Lettre aux femmes qui me montrent le ressuscité

Chères femmes que j’aime et qui m’entourent,

Sébastien_DoaneJe vous avoue qu’après 35 ans de vie, les femmes représentent pour moi un mystère. Parfois, je m’aperçois que je n’ai aucune idée de votre façon de voir la vie. Et, j’en suis heureux. Je m’explique. Sans les femmes qui m’entourent, je resterais dans la logique cartésienne, égocentrique et compétitive qui m’est naturelle. Votre contact me permet de me développer autrement en prenant conscience de mes émotions, de mon intériorité et de mon humilité. Moi aussi, je veux vivre de valeurs de solidarité en aidant les autres au lieu de les rabaisser.

En travaillant dans une école secondaire pendant dix ans, j’ai vu que c’est plus naturel pour les filles que les gars de développer l’empathie, l’engagement et l’ouverture au côté spirituel de la vie. Comme animateur de pastorale, j’étais toujours heureux de donner la parole aux filles pour qu’elles puissent dire leur vision du monde et que les autres gars comme moi puissent tenter de mieux comprendre comment elles voient le monde.

Le christianisme repose sur le témoignage de femmes. Les disciples masculins de Jésus représenté par la figure de Pierre se cachent et vont même jusqu’à nier qu’ils connaissent Jésus. Ils avaient probablement peur d’être arrêtés à leur tour. Pourtant, les quatre évangiles racontent que des femmes qui suivaient Jésus sont restées avec lui jusqu’à sa crucifixion.

En étant attentif aux détails des récits des évangiles, on voit que même durant la vie de Jésus, les femmes avaient une façon bien particulière d’entrer en relation avec lui. Elles osent transgresser les cadres sociaux en touchant Jésus, ses pieds (Lc 7,36-50) ou son manteau (Mc 5,21-43). Et, Jésus se laisse toucher par elles.

Le contact privilégié qu’elles ont avec Jésus semble si fort, qu’il ne s’arrête pas avec la crucifixion. Chacun des quatre évangiles mentionne que ce sont des femmes, qui les premières, ont vu le ressuscité. Par la suite, elles sont allées voir les disciples masculins pour leur raconter leur expérience et leur enseigner que Jésus était présent avec eux d’une façon autre. Dans une culture patriarcale de l’époque, cet élément est pour le moins surprenant. Peut-être que leurs relations à Jésus étaient plus intimes? Peut-être qu’elles étaient plus ouvertes à l’intériorité? Les récits n’expliquent pas pourquoi les femmes sont les premières à vivre l’expérience de Pâques, mais ils sont tous en accord pour dire qu’elles ont joué ce rôle capital. D’ailleurs, encore aujourd’hui le travail d’éveil à la foi et de catéchèse se fait en majorité par des femmes qui enseignent encore à une autre génération à entrer en relation avec le Christ.

Je vous remercie, chères femmes qui m’entourent, de continuer à me montrer le ressuscité aujourd’hui. Je ne vais probablement jamais vous comprendre pleinement, vous êtes à la fois si complexes et si différentes de moi. Mais, je vais continuer à tendre à la fois vers le mystère que vous êtes et vers le mystère de Pâques.

Sébastien Doane     

Ce contenu a été publié dans Témoignages par Sébastien Doane. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Sébastien Doane

Sébastien Doane, bibliste, est doctorant à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l‘Université Laval et chargé de cours à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université de Montréal après avoir été animateur de pastorale au secondaire. Il est responsable de la rédaction et chroniqueur pour le site Interbible et a à son actif un certain nombre de publications dont « Lexique sympathique de la Bible » (Novalis, 2013).

2 réflexions au sujet de « Lettre aux femmes qui me montrent le ressuscité »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *