Portrait d’une spirituelle de notre temps

Jocelyne HudonQue l’on utilise les mots, les pinceaux, les traits de fusain, la couleur ou la photographie, faire un portrait, c’est faire des choix. Le portrait ne dit pas tout. Le portrait cherche à mettre en lumière un aspect de la beauté de l’autre. Je connais Jocelyne Hudon depuis plus de 20 ans. Chaque fois qu’on a travaillé, partagé, inventé, mangé, ri, voyagé ou prié ensemble, c’est d’abord une femme heureuse qu’il m’a été donné de rencontrer. La vie de Jocelyne, comme celle de nous toutes, n’est évidemment pas exempte d’obstacles; malgré les difficultés rencontrées, je peux affirmer que Jocelyne est avant tout une femme habitée par la joie. Une joie qui respire la paix et qui se communique aisément. Sans doute la joie de l’Évangile!  Femme spirituelle, Jocelyne Hudon se sait profondément aimée de l’Éternel-le depuis toujours; et c’est de ce même amour qu’elle s’exercera toute sa vie à aimer les autres, à commencer par sa famille.

Toute jeune, Jocelyne jouait à la messe. « On n’a pas besoin de nos missels, je vais vous faire prier. » C’était naturel pour Jocelyne, comme un don. À l’école primaire, elle fréquente les sœurs du Saint-Sacrement et avec elles, expérimente l’adoration et la prière. La prière restera d’ailleurs toujours présente dans sa vie. Celle-ci s’adressera plus souvent à Jésus, son compagnon de route. « À cause de son histoire, de son humanité partagée, Jésus m’apparaît plus accessible que l’Éternel-le ». À l’âge de 8 ans, sa classe reçoit la visite d’une sœur missionnaire. « Ça m’a marquée, je voulais être comme elle », me raconte-t-elle avec candeur.

La suite de son parcours et sa rencontre avec Henri en décideront autrement. C’est plutôt dans le mariage et la vie de famille que Jocelyne poursuit sa route. Profondément ancrée dans son humanité et son expérience de femme, Jocelyne a écrit un texte spirituel particulièrement saisissant sur la maternité, une relecture féministe des paroles de la Cène: « Ceci est mon corps livré pour vous » 1 . Devenue veuve au début de la quarantaine, la mère de quatre enfants est aujourd’hui grand-mère de six petits-enfants et demeure très engagée auprès des siens.

Agente de pastorale laïque au diocèse de Chicoutimi de 1990 à 2007, Jocelyne se révèle une femme de compagnonnage. Dans les écoles primaires, elle accompagne les enfants sur le chemin de la rencontre avec Jésus. Dans les CHLSD, elle accompagne les mourants et leurs familles, elle préside même quelques fois des funérailles. Comme répondante diocésaine des agents et des agentes de pastorale laïques [APL], elle accompagne les APL en probation comme les plus expérimentés. Elle accompagne également le cheminement spirituel de plusieurs d’entre eux en assurant la retraite annuelle des APL et par l’accompagnement spirituel individualisé. « J’ai appris le Christ avec les personnes engagées dans l’Église diocésaine », confie-t-elle. Son dernier mandat est très lié à l’autorité ecclésiale et au rôle de l’évêque. Femme de vérité, Jocelyne mettra fin à son engagement institutionnel dans la transparence et l’honnêteté avec ce qu’elle porte au plus profond d’elle-même.

La vie spirituelle de Jocelyne Hudon est marquée par la « brûlance » et la sécheresse. Thérèse d’Avila nommait « brûlance » ces moments intenses et marquants où il nous est donné de ressentir comme une flamme intérieure qui brûle. « Cette flamme, c’est comme une tendresse de Dieu qui signifie sa présence de façon plus tangible. J’ai eu la chance de connaître ces moments de brûlance. […] Je connais aussi des périodes de sécheresse dans ma vie spirituelle », poursuit-elle. « Je ne lutte pas contre ces temps de sécheresse, car même si la ferveur est moins intense, je sais que le lien n’est pas rompu. Dieu est au-dessus de tout ça! »

Jocelyne Hudon aime lire la vie des saints et des mystiques. Parmi eux et parmi elles, François de Sales la touche particulièrement. Constatant que la vie monastique était trop difficile pour certaines femmes, il a fondé, au XVIIe siècle avec son amie Jeanne, le monastère de la Visitation dont les règles sont un peu adoucies. De même, constatant que les femmes du monde n’étaient pas beaucoup instruites sur les choses religieuses, il a écrit Introduction à la vie dévote. « François de Sales a pensé aux femmes, à leur spiritualité, » me partage-t-elle. « Ça ne fait pas de miracles, mais c’est apaisant de me savoir amie avec lui ».

Aujourd’hui engagée au Versant-la-Noël, la spiritualité de Jocelyne Hudon a maintenant une saveur œcuménique. « J’ai des amis et amies d’autres religions et je travaille avec Robert Lebel, c’est très interpellant pour moi!» L’ouverture à l’autre, l’écoute et l’accueil sont au centre de l’engagement œcuménique et interreligieux du Versant-la-Noël et Jocelyne épouse tout à fait cette spiritualité.

Femme de prière, Jocelyne se dit toutefois pudique par rapport à une expression de foi inappropriée où Jésus serait servi « à toutes sauces ». « Ça peut parfois être répulsif pour certaines personnes. L’accueil de l’autre, c’est aussi savoir être prudent. » Femme de foi, Jocelyne essaie de demeurer docile à ce que l’Éternel-le lui réserve. « Aujourd’hui, je suis au Versant-la-Noël, je ne sais pas où cela va me conduire… et c’est correct de ne pas le savoir. » Elle me confie humblement qu’avec l’Éternel-le, tout est possible!

Andrée Larouche
Chicoutimi, le 11 mars 2014


NOTE

1 Ce texte a été publié dans Céline Girard, dir. Voies d’espérance, Montréal, Paulines, 1995, p. 35.

 

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A propos Andrée Larouche

Détentrice d'une maîtrise ès arts en théologie (2008), Andrée Larouche est actuellement professeure et responsable des communications à l'Institut de formation théologique et pastorale de Chicoutimi et professeure associée à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval. Elle a été répondante à la condition des femmes (1997-2004) et animatrice de zones pastorales dans le diocèse de Chicoutimi (1992-1999).

2 thoughts on “Portrait d’une spirituelle de notre temps

  1. Merci Andrée pour ce touchant portrait d’une femme unique et authentique.
    Tu as bien cerné sa personnalité et ses engagements. J’y ai vu des traces d’aquarelles tout en lumière et en douceur pour nous la raconter et pour donner le goût de la connaître à ceux et celles qui n’ont pas encore eu ce bonheur.

  2. Il est toujours enrichissant de lire une histoire de vie, qui n’a pas fait les grandes manchettes de journaux, mais qui a une portée visible à l’œil avisé.
    Merci Jocelyne de nous donner espérance d’une vie simple remplie d’amour.
    Comme une goutte d’eau dans l’eau, les remous de ta vie portent fruit au-delà de ton milieu.
    Merci Andrée d’avoir pris le temps de nous partager ce portrait d’une femme de cœur.
    Louisette Doucet

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