Le Déni. Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes – recension

COUV Le DeniUne recension du livre de Maud Amandier et Alice Chablis, Le déni : Enquête sur l’Église et l’égalité de sexes, Éditions Bayard/Novalis, 2014, 394 pages
par François Thibodeau

L’anonymat des auteures, rapporté par les réseaux sociaux, m’a d’abord choqué : c’était comme si j’avais à faire à deux femmes portant la burka; dans notre milieu l’on échange à visage découvert; je comprends cependant que la journaliste Maud et la bibliste Alice avaient de bonnes raisons de signer ainsi leur enquête, mais je préfère la transparence.

Le deuxième choc, ce fut de voir ces auteures s’attaquer aux croyances de l’Église comme les rebelles maliens détruisant les mausolées de Tombouctou. Dans mon imaginaire, je pensais à la fable de Jean de La Fontaine « Les animaux malades de la peste », l’Église-Institution devenant comme ce baudet d’où venait tout le mal. Le troisième choc fut la multitude et l’énormité des affirmations, plus fortes encore que certaines de Hans Küng, à l’endroit de l’Église.

Mais je me suis dit alors : « Si les auteures ont raison d’affirmer sans détour ce qu’elles ont recueilli minutieusement à la lumière de la théorie controversée du « genre », cela doit changer ma façon de voir et d’agir. Si seulement 50% ou même 10% de leurs affirmations étaient appropriées, la vérité ne pourrait être occultée plus longtemps ». Cette enquête tout azimut menée à travers les écrits, l’histoire, les traditions, les représentations symboliques ne démontre-t-elle crûment « le modèle patriarcal » défendu par l’Église, profondément intériorisé et encore socialement actif? Tel que décrit par les auteures, ce système peut-il subsister encore longtemps sans des répercussions majeures dans la société et dans l’Église? Les références au Magistère sont multiples mais souvent isolées de leur contexte. Dans la préface qu’il a signée, Joseph Moingt, jésuite, reconnu par les éditeurs comme l’un des plus grands théologiens français, n’hésite pas à recommander la lecture de cet ouvrage fort documenté, en y faisant cependant deux observations : l’une sur le recours à l’Écriture que les auteures ont voulu libre des recherches savantes et critiques de l’exégèse technique contemporaine, la seconde sur les reproches imputées à l’Église au sujet de la condition de la femme. « Ces reproches, ajoute-t-il, n’ont pas empêché l’Église de travailler à son émancipation et elle n’est pas la seule responsable du machisme qui subsiste trop abondamment dans l’Église ». Cependant il est une question qui émerge : Quels sont les destinataires de cet ouvrage? Pédagogiquement, il serait important de les préciser. Le livre compte trois chapitres : L’Église et le féminin, L’Église et le masculin, L’Église et le patriarcat. Les titres des 7 chapitres sont révélateurs : le paradoxe Ève-Marie; le sexe du service; le déni des femmes; le sexe du pouvoir; le déni du sexe masculin; pouvoir et service, le dilemme; le mariage, la structure fondamentale. Les auteures affirment, preuves de leur enquête à l’appui, que l’Église-Institution dénie l’égalité des sexes. Mais ne feraient-elles pas elles-mêmes, un déni du Magistère, un déni également du sensus fidelium? Quel est au juste leur assentiment à l’égard des enseignements de Vatican II, notamment en ce qui concerne l’Église, le sacerdoce, l’eucharistie, le sacerdoce et la famille? Ainsi, elles citent Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) : « Il m’a semblé que, dans l’Église actuelle, il y a trois pierres périssables dangereusement engagées dans les fondations : la première est un gouvernement qui exclut la démocratie; la deuxième est un sacerdoce qui exclut et minimise la femme; la troisième est une révélation qui exclut, pour l’avenir, la Prophétie. » (page 370) Près de soixante années se sont écoulées depuis le décès de Teilhard de Chardin : quel bilan faisons-nous de ces constats? L’apôtre Paul proclame qu’il n’y a plus ni homme ni femme. Il affirme que l’amour ne se réjouit pas de ce qui est injuste mais qu’il trouve sa joie dans ce qui est vrai : je crois que les auteures recherchent cette vérité. Dans mes propos, j’ose espérer être juste à leur endroit. Malgré les effets-chocs, il importe que la recherche-enquête se poursuivre pour qu’éclate la vérité.

 

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A propos François Thibodeau

Ordonné prêtre en 1965, formé en service social, François Thibodeau, eudiste, est évêque émérite du diocèse d'Edmundston; sa devise : « Son amour s'étend d'âge en âge ». Il fut, entre autres, responsable de la pastorale sociale au diocèse de Québec, directeur de Pastorale-Québec et provincial de sa congrégation. Écrivain prolifique, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont « Semailles de justice » (janvier 2014).

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