Femmes et ministères

Raymonde JauvinPrésentation par Raymonde Jauvin du réseau Femmes et Ministères lors de la rencontre annuelle du Réseau Culture et Foi le 15 mai 2004.

Je vais vous dire quelques mots de l’orientation de Femmes et ministères. C’est un organisme incorporé, fondé en 1982, qui est un réseau autonome de femmes engagées en Église. Ce réseau se veut un lieu de solidarité et de parole, de ressourcement et de célébration, un lieu d’élaboration d’une pensée commune, de réflexion et de concertation en vue d’une prise de parole collective.

Depuis plus de vingt ans, le réseau Femmes et ministères travaille à la reconnaissance effective de l’égalité des femmes et des hommes dans l’Église, communauté de disciples égaux, à la reconnaissance officielle des ministères exercés par les femmes dans l’Église, et à l’accès des femmes à tous les ministères institués et ordonnés. Il travaille aussi à développer un véritable partenariat hommes-femmes, clercs-laïcs dans l’Église, et à diffuser les pistes théologiques et pastorales inscrites dans le service ecclésial des femmes. Plusieurs publications rendent compte de l’orientation du réseau, à savoir Les soutanes roses, en 1986, Voix de femmes, voies de passage, en 1995, Voies d’espérance, en 1996, et La 25e heure pour l’Église, en 2002.

Souffrances en Église

On nous a demandé de vous parler d’une souffrance et d’une espérance aujourd’hui par rapport à ce que nous vivons dans le groupe Femmes et ministères. Je dois avouer que je n’ai pu répondre à cette question. Réduction à une souffrance? C’est presque l’état ! Les femmes dans l’Église sont dans un état de souffrance. Pour décrire ce qui constitue cet état de souffrance-là, j’ai dû quand même pointer plusieurs aspects de la réalité ecclésiale des femmes. Pour en dire plus dans le moins de temps possible, j’ai opté pour l’énumération. Parmi les causes des souffrances des femmes, neuf choses :

  • Les directives romaines qui maintiennent l’exclusion des femmes des ministères ordonnés, et même des ministères institués, et qui ont comme conséquence l’exclusion des femmes du leadership pastoral officiel et du pouvoir décisionnel; le monopole ministériel des prêtres est de plus en plus affirmé dans la politique de regroupement des paroisses, et manifeste dans la nomination des coordonnateurs de régions pastorales.

  • Le statut précaire des agentes de pastorale, statut considéré comme provisoire, supplétif, très limité en fonction des responsabilités de pastorale accessibles aux laïcs et particulièrement aux femmes.

Comme vous le constatez, ces aspects sont reliés à l’organisation structurelle de l’Église et constituent de sérieux blocages dans la mise en place d’une Église de disciples égaux; [ce sont des] points sur lesquels les femmes ont peu de prise dans la situation ecclésiale actuelle. Mais il y a d’autres causes de souffrance pour les femmes qui sont désireuses d’une Église renouvelée, plus ouverte et à l’écoute des personnes.

  • Nommons d’abord le constat que les femmes quittent l’Église. Pour nous, c’est une grande souffrance. Les unes ne veulent plus rien savoir de l’institution ecclésiale, parce qu’elles ne sont pas reconnues comme disciples égales aux hommes. D’autres prennent une distance avec l’institution en raison de directives morales et de prises de position diverses, de resserrements de toute sorte les concernant dans leur vie conjugale ou dans leur autonomie sexuelle.

  • La montée de la droite dans l’Église, chez les femmes comme chez les hommes d’ailleurs, qui soutient et encourage le statu quo dans l’institution et fait obstacle à la prise en compte de besoins et des signes de notre temps.

  • Aussi, le désintérêt de nombreuses féministes pour la question spécifique des femmes en Église, alors que la lutte est bien structurée pour d’autres causes, comme la prostitution, le lesbianisme, la violence, l’équité salariale.  Le fait que trop de femmes, éternelles bénévoles ou agentes de pastorales, continuent avec ferveur et dévouement d’entretenir, de maintenir ou de servir la structure sans faire d’analyse critique des problèmes que rencontrent les femmes.

  •  Autre souffrance, la fragilité voire la vulnérabilité des groupes de femmes chrétiennes voués à la cause et à la promotion des femmes. L’essoufflement, la démotivation face à tant de lenteur devant des changements attendus et vus comme nécessaires et urgents. Le recrutement est difficile, parce que beaucoup de femmes hésitent ou se refusent à s’engager dans des luttes qui paraissent de plus en plus sans issue. Notons aussi le vieillissement des femmes féministes engagées depuis de nombreuses années, et la difficulté d’arriver à conscientiser les jeunes chrétiennes à la situation des femmes en Église.

  •  L’inertie ou l’indifférence d’un grand nombre de chrétiens et de chrétiennes devant la situation actuelle de l’Église.

  •  Et enfin le quasi-désarroi des féministes chrétiennes engagées, qui ne savent plus comment faire pour que la situation change. Quelles nouvelles stratégies mettre de l’avant ? Comment trouver de nouveaux et de nouvelles partenaires avec qui on pourrait avancer, voire contourner les murs et faire jaillir une vie nouvelle ? Réenchanter l’Église en quelque sorte, comme dirait Jacques Grandmaison. (La journée d’aujourd’hui permet de pointer ces partenaires.)

Germes d’espérance

Les germes d’espérance ? Disons que les avancées qu’ont connues les femmes dans l’Église du Québec dans l’Église de 1900 à 1995 — je ne prends pas le temps de les énumérer — sont compromises par les blocages actuels. Malgré tout, ces avancées vécues laissent espérer des situations meilleures pour l’avenir et incitent un certain nombre de femmes, sous certaines conditions, à poursuivre leur réflexion et leur engagement au sein de la communauté chrétienne. Toutefois, il nous faut reconnaître, tout en affirmant notre volonté de demeurer dans l’Église de Jésus Christ, que c’est souvent ailleurs que dans l’Église institution que nous décelons aujourd’hui les plus importants signes d’espérance pour l’avenir de l’Église ou pour l’avenir des femmes dans l’Église. En voici quelques-uns.

  • D’abord, la formation théologique et pastorale acquise ou en voie d’acquisition de nombreuses femmes désireuses de participer activement au renouvellement de l’Église.

  • Le soutien, les recherches, les publications de théologiens et théologiennes d’ici et d’ailleurs qui questionnent l’Église et aident les femmes et les hommes à bien se situer face aux questions qui se posent et aux problèmes qui se vivent, à se forger des opinions appuyées sur des fondements solides plutôt que sur des clichés répétés à tort et à travers.

  • Aussi, les solidarités de plus en plus explicites des différents groupes de femmes chrétiennes, de femmes et d’hommes aussi, qui entrevoient de nécessaires changements structurels.

  • Le fait qu’il y a encore des chrétiennes et des chrétiens qui questionnent et refusent les prises de position du Magistère en ce qui concerne les femmes, qui le disent et continuent à travailler à la reconnaissance effective des femmes dans l’Église.

  • Des chrétiennes qui, au nom de leur foi chrétienne, font le choix de travailler à bâtir un monde de justice et de foi en s’engageant dans le monde social, et que leur ouverture et prises de positions de chrétiennes pratiquantes rendent crédibles auprès de divers groupes. [Il y a une remarque, qui n’est pas sur la bande, sur Esther Champagne et la prise de position publique des communautés religieuses sur la centrale du Suroît.]

  • Les prises de parole publiques par des groupes de femmes qui contribuent à faire réfléchir et même à amorcer des changements.

  • Aussi, les groupes qui perdurent malgré les difficultés rencontrées, et j’en nomme quelques-uns : les répondantes diocésaines à la constitution des femmes, l’Autre Parole, l’Asso­ciation des religieuses pour la condition [?] des femmes et… Femmes et ministères. Toutes les rencontres qui créent des solidarités et invitent à être partenaires autrement, colloques, rassemblements, groupes d’ici et d’ailleurs qui travaillent avec des objectifs similaires aux nôtres.

  • Je nommerais aussi comme germes d’espérance certains sites Internet qui sont des lieux ouverts à une façon positive et stratégique d’exprimer des convictions, de faire valoir des points de vue, de faire avancer la réflexion. Et aussi des émissions radiophoniques ou télévisées, Radio Ville-Marie, Second Regard, qui produisent de bons reportages et des témoignages.

Et enfin, dernier germe d’espérance, mais pas le moindre, les alliances avec des groupes d’ici et d’ailleurs, autres que ceux qui sont directement liés à l’Église institutionnelle, pour trouver des moyens de vivre l’Église autrement.

En terminant, je dirai qu’envers et contre toutes les difficultés qui parsèment nos routes de croyance, nous gardons l’espérance d’un avenir pour les femmes dans l’Église, et l’espérance d’un avenir pour l’Église d’ici.

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A propos Raymonde Jauvin

Raymonde Jauvin, cnd, détient un doctorat en philosophie de l'Université des Sciences Sociales de Grenoble. Éducatrice de carrière, elle a, après de nombreuses années d’enseignement aux niveaux collégial et universitaire, consacré 15 années au service des Églises diocésaines de Saint-Jérôme et de Montréal. Membre du réseau Femmes et Ministères, elle compte de nombreuses années d'engagement au sein de réseaux préoccupés de la promotion de la femme et de l’avenir de l’Église.

2 réflexions au sujet de « Femmes et ministères »

  1. Bonjour
    Merci pour ce message de Raymonde. Je manque le groupe de F et M mais je lis toujours les messages sur le site web. Au travail, je me surprends souvent du fait qu’en 2014 les femmes en Église ne sont pas plus incluses dans les décisions et les reconnaissances de prime importance. Parce que je travaille en Prévention de la criminalité, l’évêque m’a demandé de siéger sur une commission diocésaine qui a adapté et commencé à mettre en place un processus appelé « Strengthening the Caring Community’ . Ça fait 3 ans et on adapte encore… Je tiens bon mais…
    Continuez votre engagement, c’est important! Norma

  2. Mais oui, malgré le fait d’être réduites à une souffrance dont nous portons le poids (presque démesuré), heureusement en réciprocité mutuelle, il faut l’exprimer en public et encore plus souvent en privé auprès de nos confrères prêtres coïncés entre l’arbre et l’écorce.
    De l’espérance à revendre, les femmes en nourrissent leurs engagements. Depuis de longues années, il en est parmi nous qui souhaitent une grève de soutien à la vie pastorale de nos diocèses ou paroisses. Peut-être certains de nos confrères érigeraient-ils des pancartes de solidarité?
    L’espérance, cette petite fille de rien du tout qui tire par en avant la foi et la charité (Péguy)
    Réjeanne avec affection!

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