Rabbouni

Edith RichardUne nuit d’opale.
Une claire nuit d’orient se dissipe peu à peu.
L’ombre déjà translucide s’éclaire d’une douceur d’aurore.

Une lueur imprécise noie l’horizon des collines grisâtres,
Adoucissant les angles;
Donnant à la terre aride la souplesse de lointains vaporeux.

Sous les étoiles pâlissantes,
L’aube, tout d’abord timide, devient bientôt rayonnante
Et transforme toute chose.

Un rose fascinant s’étend sur la voûte céleste, sur la terre,
Sur les murs de terre battue des humbles maisons
Comme sur les marbres des palais.

C’est un matin rayonnant.
Un de ces matins de cristal où la lumière elle-même
Semble plus transparente et plus légère.

Jérusalem frémit.

C’est au lendemain de la fête.
Au lendemain du sabbat.
La vie reprend son mouvement quotidien.
Et chacun s’empresse maintenant
Qui à ouvrir sa boutique,
Qui à étaler ses comptoirs de brocart fin,
D’aromates ou d’huiles parfumées.

Ils ne connaissent donc pas qu’il y a un Pâques. Un jour de Pâques, un dimanche de Pâques.
Une semaine de Pâques.
Un mois de Pâques. Péguy

Ils ignorent donc tous que, là-bas dans le jardin,
Une pierre a été roulée.
Un sépulcre déserté.
Un crucifié en est sorti vivant.
Ils ne savent donc pas que le Christ est ressuscité,
Bel et bien ressuscité d’entre les morts,
Ressuscité comme Il l’avait prédit.

Ils ne savent donc que Lui, le Christ,
L’homme au visage de douceur,
Au visage de lumière,
Est arrivé jusqu’à eux dans sa majesté douloureuse,
Dans sa majesté divine.

Mais l’âme pharisaïque bercée de rêves de gloire,
Bercée de rêves d’orgueil,
L’âme pharisaïque ne comprend pas,
N’entend pas la voix de Jésus de Nazareth,
Cette voix qui pénètre jusqu’au fond de l’âme.

Cette voix du Maître,
La Magdaléenne la reconnaît, elle,
Lorsqu’au matin de la résurrection,
Le divin Crucifié lui apparaît et lui dit : Miriam.
Elle de répondre avec dévotion : Rabbouni*.

Et Miriam regarde avec une curiosité passionnée
Son beau visage éclairé d’une lumière intérieure,
Son insondable regard qui perce l’écorce des choses humaines.

Libérée de sa détresse,
Sortie de sa tristesse,
Miriam L’écoute, émerveillée.
Elle L’entend l’investir d’une autorité
Qui n’avait pas été définie par les hommes,
D’une mission qui va changer le cours de l’histoire :
« Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur… »

Elle L’avait vu dans toutes les misères.
Il l’avait vue dans la pire des misères.
Il lui avait tendu la main,
Il avait pardonné dans la gratuité de l’amour.

Heureux ceux qui aux heures poignantes
Font les quelques pas qui les amènent au pied du Maître.
Jetant devant Lui leur cœur saignant
Dans l’ineffable liberté de l’amour.

* Mon Maître

Montréal, février 2013.

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