Femmes dans la cité et femmes dans l’Église : une histoire croisée

Annine ParentQuel chemin les femmes ont-elles parcouru depuis l’Année internationale de la femme en 1975?  Et comment cela a-t-il trouvé écho dans la société québécoise et dans l’Église catholique du Canada? À ces questions, nous tenterons de répondre par des signes d’éveil de la conscience collective des femmes.  Avant de passer à une relecture sociale et ecclésiale des principaux événements qui ont marqué la vie et la conscience des femmes depuis 30 ans, un bref préambule historique de la naissance du mouvement des femmes s’avère nécessaire.

Le mouvement des femmes émerge de la conjoncture politique, sociale et économique du XIXsiècle. Devenu mondial, ce mouvement est issu des femmes travailleuses à travers leurs luttes contre la guerre, l’esclavagisme, l’infériorité des femmes, leurs luttes pour de meilleures conditions de travail, le droit de vote…

Le travail acharné et déterminé des femmes pendant plus d’un siècle pour trouver des solutions aux problèmes d’exclusion et de discrimination dont elles sont victimes est, en quelque sorte, à l’origine de l’Année internationale de la femme décrétée par l’ONU en 1975 sous le thème Paix, Égalité et Indépendance. Elle est une réponse à leurs revendications. L’ONU rappelait à la communauté internationale que le problème de la discrimination à l’égard des femmes persistait presque partout dans le monde encore en 1975.

Au Québec, la même année, par un vote unanime, le Parlement votera la Charte des droits et libertés de la personne 1 interdisant officiellement et pour la première fois toute discrimination, notamment celle basée sur le sexe. Et en 1979, le gouvernement du Québec créera un ministère à la condition féminine 2 . Ce sont là des moments importants dans la recherche de l’égalité pour les femmes. Les autorités civiles sont interpellées, les autorités religieuses le sont tout autant.

Une histoire féministe qui se croise et se tisse au fil du temps mais que, pour des besoins de clarté, nous séparerons en deux figures évolutives de la conscience des femmes : sur le plan mondial et sur le plan ecclésial.

I. ÉMERGENCE D’UNE CONSCIENCE MONDIALE DES FEMMES

Depuis 1975, Année internationale de la femme, à tous les cinq ans, des événements importants viennent rappeler que les femmes ne lâcheront pas tant et aussi longtemps que les problèmes liés à leur condition de femmes ne trouveront pas réponse dans les lois, les conventions, les décisions politiques et ce, à tous les niveaux. Elles savent très bien que la somme des progrès individuels n’assure pas un progrès collectif durable… d’où ces quelques jalons d’éveil d’une conscience mondiale.

A) Des préoccupations d’en-haut pour les femmes (conférences ONU)

1. Conférence de Mexico(1975)
    Les femmes à l’agenda mondial, une conscience qui s’éveille

En juillet 1975, l’Assemblée générale des Nations-Unies organise la Conférence de Mexico dans le but d’attirer l’attention internationale sur la nécessité de développer des stratégies efficaces et des plans d’action en faveur des femmes. Trois objectifs sont à la base de cette conférence : 1) l’égalité complète entre les hommes et les femmes et l’élimination de la discrimination fondée sur le sexe ; 2) l’intégration et la pleine participation des femmes au développement ; 3) la contribution de plus en plus importante des femmes au renforcement de la paix internationale.

Une convention concernant toutes formes de discrimination à l’égard des femmes est élaborée. Cette convention, dénommée Déclaration des droits de la femme, est adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1979 et lie aujourd’hui légalement 165 États, les obligeant à une évaluation de leur travail à tous les quatre ans. Dès cette première conférence, les femmes ont joué un rôle de premier plan. Parmi les délégations des 133 États membres rassemblés, 13 étaient menées par des femmes. En parallèle de la Conférence, des femmes convoquent un forum des organisations non gouvernementales qui réunit 4000 participantes. Cinq mois plus tard, l’Assemblée générale de l’ONU proclamera la Décennie des femmes de 1976 à 1985.

La Déclaration du Saint-Siège à la conférence de l’ONU à Mexico porte cette mention : « Les personnes et les groupes ont soif d’une vie pleine et libre, d’une vie digne de l’homme, qui mette à son service toutes les immenses possibilités que leur offre le monde actuel. C’est cette soif d’une vie pleinement humaine et digne qui est à l’origine du grand mouvement de libération de la femme. »

2. Conférence de Copenhague (1980)
    Un regard lucide : passage des droits à leur application

Le processus d’évaluation débute. Il convient de dresser un bilan des efforts des pays et des progrès réalisés depuis Mexico : 1500 femmes déléguées à la conférence, 8000 participantes au forum parallèle. Les 145 États membres reconnaissent de façon unanime que des progrès sont réalisés. Malgré ces avancées, on relève l’émergence de disparités entre les droits théoriquement garantis et la capacité des femmes à exercer effectivement ces droits. Trois domaines d’intervention sont ciblés : un accès similaire à celui des hommes à l’éducation, aux perspectives d’emploi et à des services de soins médicaux appropriés. Parmi les facteurs de difficultés on mentionne, entre autres, le manque d’engagement suffisant de la part des hommes pour améliorer le rôle de la femme dans la société, une volonté politique insuffisante, un manque de reconnaissance de la valeur des contributions des femmes à la société, la rareté des femmes aux postes de décision, l’insuffisance de services tels que les coopératives, les centres de soins journaliers et les organismes de prêts destinés à soutenir le rôle de la femme dans la vie nationale, un manque général de ressources financières et une faible prise de conscience des femmes en ce qui concerne les opportunités disponibles. Il faut donc continuer le travail.

La délégation du Saint-Siège dans son intervention à la Conférence de Copenhague dira : « À cause du contexte sociologique, des membres de la société civile et de l’Église n’ont pas suffisamment reconnu la dignité et la responsabilité des femmes comme membres de la famille humaine, appelées à partager sur un pied d’égalité la mission du Christ. Le fait de reconnaître cette situation et le désir d’y porter remède selon l’esprit de l’Évangile 3 (Ga 3, 28 ; Col 3, 1) représentent un heureux signe des temps. »

3. Conférence de Nairobi (1985)
    Mise en place de stratégies politiques

Cette troisième conférence internationale marquera la naissance du féminisme mondial. Après 10 ans de travail soutenu, le féminisme a acquis une reconnaissance internationale. Le mouvement des femmes est devenu une force. D’une conférence à l’autre la participation augmente : 157 États membres, 2020 déléguées et 15 000 femmes au Forum, réparties dans 1270 ateliers officiels développant des thèmes si variés qu’il semble bien qu’aucune question n’est mise à l’écart. Spontanément, des groupes se réunissent autour de sujets spécifiques. C’est ainsi que pour une première fois, les femmes catholiques sont convoquées à trois reprises pour échanger sur ce qui les interpelle le plus comme femmes d’Église. Elles font pression sur la délégation du Vatican 4 pour que soient prises en considération les difficultés qu’ont les femmes à être reconnues à part entière dans leur Église. Mgr Cordes refusera de rencontrer les déléguées désireuses de lui transmettre les résultats de leur réflexion. Les Africaines répliquent à cette rebuffade dans un langage fort imagé. « Fini le temps des femmes à la cuisine et des hommes au salon. Désormais homme et femmes devront être ensemble dans la nef et dans le chœur ». Et d’autres d’ajouter : « Si les hommes veulent garder seuls la tête de l’Église, nous les femmes emparons-nous du cou. Privés de pivot central du mouvement, ils seront vite paralysés ! ».

À la Conférence de Nairobi, les renseignements recueillis par les Nations Unies révèlent que, malgré l’expérience acquise et une meilleure connaissance de la situation des femmes, seule une minorité de femmes a pu tiré parti des efforts pour réduire la discrimination à leur égard. Les objectifs de la décennie n’ayant pas été atteints dans leur totalité, il faut continuer le travail sur le plan politique. Cette conférence se devait de réduire le fossé entre la théorie et les faits, d’établir des stratégies pour faire passer dans la vie de tous les jours les améliorations votées par les lois.

La Conférence de Nairobi permet également d’envisager la question de la promotion de la femme de manière plus large. Il est maintenant admis que l’égalité entre les femmes et les hommes, loin d’être un problème isolé, touche tous les domaines de l’activité humaine. Dès lors, la participation active et à long terme des femmes pour résoudre les problèmes de la société, et pas seulement les problèmes de femmes, était essentielle pour pouvoir atteindre les buts et objectifs de la Décennie de la femme. Cette constatation appelle l’adoption d’une nouvelle approche en vue de chercher des voies nouvelles.

Les Stratégies prospectives d’action de Nairobi pour la promotion de la femme vers l’an 2000 sont développées et adoptées par consensus par les 157 gouvernements participants. Ces stratégies constituent un plan de travail remis à jour et concernent l’avenir des femmes jusqu’à la fin du siècle. La nouveauté de ce plan réside dans le fait qu’il affirme que les femmes sont concernées par tous les problèmes humains puisque ces derniers conditionnent leur vie. La participation des femmes au processus de décision et à la gestion de toutes les affaires humaines est reconnue non seulement comme un droit légitime, mais aussi comme une nécessité politique et sociale. Il faut donc que toutes les institutions de la société en tiennent vraiment compte. Une série de mesures visant à permettre l’égalité entre les hommes et les femmes au niveau national se trouve au centre de ce document. Les gouvernements se doivent de définir leurs propres priorités en fonction de leurs politiques de développement et des ressources à leur disposition.

Une première, le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec [AÉQ] délègue deux répondantes diocésaines à la condition des femmes au forum de Nairobi 5 alors que l’Association des religieuses pour la promotion des femmes [ARPF] assure la participation de deux déléguées 6 .

4. Conférence internationale du Caire (1994)
    sur la population et le développement

L’enjeu principal de cette quatrième conférence 7 organisée par l’ONU porte sur les moyens de stabiliser la croissance démographique alarmante de la planète pour assurer un développement équitable durable. L’éducation et l’émancipation des femmes, leur développement intellectuel, économique, social et politique, la généralisation de l’instruction, l’accès aux moyens contraceptifs et à des soins médicaux de qualité pour les femmes,  sont considérés comme des facteurs essentiels à cet égard. Aussi, la conférence propose-t-elle un programme d’action visant à améliorer la condition des femmes en leur fournissant les moyens de décider de l’espacement et du nombre des naissances grâce à un programme d’information sur la contraception. Craignant l’influence des féministes et des pays occidentaux, entrevoyant le spectre menaçant de l’avortement comme moyen de contraception, le pape Jean Paul II réagira.  Multipliant les démarches diplomatiques, Rome et Téhéran travaillent  de façon à ne pas perdre un certain contrôle sur la vie sexuelle des couples et sur la santé reproductive des femmes. De nombreux états reprocheront au Saint-Siège d’avoir pris la conférence en otage en cristallisant le débat sur l’avortement au détriment du développement des peuples lequel ne se réalisera que si les femmes sont parties prenantes des décisions et considérées en tant que partenaires égales et personnes humaines dans toute leur intégrité.

5. Conférence de Beijing (1995)
    Vers un concept plus large d’analyse, celui de genre (« gender »)

La cinquième conférence mondiale des Nations Unies sur la femme à Beijing en 1995 est un événement considéré comme un grand succès. On évalue le nombre général de participants à 47 000. Les représentants de 189 gouvernements avec 17 000 participants et le Forum parallèle des ONG avec 35 000 femmes.

Le temps est venu de revoir les droits et les conditions de vie des femmes à travers le monde et adoptés à chaque conférence et d’établir une plateforme de résolutions engageant les États. Cette conférence affirme que les droits des femmes doivent être considérés comme des droits humains, notion très importante du point de vue du droit international. Il faut aussi analyser l’impact de la mondialisation sur la pauvreté des femmes.

Constatation est faite, le travail réalisé jusqu’à ce jour a peu ou pas touché aux causes de l’inégalité entre les hommes et les femmes. Les hommes demeurent les décideurs des conditions de vie imposées aux personnes. Il faut trouver des moyens de donner aux femmes la capacité d’exercer plus de pouvoir et de contrôle sur les décisions à prendre concernant leur vie et les valeurs qu’elles veulent véhiculer. Elles doivent être partie prenante des discussions et des décisions.

« La transformation fondamentale qui eut lieu à Beijing fut la reconnaissance du besoin de déplacer l’attention focalisée sur les femmes vers un concept plus large, celui de genre, pour montrer ainsi que la structure de la société, dans son ensemble, de même que les relations entre les hommes et les femmes qui la composent devaient être réévaluées. Ce n’est que par une restructuration profonde de la société et de ses institutions que les femmes pouvaient acquérir suffisamment de pouvoir pour occuper la place qui leur revenait, en tant qu’égales des hommes, dans tous les aspects de la vie. Par ce changement, on avait réaffirmé énergiquement que les droits des femmes faisaient partie intégrante des droits de l’homme et que l’égalité entre les sexes était une question universelle dont la prise en compte bénéficiait à tous. Ceci impliquait un réexamen de toute la société et de l’inégalité de ses structures de base. L’attention n’était donc plus limitée aux femmes et à leur statut dans la société, mais englobait la restructuration des institutions et des processus de prise de décisions politiques et économiques au sein d’une société envisagée dans son ensemble. » 8

Le Programme d’action nomme 12 domaines critiques estimés être représentatifs des obstacles principaux à la promotion de la femme et pour lesquels une action concrète des gouvernements et de la société civile devient nécessaire : 1) les femmes et la pauvreté; 2) l’éducation et la formation des femmes; 3) les femmes et la santé; 4) la violence à l’égard des femmes; 5) les femmes et les conflits armés; 6) les femmes et l’économie; 7) les femmes, le pouvoir et la prise de décision; 8) les mécanismes institutionnels pour la promotion des femmes; 9) les droits humains des femmes; 10) les femmes et les médias; 11) les femmes et l’environnement; 12) et les fillettes.

De concert avec la CECC, le Comité des affaires sociales de l’AEQ  favorisera la participation de trois femmes au forum de Beijing, soit une femme collaboratrice et deux répondantes diocésaines à la condition des femmes 9 .

6. Beijing+5 et Beijing+10 (2000 et 2005)
Des suivis de Beijing à chaque 5 ans

Les cinq grandes conférences internationales seront suivies de Beijing+5 10 en 2000 et  Beijing+10 11 en 2005.

La rencontre de Beijing+5 sur « Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle » examine les progrès accomplis dans la mise en oeuvre des Stratégies prospectives de Nairobi pour la promotion de la femme, adoptées en 1985, et du Programme d’action de Beijing, adopté en 1995. Il s’agit de mesurer, d’évaluer et d’actualiser le plan d’action pour qu’il tienne compte de l’évolution de la société et de la situation des femmes dans le monde. Il faut rester vigilant et voir à ce que les États continuent de respecter leurs engagements en matière de condition féminine. L’assemblée tiendra également compte des actions et des initiatives à adopter afin de donner un nouvel élan aux engagements politiques pour le renforcement des droits de la femme et de l’égalité entre les sexes et pour améliorer la situation des femmes. Lors de cette session fut commémoré le 30e anniversaire de la première Conférence de l’ONU sur les femmes, à Mexico, en 1975.

Lors de son discours, le secrétaire général des Nations Unies 12 dira : « L’engagement dont les gouvernements ont fait preuve à Beijing illustre une acceptation du fait que l’égalité entre hommes et femmes doit être considérée comme un élément central de toute tentative de résolution des problèmes sociaux, économiques et politiques dans le monde. Ainsi l’égalité pour laquelle les femmes se sont battues, afin d’en faire un élément majeur de l’ordre du jour international, est-elle aujourd’hui l’un des premiers facteurs constitutifs de cet ordre du jour. »

La rencontre de Beijing+10  réunira quant à elle une  large représentation politique constituée de délégués des États membres, de représentantes et de représentants des différentes agences de l’ONU, de spécialistes de même que des représentantes et des représentants de la société civile. Ces gens participeront  à des débats interactifs, des audiences dans le but de faciliter les échanges sur les progrès réalisés, la mise en commun d’expériences et de pratiques exemplaires et l’élaboration de méthodes plus efficaces pour les cinq continents.

B) Une mobilisation d’en bas par les femmes

1. Marche mondiale des femmes (2000)

Voilà certes un événement marquant dans l’histoire des femmes d’ici et d’ailleurs et l’aboutissement d’un long processus d’au moins 25 ans. En 1995, s’organise la Marche du pain et des roses 13 : 850 femmes marchent sur Québec où les attendent 20 000 personnes, afin de présenter aux autorités civiles les revendications des femmes québécoises. En 2000, les femmes du monde entier s’uniront dans le but d’éliminer deux grands fléaux : la pauvreté des femmes et  la violence faite aux femmes. Elles décident d’aller frapper aux portes des décideurs pour que soient instaurer des programmes assurant des changements durables et des lois garantissant le respect des droits des femmes.

La Marche mondiale des femmes 14 devient un grand mouvement de solidarité,  un appel universel pour une meilleure qualité de vie pour les femmes,  une manifestation de la détermination des femmes d’hier et d’aujourd’hui à changer le monde.  L’organisation de cet événement est prise en charge par des femmes de 161 pays qui se partagent le leadership et l’action. Le travail se fait dans le respect et la valorisation des diversités du mouvement des femmes. La Marche mondiale des femmes constitue une action pacifiste de 6000 groupes de femmes provenant de divers milieux sociaux qui se mobilisent et participent à l’élaboration des 17 revendications mondiales demandant rien de moins que l’élimination de la pauvreté et de la violence faite aux femmes.

Le 16 octobre 2000, une délégation internationale rencontre les dirigeants de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Les porte-parole illustrent ce à quoi les populations et particulièrement les femmes sont confrontées dans le cadre de la mondialisation et ce que la Marche mondiale des femmes porte comme solutions. La délégation est accompagnée de 20 000 femmes qui, à l’extérieur, appuient le dépôt des revendications.

Le lendemain, 17 octobre 2000, une délégation internationale de 120 femmes rend visite à l’ONU 15 . Les revendications mondiales sont accompagnées de plus de cinq millions de signatures de femmes 16 exigeant des mesures concrètes qui assureront un partage équitable de la richesse mondiale entre les riches et les pauvres  ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes. Des milliers de femmes, venant de tous les coins du monde, marchent dans les rues de New-York en signe d’appui et de solidarité.

Précédant ces rencontres internationales, des millions de femmes dans les différents pays du monde, se regroupent dans des actions locales, nationales ou régionales. Le 14 octobre, 30 000 personnes viennent fêter à Montréal 17 en appui au mouvement des femmes et de ses vingt-deux revendications adressées au Premier ministre du Québec 18 . Le lendemain, le 15 octobre, 20 000 participantes et participants se rendent à Place du parlement à Ottawa pour présenter 13 revendications principales au Premier ministre du Canada 19 .

Notons que la  Marche mondiale des femmes a permis une collaboration étroite entre les groupes sociaux et les groupes ecclésiaux. Des femmes de l’Intergroupe des chrétiennes féministes 20 , siègent sur le comité de coordination et s’impliquent dans la coalition nationale de la Marche mondiale des femmes. Elles deviennent par le fait même partie prenante des décisions et événements concernant les revendications québécoises et canadiennes.

2. Charte des femmes pour l’humanité (2004)

L’action des femmes ne s’arrête pas avec la Marche mondiale. Le mouvement des femmes est devenu une force de transformation globale de la société, un mouvement mondial incontournable. Le travail se poursuit, cette fois, dans la préparation d’une charte mondiale des femmes pour l’humanité qui se veut un instrument de mobilisation unitaire des mouvements internationaux de femmes. Cette charte dira « l’urgence de proposer des alternatives économiques, politiques, sociales et culturelles afin de rendre un nouveau monde possible basé sur l’égalité entre les femmes et les hommes, entre les êtres humains et entre les peuples. » Il s’agit d’une proclamation de principes universels qui dit le modèle de société que les femmes veulent voir advenir. Adoptée au Rwanda le 10 décembre 2004 la Charte mondiale des femmes  pour l’humanité quittera le Brésil 21 le 8 mars 2005, traversera 56 pays pour arriver au Burkina Faso le 17 octobre 2005.

Lors de son passage à Québec 22 , la Charte sera portée de mains à mains par des milliers de femmes à partir du Vieux port jusqu’au Parlement où seront dévoilées les  revendications  à l’endroit de l’État québécois.  « Par cette action, le mouvement des femmes du Québec rappelle ses luttes, célèbre ses victoires mais surtout dit, haut et fort, les nécessaires changements pour que les valeurs de la charte : égalité, liberté, solidarité, justice et paix, se réalisent pleinement au Québec et dans le monde » 23 .

II ÉMERGENCE D’UNE CONSCIENCE ECCLÉSIALE DES FEMMES

Ce grand mouvement mondial, animé par les événements internationaux, interpelle la société civile mais aussi le monde ecclésial et les femmes elles-mêmes. L’avancée des femmes sur le terrain politique, économique et social, invite à se questionner sur la place des femmes dans l’institution ecclésiale. L’éveil d’une conscience sociale de la situation des femmes entraîne la  naissance à une conscience ecclésiale. Des féministes chrétiennes exercent une vigilance critique face à l’Église. Elles s’organisent, se regroupent. Elles confrontent la culture en général et la culture religieuse en particulier dans une ligne prophétique à partir d’une vision évangélique.

Sur le plan ecclésial, les années 1970 sont marquées par plusieurs événements, démarches ou déclarations laissant espérer, pour un temps du moins, de grandes ouvertures pour les femmes. Les évêques du Québec et du Canada, multiplient les prises de parole en leur faveur. Toutefois, dans les années 2000, ils deviendront silencieux et discrets. Malgré ce repli ecclésial, les femmes aspirent toujours à devenir les sujets de leur avenir dans l’Église. Elles multiplieront les moyens de rencontres, de rassemblements et de recherches théologiques.

A) Avant 1994

1. Un rapport charnière sur la question des femmes et réactions des évêques.

Au Québec, le Conseil du statut de la femme, dans la foulée de l’Année internationale de la femme, décide de tenir une nouvelle étude socioéconomique sur la condition féminine au Québec. Avec ses 306 recommandations, le rapport Pour les Québécoises : égalité et indépendance 24   fait la somme des revendications des Québécoises à la fin des années 1970.  Le rapport repose sur l’hypothèse que les conflits dans les rapports homme/femme proviennent de la domination d’un sexe sur l’autre. La source des inégalités et de l’exploitation entre les sexes est le fruit d’un conditionnement profondément ancré dans les mentalités et véhiculé par la famille, l’école et les médias. Trois lignes seulement parleront de l’Église pour dire que s’il y a un lieu de domination pour les femmes, c’est bien celui-là.

À la suite de ce rapport, le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec convoque deux tables rondes, une à Québec 25 et  l’autre à Montréal 26 avec comme objectifs d’explorer dans quelle mesure les chrétiennes partagent l’analyse de la condition des femmes et voir ce que cela implique pour l’Église. Les femmes consultées se retrouvent dans le rapport du CSF et interpellent fortement l’Église. Elles indiquent l’urgence d’établir de nouveaux rapports hommes-femmes dans la société mais aussi dans l’Église, des rapports basés sur une essentielle égalité et réciprocité. Les participantes à ces tables rondes disent aux évêques qu’elles sont « croyantes, malgré l’Église.» 27

Ces rencontres amèneront le Comité des affaires sociales de l’Assemblée de évêques du Québec à retenir certaines pistes d’action dont celle de nommer dans chaque diocèse du Québec une répondante à la condition féminine pour l’aider à bien cerner les attentes et les besoins des femmes et sensibiliser les communautés chrétiennes de leur milieu. Dans sa lettre aux diocèses du 22 avril 1981 Mgr Bernard Hubert 28 dira : « Depuis un an, le dossier de la condition des femmes dans l’Église et la société est un des dossiers prioritaires du CAS » 29 .

Depuis ce temps et encore aujourd’hui les répondantes continuent leur travail de surveillance, de conseil et de conscientisation. Les prises de parole se sont multipliées. Elles sont les sentinelles de la condition des femmes. Elles interpellent, elles agissent avec ténacité malgré les hauts et les bas, les avancées et les reculs ou certaines politiques freinantes.

2. Une question dérangeante : la question des ministères ordonnés pour les femmes

Mais comment parler de rapport basé sur l’égalité sans toucher à l’épineuse question des  ministères pour les femmes en Église, question qui constitue un nœud solide, une impasse empêchant une véritable égalité d’advenir. Depuis plusieurs années, des femmes portent au plus profond d’elles-mêmes la conviction que le Seigneur les appelle au ministère presbytéral. Baptisées en Jésus, disciples du Christ, elles demandent à l’Église de discerner cette convocation à servir comme prêtres de l’Église du Christ. Tout comme le jeune Samuel, elles continuent de rappeler cet appel en espérant qu’un jour il soit entendu 30 . Elles croient que l’Église a besoin des hommes et des femmes pour enseigner, témoigner et diriger alors que l’institution ecclésiale, éloigne les femmes des lieux où se prennent les décisions. Elles demandent à l’Église de s’ouvrir à leur demande.

Mgr Gérard Coderre 31 sera le premier évêque canadien a porté officiellement la question des femmes à Rome. En 1964 32 il affirmait : « Sans la contribution de la femme, la société humaine et même le royaume de Dieu n’atteindraient ni leur perfection ni leur plénitude, et les hommes seraient infidèles du dessein de Dieu sur eux ».

Plus tard, le cardinal Georges Flahiff 33 lors de son intervention au synode sur La justice dans le monde, condamnera la discrimination basée sur le sexe et se montrera favorable à une étude sur les ministères des femmes en Église. Ce synode sera une occasion pour les femmes d’Edmonton de réclamer des évêques canadiens une plus grande justice envers les femmes en les reconnaissant membres à part entière dans l’Église au même titre que les hommes et d’entreprendre une révision du droit canon dans ce sens.

Demandé par Paul VI, une Commission internationale d’étude sur le rôle de la femme dans la société et dans l’Église verra le jour en 1973. L’année suivante, la commission présentera des recommandations au synode sur L’évangélisation, demandant entre autres choses de favoriser la participation des femmes à tous les paliers de l’Église, de susciter des études concernant la notion des ministères non ordonnés ainsi que la participation des laïques dans les structures du gouvernement de l’Église.

Dans cette foulée, les évêques canadiens s’intéresseront particulièrement à la participation des femmes au travail pastoral officiel dans l’Église par un sondage réalisé auprès des évêques canadiens et par des recherches sur la question. Ils souligneront leur appui au travail et aux recommandations de la Commission internationale d’étude sur le rôle de la femme dans la société et dans l’Église et feront rapport de leur étude à Rome.

En avril 1975, l’assemblée plénière de la CECC vote une recommandation demandant d’admettre les femmes aux ministères non ordonnés réservés aux hommes 34 . La recommandation sera transmise au cardinal Jean Villot, secrétaire d’État au Vatican. 35 Suivra une correspondance avec Rome demandant des études sur les ministères et la participation des femmes au travail pastoral de l’Église.

Une première réponse négative à l’admission des femmes aux ministères ordonnés viendra via la Congrégation pour la doctrine de la foi 36 le 15 octobre 1976. Elle dira non à l’admission des femmes aux ministères ordonnés parce que non conforme à la volonté du Christ. L’Église ne se considèrera pas autorisée à changer la tradition.

La Commission internationale d’étude sur le rôle de la femme dans la société et dans l’Église sera abolie en 1976 et ses préoccupations seront désormais portées par la Commission pontificale du laïcat.

Malgré ces déboires, les évêques québécois reviendront  sur la question à plusieurs reprises. En visite ad limina 37 à Rome en 1978, et plus tard dans leur rapport quinquennal de 1983, ils réaffirmeront leur désir que le ministère de l’acolytat soit ouvert aux femmes et consacreront plusieurs pages à la place et au rôle des femmes dans la société et dans l’Église demandant à nouveau d’ouvrir les études sur les ministères ordonnés aux femmes.

En 1982, devant le questionnement qui perdure, les évêques de l’AEQ forme un Comité épiscopal des ministères chargé d’entreprendre une réflexion sur l’exercice des ministères par les femmes et le ministère de l’Église 38 . La même année, le comité épiscopal du laïcat fait de la condition des femmes un dossier majeur.

Puis viendra, en 1983, la promulgation par Jean Paul II du droit canonique révisé. Les espoirs s’amenuisent, les femmes acquièrent le statut de « laïque », sans accès aux ministères ordonnés, sans droit de présence à l’autel, sans droit de parole à l’assemblée eucharistique.

3. Un débat ouvert… jusqu’en 1994

Les évêques canadiens, individuellement ou en groupe, continueront cependant à adresser des recommandations au Vatican. La préoccupation que les femmes soient reconnues comme membre à part entière dans l’Église sera présente dans leurs délibérations  pour encore un certain temps.

Soulignons-le, c’est un fait, l’apport de femmes dans la vie de l’Église canadienne va en s’accroissant. Elles  sont de plus en plus nombreuses à œuvrer dans les différents domaines de la pastorale. On les retrouve à des postes clés de l’organisation pastorale. Dans un rapport de la Commission épiscopale des ministères et de l’apostolat 39 sur l’état des ressources humaines de l’Église catholique du Canada 40 , le nombre de femmes collaboratrices à la pastorale y apparaît pour la première fois. Les chiffres sont importants. Sur 4900 collaborateurs non prêtres on compte 4040 femmes dont 1983 femmes au Québec 41 .  Le constat est réel, le travail des femmes n’est pas négligeable, il est  indispensable à la vie de l’Église.

L’équipe pastorale de la CECC consulte un groupe de femmes sur les priorités d’action à adopter au sujet des femmes dans la société et dans l’Église et forme un Comité ad hoc sur le rôle de la femme dans l’Église. Le comité composé de sept femmes venant de toutes les régions du Canada et de deux évêques 42 reçoit le mandat de voir la situation des femmes et de présenter des recommandations. 1000 témoignages de femmes sont recueillis à travers le pays. Au terme du travail en 1984, le comité présente 12 recommandations concernant la reconnaissance des femmes en Église ainsi qu’une trousse de travail destinée à l’animation, Les femmes dans l’Église 43 . L’assemblée des évêques canadiens consentira à faire siennes toutes les propositions d’actions mais avouons-le, à la suite d’une séance de travail des plus houleuses.

Par la suite, au Québec, l’Assemblée des évêques du Québec tiendra sa session d’étude annuelle de mars 1986 sur L’Église et le mouvement des femmes. 35 évêques et 150 femmes composent l’assemblée. Les évêques désirent approfondir la réflexion sur la condition des femmes dans l’Église à travers une expérience de partenariat. Devront être proposées des actions concrètes à mettre en œuvre afin de faire un pas vers l’égalité des hommes et des femmes dans l’Église. La démarche s’articule autour de six problématiques: le langage, la violence, le pouvoir, le travail, la sexualité et la famille. Il en résulte 28 recommandations et un plan d’action qui va mobiliser des forces vives et qui, encore aujourd’hui sert de référence au travail du CAS et des répondantes diocésaines à la condition des femmes. Cette rencontre a permis aux femmes et aux évêques de discuter ensemble, de prier ensemble, de formuler ensemble des recommandations et de fêter  ensemble. Un bon début d’expérience dans le partenariat.

Le rapport quinquennal 1988 de l’Assemblée des évêques du Québec intitulé : « La concertation des Églises diocésaines : évaluation et défis » fera état de la place et du rôle des femmes dans l’Église comme l’une des six préoccupations majeures de l’épiscopat québécois durant cette période. Durant sa visite ad limina à Rome, l’épiscopat québécois a explicitement demandé l’accès des femmes au diaconat qui est un ministère ordonné dans l’Église présentement réservé aux hommes laïcs, mariés ou célibataires. 44

Les différents synodes qui se déroulent à Rome, à tous les trois ans, seront  pour les évêques, de nouvelles occasions de prises de parole en faveur des femmes et de leur participation à la vie de l’Église.

Au Synode sur la famille qui a lieu en 1980, Mgr Robert Lebel 45 ,  souligne le besoin de renforcer la participation des femmes dans l’Église et la société :

« L’état de soumission et d’oppression que subit la femme dans le monde est une situation de péché, le résultat du péché originel. C’est une situation de péché, donc une chose à corriger […]. C’est par fidélité à la parole de Dieu que l’Église doit reconnaître comme un fait positif le mouvement féministe moderne : il s’agit, dans son ensemble, d’un progrès de la civilisation et c’est un pas de plus dans l’instauration du Royaume […]. S’il y a un lieu ou les appels à la libération de la femme doivent être entendus c’est bien dans l’Église de Jésus-Christ illuminée de la parole de Dieu. L’Église ne doit pas être à la remorque de la civilisation et des cultures, ni excuser ses retards…elle doit avoir une parole prophétique pour promouvoir toute forme de libération. »

Dans son intervention au Synode sur la réconciliation en octobre 1983, Mgr Louis-Albert Vachon 46 , dénonce l’appropriation masculine de l’Église.

« Les appels de l’Église au monde pour la promotion du statut des femmes n’auront bientôt plus d’impact, si ne se réalise parallèlement à l’intérieur de l’Église la reconnaissance effective des femmes comme membres à part entière […] Les communautés ecclésiales, familiales, professionnelles, régionales, diocésaines ou autres doivent mettre en place des structures de dialogue qui soient des lieux de reconnaissance mutuelle et de mise en œuvre effective de nouveaux rapports d’égalité hommes/femmes dans l’Église »

Puis se tient en 1985 le synode extraordinaire, Bilan de Vatican II. Mgr Bernard Hubert 47 insiste une fois de plus sur la question des ministères en disant : « Il nous faut noter ici que ces ministères sont exercés dans les faits par un grand nombre de femmes, sinon la majorité…l’Église pour être conséquente devrait reconnaître ces ministères. » Les conférences épiscopales des États-Unis, de la Grande Bretagne et du pays de Galles affirment la nécessité de reconnaître les ministères des femmes.

En octobre 1987, tenue du synode romain sur La vocation et la mission des laïques dans le monde. En  guise de préparation, des audiences sont organisées pour recueillir les attentes des laïques. La question des femmes et des ministères revient constamment dans les rapports et suscitent de grands questionnements. Deux femmes accompagnent la délégation canadienne à titre d’expertes. 48 L’intervention de Mgr Jean-Guy Hamelin faite au nom des évêques de la Conférence catholique du Canada portera sur le mouvement des femmes et la nécessité de le reconnaître dans l’Église. « Le mouvement des femmes constitue un fait marquant de l’évolution sociale et un signe des temps, il faut accepter de regarder la réalité, il faut exercer le discernement, le monde des femmes véhicule des germes d’humanisation de la société. » Une recommandation votée è ce synode de former un comité d’étude sur la participation des femmes aux ministères de l’Église ne verra jamais le jour.

Impossible que la question des femmes en Église, portée par la CECC et l’AEQ, ne trouve écho dans certains diocèses du Québec. Des chrétiennes et des chrétiens questionnent leur Église. Lors de la Commission Justice et foi 49 , au diocèse de Québec, des groupes s’exprimeront à travers 1370 mémoires. Le rapport  nomme les femmes parmi les quatre groupes prioritaires dont on doit s’occuper parce qu’en souffrance dans la société et dans l’Église. Pendant ce temps, le diocèse de St-Hyacinthe  fait enquête sur les besoins des femmes en Église et produira un rapport.

Mgr Hubert évêque de St-Jean-Longueuil publie une lettre pastorale Femmes et hommes : une complémentarité réciproque 50 .

« Pour ma part, je me soucie de favoriser la contribution de femmes à l’exercice du service de l’autorité dans l’Église. […] L’Église doit être prophète dans son milieu. Si elle travaille concrètement à l’émergence de l’identité de la femme et lui laisse prendre une part égale à celle de l’homme, et la femme et l’Église seront un meilleur signe du Christ dans le monde […] Le plan de Dieu propose aux femmes et aux hommes d’apporter les changements. »

Puis, se sera au tour du diocèse de Gatineau-Hull de questionner l’Église face à certaines attitudes jugées inacceptables envers les femmes lors de la Commission d’étude sur la crise économique et la pauvreté en 1985. Mgr Adolphe Proulx, archevêque de ce diocèse écrit :

« Dans certains domaines les prêtres et les clercs sont très jaloux de leur autorité et ne laissent pas la chance d’exercer un réel ministère aux femmes. Je souhaite que dans notre Église la réflexion se poursuive et qu’il y ait de la part des personnes engagées à tous les niveaux le souci de traiter, comme la parole de Dieu nous y invite, l’homme et la femme comme étant parfaitement égaux ».

Mais il n’y a pas que l’Église catholique qui est interpellée par la question des femmes et de leur reconnaissance effective. Les Églises  sœurs se questionnent tout autant.  En 1988, le Conseil œcuménique des Églises invite toutes les Églises chrétiennes membres à vivre une décennie en solidarité avec les femmes 51 .Un programme de dix ans est proposé avec comme objectif de permettre aux Églises de reconsidérer leur structure, leur enseignement et leur pratique dans la perspective de la pleine participation des femmes. Le thème choisi « Les Églises solidaires des femmes 1988-1998 ». Le Réseau œcuménique des femmes du Québec adhère à cette décennie et y  participe dans la limite de ses moyens.

4. Un geste réparateur

Il est difficile de parler des femmes en Église et de passer sous silence le geste réparateur posé par les évêques du Québec concernant le droit de vote des femmes.

En 1940, après que la proposition ait été battue 13 fois, les femmes du Québec obtiennent enfin le droit de vote. Malgré les oppositions persistantes du monde politique et du monde ecclésial, elles sont convaincues qu’il faut redonner aux femmes ce moyen d’expression démocratique que représente le droit de vote. Elles veulent en toute égalité avec les hommes se prononcer sur les enjeux de la vie sociale, de la vie politique, de la vie économique. Elles se sentent concernées et veulent participer à la construction de leur société. Elles auront à subir des attaques de toutes parts avant d’en arriver au couronnement de leurs efforts puisque de connivence, les autorités politiques et les autorités ecclésiales du temps s’y objectent farouchement sous prétexte de sauvegarder la famille et de protéger les femmes contre elles-mêmes. Elles prétexteront le non-intérêt des femmes pour la chose publique et  leur inaptitude à prendre des décisions dans ce domaine.

Après tant d’années de luttes acharnées, les dernières négociations entre l’Église et l’État ont finalement été affaire de compromis 52 .  En mars 1940, le cardinal Jean-Marie Rodrigue Villeneuve, archevêque de Québec,  toujours fermement opposé au projet du gouvernement, cédera devant la crainte que le premier ministre en poste 53 soit obligé de démissionner en faveur d’un anticlérical 54 .

Après 50 ans, une porte de grande importance s’ouvre sur l’égalité. Impossible pour les femmes de taire l’anniversaire de cet événement qui marque la fin d’une dure et longue bataille menée par des femmes déterminées et à la persévérance exemplaire.

De 1987 à 1990, les États généraux des femmes réuniront des milliers de femmes actives. Elles appartiennent à des groupes de femmes provenant de toutes les régions du Québec et à des associations provinciales, Les deux premières années seront consacrées aux bilans et aux prospectives et la dernière année à la fête avec le grand public. Quelques 350 groupes de femmes les plus divers participent à l’organisation de cet événement.

Le Réseau œcuménique des femmes du Québec entreprend des démarches pour être intégré aux 50 heures du féminisme. Il désire manifester son appui et collaborer avec le mouvement des femmes tout en faisant un bilan des acquis des femmes dans les églises chrétiennes. Le 28 avril 1990, les femmes sont convoquées à une magnifique célébration en  quatre étapes : la traversée du désert ; une liberté retrouvée ; un hommage aux femmes de notre histoire et un toast de sororité.

Pour sa part, le comité Femmes en tête organise une série d’événements à l’Université du Québec à Montréal. 3 500 femmes de toutes les régions du Québec se rencontrent pour vivre les 50 heures du féminisme dans l’étude, la recherche et la fête. Un colloque démontre entre autres choses que les femmes sont toujours sous-payées à l’emploi et sous-représentées dans le monde politique et que malgré certaines avancées, l’inégalité n’a pas encore été éliminée… Bref elles diront : « […] les femmes n’ont vraiment pas le moyen de ne pas être féministes »

En avril 1990, une grande fête de clôture, à l’Aréna Maurice-Richard, signe la fin des festivités. Le spectacle « L’incroyable histoire de la lutte que quelques-unes ont mené pour obtenir le droit de vote pour toutes » soulève l’enthousiasme général. Des hommages sont rendus à ces nombreuses femmes, qui, par leur travail et leurs œuvres, ont contribué à faire du mouvement des femmes ce qu’il est aujourd’hui.

Le 19 avril 1990, dans la foulée de ce grand mouvement et à la requête de  groupes de femmes, l’Assemblée des évêques du Québec convoque les femmes à la basilique cathédrale de Québec 55 pour souligner avec elles le 50e anniversaire du droit de vote des femmes. Cette fête se veut un « geste réparateur » en même temps qu’un hommage aux femmes d’hier et d’aujourd’hui qui ont travaillé au bien-être de notre Québec et à la promotion de l’égalité de statut pour les femmes ». « Geste réparateur » parce que, rappelle l’AEQ, « l’épiscopat du Québec avait manifesté une opposition qui lui fut vivement reprochée par la suite ».

Dans un premier temps, 50 femmes sont invitées à un buffet au Vieux séminaire de Québec. Il s’agit de femmes venant de tous les horizons, et qui se sont particulièrement distinguées en illustrant la compétence et la place des femmes dans un secteur de l’activité humaine.

Par la suite, à la cathédrale basilique, une célébration de la parole coprésidée par Mme Hélène Pelletier-Baillargeon et Mgr Gilles Ouellet, président de l’Assemblée des évêques du Québec, réunira plus de 1000 femmes pour « se souvenir de celles qui au nom de leur foi ont voulu participer à la transformation de structures sociales oppressives et à la libération de la parole des femmes ». 56

Dans son allocution, Mgr Gilles Ouellet parle du long chemin parcouru par les femmes depuis les débuts de la colonie jusqu’à nos jours. Il incite tous les croyantes et les croyants à reconnaître l’Esprit à l’œuvre dans le mouvement d’affirmation des femmes qui caractérise notre époque. Il affirme l’importance de célébrer cet événement historique qui a reconnu aux Québécoises leur plein droit de citoyennes. Cette fête aura aussi une dimension réparatrice puisqu’en ce temps là l’épiscopat et le gouvernement avaient manifesté un longue opposition à l’attribution de ce droit. Il rappellera que les femmes n’ont pas toujours été reconnues à leur juste valeur. « Leurs innovations souvent directement inspirées par l’Évangile, n’ont pas toujours été accueillies avec ouverture. Parfois même, elles ont été freinées par la méfiance et les préjugés de leurs chefs politiques et religieux… Obéir c’est aussi résister » dira-t-il. 57

En rendant hommage aux acquis du féminisme et à l’évolution des femmes dans la société et, en particulier dans l’Église, le président de l’AEQ a salué « cette nouvelle conscience féministe » comme « une source positive d’inspiration » pour « dénoncer les inégalités et l’injustice ». Il a dû admettre cependant que, malgré la place qu’occupent les femmes dans l’Église, « Le statut des femmes en Église demeure profondément ambigu et des obstacles d’ordre canonique, qui tiennent le plus souvent à la force d’inertie et à l’habitude, devront être levés…leur statut demeure profondément ambigu dans l’Église ». 58

B) Après 1994

Le 22 mai 1994, le pape Jean Paul II reprendra la déclaration de Paul VI dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis en précisant que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église. Le 7 juin 1994, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ajoutera que cette doctrine revêt un caractère définitif et appartient au dépôt de la foi. Ce sera la fin des démarches, de la communication ouverte entre les évêques d’ici et le Vatican. C’est un non « définitif » de leur part aux ministères ordonnés pour les femmes.

1. Attitudes dociles et voies d’évitement sur la question des ministères ordonnés

Les évêques du Québec continuent à s’intéresser aux questions touchant la condition des femmes  tout en se conformant aux directives de Rome. Plus question de débattre ouvertement de l’ordination des femmes.  L’accent portera désormais sur la reconnaissance des ministères laïques, la valorisation des personnes qui travaillent en Église. On parlera désormais en terme de partenariat.  On s’intéressera aux conditions de travail et on s’attaquera à la violence faite aux femmes et à la pauvreté des femmes.  Quand la question des ministères ordonnés pour les femmes surgira dans un rassemblement, c’est qu’elle viendra « d’en bas », de participants ou de participantes, de collaborateurs ou de collaboratrices.

La loi synodale du diocèse de Québec promulguée le 8 décembre 1995, inclura quelques recommandations touchant la situation des femmes dans l’Église. Toutefois, l’archevêque Mgr Maurice Couture  « se sentant responsable de l’unité de son Église et de sa communion avec les autres Églises diocésaines » 59 renverra la  proposition concernant l’appel des femmes au  diaconat permanent dans un document complémentaire puisque, dit-il, « elle relève évidemment d’une décision du pape et de l’ensemble des évêques. 60  »  Quant à la proposition demandant  de remettre à l’étude la question de l’accession des femmes au sacerdoce ministériel, Mgr Couture s’appuie sur la

« récente déclaration du pape 61 sur cette question, renforcée par un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi 62 qui affirme nettement que les femmes ne peuvent avoir accès au sacerdoce; il demande que cet enseignement soit définitivement tenu par tous les fidèles. Dans ce contexte, il serait inconvenant d’insister auprès du Saint-Siège pour une remise en question de sa décision». 63

Quatre ans plus tard, en avril 1999,  l’archevêque de Montréal Mgr Jean-Claude Turcotte signe les orientations pastorales suite à l’Assemblée synodale du diocèse de Montréal. Plusieurs recommandations toucheront la  lutte contre la discrimination faite aux femmes 64 et la participation des femmes au leadership de l’Église. 65 Quant à la proposition qui demande que « L’Évêque accueille la demande de ceux et de celles qui veulent que les femmes puissent accéder à l’ordination presbytérale », proposition qui a recueilli 66,33% des voix de l’assemblée synodale, elle sera placée dans les commentaires avec promesse d’en faire part aux autorités ecclésiales. 66

Soucieux de répondre aux recommandations de la session d’étude  sur  L’Église et le mouvement des femmes,  le Comité des affaires sociales, avec la collaboration d’une équipe de travail, publie en 1989 une réflexion pastorale sur la violence conjugale. Le document Violence en héritage ?   Cet outil pédagogique et des  sessions de sensibilisation seront offertes aux prêtres, aux agents et agentes de pastorale dans tous les diocèses du Québec. L’année précédente, le gouvernement québécois avait déclenché une vaste campagne d’information sur « La violence conjugale, c’est inacceptable ». Cinq ans après Violence en héritage ?, un colloque provincial « Ensemble, briser l’engrenage » réunira les équipes d’animation pour une évaluation et une relance.

Il devenait difficile de parler de violence faite aux femmes sans pousser l’étude sur la violence vécue par les femmes à l’intérieur même de l’Église. Le 23 mars l995, le Comité des affaires sociales de l’AEQ, nomme un premier comité 67 avec le mandat de définir un concept opérationnel de « violence » ; de préciser la problématique, de fournir un cadre de référence et suggérer des pistes d’intervention. Un premier rapport est présenté à l’exécutif du CAS puis aux évêques par interdiocèses. Un deuxième comité 68 prendra la relève pour une synthèse des rencontres et la présentation de 12 propositions. Le travail de ces comités ne connaîtra toutefois pas de suivi significatif apparent.

En août 1996, le comité des affaires sociales de l’AÉQ, tient un symposium à l’Université Laval à Québec sur « Le partenariat hommes et femmes en Église ». L’objectif est d’ancrer plus solidement les fondements théologiques du partenariat. Les actes sont publiés sous le titre Pleins feux sur le partenariat en Église 69 ainsi qu’un guide d’animation Des outres neuves pour un vin nouveau. 70 Ce symposium a été préparé par des tables rondes sur le partenariat organisées dans les diocèses du Québec.

D’une rencontre du comité épiscopal des ministères et de ses groupes partenaires, germe l’idée de tenir un congrès des ministères en août 2001 sous le thème Le service de l’Évangile, au début d’un nouveau monde. L’objectif est de rassembler les divers ministères – évêques, prêtres, diacres, agentes et agents de pastorale laïques mandatés, chrétiens et chrétiennes engagées – face aux défis de l’annonce et de l’accueil de l’Évangile en ce début de siècle. Un seul atelier seulement porte sur le monde des femmes sans le mettre au centre de l’épineuse question des ministères ordonnés. Il arrivera que le sujet soit soulevé par des participants, sans plus.

En 2002, la session d’étude de l’Assemblée des évêques du Québec  de mars au Cap-de-la-Madeleine porte sur les ministères dans l’Église catholique au Québec et leur avenir.  Dans son discours d’ouverture, Mgr St-Gelais, président de l’AÉQ  dit

« […] vouloir dans la foulée du congrès des ministères dégager les enjeux reliés à la situation actuelle et prévisible, en tenant compte des impasses et des ouvertures sur l’avenir et identifier des pistes d’avenir à partir de ce qui est déjà possible, afin de mieux répondre aux besoins du monde actuel, fidèles au souffle de l’Esprit, pour mieux réaliser la mission qui nous est confiée par le Christ lui-même ».

Chaque atelier est invité à se questionner sur l’avenir de l’Église dans l’exercice des ministères et à faire consensus sur les cinq éléments absolument essentiels pour assurer cet avenir. Il sera question de nouveaux ministères laïques, de reconnaissance du charisme, de mission, d’évangélisation. La question des ministères ordonnés pour les femmes est exclue des délibérations.

2. Les femmes ne lâchent pas, elles s’organisent

Comme on a pu le constater depuis 1975, le réseau social des femmes s’organise internationalement pour créer des alliances et des solidarités, pour défendre la cause des femmes. Il en est ainsi pour les femmes du  réseau ecclésial qui multiplient les événements, les regroupements, les lieux de rencontres.  Tout en travaillant pour un changement social, elles questionnent leur Église sur ses propres comportements face à la violence, à la pauvreté, à la non-reconnaissance, à la discrimination, à l’exploitation. Elles questionnent le système patriarcal de l’Église qui les garde à l’écart des grands enjeux et des grandes décisions en ce qui les concerne particulièrement. Malgré les aléas, les rebuffades, les interdits, elles n’arrêteront pas pour autant de réclamer la place et la reconnaissance qui  leur revient en tant baptisées et membres à part entière de l’Église de Jésus-Christ.

En 1975, Année internationale de la femme,  l’Union internationale des supérieures générales [UISG] fait parvenir aux supérieures majeures féminines un questionnaire préparé par une commission pontificale ad hoc concernant les femmes dans la société et dans l’Église. Ce questionnaire  est distribué aux communautés religieuses féminines canadiennes-françaises. Une section s’intitule « la participation des femmes à la vie de la communauté ecclésiale ». L’année suivante, l’Union internationale des supérieures générales crée un groupe de travail pour la promotion des femmes. De ce groupe naîtra au Québec, en 1980, l’Association des religieuses pour la promotion de la femme [ARPF]. L’association vise à poursuivre un processus de conscientisation au vécu d’oppression des femmes, à participer à la transformation des rapports égalitaires entre les femmes et les hommes et à contribuer à bâtir une société et une Église où la dignité, l’égalité et l’autonomie des femmes seront reconnues et respectées.

Pour sa part, la collective L’Autre Parole voit le jour en 1976. Deux objectifs y sont poursuivis : reprendre le discours théologique en tenant compte de la femme et entreprendre des démarches pour une participation entière de la femme dans l’Église. Elles regroupent des théologiennes, des chercheuses, des femmes de différentes professions désireuses de bâtir l’Ekklèsia des femmes, une manière de vivre la foi chrétienne à partir de l’expérience des femmes.

Notons au passage, Le Manifeste sur la place des femmes dans l’Église publié par les chrétiens pour une Église populaire [CEP]  à la suite d’un colloque tenu à Québec en 1981. On mentionnera l’influence de l’Église du Québec sur la vie sociale de la population, le discours de l’Église favorisant deux rôles pour la femme – celui de mère ou de religieuse, l’évolution sociale et les luttes des femmes d’ici pour arriver à une égalité des droits avec les hommes, la lenteur de l’Église à reconnaître les femmes comme citoyennes et croyantes à part entière.

« Baptisés dans le Christ, nous revêtons le Christ. Nous sommes tous héritiers de la promesse. En cela, l’attitude de Jésus est révolutionnaire et libératrice. Dans le Christ, c’est l’abolition des divisions entre l’homme et la femme. Plus que cela, c’est l’abolition des inégalités et des rapports de domination ».

Par ailleurs, des femmes théologiennes et des femmes agentes de pastorale s’unissent en 1982 pour fonder le Réseau Femmes et Ministères. Elles se donnent comme mission de travailler à la reconnaissance des ministères exercés par des femmes dans une Église dynamique et missionnaire; découvrir, s’approprier et diffuser les pistes théologiques et pastorales inscrites dans le service ecclésial des femmes ; développer un partenariat avec des femmes et des hommes intéressés aux objectifs de Femmes et ministères.

L’AFEAS ne demeure pas en dehors du débat. Lors de son congrès annuel de 1982, elle s’intéresse à la question des femmes en Église. Elle adoptera des recommandations demandant : 1) le droit pour les femmes mandatées en pastorale paroissiale d’administrer les sacrements de baptême, de l’onction des malades et de présider au mariage chrétien ; 2) la possibilité d’accéder à des postes de commande. D’autres recommandations font appel à la responsabilité partagée dans les questions relatives à la vie conjugale et familiale, au langage inclusif, au modèle culturel traditionnel qui « fige » les rôles des hommes et des femmes.

Fait à signaler également, du  3 au 5 mai 1983, 300 personnes participent à la session pastorale du département de théologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières ayant pour titre « Femmes et hommes dans nos Églises ». Dans l’introduction au rapport, Richard Rivard, responsable de la session dira que

« Les organisateurs étaient conscients du fait que nulle part une expérience de ce type n’avait été réalisée. Il y a bien sûr de nombreux regroupements féminins visant la création d’une société nouvelle ou d’une Église nouvelle où la femme aurait une place à part entière, mais nulle part hommes et femmes ne s’étaient rencontrés en aussi grand nombre pour examiner leur vécu, réfléchir sur leurs attitudes et chercher ensemble comment travailler à construire ce monde nouveau. »

Et il citait Marie-Thérèse Van Lunen-Chenu, « Il ne s’agit pas de faire une place aux femmes en leur concédant un rôle plus étendu dans des structures, des mentalités, des ministères d’une Église d’hommes, mais de repenser l’humain et de vivre l’Église en vis-à-vis homme-femme ».

Un Collectif des femmes engagées en Église [CFEE] s’organise au diocèse de Québec, en 1983, afin de créer un lieu de recherche, de partage et de solidarité pour les femmes en Église. Des équipes formées d’étudiantes en théologie à l’Université Laval et d’agentes de pastorales de divers milieux travaillent à sensibiliser les femmes sur leur situation comme femmes en Église.

Le Réseau œcuménique des femmes, quant à lui,  voit le jour en 1988. Il se veut un lien privilégié entre les femmes chrétiennes et féministes des Églises anglicane, catholique, orthodoxe et celles issues de la Réforme. Cette collective veut cheminer vers le dialogue et la solidarité entre femmes de différentes appartenances religieuses qui vivent au Québec. Il se veut aussi un lieu d’information, d’analyse, de prise de parole et d’expérimentation d’alternatives dans le respect des différences culturelles et religieuses. En 1992 et en 1998 deux rencontres « Oser la liberté : la pentecôte des femmes » et « Oser l’espérance » réuniront des centaines de femmes à Montréal et à Guelph en Ontario pour parler théologie féministe, pluralisme, participation des femmes dans les Églises, justice, égalité, racisme…

Sentant le besoin de créer une force plus grande et de travailler en solidarité les six groupes de femmes chrétiennes féministes,  Femmes et ministères, L’Autre Parole, Le Mouvement des femmes chrétiennes, L’Association des religieuses pour la promotion de la femme, les Répondantes diocésaines à la condition des femmes, Le Réseau œcuménique des femmes et l’AFEAS s’unissent en 1996 pour créer L’Intergroupe des femmes chrétiennes et féministes. Ce regroupement se veut un lieu de mise en commun, de vigilance et de solidarité.

3. Elles se mobilisent et se conscientisent (Virage 2000)

Les femmes réalisent que leurs conditions, loin de s’améliorer, se détériorent avec les nouvelles directives venant de Rome concernant leur place et leur rôle dans l’institution. L’Église comme système soutient des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes, contrôle un certain discours théologique, maintient des lois et des principes aliénants pour les femmes, détient un pouvoir d’autorité qu’elle exerce à travers ses hommes ordonnés, fait preuve de paternalisme. Par le projet Virage 2000 71 , le réseau Femmes et Ministères veut mobiliser les femmes en Église, trouver avec elles des façons de se sortir de ces situations d’inégalité et de subordination. Le projet s’inscrit dans deux grands mouvements : la Marche mondiale des femmes et le Jubilé de l’an 2000, lequel promeut des valeurs de libération, de réconciliation et de partage.

En 2000, un colloque 72 est organisé sous le thème : « Virage 2000, à la recherche d’alternatives libératrices ». Deux cent cinquante femmes travailleuses en Église cherchent  à élaborer des stratégies de changement et jettent les bases d’une plate-forme d’actions aux plans local, régional, national. Deux années de recherche, de rencontres à travers la province avec des femmes de diverses appartenances, d’analyse, de réflexion, de prière soutiennent la préparation du colloque.

Le plan d’action voté au colloque 2000 pour atteindre les objectifs stratégiques souhaités et réalisables constitue un deuxième projet en soi. Il s’impose de contrer les résistances qui montent particulièrement à l’intérieur de l’Église, de travailler à la transformation des structures et à l’amélioration de la condition des femmes. Deux instruments vont aider la réflexion :1) un argumentaire théologique et spirituel à partir des trois problématiques : pouvoir, violence et pauvreté, 2) un guide d’animation La 25e heure pour l’Église, 73 un projet d’activités libératrices pour les femmes oeuvrant dans l’Église. Il s’agit de prendre conscience des situations, de briser le silence puis de dénoncer et de contrer la pauvreté, la violence et l’exclusion, voire certains abus de pouvoir à l’égard des femmes dans l’Église. Plus de 400 femmes suivront sous forme de rencontres-salon ou de rassemblement d’un jour ou deux les différentes étapes de sensibilisation, de conscientisation et de concertation pour l’action. À cela s’ajoutera une journée d’étude sur le droit à la résistance en Église.

Un deuxième rassemblement à Montréal le 29 mars 2003 mettra un terme au projet. Les femmes présentes voteront une déclaration publique affirmant leur volonté de persister à dénoncer le pouvoir centralisateur du Vatican tel qu’exercé actuellement dans l’Église; les justifications théologiques du discours officiel de l’Église pour maintenir la non-accession des femmes aux ministères ordonnés; les pratiques d’inégalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux de la structure ecclésiale. Elles s’engagent à continuer le travail en solidarité et à devenir des agentes de changement dans l’Église.

Il faut dire que la conscientisation des femmes n’est pas uniquement québécoise ou canadienne, elle est internationale. Soulignons qu’en marge du synode des évêques  à Rome en  octobre 2001 sous le thème, l’Évêque, serviteur de l’évangile de Jésus-Christ pour l’espérance du monde, plusieurs milliers de catholiques engagés, d’un peu partout dans le monde, ont mis sur pied un synode parallèle appelé, Le synode du peuple catholique. Ce synode est né du constat de la centralisation excessive du pouvoir de Rome et du refus par cette même autorité de reconsidérer ses positions sur des enjeux qui affectent gravement la vie des communautés chrétiennes, par exemple, le silence imposé aux évêques sur l’ordination des femmes, le célibat obligatoire des prêtres, l’exclusion des divorcés remariés de la communion, pour ne mentionner que quelques-unes des causes de la rupture d’avec l’Église des nouvelles générations. Son objectif est d’offrir aux évêques un soutien en vue de la prise en main de leur responsabilité dans un climat d’ouverture et de liberté, en même temps que de rappeler à Rome que l’Église n’est pas seulement une institution hiérarchique : elle est d’abord et avant tout le peuple de Dieu, un peuple en marche inspiré par l’Esprit de Dieu.  Un document final sera communiqué aux évêques présents au synode par une représentation d’environ 50 délégués. Par la suite, le document sera aussi diffusé dans le monde entier. 74

4. Elles parlent, elles étudient, elles enseignent, elles écrivent et travaillent

Le savoir, l’expérience et la compétence des femmes ne sont plus à mettre en doute. Le Canada français compte à lui seul plus de cent femmes qui ont en main un doctorat soit en théologie, en philosophie, en exégèse ou sciences connexes.  Elles enseignent dans les universités, les centres de recherches autres institutions spécialisées. Leur compétence les amène à prendre la parole, à être consultées, ici au pays comme ailleurs dans le monde. Elles agissent en tant que conférencières, consultantes ou collaboratrices sur des conseils et des comités les plus diversifiés.

Celles qui possèdent une maîtrise en théologie, ne se comptent plus tellement elles sont nombreuses. Plusieurs travaillent comme agentes de pastorale, catéchètes, enseignantes, agentes de recherche ou dans des postes similaires.

Les femmes sont actives. Des groupes de recherche se forment, les interventions se multiplient; des congrès, des forums, des colloques, des sessions d’étude s’organisent, des sites Web se mettent en place. Les revues de théologie et de spiritualité reconnue, regorgent de prises de parole et d’écrits de femmes s’exprimant sur les questions de foi, de spiritualité, de communauté, d’Église. Elles parlent de leur rêve d’une Église solidaire des femmes, d’une Église où tous les membres femmes et hommes seraient responsables dans la participation comme dans la responsabilité et les décisions à tous les niveaux. Elles croient en la force de la vie, vie qu’elle porte, vie qu’elle donne.

Les femmes sont créatrices.  Elles s’inventent de nouveaux rituels pour prier et exprimer leur foi. Elles développent une spiritualité féministe qui intègre leur expérience de femmes et de chrétiennes, Elles prient un Dieu père et mère, un Dieu amour inconditionnel, un Dieu qui les veut vivantes et attentives aux aspirations de leurs sœurs.

Les femmes écrivent, elles s’affirment, elles questionnent. Les publications de femmes sur des sujets qui concernent la théologie en général et la théologie féministe en particulier, la vie ecclésiale, la Bible, la spiritualité… sont légion. Nous n’en citerons que quelques-unes publiées par des femmes qui militent dans des groupes de chrétiennes féministes au Québec.

Depuis 1976, et encore aujourd’hui, la collective l’Autre parole publie une brochure ou théologiennes et praticiennes présentent des analyses, des réflexions, des témoignages. À leur façon, elles contribuent grandement à la formation d’une pensée critique et éclairée. Les femmes y trouvent un souffle inspirant et prometteur de liberté et de solidarité. De son côté, par le biais de son bulletin Reli-femmes, l’Association des religieuses pour la promotion de la femme [ARPF] participe à la diffusion des études et de la pensée féministe du groupe.

Le groupe Femmes et Ministères fait paraître en 1988 «Les soutanes roses ; portrait du personnel pastoral féminin au Québec ». 75 La recherche nous dit qui sont ces femmes, ce qu’elles font, ce qu’elles vivent, quelle est leur place dans le contexte de l’organisation ecclésiale. Nous prenons conscience des souffrances et des aspirations des femmes agentes de pastorale, de leur vision d’Église. Elle veulent répondre à un appel à servir mais ne craignent pas de dire qu’elles désirent aussi contribuer au renouveau et à l’évolution de l’Église. 76   Il s’agit de la première recherche de type sociologique entreprise depuis que les femmes sont entrées à l’emploi de l’Église.

En 1989, Monique Dumais et Marie-Andrée Roy dirigent Souffles de femmes : lectures féministes de la religion. 77 Fruit de la présence du mouvement des femmes dans le champ religieux, l’ouvrage fait le point sur la parole émergente des femmes dans les études religieuses. Il est issu d’une pratique de changement de la condition des femmes dans l’Église.

Deux ans plus tard, dans Partenaires en Église : femmes et homme à part égale 78 , Yvonne Bergeron  fait écho aux études bibliques qui renouvellent la manière de poser la question du partenariat dans l’Église. L’auteure nomme les résistances, discute les arguments utilisés pour maintenir le statut quo.

Viendra en 1995, Voix de femmes, Voies de passage, pratiques pastorales et enjeux ecclésiaux, 79 publié par le Réseau Femmes et Ministères. Il s’agit d’une recherche sur les pratiques pastorales et les enjeux ecclésiaux. Les femmes (225 agentes de pastorale de 22 diocèses) parlent de leur conception de l’Église, des chemins parcourus et des autres à inventer, des avancées et des reculs qui scandent des passages vers une autre façon de faire Église. Par leur manière d’être et d’agir, elles questionnent certaines positions du Magistère. Au nom de leur foi, au nom d’une Tradition vivante, elles revendiquent une véritable égalité entre les hommes et les femmes dans l’Église. Les auteures font l’interprétation théologique des pratiques pastorales de ces femmes et identifient des enjeux ecclésiaux qui invitent à l’audace du renouveau.

Suivra en octobre  la publication du guide d’animation ; Voix d’espérance : démarches d’animation pour une Église en changement. 80 Ce guide constitue un outil d’animation qui provoque la participation, la prise de décision créatrice, le questionnement des pratiques et l’engagement dans un processus de transformation effective. Dix-neuf démarches d’animation pour approfondir et poursuivre la recherche-action Voix de femmes, voies de passage.

Mentionnons aussi  Les ouvrières de l’Église, 81 une sociologie de l’affirmation des femmes dans l’Église. Marie-Andrée Roy nous dit que malgré la production d’une théologie féministe, l’établissement de réseaux de solidarité, le vaste réseau d’ouvrières à l’œuvre, rien ne semble altérer la nature profonde de l’institution et de son pouvoir qui demeure profondément patriarcal.

Tous ces écrits ne sont qu’un faible échantillon de tous ces travaux qui contribuent à l’éveil de la conscience  et à la diffusion de la réflexion, des analyses  et des recherches féministes.

4. …Et certaines passent à l’action de transgression

Le mouvement pour l’ordination des femmes prend de l’ampleur dans le monde. En 2001, à Dublin 82 , se rencontrent  plusieurs groupes  travaillant à l’inclusion des femmes dans un ministère presbytéral renouvelé à l’intérieur de l’Église catholique sous le thème  Le temps est venu : Célébration de l’appel des femmes au presbytérat renouvelé dans l’Église catholique. L’organisation est sous la responsabilité de Women’s Ordination Worlwide  (WOW),  réseau mondial pour l’ordination. Les 370 participantes et participants arrivent de 26 pays et de 6 continents L’assemblée vote onze résolutions d’action visant le droit de débattre de l’ordination des femmes et d’en promouvoir la cause. Une Québécoise membre de Femmes et Ministères s’est rendue à Dublin pour la conférence. 83

WOW tiendra une deuxième rencontre œcuménique internationale sur l’ordination des femmes 84 à Ottawa en 2005. Le thème choisi:  Breaking Silence, Breaking Bread: Christ Calls Women to Lead? Près de 500 personnes, femmes et hommes de 20 pays différents y assistent.  Dans un communiqué final, les participantes demandent au Saint-Siège de reconnaître la vocation baptismale des femmes, le diaconat pour les femmes et en appellent à l’ensemble du Peuple de Dieu pour que soit reconnue la validité de l’appel des femmes au sacerdoce. Une troisième conférence se tiendra à Rome en 2009.

Autre fait à signaler : des femmes posent un geste de transgression et se font ordonner prêtres. Le 29 juin 2002, sept femmes 85 sont ordonnées prêtres à Passau en Allemagne. Alors naît le mouvement RCWP 86 dont le but est de favoriser la pleine accession de femmes à la prêtrise en conformité avec les exigences du rituel romain.

Puis en 2003, ce sera au tour d’une dominicaine en Espagne. 87 En 2004, six femmes 88 deviendront diacre sur le Danube. L’une elle accèdera à la prêtrise le 2 juillet 2005 à Lyon, en France. 89

Le 25 juillet 2005, neuf femmes dont la canadienne Michele Birch-Conery, sont ordonnées à leur tour par deux femmes devenues évêques en 2003. 90 Pour bien symboliser la précarité de la situation de la femme en Église, l’événement se déroulera sur un bateau naviguant dans les eaux internationales du golfe du Saint-Laurent.

Nous savons que d’autres femmes se préparent actuellement  en vue de l’ordination sacerdotale dans les mois qui viennent.  Ces femmes disent répondre à un appel du Seigneur. Formées en théologie, certaines se consacrent à la problématique du sacerdoce depuis de nombreuses années. 91

CONCLUSION

Après avoir mis en parallèle l’engagement historique des femmes, eu égard à leur évolution sociale au cours du dernier siècle, nous sommes peut-être plus à même de comprendre la mission de celles qui s’identifient comme « féministes chrétiennes ».  Ce sont elles qui personnifient cette histoire croisée entre le monde civil et le monde religieux.  Elles sont à l’avant-garde  des changements réalisés pour un monde et une Église où femmes et hommes seront reconnus à part entière. Comme nous l’avons vu tout au long du texte, elles portent en elles une espérance têtue qui les invite à chercher et à ouvrir de nouvelles voies porteuses de justice, d’égalité et d’amour.

Depuis longtemps, les féministes chrétiennes, à cause même de leur foi, se sentent autant interpellées par ce que vivent les femmes aux plans politique, économique, social, culturel qu’au plan ecclésial.

C’est aussi  au nom d’un certain humanisme que les chrétiennes féministes s’unissent aux groupes sociaux. Des femmes venant de tous les coins de la planète ont confirmé la discrimination, l’exploitation, la pauvreté et la violence dont les femmes sont victimes un peu partout dans le monde. En tant que femmes elles ne peuvent  accepter une situation aussi dramatique. Elles se sentent directement concernées. Elles croient que les femmes ont droit à la pleine reconnaissance de leur identité, au respect de leur dignité et de leur intégrité physique, psychologique, intellectuelle et religieuse. Il leur est impossible de voir  souffrir tant de personnes et de rester indifférentes, inactives, silencieuses ou passives. Il y a une solidarité humaine à développer devant ces problèmes vécus par des millions de femmes. . Elles répondent ainsi à l’appel inscrit dans la constitution pastorale « L’Église dans le monde de ce temps »  qui invite les chrétiennes et les chrétiens à devenir partie prenante de la transformation du monde pour une vie meilleure.

Pour ces chrétiennes joindre leur voix à celles d’autres femmes c’est aussi accomplir une œuvre évangélique. Ne faudrait-il pas envisager une application pleine et entière de la parole prophétique de Jean Paul II qui disait que « toutes discriminations constituent une injustice intolérable. » 

Cette grande percée socio-historique  n’est pas sans les conduire à un questionnement profond au sein même de leur Église. En effet, il faut le dire, beaucoup de femmes sont souffrantes dans l’Église; souffrantes de sentir une Église interpeller la société face aux discriminations et  de sentir cette même Église faire la sourde oreille à leur demande de reconnaissance effective, souffrantes de constater le mouvement de démobilisation présent au sein de l’Église, de constater que plusieurs de leurs sœurs ne veulent plus écouter les messages de patience et de soumission qui ont fait d’elles des sans-voix et des sans-pouvoir dans leur propre Église.  Écouter la détresse de ces femmes devient pour elles une urgence.

Et si des femmes manifestent haut et fort certains de leurs rêves, si elles luttent courageusement sans lâcher prise,  il faut y percevoir le reflet de leur projet de vivre à l’intérieur d’une Église qui est leur Église, d’une Église qu’elles aiment, d’une Église qu’elles veulent le plus possible  fidèle au message d’amour et de fraternité de Jésus qui les invite à se tenir debout, à ne pas laisser la lumière sous le boisseau. Elles rêvent du jour ou les barrières qui ont nom d’exclusion, où les murs qui ont nom de préjugés, où les obstacles qui ont nom de discrimination ou de non-reconnaissance effective  pourraient s’estomper pour faire place à la cohumanité, à la mutualité  et au partenariat véritable.

Annine Parent
Juillet 2006


NOTES

1) Le Parlement de Québec accepte la Charte des droits et libertés de la personne par un vote unanime le 27 juin 1975; l’entrée en vigueur se fera un an plus tard soit le 28 juin 1976.
2) Le 21 septembre 1979, nomination de madame Lise Payette ministre à la condition féminine sous le gouvernement péquiste de René Lévesque. Un secrétariat à la condition des femmes est mis en place pour la seconder dans son travail.
3) Ga 3,28 ; Col 3,1
4) La délégation du Vatican était dirigée par Mgr Paul Josef Cordes, vice-président du Conseil pontifical pour les laïcs.
5) Annine Parent et Marie Thérèse Olivier.
6) Sœurs Jeannette Létourneau ndps. et Juliette Létourneau ndps.
7) 180 pays participants à la Conférence du Caire.
8) Site internet de la Conférence de Beijing.
9) Gisèle Turcot sbc, Huguette Labrecque-Marcoux et Hélène Roberge.
10) 49e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU (CCFNU) à New-York.
11) 23e session extraordinaire, convoquée par l’Assemblée générale et tenue au siège des Nations unies à New-York.
12) Kofi Annam, secrétaire général des Nations-Unies depuis 1997
13) Initiative de la Fédération des femmes du Québec, 850 femmes ont quitté Montréal le 26 mai pour entrer à Québec le 4 juin.
14) Initiée par la Fédération des femmes du Québec. Événement charnière dans l’histoire des mouvements féministes internationaux.
15) Louise Fréchette, vice secrétaire générale de l’ONU et Angela King, conseillère spéciale de Kofi Annan sur la question du genre reçoivent la délégation internationale.
16) 5 084 546 cartes portant des signatures d’appui pour exiger des décideurs politiques et économiques de mettre un terme définitif à la pauvreté et à toutes les violences envers les femmes.
17) Sur la Grande Place Desjardins à Montréal
18) Monsieur Lucien Bouchard, premier ministre du Québec.
19) Monsieur Jean Chrétien, premier ministre du Canada.
20) L’Intergroupe est formé des groupes suivants : Femmes et Ministères, les répondantes diocésaines à la condition des femmes, la collective l’Autre Parole, l’AFEAS, l’Association des religieuses pour la promotion de la femme, le Réseau œcuménique des femmes, les Femmes chrétiennes.
21) À Sao Paulo, 40 000 personnes manifestent lors du départ de la Charte mondiale des femmes le 8 mars 2005.
22) La Charte mondiale des femmes pour l’humanité est arrivé par bateau à Québec le 7 mai 2005 avant de faire route vers la Turquie.
23) Extrait du discours de Michèle Asselin, présidente de la fédération des femmes du Québec lors de du passage de la Charte mondiale des femmes à Québec le 29 avril 2005.
24) Le Conseil du statut de la femme a déposé son rapport le 20 septembre 1978
25) Sous la présidence de Mgr Louis-Albert Vachon, archevêque de Québec et membre du comité épiscopal des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec.
26) Sous la présidence de Mgr Bernard Hubert, évêque de St-Jean Longueuil et président du comité des affaires sociales à l’Assemblée des évêques du Québec.
27) « Et si on racontait le féminisme », Bilan des actions Comité des affaires sociales AEQ, mars 1989.
28) Mgr Bernard Hubert, président du Comité des affaires sociales, Assemblée des évêques du Québec.
29) Lettre de Mgr Bernard Hubert, président du comité des affaires sociales à l’AEQ, le 22 avril 1981.
30) Cf 1S3, 4 -20.
31) Mgr Gérard Coderre, évêque du diocèse de St-Jean au Québec.
32) Lors de la 3e session du Concile Vatican II
33) Mgr Georges Flahiff, président de la CECC et membre de la délégation canadienne au synode sur la Justice dans le monde tenu à Rome en 1971.
34) Selon Ministeria quaedam, lettre apostolique de Paul VI, 15 août 1972.
35) Recommandation transmise à Mgr Jean Villot par Mgr Jean-Marie Fortier, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.
36) Inter Insigniores, déclaration de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, 15 octobre 1976.
37) Visite que font les évêques environ tous les cinq ans à Rome dans le but de partager avec le Saint-Père et ses collaborateurs sur les principaux aspects de la vie de l’Église du Québec.
38) Lettre de Gilles Thibault aux répondantes le 9 décembre 1982.
39) Commision relevant de la Conférence des évêques catholiques du Canada.
40) Rapport de 1984.
41) 825 femmes laïques et 3215 religieuses exerçant au Canada une tâche pastorale. Pour le Québec, 724 femmes laïques et 1259 religieuses.
42) Rita Beauchamp (Valleyfield), Angela Bourgeois (Shediac NB), Marguerite Cloutier, permanente à la CECC, Jean Forest (Edmonton), Élisabeth Lacelle (Ottawa), Mary Malone (Sacarboro Ont), Patricia O’Really (Ottawa), Annine Parent-Fortin, Annine (Québec), Mgr Raymond St-Gelais (Saint-Jérôme) et Mgr James L. Doyle (Peterborough Ont)., et Anita Bissonnette, secrétaire du groupe.
43) La trousse d’animation Les femmes dans l’Église, est souvent nommée sous l’appellation Le dossier, à cause de la couleur de sa couverture.
44) Lucie Robillard, « Et si on se racontait le féminisme », Bilan des activités du Comité des affaires sociales et du Réseau des répondantes diocésaines à la condition des femmes, mars 1989.
45) Mgr Robert Lebel, évêque de Valleyfield, membre de la délégation de la Conférence des évêques catholiques du Canada.
46) Mgr Louis-Albert Vachon, archevêque de Québec, membre de la délégation de la Conférence des évêques catholiques du Canada.
47) Mgr Bernard Hubert, évêque de St-Jean-Longueuil, président de la CECC et membre de la délégation des évêques catholiques du Canada.
48) Janet Summerville de Toronto et Annine Parent de Québec.
49) Justice et foi dans notre milieu, Commission d’étude sur l’engagement des groupes dans la justice sociale et la transmission de la foi. Diocèse de Québec 1984. Seize recommandations demanderont de susciter des rapports d’égalité entre hommes et femmes, de réagir à la pauvreté et à la non-reconnaissance des femmes ; d’enrayer la violence faite aux femmes ; de proclamer en paroles et en actes l’égalité des filles et des fils de Dieu.
50) Mgr Bernard Hubert, 7 décembre 1984.
51) La décennie prend fin lors de la 8e Assemblée du Conseil œcuménique des Église à Harare au Zimbabwe du 27 au 30 novembre 1998. Analyse de 75 visites d’équipes à 330 Église, 68 conseils nationaux et environ 650 groupe de femmes.
52) Le bill du suffrage féminin fut adopté en 3e lecture sur division en 1940.
53) Monsieur Adélard Godbout, premier ministre du Québec du 8 novembre 1939 au 30 août 1944.
54) Monsieur Télesphore Damien Bouchard, ministre de la Voirie et des travaux publics à la même période.
55) La célébration de la parole a lieu le 19 avril 1990.
56) Commentaire d’introduction, feuillet de la célébration de la parole.
57) D’après la formulation du théologien dominicain Marie-Dominique Chenu.
58) Rolande Parrot, « Des résistances aux alliances », Église canadienne, Éditorial, 10 mai 1990.
59) La loi synodale du diocèse de Québec, 8 décembre 1995, p. 49
60) La loi synodale du diocèse de Québec, 8 décembre 1995.
61) Ordinatio sacerdotalis, 22 mai 1994.
62) Document de la Congrégation pour la doctrine de la foi, 18 novembre 1995.
63) Loi synodale du diocèse de Québec, 8 décembre 1995,1995 p. 50
64) Synode diocésain de Montréal, Orientations pastorales, 28 avril 1999, p. 24.
65) Synode diocésain de Montréal, Orientations pastorales, 28 avril 1999, p. 36.
66) Synode de Montréal, Orientations pastorales, 28 avril 1999, p. 43.
67) Hélène Chenier, Annine Parent, Marie-Hélène Carette, Jean Périgny ptre, Daniel Fradette.
68) Mgr Clément Fecteau, Pierre-André Fournier ptre, Annine Parent et Gisèle Marquis.
69) Pleins feux sur le partenariat en Église, Actes du symposium Le partenariat hommes et femmes en Église. Montréal, Paulines, 1997.
70) Céline Girard, Des outres neuves pour le vin nouveau, Démarche pour développer une culture partenariale en Église, Montréal, Paulines, 1997.
71) Un comité organisateur (Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau, Céline Girard et Annine Parent) travaillera cinq ans pour réaliser les deux étapes du projet.
72) Colloque Virage 2000, à la recherche d’alternatives libératrices, du 12 au 14 mai 2000, au 4873, avenue Westmount à Montréal.
73) Guide d’animation sous la direction de Jacynthe Fortin, 2002,.
74) Appui au synode du peuple catholique 2001, site internet de Culture et foi.
75) Les soutanes roses; portrait du personnel pastoral féminin qu Québec, Sarah Bélanger, Les Éditions Bellarmin, 1962,
76) Idem p. 225
77) Ouvrage pluridiscipinaire, Souffles de femmes : lectures féministes de la religion, Monique Dumais et Marie-Andrée Roy, Éditions Paulines/Mediaspaul, 1989.
78) Partenaires en Église; femmes et hommes à part égale, Yvonne Bergeron, Éditions Paulines, 1991
79) L. Baroni, Y.Bergeron, M. Laguë Voix de femmes, Voies de passage, pratiques pastorales et enjeux ecclésiaux, Montréal, Éditions Paulines,1995.
80) Céline Girard et Gisèle Bricault Lorange, Voix d’espérance : démarches d’animation pour une Église en changement, Montréal, Paulines, 1995.
81) Roy, Marie-Andrée, Les ouvrières de l’Église, Montréal, Mediaspaul, 1996.
82) À Dublin en Irlande, du 29 juin au 1 juillet 2001, première conférence internationale, Célébration de l’appel des femmes au presbytérat renouvelé à l’intérieur de l’Église catholique.
83) Pauline Jacob, doctorante en théologie à l’Université de Montréal.
84) Université Carleton, Ottawa, 22 au 24 juillet 2005- Conférencières : Elisabeth Schüssler Fiorenza, Rosemary Radford Ruether. Participantes en table ronde : Mary Hunt, Theresa Hinga, Pilar Aquino et Myra Poole.
85) Quatre sont allemandes Ida Räming, Iris Müller, Gisela Forster, Pia Brunner, deux sont autrichiennes (Christine Mayr-Lumetzberger et soeur Adelinde Theresia Roitinger) et une est américaine connue sous le pseudonyme d’Angela White.
86) Roman catholic Womenpriests Program.
87) Sœur Patricia Fresen, d’Afrique du Sud, dominicaine, qui sera par la suite expulsée de son ordre sous la pression du Vatican.
88) Michele Birch-Conery du Canada; Victoria Rue et Jillian Farley des États-Unis ; Geneviève Beney de France ; Monika Wyss de Suisse ; et Astrid Indricane de Lettonie.
89) La française, Geneviève Beney.
90) Christine Mayr-Lumetzberger d’Autriche et Gisela Forster, Allemagne.
91) Souces d’informations : site web Culture et Foi, HYPERLINK « http://www.culture-et-foi.com/ »www.culture-et-foi.com Dossier ordination et coups de cœur, sites du mois, juillet-août 2001.

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A propos Annine Parent

Cofondatrice et membre active du réseau Femmes et Ministères, Annine Parent a travaillé durant 25 ans au diocèse de Québec dont 12 années comme directrice de la pastorale d’ensemble. En 1987, à titre d’experte, elle accompagna la délégation des évêques canadiens au « Synode sur la vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde ». Elle est détentrice d'un doctorat honorifique en théologie pastorale du Collège universitaire dominicain (Ottawa, 2008).

Une réflexion au sujet de « Femmes dans la cité et femmes dans l’Église : une histoire croisée »

  1. Bravo pour cette synthèse que je viens de découvrir avec bonheur! Nous sentons dans votre texte tout le dynamisme du mouvement pour la libération des femmes, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Église, toute la détermination, malgré les embûches qui n’en finissent plus de surgir de toutes parts. Bravo, les femmes!

    Ne lâchez pas! Nous avons besoin de vous, à part entière, pour bâtir, ensemble, un avenir meilleur. C’est une urgence planétaire! L’avenir de la vie sur Terre repose sur notre capacité à réaliser ensemble un projet d’amour … pour la suite du monde: Terre habitable pour toutes et pour tous. C’est un projet pour des hommes et des femmes … à part entière.

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