La place des femmes dans la mission de l’Église

Conférence donnée à Moncton, le 4 octobre 2006

Diane FoleyComment vous exprimer ma reconnaissance pour cette invitation à prendre la parole sur la place des femmes dans la mission de l’Église puisque c’est là le sens même de mon engagement de vie? C’est pourquoi je désire partager humblement avec vous mes découvertes concernant cette mission à travers le témoignage de ma petite histoire comme femme engagée depuis déjà 35 ans en Église. Mon histoire, comme celle de tant d’autres femmes, s’éclaire au contact intime de la Parole de Dieu et à la lumière de la transformation incroyable de la réalité féminine au XXe siècle au coeur de la grande histoire humaine et ecclésiale.

Les motifs qui m’ont amenée à accepter votre invitation ?

– D’abord le plaisir de vous rencontrer, de fréquenter mes soeurs et frères acadiens et de partager ensemble cette vie ecclésiale qui nous relie, au-delà de nos différences géographiques et culturelles…

– ensuite, le plaisir de pouvoir parler avec d’autres collaborateurs et collaboratrices en Église de ce sujet qui concerne l’avenir même de l’Église et de l’humanité.

Première partie :

L’étincelle du feu divin est en moi,
la semence de l’Esprit-Saint grandira»
( Hymne de L’ O.T.P. – p. 1531)

À l’âge de 24 ans, alors que je n’étais pas encore engagée dans la vie religieuse, j’ai vécu une expérience intérieure très forte m’appelant à devenir disciple de Jésus-Christ. Cet événement s’est produit au contact de l’évangile de Marc, ch. 3, 13-14 : « Alors, Jésus gravit la montagne, Il appela à Lui ceux qu’Il voulait. Ils vinrent à Lui et il en institua douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher. »

J’ai expérimenté en moi une attraction et un combat indicibles. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait puisque c’était à mes yeux tout à fait impossible pour une femme. Qui étais-je, moi, pour aller donner la Parole en son Nom ? J’étais une simple femme de 24 ans, professeure de français au secondaire, sans aucune formation ni préparation pour assumer un ministère ecclésial. Je dis alors au Seigneur: Si c’est bien Toi qui me fais signe en ce moment, Seigneur, indique-moi quoi faire, moi je ne le sais vraiment pas ». Alors est montée dans mon coeur cette parole : «Va faire tes études en théologie ».  C’était si net, si simple, si inattendu que je savais que cela ne venait pas de moi.

Quelle paix, quel enthousiasme produisait ce message! Je me suis donc inscrite aux études en théologie pendant cinq années consécutives, de 1972 à 1977,  pour en sortir avec une maîtrise en théologie.  

Entre 1972 et 2005, j’ai été témoin de la montée des laïcs dans l’Église dans la foulée du concile Vatican II, de l’effervescence de la Révolution tranquille, de l’accès des femmes laïques aux études en théologie. Il s’ensuivit une prise de parole de théologiennes chevronnées par le biais de groupes comme L’autre Parole,Femmes et Ministères, etc. etc. J’ai vu apparaître quantités d’études exégétiques sur la place des femmes dans l’Ancien et le Nouveau Testament, dans l’histoire de l’Église, des études au plan sociologique et à tous les niveaux des sciences humaines développées au cours du XXsiècle. J’ai même écrit mon mémoire de maîtrise sur « La conception de la femme dans les Épîtres de Paul aux Corinthiens et aux Galates ».  

Par la suite, de 1978 à 1998, je suis devenue ursuline et je fus plongée dans divers champs d’activités pastorales et catéchétiques tant dans l’enseignement au secondaire que dans l’animation pastorale scolaire, paroissiale et diocésaine. J’ai assumé la responsabilité de l’éducation de la foi des adultes et de la coordination de la pastorale d’ensemble au diocèse de Gaspé. J’ai côtoyé des femmes mandatées pour administrer le baptême, présider des mariages ou des funérailles. J’ai travaillé avec des compagnes portant le titre de « chancelières », coordonnatrices de la pastorale d’ensemble, prédicatrices de retraites, etc. etc.

Cependant, si les femmes ont pu rendre des services nouveaux dans l‘Église, il n’en demeure pas moins qu’il y a un recul  institutionnel face aux ministères ordonnés et reconnus, particulièrement avec la lettre apostolique de Jean-Paul II interdisant même d’en parler.

Quand je regarde les démarches multiples faites auprès des évêques et du pape par tant de gens qui désirent une ouverture de l’Église, dont une des vôtres, soeur Odette Légère de l’Acadie, je comprends que si l’espérance fait vivre, la longue attente fait mourir ».  De là est venu un sentiment « d’urgence du Royaume » qui a pu conduire certaines femmes à décider de se faire ordonner sur un bateau ou ailleurs… Comme le dit si bien Jésus : « Laissons l’arbre porter ses fruits… » Peut-être ces femmes sont-elles comme ces gens dont certains disciples disaient : « Maître, nous avons vu des gens qui ne sont pas avec nous, guérir en ton nom… » Jésus dit : Laissez-les faire; car qui n’est pas contre nous est avec nous ! »  

Pour ma part, j’ai senti grandir en moi l’appel à me consacrer au ministère de la Parole. Les autorités de ma communauté m’ont confirmée ce don et cet appel.  Je peux vous dire que, dans l’exercice de ce ministère, il m’arrive parfois des expériences assez cocasses. Je vous en partage une parmi d’autres. Voici ce que j’ai vécu, l’hiver dernier, à l’intérieur d’une même semaine : être demandée en mariage par un veuf, être reconnue « prêtre » par le curé de la paroisse où je donnais une retraite et, la fin de semaine suivante, être reconnue « diacre » par les diacres à qui je donnais un ressourcement. Le dimanche matin, deux d’entre eux étaient reçus au ministère du lectorat, mais, moi, j’étais assise dans l’assemblée, exclue de ce ministère officiel que je venais pourtant d’exercer pour eux pendant 48 heures. L’année précédente, dans un autre diocèse, j’ai même fait vivre aux diacres un envoi en mission par imposition des mains avec leur vicaire général; et ce, à sa demande.

  À la lumière de cette petite anecdote, le mouvement que je perçois dans l’Église actuelle est que la mission des femmes continue de s’y exercer officieusement, mais qu’une lassitude s’installe autour de cette question avec un sentiment de redite, de répétition comme un mouvement qui tourne en rond. « Devant » cette réalité et « de-dans » cette réalité, quelle est mon espérance ? Quelle est ma vision de la mission de la femme en Église, voire de l’accès des femmes aux ministères ordonnés ou reconnus ?  

J’y répondrai dans un premier temps par une lecture actualisée de l’appel du jeune Samuel.  

Appel de Samuel  (1 Sam 3, 1-10)

1 Le jeune Samuel servait Yahvé sous le regard d’Héli. En ce temps-là la parole de Yahvé était chose rare, et les visions, peu fréquentes.
2 Ce jour-là Héli était couché dans sa chambre, ses yeux étaient si faibles qu’il ne voyait plus.
3 La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte et Samuel était couché dans le sanctuaire de Yahvé, là où se trouvait l’Arche de Dieu.

4 Yahvé appela : « Samuel ! Samuel ! » Il répondit : « Me voici. »
5 Il courut vers Héli et dit : « Me voici puisque tu m’as appelé. » Héli répondit : « Je ne t’ai pas appelé, retourne te coucher. » Et Samuel alla se coucher.

6 Yahvé appela de nouveau : « Samuel ! Samuel ! » Il se leva et se rendit auprès d’Héli : « Me voici, dit-il, puisque tu m’as appelé. » Héli répondit : « Je ne t’ai pas appelé mon fils, retourne te coucher. »
7  Samuel ne connaissait pas encore Yahvé : la parole de Yahvé ne lui avait pas encore été révélée.

8 Lorsque Yahvé appela Samuel pour la troisième fois, il se leva et se rendit auprès d’Héli : « Me voici, dit-il, puisque tu m’as appelé. » Alors Héli comprit que c’était Yahvé qui appelait le garçon.
9 Il dit à Samuel : « Va te coucher ; si on t’appelle, tu répondras : Parle, Yahvé, car ton serviteur écoute. » Et Samuel repartit se coucher.

10 Yahvé entra ; il se tint là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Samuel répondit : « Parle, car ton serviteur écoute. »

Ce merveilleux récit de l’Ancien Testament  est un précieux exemple de la pédagogie du Dieu de la nouveauté. Nous sommes, ici, mis en présence d’un appel impossible, rendu possible par Dieu, « car rien n’est impossible à Dieu !» (Luc 1, 39)

Le début du récit nous met en face de l’absence de parole prophétique dans le peuple d’Israël au temps du prêtre Héli. En ce temps-là la parole de Yahvé était chose rare, et les visions, peu fréquentes. ».

De plus, le prêtre Héli est sur son déclin : âgé et presque aveugle, il se fait assister par un jeune garçon qui tient pour lui la garde de la lampe de Yahvé dans le sanctuaire. L’enfant ne connaît pas Dieu ni sa parole ( v. 7).

À cette époque, les prêtres d’Israël ne peuvent absolument pas concevoir qu’un enfant puisse être appelé par Yahvé à devenir prophète car les enfants sont des mineurs et n’ont pas droit de parole. Impensable donc, pour Héli, de seulement s’imaginer que Dieu puisse appeler un enfant.

Quelle est donc la pédagogie de Dieu pour le faire cheminer? Nulle autre que d’appeler l’enfant à son insu pendant la nuit durant son sommeil.

L’enfant se lève et se dirige vers le prêtre Héli : « Me voici puisque tu m’as appelé ». Celui-ci de répondre : «Je ne t’ai pas appelé. Retourne te coucher ! » Remarquons le dialogue : «  … puisque tu m’as appelé… Je ne t’ai pas appelé ». Les deux interlocuteurs dialoguent sur un appel qui vient d’ailleurs. Ils ne peuvent imaginer la possibilité d’un tel appel provenant d’une autre source que celle de l’Institution…

Le prêtre a donc bien raison de dire : « Je ne t’ai pas appelé ».  Dans sa vision des choses, il ne peut que renvoyer l’enfant dans son sommeil, i.e. dans son inconscient, dans la sphère du service officieux…

Alors, comment Yahvé agit-il? Quelle est sa méthode pour instruire Héli, son représentant? Il pourrait bien lui apparaître en songe et lui dire : « Ne crains pas Héli, c’est moi qui appelle l’enfant. Accueille-le et forme-le à son ministère ! »

Mais non, Yahvé se contente d’appeler de nouveau l’enfant et d’appeler encore une troisième fois jusqu’à l’ouverture d’Héli à la perspective d’un appel provenant vraiment de Yahvé. Alors, il lui dit : « Retourne te coucher et si on t’appelle, tu diras : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute » 

Comment ne pas faire le parallèle avec l’appel des femmes à servir dans un ministère ? Il me semble, en effet, que des femmes se lèvent dans l’Église et se disent appelées par le Christ à servir dans un ministère. Elles vont trouver le magistère officiel et lui disent : « Me voici puisque tu m’as appelée ». Et le magistère de répondre : « Je ne t’ai pas appelée ma fille, retourne te coucher ».

La vraie question posée ici est celle de l’interprétation de la volonté de Dieu. Héli était bien convaincu de connaître la volonté de Dieu. Or, il a dû apprendre à la discerner dans l’appel de l’enfant et à s’y soumettre au-delà de ses acquis culturels et religieux.

Cette histoire de l’appel de Samuel me révèle qu’un ministère, qu’il soit prophétique ou sacerdotal, est d’abord un appel personnel de Dieu avant d’être un service d’Église. Comme l’Église est instituée pour servir la volonté de Dieu, elle doit discerner ces appels dans le cheminement spirituel de ses membres. Tout ministère ecclésial est d’abord un appel qui doit être discerné pour les femmes comme pour les hommes.

Ce n’est donc pas de l’ordre d’une cause à défendre ni même d’un droit à proclamer. La  véritable requête des femmes envers l’Église, c’est qu’Elle consente à discerner la volonté de Dieu en ses filles comme en ses fils!

En ce XXe siècle de l’histoire de l’Église, je crois qu’il n’y a pas d’autre voie pour les femmes appelées aux différents ministères que de continuer à se lever pour présenter au magistère leur demande officielle : « Me voici puisque Tu m’as appelée » … et ce, autant de fois qu’il faudra !

Deuxième partie :

UN PEU D’HISTOIRE …

Les « signes des temps »  envers les femmes…

La Parole ne cesse de se montrer agissante, partout dans le monde, en ce qui concerne l’affranchissement des femmes, des esclaves et des enfants. Peu à peu, au fil des siècles, différents pays ont aboli leur système d’esclavage. Le XXe siècle, quant à lui, se démarque par la promulgation de la Charte des droits de l’enfant et la lutte contre les inégalités sociales des femmes dans la société et dans l’Église.

Bien sûr, il y a encore de grandes distances à franchir entre le contenu des textes officiels et la réalité de l’exploitation des enfants et des femmes comme esclaves sexuel/le/s, entre autres… Cependant, la direction est donnée et ce mouvement m’apparaît irréversible. La pyramide vétéro-testamentaire est renversée en plusieurs endroits du globe et la conscience de l’humanité s’en trouve vraiment orientée.

Permettez-moi de citer quelques exemples tout récents illustrant bien que la Parole travaille de plus en plus le monde à la manière d’un ferment :  

1) Un article d’Alain Brunet, tiré de la Presse et du journal Le Soleil, le 16 août 2006, rapporte que parmi les Amazones de Guinée : « Certaines s’efforcent de briser les tabous des sociétés traditionnelles dont elles sont issues, en devenant maîtres-tambours, une pratique considérée depuis toujours comme l’apanage des hommes ».  Comment ne pas faire le parallèle avec les femmes en Église qui désirent devenir « maîtres-tambours » pour le Seigneur ?  

2) Le 7 septembre 2006, Radio-Canada annonce l’accès au Barreau de Mme Langstaff   environ 35 ans après sa mort !  De son vivant, elle a été la première femme à réussir ses études de droit à l’Université en 1911. Elle a été refusée au barreau parce que, étant divorcée, elle n’avait pas de signature de son mari l’autorisant à accéder au barreau. (Fait assez cocasse : sa médaille a été remise à M. Lucien Bouchard, membre du même cabinet d’avocats qu’elle! Belle occasion ratée de la remettre à une femme si on croit vraiment Marshall Mc Luhan, l’auteur de la célèbre théorie attestant que « Le médium, c’est le message »!) Finalement, l’histoire lui donne accès à ce même barreau de façon posthume. Quelle puissance que celle de la semence!

3) Le 15 septembre 2006, RDI annonce l’élection de Mme Eva Ottawa comme première femme-chef de son peuple autochtone! Événement tout à fait impossible, il y a seulement cent ans…

4) Le journal Le Soleil titrait dans la semaine du 19 septembre : « Madame l’agente a pris du gallon » : « près d’un policier sur deux ( 43%) de moins de 24 ans est une policière. L’effectif féminin a bondi de 33 % depuis 2001. L’arrivée de « Madame l’agente » a changé radicalement l’image (du policier costaud ) et de  ses façons de faire ! »

5) Nous pourrions y aller chacun-chacune de nos nouvelles à ce sujet et allonger la liste des réalités sociales qui se transforment radicalement d’une part et pourtant si lentement, d’autre part, dans tous les pays du monde, quelle que soit l’allégeance sociale ou religieuse.

Ces quelques événements si diversifiés me permettent de souligner que l’affranchissement de la femme s’accomplit indépendamment d’une référence explicite ou non à la Bible.  C’est bien là ce qui parle le plus fort : les signes des temps!

Ces signes des temps me parlent de la tendance du monde actuel vers l’accomplissement de Genèse 1, 27-28 : « Hommes et Femmes, Dieu les créa à son image et à sa ressemblance » !

C’est là le deuxième point que je veux développer dans cette partie de mon entretien. Cette parole de Genèse 1, 28 ss. a été longtemps et demeure, encore aujourd’hui, utilisée pour exprimer la volonté de Dieu sur les époux dans le mariage.  Cela demeure vrai, mais je propose une lecture élargie à toute l’humanité : « Homme et Femme, (en hébreu Ish et Isha), = Vis-à-Vis , Il les créa à son image et à sa ressemblance ».

Quelle mission leur est confiée par Dieu à tous les deux, en vis-à-vis? Gouverner la création, la faire croître et se multiplier. C’est là un appel et une mission pour toutes les sphères de la vie. Cette mission commune aux deux sexes manifeste l’image de Dieu conjuguée au masculin et au féminin ! Cette conjugalité divine entre l’homme et la femme amène la naissance d’une seule chair: « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et les deux ne seront plus qu’une seule chair ».

Cette seule chair, ce n’est pas la fusion des deux premières en une seule, c’est plutôt la naissance d’une troisième chair. Dans le couple, c’est l’enfant.  Dans l’Église, l’être nouveau, c’est le Corps du Christ. Hommes et Femmes en Église, nous sommes appelés à conjuguer nos dons, nos appels, notre mission, pour en arriver à créer une Église nouvelle, différente de l’Église masculine officielle ou de l’Église féminine officieuse; nous sommes appelés ensemble à créer des communautés nouvelles, dans des modèles de relations capables de gouverner en  « Vis- à-Vis masculin et féminin », à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Permettez-moi de citer ici, l’exemple de soeur Leonella et de M. Moahmed Mahamodu, tués tous deux en même temps en Somalie par des musulmans, tout juste après le discours de Benoît XVI qui a tant échauffé les pays musulmans. Écoutons le témoignage de la supérieure générale de soeur Leonella  à ses funérailles, le 21 septembre dernier : 

« Sa mort n’est pas un accident de parcours, mais scelle la vie de soeur Leonella et des quatre autres consoeurs … qui vivent leur martyre quotidien en Somalie depuis 16 ans, surtout au service des plus faibles, des plus exposés aux violences, à savoir les mamans et les enfants. »

Lors de la cérémonie, le Somalien, père de quatre enfants, a également été évoqué. Il travaillait comme garde des soeurs et a, lui aussi, été tué dans sa tentative de protéger la religieuse des coups d’arme à feu. « Il s’agit d’un geste superbe, ajoute la supérieure de la Consolata, qui nous prouve à quel point il est possible de dépasser les barrières du don de soi : elle chrétienne, lui, musulman.  Ils ont tous deux versé leur sang pour la Somalie.

Un sacrifice qui nous indique les voies de la réconciliation et du dialogue, dans la certitude qu’en unissant nos forces, les hommes et les femmes de toutes les religions pourront construire la fraternité, la réconciliation et la paix. 

Actualisation :

Maintenant, pour stimuler votre réflexion et préparer votre prochain atelier de travail, j’aimerais vous proposer quelques pistes de réflexion sur l’union des forces « hommes-femmes » de votre diocèse pour y construire la fraternité, la réconciliation et la paix.

Dans cet esprit, je tiens à vous exprimer mon admiration pour les 20 ans de travaux de votre comité diocésain. J’ai été vraiment impressionnée par le programme de vos réalisations depuis 1986, par la qualité des travaux d’ateliers et par les sujets des soupers-conférences.

Comme je suis une théologienne de terrain, permettez-moi de vous demander d’emblée :

– Qu’est-ce qui a changé en vous à chaque printemps et chaque automne grâce au travail de ce comité diocésain depuis 20 ans?  

– Quel comportement ou attitude a changé en vous depuis 20 ans? 

– Votre conception du rapport homme-femme s’est-elle  modifiée?
– Comment ?
– Qu’est-ce qui s’est ouvert ou refermé ?

– Quels malaises demeurent ? Par rapport à quoi ou à qui? 

– Quelles décisions avez-vous prises en faveur d’un partenariat- hommes-femmes dans votre diocèse ou équipe paroissiale? 

– Quelle espérance vous habite maintenant après 20 ans? »

Troisième partie :

Pour continuer à nourrir votre réflexion sur ces questions d’actualisation, je vous propose un rendez-vous avec Jésus dans la maison de Simon-Pierre à Capharnaüm en Marc 3, 20-35 où nous rencontrerons la famille évangélique de Jésus.

La famille évangélique de Jésus : modèle de l’Église à venir ! 

20Jésus revint à la maison. De nouveau on s’y retrouva en grand nombre, si bien qu’ils ne pouvaient même plus manger.
21En apprenant cela, les gens de sa parenté vinrent pour le reprendre, car ils disaient : « Il a perdu la tête ! »
22Au même moment, les maîtres de la Loi qui étaient descendus de Jérusalem affirmaient : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est le chef des démons qui lui permet de chasser les démons ! »
23Il les fit donc approcher et commença à raisonner avec des comparaisons : « Comment Satan peut-il faire sortir Satan ?
24 Si l’on est divisé à l’intérieur d’un royaume, ce royaume ne peut tenir.
25Si l’on est divisé à l’intérieur d’une maison, cette maison ne tiendra pas.
26Et si Satan s’en prend à lui-même, s’il est divisé, il ne tiendra pas, il est fini. …
31 Sur ce, arrivent sa mère et ses frères ; ils restent dehors et envoient quelqu’un pour l’appeler.
32On dit à Jésus, alors que tout le monde est assis autour de lui : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui te cherchent. »
33 Mais Jésus leur répond : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? »
34Et promenant son regard sur ceux qui sont assis autour de lui, il déclare : « Vous voyez là ma mère et mes frères ;
35 celui qui fait la volonté de Dieu, c’est lui qui m’est un frère, une soeur ou une mère. »

Modèle de l’Église à venir : qu’est-ce à dire ?

Ce que je désire mettre en relief, c’est avant tout la radicale nouveauté des relations homme/femme dans la famille de Jésus par rapport à la famille traditionnelle juive.  Voyons de plus près…

Hiérarchie dans la société juive au temps de Jésus

famille_juiveÀ la mort du père, c’est le fils aîné qui  prend la place, ensuite les autres.
Les mineurs, i.e. sans existence juridique  (femmes, esclaves, enfants) n’ont pas droit de parole officielle.

L’Église « pyramidale » a le même fonctionnement. Le mode d’autorité est pyramidal.
C’est l’autorité qui prend toutes les décisions.

famille_evangeliqueUn premier groupe vient pour l’arrêter  (les gens de sa famille éloignée) : ils utilisent un argument social pour lui faire perdre sa crédibilité : « Il est devenu fou ».
Le deuxième groupe (monde religieux) utilise un argument religieux : « il est  possédé par un démon»
Jésus les appelle auprès de lui (il crée un lien avec eux) Il se situe à leur niveau et défait leur argument.
Le troisième groupe (sa mère et ses frères) fait appeler Jésus à l’extérieur de la Maison.
Jésus est le centre. C’est un lien d’égalité.
Les sujets doivent vivre avec Jésus et vivre ensemble.
Il ne s’agit pas d’un fonctionnement de type pyramidal, mais 
circulaire.
Il n’y a plus de hiérarchie de haut en bas. Jésus la renverse. Ils ont tous un seul Père. La famille évangélique contient aussi une  organisation, où l’autorité est service, et particulièrement service de discernement. La façon de procéder est celle d’une Église appelée « Communion ». Ce mode de fonctionnement fait toute la différence en ce qui regarde la participation ou la non-participation des membres.

Ce récit fait ressortir de façon puissante un passage radical dans l’être filial de Jésus : il passe en effet du modèle pyramidal juif au modèle circulaire évangélique. Cette option aura pour effet, à long terme, la disparition de la famille juive traditionnelle, base de  toute l’institution sociale et religieuse de la société juive.

Ne serait-ce pas le vrai motif des accusations de folie par les gens de sa parenté et de démonisme par les chefs religieux? En l’attaquant dans sa crédibilité, on espère éloigner de lui les gens et sauvegarder ainsi l’institution familiale traditionnelle. Face à cela, Jésus, assis au cœur d’une famille juive, celle de Simon-Pierre, pose la fondation de sa nouvelle famille :

34 Et promenant son regard sur ceux qui sont assis en cercle autour de lui, il déclare : « Vous voyez là ma mère et mes frères ; 35celui qui fait la volonté de Dieu, c’est lui qui m’est un frère, une soeur ou une mère. »

De toute évidence, il n’y a pas que des hommes assis en cercle autour de lui dans cette maison. Il y a aussi des femmes, que Jésus identifie clairement comme sa mère et ses soeurs, dans une nouvelle relation d’égalité avec ses frères.  

La lumière apportée par Vatican II sur l’Église « Peuple de Dieu » a ouvert une porte à ce modèle circulaire de la famille évangélique. Cependant, une grande confusion se glisse dans les deux autres images de l’Église « Corps du Christ » et « Temple de l’Esprit » où le texte identifie le magistère au Christ-Tête qui dirige les membres. Il ramène ainsi du même coup le modèle évangélique au modèle pyramidal. Ne faudrait-il pas ajouter que  la tête se laisse aussi informer par ses membres sur la vie qui circule dans le corps ? Cette conception pourrait favoriser davantage le discernement collégial dans l’exercice de la coresponsabilité des évêques avec le successeur de Pierre pour les questions qui leur tiennent à coeur en Église. Ce qui est vrai des évêques l’est également des communautés religieuses et de tous les groupes d’appartenance ecclésiale. N’avons-nous pas à retrouver l’importance et la force des discernements communautaires en Église?

La communauté de soeur Joan Chittister est, pour nous, un modèle en ce sens. Quand Rome a enjoint soeur Joan de ne pas se rendre à un colloque sur le sacerdoce des femmes, la communauté s’est réunie sous la présidence de la mère abbesse pour prier et vivre une démarche de discernement spirituel. Elles ont envoyé soeur Joan à ce colloque à cause, précisément, de la mission prophétique des Bénédictines dans l’Église.

À votre tour de trouver les questions de discernement qui s’imposent au XXIème siècle dans votre Église locale et aussi dans l’Église universelle de Jésus-Christ.

À cette fin, je me permets de vous recommander un article écrit par Mme Élisabeth BEHR-SIGEL et intitulé « L’Altérité homme-femme dans le contexte d’une civilisation chrétienne ». Il se trouve dans le volume suivant : L’ALTÉRITÉ- Vivre ensemble différents p. 389-426, Coll. Recherches, Nouvelle Série-7, Montréal : Bellarmin / Paris : Cerf, 1986.

Bonne continuité,
Votre soeur du Québec, Diane Foley, osu,
Amqui

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