, des commentaires, des réactions, des partages d’expériences, ont alimenté les échanges avec les panélistes et permis d’approfondir nombres d’aspects abordés par les intervenantes. Consultez les questions et commentaires tirés de ces échanges.

7- Des ATELIERS à la recherche d’alternatives libératrices.

Les participantes sont invitées à travailler en atelier à partir de sept thèmes différents, la consigne étant d’identifier des stratégies de changement au plan local et au plan national. Tout en évitant de tomber dans les sentiers battus, les stratégies ou actions doivent être audacieuses, réalisables collectivement  par les femmes elles-mêmes, sur leur propre terrain.  La question posée : « Qu’est-ce qu’on serait prête à faire et/ou à appuyer qui entraînerait une plus grande mobilisation de la base? » Un consensus était demandé sur une seule stratégie ou piste d’action.
Le terme stratégie étant définit ainsi : un ensemble cohérent de moyens et d’actions en vue d’un résultat à atteindre ». (BEAUDOIN, Pierre, (1990). La gestion du changement. Montréal : Éditions Libre Expression, p. 95.)

Nous rappelons la problématique de chacun des thèmes proposés.

PAUVRETÉ  La pauvreté des femmes est nommée parmi les violences dont sont victimes les femmes en Église. L’affirmation de soi, la reconnaissance par autrui d’une place bien à soi, l’usage effectif de ses capacités personnelles, le désir de développer toutes ses potentialités représentent autant d’aspirations fondamentales de tout individu. Devant l’impossibilité de satisfaire adéquatement ces tendances humaines, des femmes se sentent impuissantes, isolées, marginalisées, appauvries dans leur identité propre.
Les animatrices d’ateliers : Johanne Perreault, Huguette Labrecque, Yvonne Demers et Jeanne d’Arc Fortin.
Voir le  guide pour l’atelier sur la pauvreté.

VIOLENCE   La violence est incontestablement présente dans nos sociétés. Elle est tout aussi présente à l’intérieur de l‘Église institution. Elle apparaît sous différentes formes allant des plus facilement identifiables aux plus subtiles, aux plus sournoises.
Les animatrices d’ateliers : Lorraine Houle, Andrée Cyr, Anne-Marie Larose et Monique Bédard-Grégoire.
Voir le  guide pour l’atelier sur la violence.

DROITS DES FEMMES  Des études en font état, l’expérience et l’observation le confirment, la condition faite aux femmes dans l’Église révèle plusieurs pratiques discriminatoires à leur endroit et ce sur différents plans (précarité des conditions d’emploi, interdiction de parole, exclusion de certaines fonctions, arbitraire du pouvoir…).
Les animatrices d’atelier : Carolyn Sharp, Marthe Boudreau, Élisa Fernandez et Françoise Gagnon.
Voir le  guide pour l’atelier sur les droits des femmes.

ALLIANCES  D’ores et déjà, l’ère de la globalisation influence la marche de notre monde.  Inutile de chercher longuement pour s’en convaincre; la complexité des enjeux touche désormais toutes les sphères de la société. Les organisations ne pourront plus prétendre avancer indépendamment les unes des autres. Seules les alliances collectives viendront à bout de la démesure atteinte par certains problèmes. Malgré les avancées du modernisme, envers et contre tout, le patriarcat demeure un de ceux-là. Dans tous les domaines, des femmes sonnent le ralliement.
Les animatrices d’ateliers : Henriette Bouchard, Gisèle Bricault, Ginette Faubert, Céline Turbis.
Voir le  guide pour l’atelier  traitant des alliances.

POUVOIR  Non, nous n’avons pas le pouvoir formel, le plus visible, le plus direct, le plus efficace. Il relève de fonctions d’autorité et celles-ci sont réservées aux clercs dans l’Église. Mais d’autres sources de pouvoir nous sont toutefois accessibles.
Les animatrices d’ateliers : Denise Couture, Lise Perras, Céline Martin et Béatrice Gaudreau.
Voir le  guide pour l’atelier sur le pouvoir.

PRISE DE PAROLE  Toute prise de parole est définitivement périlleuse. Voilà pourquoi on doit favoriser une prise de parole collective faite dans la dignité et avec responsabilité, sachant que ce sera toujours risqué mais essentiel pour assurer l’avancement et la place des femmes dans tous les champs.
Les animatrices d’ateliers : Lise Brindle, Sylvia Gauvin, Pauline Jacob et Rachel Deslauriers. 
Voir le  guide pour l’atelier sur la prise de parole.

SPIRITUALITÉ  Vivre d’une spiritualité ne signifie pas nécessairement ou uniquement se référer à la liturgie, à la prière, aux grands courants de spiritualité. La spiritualité relève du mouvement intérieur de chaque femme (qu’elle se soit ou non éloignée des Églises institutionnelles) qui chemine dans cette longue route vers sa libération et celle de l’humanité. La spiritualité des femmes en Église se traduit en général par leur préoccupation des autres et de l’Évangile; elle est loin d’être une spiritualité éthérée, une spiritualité déconnectée du réel et du vécu. Il s’agit plutôt d’une spiritualité axée sur le sens à donner à l’existence et au quotidien.
Animatrices d’ateliers : Marie-Josée Riendeau, Madeleine Laliberté, Aliette Bouchard, Yolande Frappier.
Voir le  guide pour l’atelier sur la spiritualité.

8- Rapports des ateliers

La présentation d’un diaporama théâtral illustrant ce qui s’est passé dans les ateliers a précédé le rapport des ateliers. La troupe  Mise au jeu a présenté quelques tableaux qui se voulaient l’écho du travail des 28 ateliers.
Au cours de ce Colloque, nous constatons que :

•   L’autorité cléricale joue sur les peurs des femmes.
•   Les revendications sont exprimées de différentes manières.
•   Le choix des mots est important pour exprimer nos désirs de changement.
•   Information et sensibilisation semblent être des pistes d’actions indéniables.
•   Les outils d’éducation populaire sur différentes problématiques deviennent essentiels.
•   Il y a urgence de mettre sur pied différents comités : appui, vigilance pour aider nos regroupements à devenir plus politisés et médiatiques.
•   Créer des alliances avec d’autres secteurs et d’autres Églises s’imposent.
•   Créer des ponts entre les générations demeure important.
•   Il faut nous rendre visible lors de la Marche mondiale des femmes.
•   Sera-t-il possible d’organiser une journée d’arrêt des activités des femmes en Église avec le slogan : « Attends-moi ti-gars, tu vas tomber si j’suis pas là ».
•   Rigueur, conviction, confrontation, négociation sont des mots clés.
•   Il est important de vivre une spiritualité au féminin.

Un comité synthèse a rappelé que toutes les propositions venant des ateliers apparaîtront dans le rapport du colloque et qu’elles seront prises en considération pour des actions futures.
Des pistes d’actions ont été privilégiées. Nous en relevons quelques-unes après les avoir regroupées :

•   Rendre possible des communications simples pour des revues, la radio, la télévision, internet afin de faire connaître le malaise, la détermination des femmes en Église et de changer les représentations exclusivement masculines de Dieu.

•   Mettre sur pied, d’ici un an, un comité de vigilance provincial sur les cas de violence en Église. Ce comité aurait le mandat de détecter, analyser et dénoncer les violences vécues par les femmes. Définir des objectifs clairs, un plan d’action avec évaluation constante des objectifs et diffuser l’information concernant ce travail sur le Web.

•   Devant une situation de pauvreté matérielle ou de non-reconnaissance de la compétence : se préoccuper des travailleuses en Église, se renseigner auprès des personnes concernées; les appuyer; conscientiser le milieu et poser les actions suivantes :

•   rencontrer les instances décisionnelles;
•   présenter la situation d’injustice;
•   proposer des solutions;
•   négocier avec les instances;
•   assurer un suivi pour changer la situation;
•   aller à un autre niveau s’il n’y a pas de changement.

•   Se « réseauter » (chacune prend l’initiative d’inviter une agente pour se libérer un peu) pour se donner un langage de droit d’équité; pour affirmer son leadership; pour développer ses audaces; pour s’informer sur ses droits et pouvoirs politiques etc. et faire circuler l’information; pour chiffrer la réalité des conditions de travail des femmes en Église et les faire connaître.

•   Identifier des femmes témoins qui ont de la crédibilité, aptes à prendre la parole dans les médias, sans oublier d’intégrer des jeunes femmes-adultes à nos diverses interventions, Accepter leur parole différente souvent de la nôtre, telle celle des plus âgées.

•   Créer un mouvement de spiritualité féministe pour femmes et hommes qui trouveront des façons créatrices de s’intégrer en Église. Susciter à la base des groupes de femmes qui seraient invitées à partager leur expérience spirituelle. Développer une spiritualité du partenariat.

•   Créer des alliances entre les responsables pastoraux avec les théologiennes et théologiens et toutes les personnes (hommes et femmes) intéressées à cette question, pour favoriser le changement de mentalité.

•   Prendre occasion des réaménagements dans les communautés chrétiennes pour mettre en œuvre la responsabilité de tous les membres de la communauté par rapport à la mission, ce qui serait une illustration du pouvoir décisionnel partagé.

•   Pour assurer la concentration des forces et des ressources, la concertation sur les moyens à prendre en vue de l’efficacité de l’action, une plus grande compétence et une plus forte crédibilité, mettre sur pied un regroupement des réseaux ou groupes de femmes des diverses Églises qui s’engagent sur les points suivants : la promotion des conditions de vie des femmes; la réflexion sur l’interinfluence des pouvoirs civils et religieux, économiques et sociaux pour dominer les subordonnés et les garder soumis, la lutte perpétuelle à la pauvreté et à la violence sous toutes ses formes dans les traditions religieuses, les spiritualités, les sectes et les Églises comme dans la société.

Que pour réaliser cette orientation, les membres du comité du colloque qui s’assureront de ses suites, convoquent les organismes concernés pour faire une étude de faisabilité puis une planification de réalisation avec les volontaires. Et cela dans les six mois.

•    Revendiquer la place des femmes dans les lieux de prises de décisions en Église en s’assurant des groupes de femmes pour les accompagner et les supporter en toute solidarité et vigilance.

•  Tenir une journée de retrait des femmes engagées en Église, bénévoles et rémunérées, pour faire prendre conscience de la fragilité de l’Église dans l’engagement des femmes.

Lire le rapport complet des pistes d’actions choisies ainsi que la synthèse des stratégies considérées.

JOURNÉE DE RETRAIT

L’action d’éclat privilégiée proposée pour marquer la fin des trois années de travail à venir, consistait en une journée de retrait. Les participantes ont pris conscience qu’il leur serait impossible, dans l’immédiat, de poursuivre plus loin la réflexion à la recherche de mécanismes de changement.  De fait, une période de mûrissement  et de conscientisation s’avérait nécessaire pour y arriver. La mise en commun de leurs difficultés en regard de pratiques discriminatoires dans l’institution ecclésiale, l’identification des causes et des conséquences de ces pratiques pour les femmes, la recherche d’alliances avec d’autres groupes de femmes sont autant de pierres d’assise pour poursuivre la réflexion, élaborer des pistes d’actions bien ciblées et inventer des mécanismes de changement porteurs de promesses pour l’avenir.
À la suite de la discussion qui s’ensuivit, les participantes ont très majoritairement voté pour que, dans les prochains mois, soit envisagée la possibilité de poser une action d’éclat, un geste prophétique : un arrêt de travail pourrait rendre visible l’importance des femmes dans l’Église et ce qu’elles veulent y vivre de manière à ce que l’Église soit fidèle à sa réalité évangélique. Lire les échanges sur la proposition d’une journée de retrait des activités des femmes en Église.

Pour la suite du travail, le comité a présenté un plan d’action d’ensemble qui pourrait s’échelonner sur une durée maximum de trois ans, un plan suffisamment à court terme pour être mobilisant et pour savoir dans quoi on s’insère.

9- Conclusion

Le travail réalisé depuis les trois dernières années a tracé la voie au travail qui doit s’accomplir maintenant. Nous sommes à la fois à la fin d’un processus et, en même temps, au début d’un projet qui nous acheminera vers des stratégies, des actions pour que se réalisent les propositions reçues de l’assemblée au Colloque. Pour que les attentes manifestées ne tournent pas à vide, il faut garder vivante l’espérance qui s’est exprimée malgré les difficultés. Il nous faut maintenant relever les défis qu’ensemble nous nous sommes donnés.

Le projet Virage a permis de réfléchir avec un grand nombre de femmes, de toutes allégeances et de divers milieux, sur la situation des femmes en Église. Les perceptions souvent négatives sur la réalité des femmes engagées dans l’institution ecclésiale s’estompent quelque peu pour faire place à plus de compréhension et à de précieuses solidarités.

Le Colloque dans son ensemble a été une belle réussite. Selon les objectifs, les participantes ont été en mesure d’établir une plate-forme d’interventions et d’actions stratégiques qui, nous l’espérons, pourront promouvoir des changements face aux situations d’injustice actuelles dans l’Église. Le colloque s’est terminé avec l’adoption d’un plan triennal dans lequel se retrouvent trois objectifs stratégiques et quelques pistes d’actions.

DISCOURS DE CLÔTURE

Après les remerciements d’usage par la présidente de Virage 2000, Annine Parent, Hélène Pelletier-Baillargeon, présidente d’honneur, a été invitée a sonné le coup d’envoi.

Il faut garder vivante l’espérance! Ensemble, des femmes sauront relever les nombreux défis qui  attendent celles qui rêvent de faire « Église autrement ».  Lire le discours de clôture de madame Hélène Pelletier-Baillargeon.

À la sortie, les participantes ont reçu des fanions portant l’inscription « Égalité ». Ces fanions devaient servir à identifier le groupe du Colloque lors de Marche des femmes organisée par la Fédération de Femmes du Québec.

10- Célébration de la parole

Au cours de la fin de semaine, il y a eu célébration de la Parole préparée par une équipe du diocèse de Québec.
11- Soirée festive

Une soirée festive sous le thème  « La liberté croît avec l’usage » a été préparée par André Larouche et son équipe du diocèse de Chicoutimi. L’heure est à la détente et à la sororité.
Des kiosques d’information ont présenté aux participantes des lieux d’engagement, des documents, des volumes, des photos de femmes engagées…

 

PHASE II : 2000 et après

troisième  PARTIE : L’APRÈS COLLOQUE 2000
« La 25e heure pour l’Église »

Depuis sa fondation, le réseau Femmes et Ministères a toujours travaillé à la reconnaissance intégrale des femmes en Église. Par des publications et des interventions publiques, il a rendu plus visible leur participation effective à la mission ecclésiale. Le Réseau a consacré jusqu’en 1998 une attention particulière à l’accessibilité des femmes aux ministères ordonnés. Sans pour autant suspendre sa réflexion sur le renouvellement de la théologie des ministères, les membres de Femmes et Ministères, convaincues que des changements de mentalités et d’attitudes s’imposent, optent pour de nouvelles perspectives dans leurs efforts pour améliorer la situation des femmes dans la société, et particulièrement dans l’Église.

C’est à ce moment que l’appellation du projet Virage 2000 prend tout son sens comme le soulignait, Madame Hélène Pelletier-Baillargeon à l’ouverture du Colloque : « … les questions dont nous débattons revêtent un indéniable caractère d’urgence, (…) qui dit « virage » dit « changement de cap ».

La Marche mondiale des femmes a sensibilisé le monde aux graves problèmes de la pauvreté, de la violence, de l’exclusion qui touchent les femmes dans le monde et dans l’Église. Le Colloque 2000 a nommé les pratiques discriminatoires dont les femmes sont très souvent victimes. Même dans l’Église ces problèmes existent et se manifestent de multiples façons. Les membres du Réseau s’engagent dans une vaste opération de conscientisation pour aider les femmes et les hommes à reconnaître, à nommer les situations de pauvreté, de violence et d’exclusion et à travailler à les combattre. La troisième partie des Actes rend compte des principales étapes de la  Phase  II  du projet Virage 2000.

À partir de ce qui a émergé de la réflexion du Colloque sur plusieurs pratiques discriminatoires, leurs causes et leurs conséquences, le réseau Femmes et Ministère a défini des objectifs et proposé des actions pour poursuivre ses activités dans le but d’améliorer la condition des femmes tant dans l’Église que dans la société civile :

o   Mettre sur pied une coalition de personnes et de groupes en vue de contester publiquement la pauvreté, la violence et l’abus de pouvoir dont les femmes sont victimes dans l’Église;
o   Combattre les resserrements, les reculs, les justifications qui se font entendre et sont observables dans différents milieux ecclésiaux;
o   Préparer un argumentaire d’ordre théologique et spirituel afin de surmonter certaines peurs et résistances face à la pauvreté, à la violence et aux abus de pouvoir;
o   Conscientiser des personnes et des groupes à la nécessité de briser le silence individuellement et collectivement face aux situations discriminatoires;
o   Poser collectivement un geste public de contestation (journée de retrait);
o   Mettre en place un mécanisme de surveillance pour dénoncer et /ou contrer la pauvreté, la violence et l’abus de pouvoir dans l’Église.

Les objectifs visés et les actions ciblées ont été, pour la plupart, mis en œuvre tout au long de la réalisation des différentes étapes de la Phase II.

 

1.    Période de formation et de maturation pour les membres de Femmes et Ministères.

À la fin du Colloque, les participantes avaient convenu de la nécessité d’une période de mûrissement, avant d’entreprendre la mise en place d’actions stratégiques pour contrer les résistances, les pratiques discriminatoires, l’exclusion et les injustices que les femmes rencontrent dans l’exercice de leur mission pastorale.

Les membres du réseau Femmes et Ministères ont ressenti le même besoin et se sont donné un temps de réflexion et de formation sur le thème de la résistance avec la collaboration d’une personne ressource monsieur Guy Côté.

Lire le texte de Guy Côté : La résistance des femmes en Église

2.    Une période de sensibilisation de conscientisation et de concertation.

Le Guide d’animation La 25e heure pour l’Église a donné des mains à un projet d’activités libératrices spécialement dédié aux femmes œuvrant dans l’Église. Il sonnait, en quelque sorte, l’alarme d’une situation d’urgence, rappelait l’impératif d’amorcer des changements fondamentaux dans une Église à l’heure d’un tournant inéluctable pour rester crédible ?

Ce Guide a été un outil concret pour conscientiser aux situations de pauvreté, de violence et d’exclusion vécues par des femmes en poursuivant les objectifs suivants :

•   Sensibiliser aux situations discriminatoires qui touchent les femmes.

•   Conscientiser les personnes et des groupes à la nécessité de briser le silence face à ces situations.

•   Susciter la concertation en vue d’un rassemblement pour prendre des décisions relatives à des actions significatives de transformation pour bâtir une véritable communauté de disciples égaux.

La poursuite de ces objectifs s’est réalisée dans des RENCONTRES-SALON qui ont porté sur trois thèmes. En voici les textes de référence : Femmes et pouvoir dans l’Église, Femmes et violence dans l’Église, Femmes et pauvreté dans l’Église.

Rencontres à partir du guide d’animation La 25e heure

Plus de quatre cent cinquante femmes réparties en 30 groupes ont participé à ces rencontres dans 15 régions du Québec. Elles ont exprimé leurs rêves d’Église et ont privilégié des actions à mettre de l’avant dans leurs milieux respectifs.

Lire les Rêves d’Église pour le 3e millénaire
et les Actions à privilégier pour provoquer des changements.

3.    Le temps d’une prise de parole : rassemblement du 29 mars 2003

Dès mars 2002, des groupes ont tenu des rencontres-salon pour se sensibiliser à la question du pouvoir, de la violence ou de la pauvreté des femmes dans l’Église. De nombreuses femmes ont vécu une ou plusieurs des étapes de sensibilisation, de conscientisation et de concertation pour l’action proposées. Le 29 mars 2003, c’était l’heure de rendre compte des résultats et de conclure d’une façon spéciale le projet Virage 2000 qui aura duré cinq ans.

Considérant que le plus grand nombre de femmes ont choisi de réfléchir sur le thème « Femmes et pouvoir » pour les rencontres-salon; considérant qu’il n’apparaissait pas possible en une journée d’épuiser les résultats pour tous les thèmes, Femmes et Ministères a privilégié l’approfondissement de ce thème pour ce rassemblement.

Dans un premier temps, la présidente du Comité Virage 2000, Annine Parent, après avoir souhaité une chaleureuse bienvenue à toutes les participantes fit un survol rapide du Projet Virage 2000.

Par la suite, le rituel Portons nos rêves et nos actions a présenté d’une façon originale la synthèse des principaux résultats des rencontres-salon. Un autre rituel, celui-là en après-midi portant sur  Les béatitudes [1]   a préparé les esprits et les cœurs à l’étude d’un projet de déclaration.

 

Conférence de Carolyn Sharp

La conférence de madame Carolyn Sharp[2] sur Le pouvoir dans la communauté des disciples égaux a permis de considérer les aspects suivants : l’expérience du pouvoir des femmes dans l’Église et les figures bibliques correspondantes ainsi que les figures scripturaires de la communauté de disciples égaux. En conclusion, elle a proposé la pratique d’une expérience de paroles libres à la manière de Jésus sur la route d’Emmaüs. Par la suite, il y a eu un long échange entre la conférencière et les participantes. Questions, réactions et  commentaires. ont permis d’approfondir cette question complexe du pouvoir dans l’Église.

Déclaration publique

Suite à ces échanges un projet de déclaration publique a été présenté pour discussion et amendements avant d’être voté à l’unanimité par les participantes. Avec cette déclaration publique se terminait le projet Virage.

Proclamation solennelle de la déclaration

Avant de se quitter, les femmes ont posé un geste bien spécial. Une copie de la déclaration votée par l’assemblée a été remise à chaque femme, et ensemble, à voix haute, elles en font une lecture solennelle. Par la suite, elles ont agrafé les feuilles les unes aux autres pour, représenter symboliquement le tissu de l’Église.

Chant : Si on tissait ensemble

Un communiqué de presse Les femmes refusent le statu quo dans l’Église fut ensuite envoyé aux principaux journaux du Québec ainsi que présenté aux évêques du Québec.

Des journaux et des revues y ont donné suite :

La Tribune de Sherbrooke, le samedi 5 avril 2003 : Une organisation qui doit changer par Pierre St-Jacques

Le Devoir, le mardi 22 avril 2003 : Des féministes dénoncent la discrimination au sein de l’Église catholique par Jean-Claude Leclerc

Le Soleil de Salaberry-de-Valleyfield, le samedi 3 mai 2003 : Des femmes dénoncent le pouvoir centralisateur de l’Église par Normand Morand

Revue Pastorale Québec, le 21 mai 2003 : Femmes et Ministères émet une déclaration publique.

Revue Reli-Femmes, no 48, mai 2003 : La vingt-cinquième heure a sonné par Céline Dubé, CND

Magasine Présence, Juin-juillet 2003 : Réflexion collective.

CONCLUSION

Le projet Virage a permis de rejoindre bon nombre de femmes et de travailler avec elles tout au long du processus. La Déclaration a été largement diffusée. Envoyée à tous les évêques du Québec, elle en a amené quelques-uns à nous faire part, dans un accusé réception, de leur volonté de voir l’Église évoluer dans ce domaine.

Certaines agentes de pastorale ont porté la Déclaration devant les instances diocésaines : conseil diocésain et conseil épiscopal; elles en ont profité pour annoncer qu’elles donneraient des suites aux engagements mentionnés dans la Déclaration.

L’expérience de rencontres-salon avec un bon outil d’animation est facteur de succès pour une vaste sensibilisation et avec peu d’infrastructures. Les femmes ont aimé se retrouver, en petits groupes, pour vivre les démarches proposées et désirent continuer l’expérience.

Le réseau Femmes et Ministères a toujours été actif au sein de l’Intergroupe des chrétiennes féministes et c’est par cette table qu’il fut possible d’établir un partenariat plus particulièrement avec deux réseaux : celui des répondantes diocésaines à la condition des femmes et celui de l’Association des religieuses pour la condition de la femme (ARPF). Ce sont ces alliances, ces partenariats qui ont permis de réaliser les rencontres-salon dans beaucoup de milieux.

Le réseau Femmes et Ministères qui a maintenant 20 ans de travail derrière lui a toujours à coeur la reconnaissance effective des femmes en Église. Toutefois les femmes sont conscientes des difficultés qu’elles ont à surmonter : le contexte ecclésial est très inconfortable pour les femmes qui y travaillent et les actions stratégiques sont difficiles à trouver.

Tout n’est pas fait ni réalisé dans les trois problématiques traitées durant l’initiative. Tel que précisé plus haut, plusieurs groupes veulent poursuivre les rencontres salon. La plupart des groupes ont travaillé une seule problématique dans le temps qui leur était alloué pour faire parvenir leur choix d’action en vue du rassemblement. Les groupes veulent s’attaquer aux deux autres problématiques soit la violence et la pauvreté. À en juger par le temps à prévoir pour vivre l’ensemble du processus, les groupes en ont encore pour deux ans afin de terminer l’ensemble des démarches.

Comme chaque problématique débouche ou invite à se concerter pour l’action, on peut soupçonner qu’il sera sans doute possible d’obtenir des résultats concrets. Le réseau Femmes et Ministères sera vigilant à garder le contact avec les groupes pour les relancer, les encourager à poursuivre jusqu’au bout. C’est là le défi pour les prochaines années.

TEXTES COMPLÉMENTAIRES

Petite anthologie de la résistance par Yvonne Bergeron

Textes sur la résistance

La résistance des femmes engagées en Église : un mouvement à poursuivre
  par Lise  Baroni et Yvonne Bergeron


NOTES

[1] Il s’agit de l’adaptation d’un texte de L’AUTRE PAROLE,  Bulletin no 22.

[2] Détentrice d’un doctorat interdisciplinaire en théologie et études féministes, ex-directrice de la revue Relations, Carolyn Sharp est actuellement professeure d’éthique et membre du Centre de recherche Femmes et traditions à l’Université Saint Paul, Ottawa. Elle est aussi membre du conseil d’administration de la fondation Léa Roback et membre du Conseil du statut de la femme.

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