Des revendications de femmes en Église depuis les années 1970

Des femmes demandent aux évêques d’agir
Documents recueillis par Annine Parent.

PRÉSENTATION

De 1970 jusqu’à nos jours, les propositions d’actions concernant les femmes en Église ont été nombreuses. Qu’elles proviennent de la Conférence des évêques catholiques du Canada, de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, d’organisations diocésaines ou de groupes reliés à l’Église, ces propositions portaient un diagnostic sur des situations problématiques vécues par les femmes et invitaient à prendre des mesures concrètes afin d’améliorer la condition des femmes en Église. Elles visaient un mieux vivre, un mieux être ensemble, une reconnaissance effective des femmes en Église. 

Nous pouvons nous réjouir du fait, qu’aujourd’hui, en revisitant ces propositions, nous sommes en mesure de nommer certains acquis. Ces différentes instances ont contribué, chacune à leur façon, à améliorer la condition des femmes en Église. Cependant, nous n’ignorons pas qu’il reste encore beaucoup de travail à faire avant que toutes ces volontés de changement, ces propositions d’actions, deviennent réalité.

Il est important de rappeler à notre souvenir le fruit des travaux de ceux et celles qui nous ont précédés, de réaliser le fruit de leurs efforts et en même temps de rester vigilants pour que demeure vivante cette volonté de voir advenir une Église où femmes et hommes baptisés vivront dans l’égalité et la mutualité.


LISTE DES DOCUMENTS

1970 – GROUPE DE FEMMES D’EDMONTON

1971 – MÉMOIRE D’UN GROUPE DE FEMMES CANADIENNES-FRANÇAISES

1972 – COMITÉ DE LA C.É.C.C. SUR LE RÔLE DE LA FEMME DANS L’ÉGLISE ET LA SOCIÉTÉ

1975 – LA FEMME CHRÉTIENNE, UN AGENT DE CHANGEMENT DANS L’ÉGLISE

1981 – LES CHRÉTIENS POUR UNE ÉGLISE POPULAIRE

1982 – TABLE DE CONSULTATION DE LA CECC

1982 – RECOMMANDATIONS DE L’AFEAS

1984 – COMITÉ AD HOC DE LA CECC SUR LE RÔLE DE LA FEMME EN ÉGLISE

1984 – DES HOMMES APPUIENT LES FEMMES EN ÉGLISE

1984 – COMMISSION JUSTICE ET FOI

1986 – LE MOUVEMENT DES FEMMES ET L’ÉGLISE

1986 – LES FEMMES DANS L’ÉGLISE DE MONTRÉAL

1987 – SYNTHÈSE DES MÉMOIRES PRÉSENTÉS À LA DÉLÉGATION DU SYNODE

1987 – COMITÉ DE PROMOTION DE LA FEMME DE LA CONGRÉGATION DES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME-DU-SACRÉ-CŒUR

1988 – DÉFIS À L’AUBE DU 21e SIÈCLE – CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES

1995 – SYNODE DU DIOCÈSE DE QUÉBEC

1999 – SYNODE DE MONTRÉAL

1999 – PROJET DE DECLARATION D’HELSINKI

2001 – SYNODE SUR LE RÔLE ET LA MISSION DE L’ÉVÊQUE DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI (SYNODE PARALLÈLE DU PEUPLE DE DIEU)


GROUPE DE FEMMES D’EDMONTON  

En 1970, Dans le contexte du synode sur « Le sacerdoce ministériel et la justice dans le monde » (1971), des femmes vont prendre l’initiative d’interpeller et de réclamer un dialogue avec les évêques. L’événement déclencheur viendra de l’Alberta avec le Edmonton Women’s group. À la suite d’une large consultation, ces femmes préparent des recommandations et sollicitent une rencontre avec les évêques réunis en assemblée plénière pour la préparation du synode. 

Dans un mémoire sur le statut des femmes dans l’Église, elles demandent aux évêques :

1.   De déclarer clairement et sans équivoque, que les femmes sont des membres à part entière avec des droits égaux dans l’Église;

2.   D’intervenir fermement et immédiatement auprès du Vatican pour demander que toutes les barrières discriminatoires contre les femmes sont abolies; d’encourager les femmes intéressées à poursuivre elles-mêmes leur formation en vue de servir comme diaconesses et/ou comme prêtres;

3.   De préciser que les femmes œuvrant dans le ministère avec les prêtres doivent être considérées au même titre que les autres membres de l’équipe;

4.   De nommer suffisamment de femmes qualifiées pour faire partie des comités de la Conférence des Évêques Catholiques du Canada

5.   D’étudier le programme de formation destiné aux prêtres dans les séminaires e de demander que l’on élimine de l’enseignement tout ce qui suppose ou affirme que les femmes sont inférieures aux hommes;

6.   D’inviter les prêtres à suivre des sessions de ressourcement où l’on consacre beaucoup de temps et d’étude à la recherche d’une meilleure compréhension de la sexualité humaine et du mariage;

7.   D’insister auprès des prêtres pour que les cours de préparation au mariage, les sermons et les retraites fassent valoir la dignité des femmes et leur égalité comme partenaires dans le mariage;

8.   De nommer des femmes aux conseils diocésains de direction, dans les tribunaux ecclésiastiques et autres organismes diocésains jusque-là réservés aux hommes, mais qui traitent de questions qui préoccupent tous les membres de l’Église;

9.   Par tous les moyens jugés appropriés (peut-être par des lettres pastorales), d’inviter le clergé à favoriser une participation active des femmes dans la vie de l’Église au niveau paroissial, avec égalité des chances de prendre part aux décisions dans les organismes paroissiaux.

 

Tiré de Calendrier des activités concernant la Conférence des Évêques Catholiques du Canada et le rôle des femmes dans la société et dans l’Église, texte de Hans W. Daigeler


MÉMOIRE D’UN GROUPE DE FEMMES CANADIENNES-FRANÇAISES

En avril 1971, à l’occasion de l’Assemblée plénière de l’épiscopat canadien, un groupe de femmes francophones et anglophones est invité à participer à un atelier de travail sur le statut des femmes. Les francophones et les anglophones se rencontrent pour la séance d’ouverture et la séance de clôture de cet atelier. Pour les autres séances, les femmes se regroupent sur une base linguistique. Nous avons retenu pour l’analyse, le mémoire élaboré par les femmes francophones. Celui-ci soulève une série d’interrogations sur différents aspects de la vie ecclésiale. Les rédactrices questionnent les images véhiculées par l’enseignement et la vie de l’Église, notamment celle de la relation homme-femme et celle de la femme reliée constamment à la maternité. Est-ce parce que l’Église considère la femme me une créature « menaçante » ou « mineure » ou « purement motion et nature » ou « productrice d’enfants » Qu’elle continue à l’exclure de certaines ministères et services. Elles questionnent la place des laïcs et plus particulièrement des femmes dans l’organisation de la vie ecclésiale; les femmes ne sont-elles pas encore confinées à des tâches d’exécution technique, de niveau seconda? Au sujet des nominations aux postes de direction dans l’Église, elles demandent aux évêques si à compétence égale les femmes ont vraiment chance égale ? Elles soulèvent la nécessité de repenser les réalités de vie fondamentales comme le mariage, le sacerdoce, le célibat sacerdotal, à partir de la vie de la communauté chrétienne. Elles demandent aux évêques s’ils sont capables d’accepter des modèles différenciés de la vie familiale, sacerdotale. 

Ces femmes venant de différents milieux, formulent par la suite une série de voeux touchant l’animation pastorale et la situation des femmes dans la société; elles souhaitent notamment une communauté diocésaine plus engagée socialement et demandent que soit favorisé l’établissement de cliniques de planification familiale.

En ce qui a trait à la condition des femmes dans l’Église une série de « vœux » est formulée :

« Pour que notre communauté soit le signe et la réalité d’une communauté fraternelle évangélique où hommes et femmes, en collaboration mutuelle (au niveau de la réflexion, des décisions et de l’exécution) sont au service de sa vie interne dans le monde :

−   Que soit encouragée et assurée la présence de femmes qualifiées dans tous les organismes qui élaborent cette vie : Conférence Catholique Canadienne, Conférence Religieuse Canadienne, Organismes diocésains et paroissiaux.

−   Que soit rendu possible pour la femme l’accès à de ministères (incluant le diaconat et le sacerdoce) qui peuvent s’exprimer dans des vocations personnelles et à partir des besoins des communautés diocésaines particulières

−   Qu’à cet effet les évêques encouragent la révision de certaines lois ecclésiastiques désuètes mais encore contraignantes qui ne sont pas fondées sur la Révélation ni sur une anthropologie sexuelle adéquate (cf. entre autres, le cas du diaconat et l’exclusion explicite de la femme, au no 29 de Lumen Gentium.

−   Pour que l’Église garde sa crédibilité, elle doit observer les mêmes normes de justice à l’égard de son propre personnel; nous ne croyons pas qu’il s’agisse de mauvaise volonté, mais plutôt d’ignorance des lois du travail, des conditions syndicales et des réalités économiques; il n’en reste pas moins que les conditions faites aux femmes dans les organismes ecclésiaux sont loin d’être une norme à suivre ailleurs! On devrait leur donner chances égales en salaires et en promotions, par rapport aux hommes, plutôt que de les reléguer aux sempiternelles tâches de secrétaires, quand les compétences sont égales. »

Source : Mémoires des femmes canadiennes-françaises, « La femme dans l’Église et dans la société », L’Église canadienne, vol. 4, no 6, juin-juillet 1971, pp. 184-186.

Groupe des vingt-six femmes :

Mme Gérard Asselin, déléguée de l’AFÉAS nationale, Jonquière;

Mlle Monique Brunelle, journaliste, Québec;

Mme A. Campeau, Ottawa; 

Mlle Anita Caron, directrice du Module des sciences religieuses, Université du Québec à Montréal;

Sœur Lorraine Caza, étudiante en théologie, Ottawa;

Mme Éliette Cliche-Aubry, professeur de sciences religieuses. Rouyn;

Mme Simonne Monet-Chartrand, recherchiste à Radio Canada, Montréal;

Sœur Ghislaine Cormier, Université de Moncton, Moncton;

Mlle Hélène Demers, présidente de l’Association québécoise des professeurs de religion, Montréal;

Mme Denise Despins, travailleuse en éducation familiale, Hull;

Mme Annemarie Dumais, sec, gén., Office des Communications sociales, Rimouski;

Mlle Denise Gauthier, Montréal;

Mme Gisèle Gendron, Beauharnois;

Mme Fernande Juneau, déléguée de la Fédération des Femmes du Québec, Lucerne;

Sœur Élisabeth Lacelle, Ottawa;

Mme Gertrude Langlois, présidente des Unions de famille;

Mme Lucie Leboeuf, Hull;

Mme Marthe Legault, Hull;

Mme Jean Morissette, Joliette;

Soeur Geneviève Paliard, Office du Bien-Être et de la Santé, C.E.C.C., Montréal;

Mlle Angèle Patenaude, St-Félix-de-Valois;

Mme Hélène Pelletier-Baillargeon, adj. À la direction de Maintenant, Montréal;

Mlle Hélène Poliquin, Ottawa;

Mlle Thérèse Potviin, déléguée de la Fédération des Femmes canadiennes-françaises, Ottawa; 

Mme Madeleine Ryan, Montréal;

Mme Élise Saumure, Hull.


  COMITÉ DE LA C.É.C.C. SUR LE RÔLE DE LA FEMME DANS L’ÉGLISE ET LA SOCIÉTÉ 

En mars 1972, à la suite du Synode sur la Justice dans le monde, le conseil d’administration de la C.É.C.C. met sur pied un Comité sur le rôle de la femme dans la société et dans l’Église. Le Comité reçoit pour mandat de préparer un document de travail établissant l’état de la question et indiquant les divers domaines qui pourraient être explorés en vue d’une plus grande participation des femmes à la vie de la société et de l’Église. Le rapport du comité est déposé en mai 1974. 

Corinne Gallant du Nouveau-Brunswick agit à titre de présidente et Bernard A. Prince à celui de coordonnateur. Le Comité est composé de deux groupes linguistiques distincts : Mgr Charles-Henri Lévesque, évêque de Ste-Anne de la Pocatière, Qc; Mgr Thomas B. Fulton, évêque auxiliaire de Toronto, Ont; Renée Brisson, d’Ottawa, Ont; Simone Chartrand, Richelieu, Qc; Corinne Gallant, Moncton, N.B.; Lucie Lebœuf, Montréal-Nord, Qc; Suzanne Mauviel, Orléans, Ont.; Hélène Pelletier-Baillargeon, Montréal, Qc; S. Béatrice Stanton, C.S.C., Hull. Qc; J. (Ann) Dea, Edmonton, Alberta; S. Joan Halmo, Bruno, Saskatchewan; A. Howlett, Montréal. Qc; J.-J. (Mary) Matthews, Willowdale, Ont; S. Ella Zink, S.O.S., Ottawa, Ont.; l’abbé Jean-Paul Mathieu, Sainte-Foy, Qc.

Le rapport de ce Comité devait servir pour des études au plan diocésain et régional et fournir une contribution canadienne aux travaux de la Commission internationale d’étude sur le rôle de la femme dans la société et dans l’Église mise sur pied par le Saint-Siège et relevant directement du pape Paul VI. Elle aura comme objectifs de clarifier et d’analyser la diversité des rôles et devoirs de l’homme et de la femme dans la société actuelle afin de mieux définir et valoriser le rôle de la femme dans l’Église. On doit noter que dès le début, il sera dit que l’on doit exclure la possibilité de l’ordination pour les femmes. 

En 1974, la Commission internationale présentera des suggestions au synode sur l’évangélisation. On demandera « de favoriser la participation des femmes à tous les paliers de l’Église, de promouvoir des efforts d’éducation de la foi et de susciter des études concernant la notion des ministères non ordonnés, la participation des laïques dans les structures du gouvernement de l’Église ». La Commission sera abolie en 1976 et les préoccupations désormais portées par la Commission pontificale au laïcat. La même année, la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi avec l’approbation de Paul VI dira « NON » au ministère de la prêtrise pour les femmes parce que non conforme à la volonté du Christ.

Le groupe francophone1 suggère la réalisation d’une étude qui consisterait en une meilleure identification et compréhension des problèmes des femmes au niveau de la société, du laïcat dans l’Église dans la perspective d’une pastorale d’ensemble renouvelée auprès des groupes officiels et marginaux. Cette étude pourrait tenir compte des ressources déjà existantes et faire appel à des experts en sondage. Elle devrait recevoir un budget proportionnel au sérieux et à l’importance des réponses attendues.

Les membres du groupe :

o   affirment qu’elles resteraient disponibles après le dépôt de cette étude afin de participer aux réalisations au plan diocésain et régional;

o   spécifient qu’elles ne conçoivent pas leur rôle comme celui de simples documentalistes chargées de recueillir des données et des statistiques;

o   elles se voient plutôt comme des agents de liaison susceptibles d’attirer l’attention des évêques sur divers instruments de connaissance du milieu;

o   refusent d’être confinées à des tâches d’exécution technique et secondaire;

o   n’acceptent pas que le comité soit restreint à l’étude des problèmes « féminin » (avortement, garderies); elles entendent saisir l’épiscopat de toutes les interrogations émanant de l’assemblée du laïcat et ayant des incidences socio-économiques, pastorales;

o   proposent un fonctionnement sur une base linguistique régionale impliquant des rencontres directes des femmes mandatées avec les évêques de chacune des régions;

o   demandent que la C.É.C.C. prévoit un budget pour le comité de chaque secteur linguistique;

o   souhaitent pouvoir s’adjoindre des personnes-ressources en fonction des thèmes particuliers qu’elles auront à traiter;

o   demandent enfin que les réunions du Comité soient tenues alternativement dans diverses régions du Québec et des régions francophones des autres provinces qui en exprimeraient le désir afin de permettre au Comité de mieux axer ses projets d’action sur les attentes concrètes de ces régions en intégrant à ses discussions la participation de militantes locales.

Suite à la présentation de ce rapport, l’exécutif de la C.É.C.C. décide, dans une brève résolution, que le travail doit se continuer au niveau régional « afin d’assurer des échanges et des décisions plus efficaces ». Il n’en précise pas les modalités et ne prévoit aucun échéancier, aucune ressource humaine et financière pour sa réalisation. Il n’y aura pas d’autre réponse de la C.É.C.C. à l’ensemble des demandes formulées dans le rapport du groupe de femmes francophones et le mandat du Comité ne sera pas reconduit.

1 Le rapport de mai 1974 du groupe francophone est signé par : Corinne Gallant, Yolande Raymond, Béatrice Stanton. Françoise Cadieux, Lucie Leboeuf, Simone Chartrand, Mgr Charles-Henri Lévesque assisté au secrétariat par l’abbé Bernard Prince et Hélène Pelletier-Baillargeon, secrétaire de l’assemblée.


LA FEMME CHRÉTIENNE, UN AGENT DE CHANGEMENT DANS L’ÉGLISE 

En 1975, un groupe du diocèse de Montréal, avec l’appui du Conseil de pastorale du diocèse de Montréal, élabore une vaste recherche qui a pour thème « La femmes chrétienne, un agent de changement dans l’Église ». Le groupe était composé de Colette Cousineau, Jean-Pierre Dion, Serge Levasseur, Thérèse Mandeville. Marie-Thérèse Olivier, Lilianne Plante, Dolorès Riopel, Louis Telmosse, Gisèle Turcot. 

Plus de 400 femmes catholiques du diocèse de ont été interviewées par 70 femmes bénévoles, membres d’associations féminines confessionnelles. En janvier1976 le groupe de recherche publie son rapport qui comprend en première partie un montage d’extraits de textes, d’articles, de réflexions sur la question féminine et plus particulièrement pour la femme en Église. La seconde partie, intitulés « Faits et témoignages », contient les principales données recueillies en cours d’enquête et des extraits d’une dizaine d’interviews en profondeur effectuées auprès de témoins privilégiées. Ces témoins sont : Hélène Pelletier Baillargeon, Hélène Campeau, Anita Caron, Thérèse Casgrain, Reina Comte, Denise Demers, Thérèse Goyer, Michèle Jean. Lucie Leboeuf, Suzanne Rocher, Madeleine Ryan, Rachel Vinet.

I – Recommandations générales

1. Que le Conseil diocésain de pastorale donne un appui la promotion du Dossier dans toutes les paroisse du diocèse pour stimuler la réflexion de la part de tous, sous forme de rencontres et de groupes de discussion pour acheminer des recommandations précises au Coordonnateur général de la pastorale diocésaine, s’il y a lieu.

2. La création d’un Conseil diocésain des laïcs.

3. La création d’un Office la promotion laïcat, avec, en particulier, comme mandat : a) de promouvoir l’information, la formation et la promotion de la femme dans l’Église; b) de former des sous-comités pour procéder à la réalisation de projets jugés utiles et nécessaires; c) d’établir des rapports et collaborer avec d’autres organismes à buts similaires.

4. La création d’un Centre de recherche-documentation qui mette à jour un fichier des personnes qualifiées en matière religieuse et pastorale, et se penche sur les difficultés que vient les chrétiennes aujourd’hui dans le mariage, le célibat, sur la sexualité, offrant aux personnes qui sont en désaccord sur une ou plusieurs positions de l’Église, un moyen de dialogue en Église. v.g. les divorces, séparées, frustres, marginales, etc. Tous les documents cumulés pour la recherche sur : « La femme, un agent de changement dans l’Église » pourraient être remis à ce nouveau Centre.

5. La création d’un Office de la famille intéressé particulièrement à l’éducation chrétienne des enfants, aux problèmes du couple, des familles monoparentales, etc.

6. Que le comité d’organisation de la recherche « La femme, un agent de changement dans l’Église » reste en place, sous la juridiction du Coordonnateur général de la pastorale, jusqu’à ce que soit donné suite aux principales recommandations et aux projets proposés dans le présent rapport.

II – Relations et information 

A)   À l’office pour la promotion du laïcat :

Au niveau des adultes : d’intéresser les Commissions scolaires, les Services d’Éducation des adulte, à des programmes qui pourraient être organisé en ce sens (information des femmes sur les problèmes qu’elles vivent).

Au niveau des éducateurs : de former des éducateurs à travailler en ce sens dans leur propre milieu; d’intéresser les journaux des divers niveaux scolaires à ces problèmes; d’intéresser le Service de presse et les mass média à ces problèmes.

Au niveau des jeunes : d’entrer en contact avec des organismes qui travaillent auprès des jeunes pour une information à donner dans leur milieu sur les problèmes d’intégration vécus par la femme en milieu de travail, dans la famille, dans l’Église, et sur les moyens à promouvoir pour prendre conscience de ses responsabilités dans la vie sociale.

B)   Au Centre diocésain de formation :

D’entreprendre une action éducatrice à tous les niveaux de la vie de L’Église en vue d’un changement des mentalités qui favorise des rapports meilleurs de collaboration entre hommes et femmes – sur un pied d’égalité fondamentale et selon la vocation de chacun- dans l’œuvre d’évangélisation et au niveau des responsabilités pastorales dans l’Église.

III – Formation et éducation

–   que l’Office de la pastorale familiale paroissiale conscientise les pasteurs à la nécessité d’attacher une importance spéciale à l’éducation de la foi des femmes;

–   que l’Office lui-même ou le service de l’éducation de la foi des adultes, ou le Centre diocésain de formation assure une formation spirituelle, doctrinale et pastorale aux femmes selon un contenu et un horaire qui leur conviennent, nommément sur l’éveil religieux de l’enfant, la communication parents-enfants au plans religieux, la « communication sans-perdant », des cours en éducation sexuelle et en croissance personnelle;

–   que le Centre diocésain de formation prévoie des rencontres de formation à l’adresse des femmes qui sont engagées dans l’Église afin qu’elles deviennent de plus en plus des agents multiplicateurs d’information et de formation;

–   que dans les sessions de formation prévues soient inclus l’apprentissage aux relations humaines, cours en leadership, pour assurer une meilleure communication entre les personnes;

–   que L’Office pour la promotion du laïcat, le Service d’éducation de la foi et l’Office des religieux établissent ensemble les mécanismes de collaboration entre les femmes spécialisées en science religieuse et en pastorale et les femmes de la base qui vivent des problèmes de foi et/ou de pratique religieuse ou qui décrochent de l’Église;

–   que les préposés à la formation des futurs prêtres, en accord avec l’Office du clergé, dispensent quelques cours pour rassurer que l’éducation des membres du clergé leur permette de bien comprendre les diverses vocations chrétiennes des femmes et d’engager avec celles-ci une franche collaboration dans les différents secteurs de l’apostolat;

–   que la Chancellerie ou le Service de recherches illustre, d’une part, d’une façon concrète ce qu’est la structure de l’organisation administrative de l’Église et définisse, d’autre part, les Offices et Services mis à la disposition de fidèles pur assurer et coordonner les activités ecclésiales en co-responsabilité avec les membres du Peuple de Dieu;

–   que le Conseil diocésain des religieux et/ou l’office des religieux sensibilise les communautés religieuses d’hommes et de femmes à libérer des effectifs pour la formation et l’information des femmes dans ou en dehors de l’Église à cause de situations particulières, divorces, séparations;

–   que le Conseil diocésain des religieux, en collaboration avec d’autres organismes mandatés par les communautés religieuses encourage et demande même aux communautés de constituer des groupes-relais avec des personnes-ressources pour créer des lieux de concertation favorisant des échanges sur la foi au niveau du vécu des participants;

–   que l’Archevêché, l’Exécutif de celui-ci et les Directeurs d’Offices et Services attachent une importance particulière à la participation des femmes, religieuses et laïques, aux organismes ecclésiaux de réflexion, de planification, de décision et d’évaluation aux niveaux paroissial, diocésain, national et international;

–   que les Évêques de l’Inter-Montréal soient invités à étudier, avec la collaboration des laïcs, hommes et femmes, l’opportunité et les modalités éventuelles de « ministères non-ordonnés », ouverts tant aux femmes qu’aux hommes, et qui seraient institués formellement pour des tâches pastorales et missionnaires;

–   que l’Office de pastorale paroissiale encourage les responsables de paroisses à susciter la participation des femmes pour l’inauguration de services répondant aux besoins de celles-ci et de la paroisse, v.g. garderies, cours, informations : journal, messages téléphoniques enregistrés, service de dépannage, visites aux personnes seules, etc.;

–   que l’office des Œuvres fasse connaître à l’Office pour la promotion du laïcat les divers champs d’activités et les projets dans lesquels des laïcs et les femmes en particulier pourraient apporter leur collaboration.

–   Que l’Archevêché et son Exécutif considèrent la possibilité d’engager des femmes aux postes de direction des Offices et Services diocésains;

–   que les postes de « directeur-adjoint » confiés à des femmes comportent implicitement la notion de co-responsabilité;

–   que l’Office du clergé rende accessible aux hommes et aux femmes des bourses d’étude ou de perfectionnement offertes en sciences religieuses et en pastorale;

Il semble que le rapport « La femme, un agent de changement dans l’Église » et ses recommandations n’ont pas connu de suites significatives. De l’aveu de ses rédactrices dix ans plus tard, la grande majorité des recommandations n’ont pas été appliquées.


LES CHRÉTIENS POUR UNE ÉGLISE POPULAIRE

À l’été 1981, suite à un colloque organisé à Québec en mars 1980, le C.E.P., Chrétiens pour une Église populaire, publie un Manifeste sur la place de la femme dans l’Église. On peut y lire : « Baptisés dans le Christ, nous revêtons le Christ. Nous sommes tous héritiers de la promesse. En cela, l’attitude de Jésus est révolutionnaire et libératrice. Il reconnaît l’égale dignité de la femme avec l’homme. Dans le Christ, c’est l’abolition des divisions entre l’homme et la femme. Plus que cela, c’est l’abolition des inégalités et des rapports de domination. Il faut donc resituer la femme dans le discours évangélique, lui redonner l’importance que Jésus lui avait accordée. Il ne faut plus minimiser le fait que Jésus ait donné son message autant aux femmes qu’aux hommes. Si nous retrouvons nos aspirations de femmes dans les écritures, c’est qu’il y a eu des femmes auxquelles Jésus a confié sa mission et qui ont été à la hauteur de leur tâche. Ces femmes dont les évangiles parlent ont certainement fait des actes de foi reconnus par la communauté, pour qu’elle les ait notés ».

Treize recommandations font partie du manifeste. 

1.    Suite à cette recherche et à cette réflexion, nous, Chrétiens pour une Église populaire, affirmons que nous croyons en l’égalité fondamentale de l’homme et de la femme qui doit se manifester de façon concrète dans le monde où nous vivons et dans l’Église qui est la nôtre.

2.   Pour cela, nous croyons qu’il est essentiel de cesser de définir la femme seulement ou principalement par son rôle de mère. Il faut plutôt la considérer, au même titre que l’homme. Comme une personne totale, avec un esprit capable de réflexion, un cœur capable d’aimer, un corps et une sexualité, la possibilité d’avoir des enfants mais aussi la capacité et le devoir de s’engager sur tous les plans social, politique, ecclésial…

3.   Il nous apparaît nécessaire que les femmes, comme les hommes, participent pleinement à tous les niveaux – paroisse, diocèse, monde- à la vie de l’Église dans tous ses aspects- élaboration du discours officiel, administration financière, pouvoir de décision, synodes, sacrements…- pour que l’Église puisse être vraiment ouverte et représentative de toues les dimensions de la personne humaine et des collectivités.

4.   Nous croyons qu’il est temps que l’Église revoie sa vision actuelle du sacerdoce (le célibat obligatoire, le type de formation, les lieux d’engagement du clergé, ainsi que la nécessité d’être prêtre pour participer au pouvoir de l’Église) afin qu’il soit un ministère accessible aux femmes et aux hommes et qu’il corresponde davantage aux réalités de notre époque et de notre Église.

5.   D’une façon immédiate, il nous apparaît  prioritaire que les femmes participent à l’élaboration du discours officiel de l’Église tout ce qui touche la sexualité et la famille (mage, divorce, contraception, avortement).

6.   Nous croyons essentiel que de plus en  plus de femme travaillent à l’élaboration d’une théologie faite par et pour les femmes; que cette théologie soit largement diffusée et enseignée. Nous croyons également important que les facultés de théologie engagent un nombre grandissant de professeurs féminins.

7.   Nous recommandons que les femmes développent de nouvelles façons de voir leur vie et leur foi chrétienne à partir de leur condition de femme et en lien avec toutes les formes d’oppression qui existent dans la société.

8.   Il nous apparaît important de développer une nouvelle catéchèse biblique qui démontre la place des femmes auprès de Jésus dans l’Église primitive.

9.   Nous croyons nécessaire de redécouvrir le visage et le rôle de Marie, mère de Jésus, femme incarnée et active, afin que les hommes et les femmes d’aujourd’hui puissent se reconnaître en elle.

10.   Étant donné que les femmes constituent la majorité des participants dans les paroisses, nous recommandons qu’elles n’acceptent plus le discours paternaliste du clergé, qu’elles participent à l’élaboration et à la proclamation des homélies, qu’elles suscitent dans leur paroisse des rencontres hommes-femmes afin de rétablir une liturgie et un discours exempts de tout sexisme, sur la base d’une théologie qui valorise la femme à part entière.

11.   Nous recommandons que là où il y a surtout des hommes, les femmes qui se sentent interpellées à prendre leur place au niveau pastoral dans l’Église, le disent et réclament d’y travailler et qu’elles soient appuyées par d’autres en ce sens.

12.   Nous recommandons que les chrétiennes, laïques et religieuses, à l’instar des autres féministes, établissent des groupes de réflexion, qu’elles réfléchissent sur leur corps, leurs responsabilités et leur participation dans l’Église.

13.   Nous recommandons que les femmes chrétiennes participent aux luttes pour les droits des femmes dans la société.

C.E.P. (Chrétiens pour une Église populaire), Manifeste sur la place des femmes dans l’Église, Québec 1981.


TABLE DE CONSULTATION DE LA CECC

Les 20 et 21  mars 1982,  la CECC  convoquait à une table de consultation  sept  femmes représentant  différents organes ecclésiastiques et organismes sociaux et scientifiques, pour, avec elles,  faire le point de la situation des femmes et lui soumettre des propositions.  La base des travaux est  était un sondage réalisé l’année précédente sous la direction de Hans Daigeler, théologien laïc chargé de la section du laïcat au bureau de la Conférence des évêques du Canada. 

 L’objectif est de voir comment il serait possible de donner des suites aux diverses recommandations reçues à la C.E.C.C. dans les années 1970 à 1980 soit par des interventions officielles ou des comités de la CECC, soit par des Églises régionales  ou des groupes particuliers. 

Les questions suivantes avaient été soumises à leur intention.

a. Quelle pourrait être la participation des femmes catholiques dans la société canadienne ? Quels sont les facteurs qui entravent leur participation et comment pouvons-nous intensifier leur rôle ?

b. Que faire, de façon précise, pour encourager et appuyer la participation des femmes catholiques aux associations féminines non-confessionnelles, tel le « Comité National d’action pour le Statut de la Femme » et à ses organismes affiliés ?

c. Qu’est-ce qui pourrait être fait pour maintenir les progrès réalisés depuis 1971 quant à la place de la femme dans l’Église ?

d. Comment pouvons-nous promouvoir la progression dans les domaines ou les changements se sont avérés moins rapides ?

Les sept femmes consultées étaient : Mesdames Mildred Moir ; Verna Morgan ; Ann Dea, membre du Conseil pour le Statut de la Femme ; Dorothee Bocklehurst, de l’Association des Femmes Catholiques ; Elisabeth Lacelle, théologienne de l’Uni­versité d’Ottawa et deux religieuses, Gisèle Turcot, sbc, secré­taire générale de l’Assemblée des Évêques du Québec et Louise Côté, cnd,  présidente de la Fédéra­tion des religieuses canadiennes. Au bout de deux jours d’un travail intense, elles ont soumis aux évêques une série de recomman­dations. 

Après deux jours de travail intense,  elles ont soumis aux évêques une série de recommandations.

 

1. Un mandat pastoral pour les travailleuses en Église, Les femmes sont très actives dans di­vers secteurs du diocèse, mais leurs activités sont souvent liées à une interprétation plus ou moins large de la loi ecclésiale dans leur milieu. La reconnaissance officielle des tâches nombreuses accomplies par les fem­mes s’impose. Le mandat officiel confère le pouvoir au ministre et confirme publique­ment qu’il n’exerce pas son ministère à titre personnel, mais qu’il fait œuvre d’Église. Nous recommandons que le travail actuel des femmes et les nouveaux ministères qui se­ront instaurés soient reconnus par un man­dat officiel de l’Église.

2. Une commission d’étude sur l’état de la situation, une assemblée générale de la conférence épiscopale sur le rôle des femmes dans l’Église, des conseils consultatifs féminins et une participation active et concrète des  femmes à toutes les étapes de la consultation, de la recherche et de la prise de décision et  de plus la mise en place d’un mécanisme permettraient aux femmes dans l’Église d’être leur propre porte-parole sur différentes questions. Nous recommandons la création d’une commission d’étude qui suivrait la mise en œuvre des recommandations et réaliserait une étude et un dossier sur l’état de la ques­tion en vue d’en informer la Conférence des Évêques.

3.  « La réconciliation et la pénitence dans la mission de l’Église » sera le thème du synode de 1983. Les relations entre hommes et femmes dans l’Église demeurent’ un do­maine où la réconciliation s’impose en raison de la situation de la femme dans l’histoire de l’Église. Dans cette optique nous recomman­dons qu’un comité mixte de femmes et d’hommes théologiens (et autres) participe au travail préparatoire du synode.

4. Afin d’aider les évêques à mieux com­prendre l’apport et les attentes des femmes dans l’Église, nous recommandons que le rô­le des femmes soit le thème d’une assemblée générale ou au moins qu’il en constitue un des sujets principaux.

5.  Il faut sensibiliser les fidèles de chaque paroisse à la contribution que les femmes apportent ou peuvent apporter à l’Église. Nous recommandons que des conseils con­sultatifs féminins assurent ce travail de sensi­bilisation aux niveaux diocésain et régional. 

6. Aussi longtemps que les structures et ses mécanismes de pensée et d’approche de la réalité seront exclusivement masculins, il manquera une dimension à l’Église. Nous de­vons transformer sa mentalité masculine afin qu’elle reflète le caractère mutuel de la condition humaine. Nous recommandons que les femmes participent activement et concrètement à toutes les étapes de la con­sultation, de la recherche et de la prise de décision.

7.  Il doit y avoir dans l’Église une tribune où les femmes ont le droit de parole. II faut que celles-ci soient perçues comme leur propre porte-parole. Les femmes n’accep­tent plus que les hommes parlent en leur nom. Nous recommandons la mise en place d’un mécanisme qui permettrait aux femmes dans l’Église d’être leur propre porte-parole sur différentes questions.

Suite à ces recommandations, la Conférence des évêques catholiques du Canada a mis sur pied un comité ad hoc, formé de femmes et d’évêques ayant pour tâche d’étudier la situation des femmes en Église et de présenter des recommandations. Voir : Comité de la Conférence des évêques du Canada sur « Le rôle de la femme dans l’Église »


RECOMMANDATIONS DE L’AFEAS

L’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS) regroupe au Québec 13 000 Québécoises intéressés à promouvoir les droits des femmes et à améliorer la société par l’éducation et l’action sociale. Lors de leur congrès annuel, tenu à Sherbrooke en 1982 sous le thème « La femme dans l’Église » elles se sont intéressées aux ministères des femmes dans l’Église, aux postes de décision et aux attitudes des pasteurs. Elles ont votées les recommandations suivantes :

1.   Que l’on reconnaisse aux femmes qui sont mandatées pour travailler en pastorale paroissiale, le droit d’administrer les sacrements de baptême, de l’onction des malades et qu’elles puissent présider au mariage chrétien.

2.   Que l’on favorise l’accès des femmes aux différents comités d’étude et aux postes de commande dans les domaines où elles s’engagent, entre autres, le Conseil de pastorale diocésain.

3.   Que dans le discours tenu par l’Église, l’on continue à insister sur la responsabilité partagée dans les questions relatives à la vie conjugale et familiale (v.g. avortement, planification des naissances).

4.   Que l’on invite les pasteurs à tenir compte de cette responsabilité partagée et de l’égalité des sexes dans toute intervention pastorale.

5.   Que l’on invite les pasteurs à se défaire du modèle culturel traditionnel qui confine l’homme et la femme dans des rôles figés (v.g. l’homme pourvoyeur, la femme à la maison).

6.   Que l’on invite les pasteurs à tenir compte des deux sexes dans le langage liturgique et pastoral.

N.B. – L’AFEAS pratique un « féminisme social égalitaire ». Ce type de féminisme vise, pour les femmes, l’obtention d’une identité propre, d’un statut égal, d’une liberté de choix et d’une autonomie par rapport aux inégalités persistantes dans notre société. L’AFEAS, par son travail, désire que les femmes deviennent des sujets de droit à part entière et que soient modifiés toutes les lois et tous les codes qui entretiennent l’inégalité hommes-femmes. (voir site internet de l’ afeas )


1984 – COMITÉ AD HOC DE LA CECC SUR LE RÔLE DE LA FEMME EN ÉGLISE

RECOMMANDATIONS ADOPTÉES LE 25 OCTOBRE 1984

Suite à la table de consultation de la CECC en mars 1982, à l’automne de la même année, la Conférence des évêques catholiques du Canada  a mis sur pied  un comité d’étude pancanadien sur « Le rôle des femmes dans l’Église »

La CECC  dit vouloir  maintenir les progrès réalisés en matière de condition des femmes et aller de l’avant dans l’étude des possibilités pour l’avenir.  Il est demandé au comité  d’être à l’écoute des femmes, d’analyser la situation actuelle des femmes dans l’Église, d’établir des priorités, de déterminer des niveaux d’action et de découvrir des stratégies pour l’avenir.

Le comité était composé de neuf  femmes et de deux évêques membres de l’équipe pastorale d’étude et d’action de la C.E.C.C : Pauline Beaulieu de Campbelton, Sœur Rita Beauchamp,s.b.c de Valleyfield, Anita Bissonnette, secrétaire à la CECC, Marguerite Cloutier, permanente à la CECC, Jean Forest, chancelière de l’Université d’Edmonton, Élisabeth Lacelle d’Ottawa, Mary Malone de Toronto, Patricia O’Reilly d’Ottawa, Sœur Veronica O’Reilly membre de l’équipe pastorale de la CECC, Annine Parent-Fortin de Québec, Mgr Raymond St-Gelais évêque auxiliaire du diocèse de St-Jérôme et Mgr James L. Doyle évêque du diocèse de Peterborough. . En cours de mandat Angela Bourgeois de Shediac, N.B. a remplacé Pauline Beaulieu.

Le 25 octobre 1984, le comité a présenté le fruit de son travail aux évêques canadiens réuni s en assemblée plénière.  Douze propositions seront présentées et votées.

Notons que ces recommandations étaient accompagnées d’une trousse d’animation « La place des femmes dans l’Église » qui fut publiée l’année suivante en 1985. Elle proposait 12 rencontres portant sur la condition des femmes en Église.

Voici le texte des propositions amendées et finalement adoptées par l’épiscopat canadien.

RECOMMANDATION NO 1 

• Considérant que Jésus a manifesté une attitude de respect pour la dignité de la femme, une attitude de compréhension et, en certaines circonstances, de compassion (cf. Jn 7,53, 8-11; Mc 5,21-43);

• considérant que même si les comportements envers les femmes se sont améliorés dans la société, il reste que dans beaucoup de secteurs, elles ne reçoivent pas encore un traitement juste à cause de leur identité sexuelle;

• considérant qu’une situation semblable se retrouve dans l’Église où, quels que soient leur engagement religieux, leur compétence et leurs qualités personnelles, les femmes ne sont pas reconnues égales aux hommes dans le domaine des ministères, participent très peu aux instances décisionnelles importantes et, dans leurs emplois, jouissent rarement des bénéfices nouveaux auxquels les femmes ont droit dans la société;

• considérant que le discours de l’Église sur la justice sociale sera crédible dans la mesure où il s’accompagnera d’un effort de redressement des situations d’injustice au sein même de l’Église.

Le Comité recommande :

1.   Que les évêques du Canada continuent de prendre les mesures nécessaires pour que les principes de justice sociale soient énoncés, retenus et appliqués en ce qui concerne les femmes engagées dans l’Église, par un emploi régulier ou autrement.

2.   Que les évêques du Canada continuent d’intervenir clairement et courageusement contre les injustices dont les femmes sont l’objet dans la société.

RECOMMANDATION NO 2

•   Considérant que dans un rapport de l’équipe pastorale de la C.E.C.C. Les femmes dans l’Église au Canada: les développements récents (mai 1981), la première des cinq propositions jugées prioritaires concernait le langage de l’Église;

•   considérant que l’assemblée ecclésiale convoquée pour la prière, l’écoute de la Parole, la célébration eucharistique, est composée de femmes et d’hommes et que, par ailleurs, la convocation s’adresse encore très souvent aux frères, aux pères et fils, à l’homme, aux hommes, à tous les hommes;

•   considérant que dans l’intervention au Synode de 1983 les évêques canadiens rappellent que les Béatitudes peuvent aider à identifier des dimensions parfois injustes et dévalorisantes de la vie ecclésiale de manière à les changer « pour que le statut de membres à part entière soit reconnu aux femmes comme aux hommes » après avoir identifié dans un paragraphe précédent « le langage masculin des textes officiels même liturgiques »;

•   considérant qu’aujourd’hui des mesures sont prises dans les institutions civiles pour établir un langage inclusif.

Le Comité recommande :

1.   Qu’au plan national « la Commission de liturgie continue à négocier fermement pour la correction des textes et que la C.E.C.C. par toutes ses Commissions soit attentive au langage inclusif ».

2.   Que les évêques du Canada mettent en oeuvre des mesures en vue d’éveiller la conscience ecclésiale à l’importance de ce problème du langage inclusif dans une Église communion et de prendre des moyens pour le corriger (homélies, liturgies, prières, chants, etc.) dans un esprit pastoral.

RECOMMANDATION NO 3

•   Considérant que dans l’état actuel de son enseignement et de sa pratique, l’Église ne confère pas l’ordination aux femmes;

•   considérant que, par ailleurs, des femmes remplissent des fonctions et services qui sont liés d’une façon constitutive et publique à la vie de l’Église tant au niveau paroissial (animation liturgique, aumônerie d’hôpital, etc.) que diocésain (direction de l’éducation de la foi, évangélisation, etc.).

Le Comité recommande :

1.   Que les femmes aussi bien que les hommes exerçant des fonctions et services reconnus par l’évêque reçoivent un mandat pastoral officiel.

RECOMMANDATION NO 4

•   Considérant que depuis Vatican II l’enseignement de l’Église insiste sur la co-responsabilité et la mutualité conjugale, parentale, familiale (cf. Gaudium et Spes, nos 48-52); sur l’importance essentielle de la vie sociale pour la personne humaine: « C’est par l’échange avec autrui, par le dialogue avec ses frères (sœurs) que l’homme (être humain) grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation » (G.S., no 25);sur la vocation des femmes et des hommes comme artisans de la culture et « le devoir de tous de reconnaître la participation spécifique et nécessaire des femmes à la vie culturelle et de la promouvoir » (C.5., no 60);

•   considérant que, par ailleurs, pendant des siècles d’enseignement, l’Église a valorisé la femme mariée exclusivement dans son rôle d’épouse et de mère, subordonnée au mari et vouée à la vie privée;

•   considérant que ce modèle de la relation femme-homme est en voie de disparition dans les institutions sociales parce que « … le développement complet d’un pays, le bien-être du monde et la cause de la paix demandent la participation maximale des femmes à égalité avec les hommes, dans tous les domaines » (cf. O.N.U., Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, 1979, en vigueur 1981);

•   considérant que dans l’Évangile, Jésus considère les femmes comme disciples et non d’abord à partir de leur vocation conjugale et maternelle (cf. Marthe, Marie de Magdala, la Samaritaine, la réponse de Jésus à la femme qui loue sa mère (Le 11,27-28), la parenté nouvelle et véritable (Me 3,31-35 et 11).

Le Comité recommande :

1.   Que les évêques du Canada prennent les mesures disponibles pour que tous les instruments et les moyens d’éducation religieuse (catéchèse, programmes d’éducation familiale, cours de préparation au mariage, retraites conjugales, etc.) soient révisés à la lumière du développement culturel ainsi que l’enseignement de Vatican II sur l’égalité des femmes, de manière à ce que les femmes mariées soient reconnues et promues comme partenaires égales à l’homme marié dans la vie privée et dans la vie publique, chacun selon sa vocation personnelle.

RECOMMANDATION NO 5

•   Considérant que par le passé les femmes laïques n’ont pas été encouragées à remplir des rôles de leadership dans l’Église;

•   considérant que les femmes présentent des demandes d’aide financière pour recevoir la formation requise en vue de remplir de tels services dans l’Église.

Le Comité recommande :

1.   Que dans chaque diocèse on établisse un fonds d’aide pour les femmes laïques. Ce fonds pourrait, selon les besoins, servir à défrayer les frais de scolarité, les aménagements de voyages ou de location, la garde des enfants, etc. Les candidates s’engageraient en retour à servir l’Église selon la formation reçue.

RECOMMANDATION NO 6

•   Considérant que « comme de nos jours les femmes ont une part de plus en plus active dans toute la vie de la société, il est très important que grandisse aussi leur participation dans les divers secteurs de l’apostolat de l’Église » (cf. Vatican II, Apostolicam Actuositatem, no 9);

•   considérant que dès les origines de l’Église, les femmes ont collaboré avec les hommes à l’annonce de l’Évangile, à la mise en place et à l’animation de communautés chrétiennes, etc. (Ph 4,2-3; Rm 16,1 ss; Ac 18,18-26; cf. Vatican II, Apostolicam Actuositatem, no 10);

•   considérant que les évêques canadiens ont reconnu au Synode de 1983 « l’appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalités de la vie chrétienne ».

Le Comité recommande :

1.   Qu’à tous les niveaux de l’Église diocésaine, on assure une représentation adéquate des hommes et des femmes, en considération de leur compétence et/ou de leur expérience.

2.   Que les femmes soient présentes lorsqu’il s’agit d’organiser des consultations ou de former des comités, tant au niveau national et diocésain que paroissial, et que l’on vise à une représentation égale de femmes et d’hommes compte tenu de leur compétence.

RECOMMANDATION NO 7

•   Considérant qu’une humanité nouvelle se réalise en Jésus Christ (Ep 2, 14-15), humanité où « il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme » (Ga 3,28);

•   considérant que nous devons nous laisser interpeller, hommes et femmes, par l’Esprit de Dieu qui parle par le signe des temps qu’est « l’entrée de la femme dans la vie publique » (Jean XXIII);

•   considérant que depuis 1970, à diverses reprises, des femmes dans l’Église catholique romaine ont présenté des recommandations quant à leur participation à la formation des futurs prêtres.

Le Comité recommande :

1.   Que les prêtres et les futurs prêtres soient « conscientisés » à l’égalité fondamentale de la femme dans l’humanité nouvelle instaurée par le Christ, « égalité d’origine et de destin, égalité de missions et d’engagements » (évêques canadiens au Synode 1983).

2.   Que les prêtres reconnaissent dans les faits l’égalité fondamentale de la femme dans l’Église 

3.   Que dans la formation professionnelle des futurs prêtres, la place de la femme dans l’Église soit considérée comme une question majeure.

4.   Que des femmes soient activement engagées dans la formation des futurs prêtres.

RECOMMANDATION NO 8

•   Considérant que les évoques canadiens au Synode de 1971 ont proposé qu’une commission soit constituée pour étudier sérieusement la question du ministère des femmes dans l’Église;

•   considérant que dans les conférences épiscopales nationale et régionales, les études des ministères sont encore faites par une majorité d’hommes — même pour la question des ministères des femmes — et qu’une telle situation va à l’encontre de l’intervention faite par les évoques canadiens au Synode de 1983 : « De notre côté, reconnaissons les ravages du sexisme et notre appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalités de la vie chrétienne »;

•   considérant que de plus en plus de femmes ont la compétence pastorale et théologique pour participer à l’étude des ministères, à fortiori là où elles sont immédiatement concernées;

Le Comité recommande :

1.   Que la C.E.C.C. encourage la mise sur pied de comités diocésains « ad hoc » pleinement représentatifs qui auraient pour but d’étudier les ministères des femmes, étant entendu que ces comités collaboreront avec les commissions épiscopales, nationale et/ou régionales.

RECOMMANDATION NO 9

•   Considérant que la réflexion et le dialogue entre les femmes, puis entre les femmes et les hommes dans l’Église, doivent être favorisés à tous les niveaux de la vie de l’Église (cf. Synode 1983);

•   considérant qu’à diverses reprises depuis 1970, des comités d’étude ont exprimé le désir que les régions soient sensibilisées à la question de la femme dans l’Église et la société.

Le Comité recommande :

1.   Que la trousse de documentation révisée par l’équipe pastorale soit mise à la disposition des diocèses, en vue d’un usage dans les paroisses, et des organismes ecclésiaux concernés, avec possibilité d’adaptation selon les situations pastorales particulières.

2.   La nomination d’une équipe ou d’une femme qui assurera au plan diocésain la promotion et la coordination pastorale de la trousse de travail révisée.

RECOMMANDATION NO 10 

•   Considérant que les évêques canadiens, dans leur déclaration de 1974, à l’occasion de l’Année internationale de la femme en 1975, pressent les femmes de contribuer au changement des personnes et des structures « qui permettront à l’Église et à la société de refléter plus fidèlement l’image des femmes et des hommes associés à la mission du Christ »;

•   considérant le fait que ces affirmations ont été reprises par le Président de la Conférence en 1977, à l’occasion du sondage sur la participation des femmes dans le travail pastoral officiel de l’Église catholique au Canada lorsqu’il ajoutait: « Les évêques continuent à appuyer fortement cette évolution à tous les niveaux de l’Église » .

Le Comité recommande :

1.   Qu’une étude soit effectuée sur la situation des femmes engagées dans l’Église diocésaine (qui elles sont, ce qu’elles font, leur place dans l’ensemble de la vie de l’Église, etc.).

RECOMMANDATION NO 11

•   Considérant que le document de travail remis aux Pères du Synode en 1983, proposait au numéro 41, que « certains dialogues progressent au-dedans de l’Église d’abord… avant qu’ils soient établis ensuite avec le monde »;

•   considérant le fait que les évêques canadiens délégués au Synode ont vu l’importance et l’urgence de promouvoir le dialogue femmes-hommes dans l’Église comme un lieu essentiel de reconnaissance mutuelle et de réconciliation, d’où leur recommandation concernant « toutes les communautés ecclésiales, familiales, professionnelles, régionales, diocésaines ou autres; qu’elles mettent en place des structures de dialogue qui soient des lieux de reconnaissance mutuelle et de mise en oeuvre effective de nouveaux rapports d’égalité « hommes et femmes » dans l’Église » ;

•   considérant que l’expérience du comité « ad hoc » sur le rôle de la femme dans l’Église s’est révélée une instance décisive pour réaliser ce dialogue, d’une part avec les évêques et d’autre part avec les femmes du pays (cf. Rapport d’activités 1982-1984);

•   considérant que les femmes constituent la moitié de l’Église et y contribuent aussi financièrement.

Le Comité recommande :

1.   Qu’une plus large participation soit accordée aux femmes à l’équipe pastorale de la C.E.C.C.

2.   Qu’une permanente de l’équipe pastorale de la C.E.C C. porte prioritairement le dossier des femmes.

RECOMMANDATION NO 12

•   Considérant qu’en 1975, lors de l’ouverture de la Décennie de la femme, la Conférence épiscopale canadienne a produit une Déclaration qui invitait les femmes à collaborer avec elle pour le développement de leur participation dans l’Église (cf. Plénière L6-20 septembre 1974);

•   considérant que dans certaines régions on a mis sur pied des structures de réflexion et de collaboration en vue de ce développement et que la trousse de travail favorisera un tel projet;

•   considérant que ces dernières années, dans l’esprit de Vatican II, l’Église a soutenu des projets en vue de la promotion de la femme dans la société et que de telles interventions ne sont signifiantes que si elles sont accompagnées de projets analogues dans l’Église.

Le Comité recommande :

1.   Que la C.E.C.C. encourage les régions, les inters et les diocèses à se doter de lieux de rencontre et de dialogue pour les femmes.

2.   Que la C.E.C.C. poursuive la réflexion théologique et pastorale sur le vécu et la mission des femmes dans l’Église.

3.   Que la C.E.C.C. se donne un échéancier de révision périodique de la situation des femmes dans l’Église; que cette révision se fasse avec des femmes et des hommes.

Le rôle de la femme dans l’Église dans la revue L’Église canadienne du 15 novembre 1984, pp. 167-170

NOTE

La presse quotidienne a relaté les péripéties qu’ont connues ces recommandations lors de la réunion plénière de fa C.E.C.C. le 24 octobre. Le lendemain, 25, Mgr Louis-Albert Vachon, archevêque de Québec, adressait au président de l’assemblée une lettre qui a relancé le débat et a permis d’aboutir à l’adoption des dites recommandations. — Pour les besoins de l’édition, nous avons donné un titre à cette lettre.

Nous laisser interpeller par l’Esprit

Monsieur le Président,

Ces jours derniers, les membres du Comité « ad hoc » sur le rôle de la femme dans l’Église ont confié le fruit de leur travail à notre sagesse pastorale. Hier, les circonstances n’ont pas permis que, collectivement, nous leur exprimions notre gratitude. Ce matin, il m’apparaît important que notre assemblée puisse dire officiellement son appréciation.

Les présentations que nous avons entendues dès mardi matin exprimaient de façon évidente la qualité du travail accompli, le désir des membres de respecter le mandat qui leur avait été confié par les évêques, leur souci de refléter au mieux les préoccupations et les attentes des femmes de l’ensemble du Canada vis-à-vis l’Église. Tout cela suppose de leur part une somme considérable de travail et nous leur en savons gré. Vous avez constaté vous aussi l’intelligence et la générosité de leur participation à promouvoir une communauté ecclésiale qui soit vraiment attentive aux signes des temps.

Cependant, ne faut-il pas le reconnaître, de tels sentiments de gratitude peuvent nous paraître un peu ternis en raison d’un certain malaise que, peut-être, je ne suis pas seul à éprouver ?

J’aurais aimé, avec beaucoup d’entre vous, sans doute, que nous puissions disposer du temps nécessaire pour étudier chacune des recommandations présentées. Dans des circonstances moins contraignantes, le déroulement de nos discussions aurait possiblement été autre.

De plus, je crains que certaines questions ou objections soulevées au cours de nos échanges n’aient été perçues et reçues comme un jugement voire comme un procès d’intention à l’endroit des membres du Comité « ad hoc ». Ne faut-il pas craindre également que cette impression ne soit partagée par bon nombre de femmes qui, à travers tout le Canada, ont participé au processus de consultation du groupe de travail en qui elles avaient mis beaucoup d’espoir ?

Étant donné la nature du Synode de l’an dernier et de l’intervention que j’y ai faite en votre nom, vous ne vous étonnerez pas que je situe mon propos dans une optique de réconciliation.

Je propose donc, monsieur le Président, que le Comité exécutif adresse une lettre à chaque membre du Comité « ad hoc » sur le rôle de la femme dans l’Église pour lui témoigner notre profonde gratitude.

Que par la même occasion, nous exprimions la volonté ferme qui nous anime de poursuivre le dialogue, amorcé il y a plusieurs années déjà, en vue de nouveaux rapports femmes et hommes dans l’Église. Et que malgré les délais apportés au traitement des recommandations des membres du Comité, nous les assurions de notre désir de nous laisser interpeller ensemble par l’Esprit de Dieu.

Voilà, Monseigneur le Président, la proposition que je veux soumettre à l’assemblée dès ce matin.

Mgr Louis-Albert Vachon, archevêque de Québec


DES HOMMES APPUIENT LES FEMMES EN ÉGLISE

Le Devoir, 8 novembre 1984 

APPUI AUX FEMMES EN ÉGLISE 

TÉMOIGNAGE 

Cette lettre ouverte porte la signature de 26 hommes, professeurs, théologiens et autres, soit MM. Léonard Audet, Albert Beaudry, Raymond Beaugrand-Champagne, Dominique Boisvert, Yves Cailhier, André Charbonneau, Yves Côté, Godefoy DeVaux, Antoine Dumas, Fernand Dumont, Benoît Fortin, Roger Fraser, Pierre Gaudette, Michel Gervais, Richard Guimond, Julien Harvey, Benoît Lacroix, Claude Lafortune, Jacques-Yvan Morin, André Naud, Jacques Racine, Louis Rousseau, Thomas Ryan, Raymond Vaillancourt et Marcel Viau. 

MERCREDI 24 octobre, Mme Élisabeth Lacelle, au nom du comité ad hoc de la Conférence des évêques catholiques du Canada sur le rôle de la femme dans l’Église invitait les chrétiennes à manifester leur réaction aux arguments utilisés pat le cardinal Emmett Carter pour tenter de discréditer la qualité du travail du comité et ainsi remettre à plus tard l’adoption des recommandations de son rapport. 

Une lettre ouverte, contresignée par 43 femmes engagées en Église et envoyée aux différents journaux, a constitué une première réponse à cet appel. Nous croyons important de nous joindre à cette démarche et d’exprimer notre solidarité avec les membres du comité et avec toutes les femmes en Église. 

Nous ne reprendrons ni la critique des procédures qui ont entouré l’étude du dossier, ni l’analyse des recommandations adoptées par la Conférence des évêques suite à un revirement de situation. Nous endossons là-dessus le point de vue exprimé dans la lettre ouverte ci-haut mentionnée. 

Uu dossier prioritaire pour tous

Nous désirons plutôt affirmer que la question de la place des femmes dans l’Église est un dossier qui intéresse tous les membres de celle-ci, quelle que soit leur situation. L’attention qu’on doit lui porter est exigée par la compréhension qu’on a, aujourd’hui, de l’égalité de l’homme et de la femme et par le souci de la transmission de la foi dans la culture contemporaine. C’est une part de la crédibilité de l’Église qui est en jeu dans le traitement qu’elle accorde à ce dossier. Les hésitations et les tergiversations sont désormais inadmissibles. Il faut agir méthodiquement et de façon responsable. Les femmes dans l’Église ont fait déjà abondamment preuve de leur modération, de leur patience et de leur esprit de collaboration. Elles ne méritent pas d’être soupçonnées. Il s’agit plutôt de créer avec elles des rapports nouveaux. 

Des orientations à consolider

Au Québec, on ne part pas de rien. Un travail important de sensibilisation et de réflexion a été réalisé. Des paroles et des gestes ont retenu l’attention des croyants et des croyantes d’ici : les propos de Mgr Vachon, tenus au moment du synode sur la réconciliation, ses prises de positions et celles des ses confrères du Québec à la dernière session de la Conférence des évêques catholiques du Canada, la nomination d’une femme comme secrétaire générale de l’Assemblée des Évêques du Québec, l’émergence des animatrices responsables de paroisse, la participation des femmes à la liturgie lors de la visite de Jean Paul II, l’existence de plusieurs groupes féministes chrétiens n’en sont que des exemples. En fait, les mouvements ans les paroisses, des milliers de Québécoises son engagées activement. 

Pour guider ses études sur la question et progresser dans l’action, l’Assemblée des évêques du Québec a à sa disposition trois excellents instruments : d’abord le rapport du comité ad hoc présidé par Mme Lacelle présente une analyse de la situation et des recommandations significatives; ensuite le rapport ad limina remis au pape Jean Paul II, en octobre 1983, contient des orientations théologiques et ecclésiastiques importantes pour le rôle des femmes dans l’Église; dans un autre ordre, les répondantes diocésaines à la condition féminine constituent un réseau privilégié pour entreprendre des actions concertées. Ce sont là des bases sur lesquelles il faut accélérer les processus de recherche, de décision et de mise en application. 

Des paris nécessaires

Nous sommes conscients, en parlant ainsi, que tout ne sera pas facile dans cette entreprise de dialogue, de réflexion théologique et pastorale, de transformation des pratiques. Nous serons nous-mêmes à certains moments questionnés, choqués, bouleversés dans nos habitudes, surpris dans nos certitudes. Cela ne peut servir d’excuse au ralentissement d’un chantier qui accuse déjà du retard.

De même, l’argument de l’incompréhension des autres Églises régionales et nationales, ou la référence sans nuances à des propos de Jean Paul II, ne doivent pas nous permettre de nous dérober à une tâche exigée par la culture et la mission de l’Église dans notre pays. L’Église du Québec n’a rien à craindre d’une interpellation fondée et responsable de la pratique et du discours officiels. 

ANNEXE 

Professions des personnes qui ont endossé cette déclaration. 

  1. Léonard Audet, doyen de la faculté de théologie de l’Université de Montréal;
  2. Albert Beaudry, directeur de la revue “Relations”;
  3. Raymond Beaugrand-Champagne, réalisateur de l’émission “Rencontres” (Radio#Canada);
  4. Dominique Boisvert, de l’Entraide missionnaire;
  5. Yves Cailhier, directeur de la revue “Communauté chrétienne”;
  6. André Charbonneau, du Centre de pastorale en milieu ouvrier;
  7. Yves Côté, de la Commission des droits de la personne;
  8. Godefroy DeVaux, secrétaire de la Conférence religieuse canadienne-Québec;
  9. Antoine Dumas, peintre, Québec;
  10. Fernand Dumont, président de l’Institut québécois de recherche sur la culture;
  11. Benoit Fortin, supérieur provincial des Pères Capucins;
  12. Roger Fraser, conseiller en relations de travail, Québec;
  13. Pierre Gaudette, professeur de théologie morale, Université Laval;
  14. Michel Gervais, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche, Université Laval;
  15. Richard Guimond, supérieur provincial des Pères Dominicains;
  16. Julien Harvey, directeur du Centre Justice et Foi;
  17. Benoit Lacroix, théologien;
  18. Claude Lafortune, de l’Office de catéchèse du Québec;
  19. Jacques-Yvan Morin, professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal;
  20. André Naud, professeur de théologie à l’Université de Montréal;
  21. Jacques Racine, doyen de la faculté de théologie de l’Université Laval;
  22. Louis Rousseau, professeur à l’Université du Québec à Montréal;
  23. Thomas Ryan, directeur du Centre canadien d’oecumenisme;
  24. Jean-Yves Thériault, directeur du département de sciences religieuses de l’Université du Québec à Rimouski;
  25. Raymond Vaillancourt, doyen de la faculté de théologie de l’Université de Sherbrooke;
  26. Marcel Viau, professeur de théologie pastorale à l’Université Laval.

COMMISSION JUSTICE ET FOI

De 1983 à 1986, le diocèse de Québec a été convié au défi d’intensifier le regroupement des chrétiens et des chrétiennes en communautés vivantes.

Une vaste cueillette de besoins avait permis d’identifier trois problèmes majeurs de l’Église diocésaine : la faiblesse de la vie communautaire, les difficulté de transmettre la foi et un déficience marquée dans l’engagement pour la justice sociale.

Pour favoriser le dialogue et pour mettre lucidement en relief les forces et les faiblesses des communautés chrétiennes, il a été retenu comme moyen privilégié d’instituer une commission d’étude sous le nom de Commission Justice et Foi.

Les commissaires Jeannine Gauthier Crépin, Richard Rancourt, Marc Jean, Annine Parent-Fortin ont reçu 1370 mémoires. Ils ont tenu treize audiences régionales et six audiences diocésaines.

Nous vous présentons quelques extraits du rapport Justice et Foi concernant les femmes dans la société et dans l’Église.

INTRODUCTION (pp. 62 à 68)

Dans leur rapport final, la Commission Justice et Foi a cru bon de recommander au Service de la pastorale des frères et des sœurs en particulier nommés groupes prioritaires :

•   les femmes

•   les jeunes

•   les personnes en quête de dignité

•   les travailleurs et les travailleuses.

Ces choix ont été faits en raison de l’insistance mise par de nombreux groupes tant paroissiaux que régionaux et diocésains face à leurs situations. Des organismes de toutes les catégories nous ont, à maintes reprises, redit la position précaire de ces hommes et de ces femmes. Ils ont souvent fait mention qu’il en va de l’avenir même de l’Église et de la société d’y apporter une attention toute particulière.

LES FEMMES DANS LA SOCIÉTÉ ET DANS L’ÉGLISE

La Commission Justice et Foi renvoie aux groupes du diocèse de Québec quelques échos des préoccupations exprimées fréquemment tantôt par les femmes elles-mêmes, tantôt par les groupes actifs tant en paroisse, en région, qu’au diocèse.

La transmission de la foi et la promotion de la justice sont en cause parce que la dignité des femmes est en cause : tel est le sens des appels percutants que nous avons entendus.

PAROLES DE CROYANT-E-S

•   « Les femmes sont absentes de l’Église institution, on ne leur a jamais laissé aucune place (…). Si on se permet une appréciation globale de l’attitude générale des femmes de condition moyenne face à l’Église, on peut résumer en quelques mots : indifférence, scepticisme, conviction profonde que la lutte à entreprendre pour se faire une place dans l’Église est une lutte gigantesque qu’elles n’ont pas le goût d’entreprendre. La lutte qu’elles ont à livrer comme femmes dans la société et sur le marché du travail leur paraît déjà assez dure et pénible (…) et elles ont la conviction profonde qu’il ne devrait pas y avoir de lutte à livrer ».

Centre-Étape, Québec

•   « Nous souhaitons travailler à l’intérieur de l’Église pour y faire des changements. C’est à l’intérieur de l’Église que nous souhaitons travailler, mais c’est sûr que si nous ne nous sentons pas appuyées, nous ferons autre chose… »

AFEAS, région de Québec

•   « Le fait d’être femme nous ferme bien des portes tant dans l’Église que dans la société. Notre parole n’a pas la portée de ce qu’elle véhicule et très peu de voix arrivent au pouvoir décisionnel. »

Groupe de religieuses, Lorette

•   « La pornographie est une propagande sexiste et haineuse dont le but est de maintenir et de renforcer la domination et l’exploitation des femmes par les hommes. En d’autres termes, elle est un instrument qui sert au maintien et au renforcement du statut inférieur des femmes dans notre société (…) La pornographie est une atteinte aux droits et libertés ainsi qu’à la sécurité des femmes et des enfants. »

Comité de Québec contre la pornographie

•   « Notre groupe s’implique dans la communauté, d’une part par l’enseignement religieux et l’animation pastorale auxquels certaines se consacrent, d’autre part, par l’initiation sacramentelle à laquelle plusieurs se consacrent. Notre groupe accorde aussi une grande importance à la célébration de la foi; c’est pourquoi il est en constante recherche de nouveaux moyens l’expression de la foi. Notre groupe cherche à faire respecter les droits des femmes tant dans l’Église que dans la société. Il est solidaire, de différents types de souffrances des femmes du milieu. »

Collectif de femmes engagées en Église

•   « La communauté doit se construire au risque de l’Évangile en essayant d’imiter l’attitude du Christ à l’égard de ceux et celles qu’il a rencontrés : amour, accueil; en considérant chaque homme et chaque femme rencontrés comme des personnes, dignes d’amour et de confiance, pouvant être renouvelées par la Bonne Nouvelle qu’il apportait et qu’il apporte toujours. »

Femmes solidaires en Église

•   « Dans un premier temps, il est nécessaire de sensibiliser les pasteurs, les membres des communautés religieuses et chrétiennes à la violence en milieu familial, afin qu’ils soient en mesure d’apporter une aide concrète aux femmes et enfants en difficulté, en les référant au besoin vers les ressources qui peuvent leur venir en aide, telles les maisons d’hébergement. »

La Jonction pour Elle, Rive-Sud

•   « Lorsqu’une injustice est levée, le Royaume n’est-il pas devant nos yeux ? »

Comité régional de pastorale sociale, Lorette

•   « Que par dignité de la personne humaine, la femme soit respectée dans la publicité. Que la femme soit aidée dans le cas de violence, viol, divorce, abandon. Qu’on appuie la lutte contre la pornographie. »

Groupe de religieux-ses de l’Année Doctrinale, Cap-Rouge

•   « Le monde du travail est majoritairement occupé et dirigé par des hommes. Face à ce pouvoir, les femmes sont pauvres et injustement traitées. Le féminisme, déjà mal vu dans la société civile, semble l’être encore plus dans l’Église. Tant que la femme ne sera pas membre à part entière de l’Église, il ne saurait exister de vraie égalité dans l’espérance… En attendant, des hommes décident de l’avenir de l’Église dont la moitié de ses membres sont des femmes. »

Témoignages, Soirées de réflexion sociale

•   « Que le diocèse garde une préoccupation pastorale de plus en plus grande de la situation de la femme seule, chef de famille. »

Comité régional de pastorale, Lorette

•   « Dans plusieurs domaines on constate que les femmes vivent des situations d’injustices sociales. Elles n’ont pas accès aux programmes offerts à la population en général. Elles se retrouvent souvent très pauvres à la retraite, au moment où leur situation devient encore plus difficile. Elles vivent dans un état d’insécurité au plan financier. »

AFEAS, St-Urbain

ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION

Au cours des audiences, la Commission Justice et Foi a acquis la ferme conviction que l’Église de Québec doit donner aux femmes des signes concrets que leur participation à l’évangélisation est vivement souhaitée.

DANS LA SOCIÉTÉ

•   Les femmes sont les plus touchées par l’aggravation de la pauvreté, effet du chômage et de la crise économique. Immigrantes et femmes de chez nous, elles gagnent un salaire beaucoup moins élevé que les hommes, à moins qu’elles ne vivent de l’aide sociale.

•  La situation économico-sociale des femmes de même que celle des jeunes, a été le plus fréquemment mentionnée comme inquiétante. Les groupes qui ont le plus retenu l’attention sont : des femmes soutien de famille, des femmes âgées et des travailleuses sans aucune protection et par le fait même le plus facilement exploitables.

•  Rien d’étonnant à ce qu’un nombre important de femmes, jeunes et moins jeunes, soient exposées à des formes de contrainte, d’exploitation ou de violence qui sont autant de menaces à leur dignité humaine. La pornographie envahissante illustre bien cet état de violence. De plus, des milliers de Québécoises sont réduites à recourir à la prostitution pour survivre.

•  La discrimination fondée sur le sexe est une donnée culturelle persistante dans notre milieu. Les femmes doivent continuer de lutter pour obtenir l’égalité en emploi et l’accès à des postes de responsabilité. Les changements de mentalité ne suivent pas immédiatement les changements législatifs; cela implique une tâche d’éducation à laquelle il ne faut pas se dérober.

•  Les organisations féminines ont beaucoup travaillé à développer chez les femmes la conscience de leur dignité personnelle; mais elles n’obtiennent pas encore les appuis nécessaires pour que cette dignité prenne un visage concret dans la vie privée et la vie publique.

•  Comparativement aux autres sociétés occidentales, le Québec joue un rôle de leader au plan de la recherche pour l’égalité entre femmes et hommes.

DANS L’ÉGLISE

•  Les paroisses et les mouvements demeurent en général très réservés quand il s’agit d’appuyer des revendications des femmes. Ces dernières représentent pourtant une proportion importante, sinon majoritaire, des personnes qui contribuent à l’animation des paroisses et des mouvements. D’où la déception de nombreux groupes féminins face à l’Église. Le féminisme est souvent perçu comme revendication arbitraire plutôt qu’effort pour une plus grande équité, une mutualité homme et femme.

•  La Commission Justice et Foi a perçu qu’à la suite de nombreuses difficultés et incompréhensions de la part de l’Église, des femmes s’en sont éloignées. Fatiguées d’un monologue dit stérile d’autres femmes s’en désintéressent progressivement. Certaines lancent encore des appels à l’ouverture, à l’accueil inconditionnel de leurs sœurs blessées par la vie. Les pratiquantes acceptent encore que l’Église les interpelle, mais elles demandent qu’à l’avenir des femmes soient associées aux prises de parole et aux décisions dans les matières qui les concernent.

•  La Commission a pu constater que la redécouverte de l’égalité foncière de l’homme et de la femme par le baptême impose une redécouverte de nouvelles attitudes et des comportements neufs. Nombre de femmes, lorsqu’elles assument des responsabilités ecclésiales rencontrent plusieurs difficultés à être reconnues, comme membres à part entière des équipes pastorales.

•  La Commission veut enfin souligner comment les congrégations religieuses participent à cette recherche de l’égalité entre hommes et femmes et comment elles veulent être présentes au vécu des femmes les plus pauvres et les plus exploitées.

QUESTIONS

A.   Depuis une vingtaine d’années, les médias ont largement diffusé les efforts de conscientisation des femmes à leur propre dignité. Quel bilan pouvons-nous faire, comme chrétien-ne-s, de cet effort de prise de conscience et de prise en charge des femmes ?

B.   Pourquoi des militant-e-s chrétiens engagés dans la promotion de la justice considèrent-ils la condition des femmes comme injuste non seulement dans la société mais aussi dans l’Église ?

C.   Dans quelle mesure notre communauté a-t-elle développé des moyens d’être présente aux jeunes filles et aux femmes plus vulnérables à l’exploitation ?

D.   Que pourrait faire une communauté chrétienne pour les hommes qui violentent les femmes, et pour les femmes qui doivent souvent en porter seules les conséquences ?

E.   Comment rendre possible la participation des femmes à l’élaboration des messages de l’Église ?

F.   Qu’est-ce qu’une communauté chrétienne peut faire pour accueillir et intégrer une agente de pastorale comme elle le fait pour les agents masculins ?

G.   Des femmes sont profondément humiliées par ce qu’elles estiment être une conduite blessante de l’Église à leur égard. Qu’est-ce qu’une communauté chrétienne peut faire pour mieux les comprendre ? et mieux les accueillir ?

H.   Dans la société comme dans l’Église, les mentalités n’évoluent pas toutes au même rythme en regard des femmes. Pouvons-nous identifier des traces de sexisme dans notre milieu, en particulier dans les mouvements et autres groupes chrétiens auxquels nous appartenons ?

RECOMMANDATIONS FACE À LA SITUATION DES FEMMES (PP. 106 À109)

Susciter des rapports d’égalité entre homme et femmes

•  Attendu le défi posé à notre Église par la transformation des rapports entre les femmes et les hommes;

•  attendu l’influence qu’a eue l’Église catholique au long de l’histoire dans l’élaboration des rôles sexuels;

•  attendu l’importance du rôle passé et actuel de l’Église de Québec dans l’édification d’un nouveau partenariat entre hommes et femmes.

Nous recommandons :

1.   que le Service de la pastorale crée une structure de dialogue sur les rapports hommes-femmes dans la société et dans l’Église selon le vœu exprimé par Monseigneur l’Archevêque de Québec au Synode mondial des Évêques à l’automne 1983;

2.   que le Service de la pastorale voit à ce que cette structure de dialogue se préoccupe d’une recherche théologique sur l’accès aux divers ministères;

3.   que le Service de la pastorale élabore le mandat de cette structure de dialogue avec la participation de femmes engagées en pastorale tant aux niveaux local et régional que diocésain.

Réagir à la pauvreté et à la non-reconnaissance des femmes

•  Attendu le nombre élevé de femmes-soutien de famille et leur situation socio-économique;

•  attendu le peu de reconnaissance sociale pour le travail des femmes au foyer;

•  attendu les difficultés rencontrées par les femmes sur le marché du travail : discrimination, bas salaire, ghetto d’emplois, travail au noir, temps partiel, etc.

Nous recommandons :

1.   que le Service de la pastorale, par l’intermédiaire des comités paroissiaux et régionaux de pastorale, entreprenne une recherche-action sur la situation des femmes-soutien de famille, leurs besoins, leurs attentes et les possibilités d’améliorer collectivement leurs situations;

2.   que le Service de la pastorale accentue le travail de sensibilisation des différentes communautés chrétiennes au sujet des causes de la pauvreté des femmes;

3.   que le Service de la pastorale s’associe aux organismes du milieu pour promouvoir des conditions équitables de travail pour les femmes ainsi qu’un statut social et économique.

Enrayer la violence faite aux femmes.

•  Attendu les violences faites aux femmes dans nos divers milieux: viol, pornographie, harcèlement sexuel, publicité, etc.;

•  attendu les initiatives déjà en cours pour amorcer des services d’accueil et d’entraide.

Nous recommandons :

1.   que le Service de la pastorale continue de sensibiliser les pasteurs et les membres des diverses communautés chrétiennes à la violence dont sont victimes plusieurs femmes et les inviter à la ténacité et à la créativité dans les actions pour combattre les diverses formes de violence;

2.   que le Service de la pastorale contribue à stimuler une aide concrète aux femmes et aux enfants en difficulté, en les référant vers les ressources qui peuvent leur venir en aide ou, au besoin, en mettant sur pied des services appropriés;

3.   que le Service de la pastorale encourage le maintien des maisons d’accueil pour les femmes en difficulté.

Proclamer en paroles et en actes l’égalité des fils et des filles de Dieu

•  Attendu l’égalité foncière de la femme et de l’homme, selon le projet de Dieu, laquelle égalité est confirmée par le baptême;

•  attendu les inégalités multiples et discriminatoires actuelles et même les exploitations dont sont victimes des femmes;

•  attendu les besoins des communautés chrétiennes en ce qui a trait aux tâches pastorales et aux appels à l’engagement.

Nous recommandons :

1.   que le Service de la pastorale sache reconnaître par un mandat officiel et un accueil pastoral public les femmes engagées en ministère soit en milieu scolaire, paroissial, régional ou diocésain;

2.   que le Service de la pastorale soit attentif à ce que ces femmes engagées en pastorale soient reconnues comme membres à part entière d’une équipe pastorale;

3.   que le Service de la pastorale invite les pasteurs et les membres des communautés chrétiennes à tenir compte de cette responsabilité partagée et de cette égalité des sexes dans toutes les interventions pastorales;

4.   que le Service de la pastorale invite les pasteurs, d’une part, à se défaire du modèle culturel traditionnel qui confine l’homme et la femme dans des rôles figés et, d’autre part, à tenir compte des deux sexes dans le langage liturgique et pastoral;

5.   que le Service de la pastorale continue à insister sur la responsabilité partagée entre hommes et femmes dans les questions relatives à la vie conjugale et familiale;

6.   que le Service de la pastorale favorise l’accès possible des femmes aux différents comités d’études, d’actions ou de décisions ainsi qu’à des postes de direction.


LE MOUVEMENT DES FEMMES ET L’ÉGLISE

Devant toutes les discussions que soulève la question des femmes dans la société et dans l’Église, l’Assemblée des évêques du Québec, répondant au désir du Comité des affaires sociales organise une session d’étude les 1er et 2 mars 1986 sous le thème « Le mouvement des femmes et l’Église ».Il s’agit d’identifier et d’analyser les transformations opérées par le mouvement des femmes au plan social et ecclésial en vue de définir des pistes d’action pour l’Église du Québec. On désire vivre une expérience de partenariat en Église. Il est noté en que le défi essentiel que pose le mouvement des femmes est, de toute évidence, la transformation des rapports-hommes-femmes, autant dans l’Église que dans la société.

Cinq femmes se sont vu confiés le mandat 1) d’identifier et d’analyser les transformations opérées par le mouvement des femmes au plan social et ecclésial en vue de définir des pistes d’action pour l’Église du Québec, et 2) de vivre une expérience de partenariat en Église. Il est noté que le défi essentiel que pose le mouvement des femmes est, de toute évidence, la transformation des rapports-hommes-femmes, autant dans l’Église que dans la société.

La préparation de la session a été confiée à cinq femmes : Lise Baroni, Lise-Drouin-Paquet, Annine Parent-Fortin, Gisèle Turcot et Lucienne Boisvert, secrétaire. Elles travailleront en lien avec le comité des affaires sociales de l’AEQ. La session réunira 30 évêques, 12 hommes laïcs et 85 femmes.

Six problématiques serviront de base aux discussions. Nous vous présentons ici les 6 problématiques qui ont donné lieu à 25 recommandations votées sur place par les quelques 120 participantes et participants à la session. Une 26e recommandation concerne les répondantes à la condition des femmes.

1. LE LANGAGE

2. LE POUVOIR

3. LE TRAVAIL

4. LA VIOLENCE

5. LA SEXUALITÉ

6. LA FAMILLE

Les répondantes à la condition des femmes

Par la suite, une autre version sera rédigée par le Comité des affaires sociales afin, dit-on, de préciser le sens de certaines recommandations et les rendre plus opérationnelles ou d’en améliorer la compréhension. Ces recommandations modifiées et atténuées seront regroupées selon les instances responsables de leur mise en application.

7. RECOMMANDATIONS MODIFIÉES ET REGROUPÉES PAR INSTANCES RESPONSABLES

Il est alors souhaité que ces recommandations servent à établir un plan d’action pour les comités épiscopaux, les diocèses et les paroisses du Québec

PROBLÉMATIQUES ET RECOMMANDATIONS

1. LE LANGAGE

Le langage étant le reflet de la réalité, il serait vain de penser que les correctifs apportés aux seuls textes liturgiques pourraient dissiper le sentiment d’inégalité que ressentent les femmes en regard de la pratique ecclésiale.

Au-delà du langage exclusif des oraisons et des prières eucharistiques, il y a le langage réducteur, paternaliste, voire misogyne qui donne aux femmes le sentiment d’être diminuées, occultées, absentes dans le discours, la pensée et les attitudes des hommes d’Église, ordonnés ou laïcs.

•   Quelles mesures concrètes devrait-on adopter pour que le langage ecclésial exprime mieux la compréhension de ce que sont et vivent les femmes en Église?

•   Que faire pour briser les règles du langage sexiste dans le discours ecclésial ?

•   Plus précisément, comment accorder le langage ecclésial aux acquis, actuels ou éventuels, dans les champs de la pastorale, de la liturgie et de la théologie ?

Recommandations :

Pour que le langage ecclésial traduise des réalités concrètes, il est urgent que les femmes soient présentes dans les lieux où la pensée et les politiques prennent forme. À cette fin nous recommandons :

1.    Que soient étendues aux laïques qui veulent s’engager en Église, et spécialement aux femmes, les politiques de perfectionnement présentement limitées aux clercs.

2.   Que notre Église alloue des budgets à la recherche théologique et scientifique qui s’intéresse à la condition féminine et à l’apport des femmes au sein de l’Église.

3.   Que les femmes soient systématiquement associées aux lieux de rencontre et de concertation (journées d’étude, sessions de formation, projets pastoraux, etc.) pour leur permettre d’apporter leur point de vue et de faire tomber les résistances tenaces du monde masculin.

4.   Qu’à toutes les instances de l’Église, ces recommandations soient mises en place.

5.   Que les répondantes à la condition des femmes de chaque diocèse créent un espace de concertation permettant la conscientisation et la formulation d’alternatives pur un langage inclusif.

Que les répondantes aient accès à des outils de sensibilisation et d’analyse du langage afin d’animer leur milieu. 

2. LE POUVOIR

Dans les sociétés démocratiques, les diverses chartes des droits de la personne proscrivent la discrimination sexuelle à l’emploi, en sorte que les femmes ont désormais accès à tous les postes décisionnels.

Dans l’Église le pouvoir réel est le plus souvent lié à l’ordination. Dans ces conditions, parler de partenariat, d’égalité ou de mutualité, devient piégé au départ, difficile voire même impossible. Des attitudes ou des comportements discriminatoires se manifestent à l’égard des femmes. Des membres du clergé réagissent souvent négativement à la montée des femmes et des résistances rendent mal à l’aise les évêques et les femmes. Pourtant les femmes veulent être pleinement reconnues selon leurs compétences, valeurs ou charismes.

Quels moyens pouvons-nous prendre pour que, dans l’Église du Québec ou dans chaque diocèse, des femmes et des hommes puissent accéder à des postes de pouvoir et qu’elles et ils soient pleinement reconnus-es par les communautés chrétiennes ?

Recommandations :

6.    Que l’Assemblée des Évêques du Québec reste vigilante et ouverte à la question de l’ordination des femmes et qu’elle porte cette question jusqu’à Rome

7.   Il existe un besoin de réflexion et de formation sur ce qu’est un véritable partenariat homme-femme dans l’Église

Que dans chaque diocèse, l’évêque et la répondante à la condition des femmes, s’assurent qu’une réflexion entre les prêtres et les femmes engagées en pastorale se fasse dans un proche avenir.

8.   Que dans chaque diocèse, des femmes participent à la formation des prêtres, des diacres et des futurs prêtres.

9.   Que l’Assemblée des Évêques du Québec demande à la Commission nationale de liturgie d’encourager les formes de célébration qui rendent les femmes et les hommes également visibles aux yeux de la communauté.

10.   Que, dans chaque diocèse, l’on soutienne les femmes en poste d’autorité :

a)   Par une reconnaissance publique et officielle de leur mandat;

b)   Par l’accès à toutes les informations adéquates ou aux lieux d’information relativement à leur fonction.

c)   Que dans chaque diocèse l’évêque intensifie la participation des femmes dans les lieux de prise de décision.

11.   Que dans chaque diocèse l’évêque intensifie la participation des femmes dans les lieux de prise de décision.

3. LE TRAVAIL

Dans le monde du travail, les femmes font trop souvent face à la discrimination : salaire, promotion, pré requis, exploitation, exigences excessives, etc. Il en est souvent ainsi en Église en particulier dans le bénévolat qui y est généralisé. Bien qu’indispensable, le bénévolat peut insidieusement devenir une forme de « cheap labor » ou d’exploitation déguisée des femmes, surtout pour celles qui n’ont pas d’autonomie financière.

Pour rendre justice aux femmes dans le sens de l’Évangile, quels gestes positifs pourraient être proposés au niveau de l’Église du Québec de chaque diocèse, de chaque paroisse ?

(v.g. sensibilisation des marguilliers, des pasteurs et des chrétiennes et chrétiens à leurs devoirs concernant la justice.)

Recommandations :

A) Travail rémunéré

12.   Que chaque diocèse étudie le plus rapidement possible ce guide (« guide d’élaboration d’une politique de l’emploi des agentes et agents laïcs de pastorale ») préparé par le comité des ministères et réévalue à la lumière de ce document sa politique d’emploi des agentes et agents laïcs e pastorale.

13.   Que soient pris en considération (au cas où le document cité n’en ferait pas mention) certains points particuliers tels que le contrat de travail, le mandat pastoral, l’ajustement de l’échelle des salaires aux normes proposées par des organismes tels que le Conseil économique du Canada, le remboursement des coûts réels de déplacement et de représentation, les congés de maternité, etc.

B) Travail bénévole

14.   Vu l’ampleur du phénomène du bénévolat dans notre Église, et vu la présence majoritaire des femmes parmi les bénévoles, que d’ici un an, les diocèses du Québec entreprennent avec les paroisses, une étude de leurs ressources bénévoles en vue d’Élaborer une politique de formation et de soutien de ces ressources humaines au service de l’Église.

4. LA VIOLENCE

Depuis longtemps, des femmes sont, victimes de violence. Le silence de l’Église à propos des femmes violentées fait problème de même que la tolérance et l’insouciance (particulièrement de la part des hommes) à l’égard de la pornographie, qui est une violence faite aux femmes. Par contre, étant donné l’inflation du discours moralisateur de leurs prédécesseurs en matière de sexualité, il est presque impossible pour les évêques de prendre seuls la parole pour dénoncer ces problèmes. Pour être crédibles, ils doivent le faire en solidarité avec des laïcs femmes et hommes.

Pour rendre justice aux femmes dans le sens de l’Évangile, quels moyens pourrions-nous prendre

•   au niveau du Québec ?

•   de chaque diocèse ?

•   de chaque paroisse ou milieu ?

Recommandations :

15.    Que l’Assemblée des Évêques du Québec exprime son appui au document de l’équipe pastorale de la C.É.C.C. à propos du projet de loi fédérale au sujet de la pornographie.

16.   Qu’une commission formée de femmes de différents milieux socio-économiques et de membres du Comité des affaires sociales étudie le problème de la violence sous toutes ses formes.

17.   Que dans les paroisses des actions ponctuelles soient entreprises contre la violence.

18.   Que des rencontres d’information soient organisées au plan paroissial et diocésain pour que les évêques et les prêtres soient informés de la situation de la violence par de des femmes engagées auprès des victimes de la violence.

19.   Qu’après la période d’écoute et de sensibilisation, évêques et femmes ensemble élaborent une déclaration de l’Assemblée des Évêques du Québec à ce sujet.

5. LA SEXUALITE

Trop souvent le discours de l’Église officielle sur la sexualité est restrictif et moralisateur. II fait implicitement porter la responsabilité morale et ses conséquences aux seules femmes. Il est urgent de faire sortir ce discours du cadre étroit du « permis et du défendu » pour retourner aux sources de la Bible qui considère l’homme et la femme comme des êtres de relation. Le discours de l’Église doit considérer la sexualité comme une réalité positive qui englobe tous les aspects de la personne, homme ou femme.

Problème : les hommes d’Église se prononcent en des matières concernant en tout premier lieu le vécu des femmes sans entrer en dialogue préalable avec ces dernières et en se solidarisant davantage avec les énoncés actuels du Magistère qu’avec l’expérience chrétienne que les laïcs font de l’exercice de leur sexualité.

Quelles mesures adopter pour assurer au discours de l’Église sur la sexualité, la contraception et l’avortement sa fidélité aux appels de l’Évangile et un enracinement dans le vécu relationnel des hommes et des femmes qui forment l’Église ?

Recommandations :

20.    Attendu qu’à préparation théologique égale, à dons égaux, à appel évangélique égal, la seule différence entre un diacre marié et son épouse c’est qu’elle est femmes, nous recommandons que l’A.É.Q. continue de demander à Rome l’accès des femmes au diaconat.

21.   Attendu qu’il apparaît essentiel d’enraciner dans l’expérience concrète des femmes d’ici le discours officiel de l’Église sur la sexualité, nous recommandons que les répondantes à la conditions des femmes de chaque diocèse établissent des lieux de parole où les femmes pourraient s’exprimer sur tout ce qui concerne leur vécu sexuel, créer des liens avec celles qui ont été marginalisées, informer et sensibiliser les hommes laïcs, prêtres, et futurs prêtres au vécu sexuel des femmes.

22.   Que la problématique de l’avortement et la problématique de la contraception soient réexaminées en tenant compte de toutes les composantes relationnelles. Que le discours de l’Église sur ces questions se fasse davantage interpellant à l’égard de la responsabilité de l’homme.

23.   Nous recommandons que l’A.É.Q. fasse des démarches afin d’abolir l’excommunication des femmes qui ont subi un avortement.

24.   La sexualité étant une réalité positive qui englobe tous les aspects de la personne, homme et femme, l’Église du Québec soit mieux faire connaître à l’extérieur de ses rangs l’ouverture pastorale d’accueil qui reste possible à ceux et celles qui vivent des situations de marginalité afin de dépasser la compréhension restrictive de la morale chrétienne telle que définie en 1968 dans l’encyclique Humanae Vitae.

6. LA FAMILLE

La famille évolue. Des nouveaux modèles surgissent : familles monoparentales, divorcés-remariés, mariage à l’essai, cohabitation des jeunes etc.

Des certitudes figées, des comportements autoritaires des discours moralisateurs de la part de l’Église empêchent trop souvent d’entendre les interpellations de l’Esprit et d’évangéliser comme il se doit ces situations de cheminement et ces drames humains en recherche de libération véritable.

Par quels moyens concrets reconnaître, d’une part et annoncer, d’autre part, la Bonne Nouvelle du Ressuscité a tous les membres des familles actuelles, quels que soient les modèles familiaux et la marginalité des situations ?

•   Au niveau de l’Église du Québec

•   Au niveau de notre milieu local

Recommandations :

25.    Accueillir dans la communauté chrétienne tous les baptisés de manière inconditionnelle quelle que soit leur situation de vie familiale

Au niveau de l’Église du Québec 

−   Par une insistance sur les valeurs plutôt que sur les modèles dans l’expression officielle de la pensée de l’Église, en insistant sur le baptême comme moyen d’appartenance à l’Église.

−   Par une utilisation plus intensive des médias pour faire connaître le message authentique.

Au niveau de notre milieu local :

−   Cet accueil inconditionnel doit être rendu plus visible dans certaines responsabilités selon le cheminement des personnes, leurs charismes et la qualité de leur témoignage.

Les répondantes à la condition des femmes

Recommandation :

26.    Nous recommandons :

−   De donner dans chaque diocèse, urgence et priorité au dossier de la condition féminine;

−   D’exprimer cette priorité en se donnant, d’ici mai 1987. Et en accord avec les instances décisionnelles locales un poste régulier, rémunéré à la répondantes à la condition des femmes;

−   De former si nécessaire une table composée de femmes laïques et religieuses et d’hommes sensibilisés à cette urgence afin de repérer et de choisir les moyens concrets d’assurer le financement de ce poste.

7. RECOMMANDATIONS MODIFIÉES ET REGROUPÉES PAR INSTANCES RESPONSABLES

Il s’agit des 26 recommandations formulées à la session d’étude de l’Assemblée des évêques du Québec. Elles ont été revues par le Comité des affaires sociales qui désirait préciser le sens de certaines recommandations pour les rendre plus opérationnelles ou en améliorer la compréhension.

Elles ont ensuite été regroupées selon l’instance de l’Église qui est responsable de sa mise en œuvre.

C’est cette version approuvée par l’épiscopat que nous vous présentons.

POUR LES RÉPONDANTES

1.    VIGILANCE FACE AU LANGAGE INCLUSIF

Que la répondante et ses collaboratrices et collaborateurs poursuivent un effort pour éveiller l’ensemble des chrétiennes et chrétiens, et plus particulièrement les prêtres, au langage inclusif et qu’à l1occasion elles proposent des formulations qui respectent à la fois la langue française et le style inclusif pour les publications diocésaines.

2.   GRILLE D’ANALYSE DU LANGAGE SEXISTE

Que les représentantes des Inters de la promotion de la condition des femmes procurent aux répondantes une grille d’analyse du langage sexiste et qu’elles les habilitent à son utilisation.

3.   APPUI À LA C.E.C.C. EN REGARD DE LEUR ÉTUDE SUR LA VIOLENCE

Que les répondantes appuient l’étude entreprise par l’équipe pastorale de la C.E.C.C. au sujet de la violence et expriment leur préoccupation pour que cette étude tienne compte de la violence faite aux femmes.

4.    INFORMATION SUR LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES

Que des agentes et agents de pastorale (prêtres et laïques) en rencontres diocésaines ou régionales, soient informés par des femmes engagées auprès des victimes de la violence du vécu de celles-ci, et qu’ensemble, ils et elles déterminent des pistes d’action concrètes.

5.    SENSIBILISATION DU MILIEU PAROISSIAL À LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES

Que les paroisses, zones ou régions pastorales, par leur C.P.P. ou un autre organisme, soient sensibilisées au fait que des femmes de leur milieu sont violentées et qu’elles soient invitées à donner aide et appui aux personnes impliquées dans la situation.

6.    DISCOURS DE L’ÉGLISE SUR LA SEXUALITE

•   Considérant qu’il paraît essentiel d’enraciner dans l’expérience concrète des femmes et des hommes d’ici le discours officiel de l’Église sur la sexualité,

Que les répondantes diocésaines à la condition des femmes établissent des lieux de parole où les femmes et les hommes pourraient, à partir de leur expérience, partager leurs points de vue sur les différents aspects de la sexualité et faire connaître aux évêques le fruit de leurs réflexions pour qu1ils en tiennent compte dans leurs interventions publiques.

7.    EXCOMMUNICATION RATTACHÉE À L’AVORTEMENT

Que les répondantes fassent connaître à l’A.E.Q, leur désaccord en regard de l’excommunication rattachée à l’avortement.

8.   FORUM DIOCÉSAIN

Que chaque diocèse organise un forum diocésain réunissant évêques, pasteurs et laïques pour approfondir les dimensions humaines, théologiques et pastorales des nouveaux rapports femmes et hommes dans l’Église et, en particulier, dans les équipes pastorales.

POUR LES ÉVÊQUES

9.    RÉFLEXION SUR LE PARTENARIAT HOMME-FEMME DANS LES ÉQUIPES PASTORALES Que dans chaque diocèse, l’évêque et la répondante à la condition des femmes amorcent une réflexion entre les prêtres et les femmes engagées en pastorale afin d’arriver à définir ensemble le modèle d’un véritable partenariat dans l’Église.

 

10.    RECONNAISSANCE DES FEMMES EN POSTE DE RESPONSABILITÉ

Que dans chaque diocèse, les femmes en poste de responsabilité aient accès à toutes les informations relatives à leur fonction et que leur mandat soit reconnu publiquement et officiellement.

11.    POLITIQUE D’EMPLOI

•   Considérant que le Comité des ministères de l’A.E.Q. a préparé, à l’intention des diocèses,  « un guide d’élaboration d’une politique d’emploi des agentes et agents de pastorale »;

•   considérant que ce document propose des orientations à suivre quant à l’embauche, à la rémunération, aux conditions de travail et aux bénéfices sociaux;

que chaque évêque révise et mette à jour sa politique d’emploi des agentes et agents laïques de pastorale et aussi de tous ses autres employées et employés en tenant compte de certains points particuliers tels que le contrat de travail, le mandat pastoral, le remboursement des coûts réels de déplacement et de représentation, le congé de maternité, l’ajustement des échelles de salaires, etc.

12.    PERFECTIONNEMENT

Que soient étendues aux laïques engagés en Église, et en particulier aux femmes, les politiques de perfectionnement offertes aux clercs.

13.    PRÉSENCE DES FEMMES DANS LES LIEUX DE DÉCISION

Que dans chaque diocèse, l’évêque assigne des femmes dans des lieux de prise de compatible avec le droit de l’Église.

14.    PRÉSENCE DES FEMMES AUX LIEUX DE RENCONTRE ET DE CONCERTATION

Que des femmes soient associées à tous les lieux de rencontre et de concertation (journées d’étude, sessions de formation, projets pastoraux, etc.) pour qu’on puisse entendre chaque fois leur point de vue.

15.    FORMATION DES MINISTRES ORDONNÉS

Que dans chaque diocèse, des femmes participent à la formation des futurs prêtres, des prêtres et des diacres.

 

16.    RÉMUNÉRATION DE LA RÉPONDANTE

Que chaque diocèse reconnaisse un poste régulier de répondante à la condition des femmes; qu’elle soit intégrée aux structures diocésaines et jouisse d’un statut qui lui permette d’être efficace dans sa tâche, qu’elle soit bénévole ou rémunérée.

POUR LE COMITÉ DES AFFAIRES SOCIALES

17.   APPUI A LA RECOMMANDATION NO. 2 DE LA C.E.C.C. Que l’A.E.Q. voit à ce que la recommandation no. 2 adoptée par les évêques canadiens, le 25 octobre 1984, soit appliquée dans les plus brefs délais. Cette recommandation se lit comme suit :

Au plan national, « que la Commission de liturgie continue à négocier fermement pour la correction des textes et que la C.E.C.C., par toutes ses commissions, soit attentive au langage inclusif ».

Les évêques du Canada mettent en oeuvre des mesures en vue d’éveiller la conscience ecclésiale à l’importance de ce problème du langage inclusif dans une Église communion et de prendre des moyens pour le corriger (homélies, liturgies prières, chants, etc.) dans un esprit pastoral.

18.    DÉCLARATION DES ÉVÊQUES EN REGARD DE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES

Qu’une Commission formée de femmes et d’hommes de différents milieux socio-économiques et de membres du C.A.S, étudie, dans toutes ses dimensions, le problème de la violence faite aux femmes et prépare une déclaration de l’A.E.Q. à ce sujet.

19.    INTERVENTION CONTRE LA PORNOGRAPHIE

Que le C.A.S. et les répondantes préparent une intervention publique contre la pornographie comme violence faite aux femmes.

20.    PRÉSENTATION POSITIVE DE LA SEXUALITÉ

Que le C.A.S. présente la sexualité comme une réalité positive qui englobe toutes les dimensions de la personne, homme ou femme, et continue de manifester une ouverture pastorale d’accueil des personnes qui vivent des situations de marginalité en ce domaine.

21.    L’APPROCHE PASTORALE EN REGARD DE LA CONTRACEPTION

Que l’approche pastorale de la contraception soit réexaminée en tenant compte de la responsabilité de l’homme et du vécu relationnel du couple.

22.    L’APPROCHE PASTORALE EN REGARD DE L’AVORTEMENT

Que l’approche pastorale en regard de l’avortement soit réexaminée en tenant compte de la responsabilité de l’homme et de la théorie du volontaire indirect.

23.    ORDINATION DES FEMMES

Que l’Assemblée des évêques du Québec reste ouverte à la question de l’ordination des femmes au diaconat et au presbytérat et qu’elle porte cette question jusqu’à Rome.

24.    VISIBILITÉ DES FEMMES DANS LES CÉLÉBRATIONS

Que le C.A.S. demande à la Commission nationale de liturgie de proposer des formes de célébration qui rendent les femmes et les hommes également visibles aux yeux de la communauté.

25. RECHERCHE THÉOLOGIQUE ET SCIENTIFIQUE SUR LA CONDITION DES FEMMES ET LEUR APPORT AU SEIN DE L’ÉGLISE.

Que les facultés de théologie catholique, les instituts de pastorale et tous les autres centres d’enseignement théologique (incluant ceux des diocèses) allouent des budgets à la recherche théologique et scientifique sur la condition des femmes et sur leur apport au sein de l’Église. Que ces sujets fassent partie des programmes d’enseignement et soient suggérés aux étudiantes et étudiants pour leurs travaux.

COMITÉS DIVERS

26.   ÉTUDE DES RESSOURCES BÉNÉVOLES

• Considérant l’ampleur et l1importance du phénomène du bénévolat dans notre Église et la présence majoritaire des femmes parmi les bénévoles,

qu’à l’aide d’un instrument préparé par le C.E.L., les diocèses entreprennent, avec les paroisses, une étude de leurs ressources bénévoles en vue d’élaborer une politique :

o   de formation et de ressourcement ;

o   de remboursement de certains frais.

27.    GROUPE DE RECHERCHE SUR LES MINISTÈRES FÉMININS

Que l’A.E.Q. constitue un groupe de travail composé de théologiennes et de théologiens qui étudie les questions exégétiques, théologiques et canoniques reliées à la condition particulière des femmes en regard des ministères dans la tradition catholique.

28.    FAMILLES

•   Considérant que le sacrement de mariage doit être le reflet de l’amour indéfectible de Dieu;

•   considérant qu’il faut aussi tenir compte des choix de vie des gens et du contexte social où se font ces choix;

que l’Église, à toutes ses instances, témoigne d’une attitude accueillante plutôt qu’autoritaire en insistant sur le baptême comme signe premier d’appartenance à l’Église ;

que les responsables de l’Église consultent des personnes vivant différentes situations familiales avant de prendre la parole au sujet de la famille ;

que l’Église insiste sur les valeurs plutôt que sur les modèles dans l’expression officielle de sa pensée au sujet de la famille.


LES FEMMES DANS L’ÉGLISE DE MONTRÉAL

Le 10 février 1986, un comité ad hoc sur les femmes dans l’Église de Montréal déposait une série de recommandations largement inspirées des recommandations formulées par le comité ad hoc de la C.E.C.C., version officielle telle qu’amandée par les évêques.  Les propositions sont placées par ordre d’importance.

1.   Reconnaissant que la traduction dans les faits de l’acceptation de l’égalité fondamentale de la femme dans l’Église, n’est pas seulement une question de paroles mais le résultat de l’évolution des mentalités et d’une ouverture d’esprit, il importe : 

•   De susciter une réflexion au niveau du clergé et des futurs prêtres sur le sens de l’acceptation de l’égalité fondamentale de la femme et la manière de la traduire concrètement dans leur vie;

•   De favoriser les formules de partenariat hommes-femmes là où se pensent, se décident et se réalisent les projets dans l’Église.

2.   Reconnaissant que les autorités diocésaines ont déjà posé des gestes concrets, dans ce sens, avec discernement, en désignant des femmes dans certains postes de responsabilité, au niveau diocésain, et en accordant des mandats officiels, il importe :

•   De continuer à assurer une représentation adéquate des hommes et des femmes, à tous les niveaux, en considération de leur compétence et/ou de leur expérience;

•   De faire connaître les noms des personnes ayant reçu un mandat officiel.

3.   Reconnaissant qu’il existe un certain nombre de femmes qui sont engagées et salariées, d’autres engagées bénévolement, à différents niveaux :

•   De tenir à jour un fichier des unes et des autres;

•   De s’assurer que les femmes salariées bénéficient de conditions de travail convenables et d’un traitement équitable en fonction du coût de la vie;

•   De confier à l’office concernée ou à un comité as hoc ou autre, l’étude des problématiques particulières, telles celle des épouses de diacre ou celle des animatrices de pastorale scolaire;

•   De contribuer au perfectionnement de femmes engagées, salariées ou bénévoles.

4.   Reconnaissant que ce dossier (Les femmes dans l’Église) constitue un outil d’animation dont toutes les sections ne sont aps d’égale importance, en fonction des buts visés, il importe :

•   De privilégier une animation, à partir du dossier les femmes dans l’Église,

•   Qui mettrait à profit les principaux éléments de la problématique générale en retenant, selon le cas, les fiches abordant des aspects plus pertinents en fonction es groupes;

•   De prévoir cette animation, en la situant dans le contexte du prochain synode sur le laïcat mettant en relief le sens et la place des laïques et des laïcs dans l’Église de ce temps.

5.   Reconnaissant qu’une orientation ne peut se développer et se traduire concrètement, de façon dynamique et coordonnée, au niveau du diocèse, sans lui accorder une place signifiante dans la structure, il importe :

•   De confier le dossier des femmes dans le diocèse à une équipe dont le mandat ainsi que le rattachement administratif seraient clairement définis;

•   De veiller à ce que cette équipe de personnes soit placée à un niveau fonctionnel favorisant une influence réelle au niveau diocésain, au niveau de l’A.C.Q. et de la C.E.C.C.;

•   De mandater cette équipe à poursuivre la réflexion théologique et pastorale sur le vécu et la mission des femmes dans l’Église, en concertation avec les niveaux provincial et canadien;

•   De demander à cette équipe de prévoir une démarche de sensiblisation et d’animation sur la femme dans l’Église, au niveau du diocèse, pui d’évaluer périodiquement les effets de leur travail.

Ce comité étaient composé de Johanne Bernier, animatrice de pastorale, Reina Comte, membre d’une communauté de base, Françoise Coulombe, membre du Conseil diocésain de pastorale et responsable du comité, Suzanne Gariépy, coordonnatrice du M.É.C., Rita Hazel, membre du Conseil de pastorale, Yvette Laprise, f.c.s.c.j., membre d’une communauté de base, Marie-Thérèse Olivier, secrétaire générale de M.F.C. 


SYNTHÈSE DES MÉMOIRES PRÉSENTÉS À LA DÉLÉGATION DU SYNODE

Extrait du rapport

La délégation canadienne au synode de 1987, invitait tous les individus, groupes et organismes qui le désiraient à faire entendre leur point de vue sur La vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde. En réponse à cette invitation, plus de quatre-vingt-dix mémoires ont été présentés à la délégation. Le nombre et la diversité des intervenants montrent à l’évidence que l’appel fut largement entendu.

Le matériau ainsi rassemblé offre un aperçu assez précis des richesses, mais aussi des préoccupations et des aspirations du peuple chrétien d’ici.

Premier point de convergence : l’ecclésiologie

L’ecclésiologie constitue le premier point de convergence notable. En effet, les opinions entendues présentent une remarquable unité de vue quant au rôle et à la mission de l’Église dans le contexte d’ici.

De cette commune conception de l’Église naissent quelques préoccupations majeures. La condition féminine est la première d’entre elles. Une nette majorité des mémoires en font mention et une vingtaine d’entre eux portent exclusivement sur le sujet. Deux autres questions retiennent, elles aussi l’attention, tant par leur pertinence que l’insistance avec laquelle elles sont exposées. Il s’agit du mariage et de la famille compris et vécus comme des manifestations spécifiques de la vocation laïque, et, dans un tout autre ordre d’idées, de la place faite dans l’Église aux laïques mandatés pour des tâches pastorales.

Dans la mesure du possible, les différents éléments de synthèse ont été illustrés de citations extraites des mémoires. Nous vous présentons ce qui a été dit concernant la condition des femmes. 

Second point de convergence : la condition féminine

La condition féminine, second point de convergence réunit une large part des mémoires soumis à la délégation. Il s’agit des questions portant sur la place faite aux femmes dans l’Église et la société.

À l’unanimité s’ajoutent parfois même la fermeté et l’impatience devant la lenteur des changements qui tardent à venir.

L’heure des discours sur la réconciliation hommes-femmes dans l’Église est chose du passé. En 1985, il y a eu le synode sur la réconciliation; en 1987, ne serait-ce pas enfin l’heure de l’action ? (8)

Une intervenante a d’ailleurs exprimé en peu de mots ce que vivent un grand nombre de femmes engagées en Église:

J’étais fatalement laïque dès le sein de me mère. Ce n’est pas le baptême qui m’a fait laïque, mais le fait d’être femme… (9)

Malgré tout, on désigne l’élan d’émancipation des femmes au sein de la société et de l’Église québécoises comme un signe de bonne nouvelle, « un signe des temps ». Un groupe demande même :

L’Église veut-elle se laisser évangéliser par les pauvres que sont les femmes ? (10)

Dès lors, on presse les évêques de persévérer dans leur insistance à parler de la condition des femmes au cours du synode, comme ils le font régulièrement depuis 1971.

 2.1 À cause de l’Église

La place de la femme dans l’Église est d’abord considérée à la lumière de l’ecclésiologie précédemment esquissée. La dignité baptismale des enfants de Dieu, de même que la commune mission ecclésiale, sont les deux arguments qui animent la plus grande part des argumentations, opinions et recommandations.

À propos d’égalité et de différences dans l’Église, faut-il insister sur ce qui est spécifique aux femmes ou insister sur leur égalité à titre de baptisées ? (…) À ce propos, on ne dira jamais assez que ce qui fonde la dignité des hommes et des femmes dans le Christ, c’est le baptême. (11)

À la lecture des mémoires, on constate que des groupes de tous les horizons se font solidaires des revendications féminines. Ces dernières sont de trois ordres : le discours ecclésial, le partage des responsabilités et l’accession aux ministères.

2.2  Discours ecclésial

Les femmes réclament un droit de parole pour tout ce qui les concerne, particulièrement en des domaines qui les touchent directement. C’est entre autres le cas du discours ecclésial portant sur la famille et la sexualité.

Il est évident pour nous que lorsque des recommandations doivent se faire à des instances supérieures sur des sujets qui touchent la vie des femmes, vie conjugale et familiale, l’on devrait déléguer des femmes qui ont une expérience pertinente de ces dossiers. (12)

Dans un même ordre d’idées, il est fortement souhaité que l’Église proclame une parole prophétique qui promeut l’égalité de l’homme et de la femme. Cela va jusqu’à la forme même du langage que l’on veut exempt de sexisme.

Nous souhaitons que l’Église adapte son langage de façon à ce que les femmes soient présentes dans les textes officiels, la pensée et les attitudes des hommes d’Église. (13)

2.3    Responsabilité partagée

Les voix s’unissent aussi pour recommander que soient abolies toutes les règles, lois et conditions qui interdisent aux femmes l’accès aux différentes fonctions et responsabilités ecclésiales.

Tout doit être mis en œuvre afin qu’elles puissent accéder à tous les niveaux de service et de responsabilité de l’Église. De plus, les fonctions d’enseignement et de gouvernement ne devraient plus être fermées aux femmes.

Enfin, certaines règles – comme l’interdiction qui est faite aux femmes d’approcher l’autel – qui heurtent de front la dignité humaine et chrétienne des femmes devraient être révisées sans tarder.

Puisque le baptême confère aux hommes et aux femmes une égale dignité, le prochain synode sur la mission des laïques dans l’Église et dans le monde devrait être l’occasion d’un débat sur les mesures disciplinaires et canoniques qui font encore des femmes des laïques de seconde zone (exclusion de l’autel, de l’accès à des fonctions de gouvernement qui exigent l’ordination). (14)

2.4  Ministères

   

Au risque de revenir sur des appels déjà lancés (…) la délégation canadienne devrait demander qu’une étude sérieuse soit reprise sur la question des. Ministères (…) Nous, comme femmes en Église, serions très mal à l’aise que 163 pères synodaux gardent le silence. Nous demandons que les évêques canadiens posent à nouveau un geste prophétique ! (15)

   

   Ces propos résument assez bien un souhait généralement exprimé. Les personnes et les organismes qui ont déposé des mémoires attendent de la délégation canadienne qu’elle intervienne sur la question de l’accès des femmes aux ministères ecclésiaux. Voyons de plus près en quoi consistent les différentes recommandations à ce sujet.

   

2.4.1   Les nouveaux ministères

De façon générale, il est recommandé par les différents groupes que les nouveaux ministères soient développés de manière à ce que les femmes y aient accès sans réserve aucune. 

Voilà pourquoi plusieurs pressent les évêques de poser un premier geste concret en accordant un mandat pastoral aux laïques, femmes et hommes, qui assument une charge pastorale (là où ce n’est pas encore une pratique habituelle).

Nous croyons que le temps est venu d’étudier sérieusement ces questions et de poser des gestes concrets : la présence des femmes et leur rôle possible dans les nouveaux ministères…(16)

Nous recommandons que le synode appuie fortement la création de nouveaux ministères, adaptés aux nécessités de notre monde actuel, et accessibles à tous les baptisés, selon leurs charismes et compétences. (17)

2.4.2 Des nouvelles modalités

Une certaine part des intervenants et des intervenantes proposent une approche essentiellement pragmatique. Il s’agirait de confier à des femmes mandatées le soin deprésider certains actes liturgiques qui sont directement liés à leur tâche pastorale. Ceci concerne particulièrement les ministères dits « de la Parole » (proclamation et prédication) de même que les sacrements du baptême, du mariage et de l’onction des malades.

Pourquoi les femmes n’exerceraient-elles pas jusqu’au bout certains ministères depuis la préparation au baptême jusqu’à l’administration du sacrement ? (18)

2.4.3 Les ministères ordonnés

Enfin, quelques mémoires recommandent explicitement que soit étudiée l’hypothèse selon laquelle des femmes pourraient accéder aux ministères ordonnés.

Nous demandons à l’Église de reconnaître dans les faits le droit d’accès des femmes aux postes de responsabilité et aux ministères ordonnés qui se veulent ministères de service. La capacité de servir des femmes est indéniable et leur participation massive à l’éducation de la foi, à l’écoute des démunis révèle la nécessité de leur apport dans tous les domaines qui requièrent le sens du service, y compris les ministères ordonnés. Nous croyons à ce sacerdoce royal dont sont investies toutes les baptisées et la non-reconnaissance de cette réalité accorde peu de crédibilité à un discours ecclésial qui nie en ses structures la pertinence de ce qu’il exprime à haute voix. (19)

Plusieurs voix se sont unies pour demander précisément l’accès des femmes au ministère diaconat.

Il est recommandé que soit étudié la possibilité d’admettre au diaconat les femmes célibataires, mariées ou veuves. (20)

De plus, il est à noter qu’un grand nombre d’individus et d’organismes recommandent que soient levés tous les obstacles qui empêchent les femmes d’accéder à la totalité des fonctions ecclésiales. Dans cette perspective, l’ordination est perçue comme la voie d’accès aux postes de gouvernement dans l’Église, la plupart de ces derniers étant exclusivement réservés aux ministres ordonnés.

Que l’Église reconnaisse officiellement la collaboration des femmes dans l’Église en leur permettant l’accès à des postes importants, au même titre que les hommes. (21)

Qu’enfin se lèvent les barrières et les obstacles que les femmes rencontrent dans leur démarche en vue d’être véritablement membres à part entière de l’Église. (22)

Dans quelques cas, il semble que cette revendication exclut le sacerdoce ministériel, comme en fait foi cet extrait.

Nous affirmons pour notre part que l’engagement dans l’Église, l’attachement à Jésus Christ et à sa doctrine sont suffisamment garantis par le baptême pour qu’un non-clerc, homme ou femme, puisse accéder à une multitude de responsabilités et de fonctions moyennant une formation pertinente. (…) Au nom de quels principes spirituel ou théologique ou rationnel, exiger le sacerdoce pour ces fonctions d’Église ? (23)

***

En tout état de cause, notons que tous ceux et celles – et ils sont nombreux – qui sont intervenus en faveur des revendications féminines pourraient assurément se reconnaître dans les propos suivants :

Une Église qui avance c’est aussi une Église qui fait des choix et pour nous, la priorité doit être (entre autres) faite aux femmes. (… ) Il est plus que temps de cesser de leur faire une certaine place dans notre projet d’Église mais bien plutôt de leur faire une place certaine. Et cela dans toutes les sphères de notre travail, que ce soit au niveau du langage, des symboles, des lieux de décision, des sacrements, etc. (24)

Extrait du rapport synthèse des mémoires présentés à la délégation canadienne (francophone) au synode portant sur La Vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde 20 après Vatican II, Annine Parent-Fortin, septembre 1987 


COMITÉ DE PROMOTION DE LA FEMME

DE LA CONGRÉGATION DES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME-DU-SACRÉ-CŒUR

À MGR DONAT CHIASSON, ARCHEVÊQUE DE MONCTON

En septembre 1987, le Comité de Promotion de la femme de la Congrégation des religieuses de Notre-Dame du Sacré-Cœur présentait à Mgr Donat Chiasson, archevêque de Moncton et membre de la délégation canadienne au synode des évêques portant sur La vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde. Le comité suggérait des modifications à apporter au droit canon et à certaines pratiques diocésaines pour donner plus de place aux religieuses et aux personnes baptisées dans l’Église.

Ont signé le document :

Sœur Marie Allain, représentante des Sœurs du diocèse de Moncton (Kent)

Sœur Dorice Arsenault, représentant les Sœurs de Moncton (Westmorland)

Sœur Gina Baiani, représentante des Sœurs du diocèse du Cap-Haitien

Sœur Lucille Bourgeois, représentante des Sœurs du diocèse de Saint Jean

Sœur Berthe Boudreau, représentant les Sœurs de Moncton (Westmorland).

Sœur Auréa Cormier, représentante du Conseil N.D.S.C. au Comité

Sœur Marie Ida Cormier, présidente du Comité

Sœur Imelda Guignard, représentante des Sœurs du diocèse de Yarmouth

Sœur Jeanne Maillet, représentante des Sœurs du diocèse d’Edmunston

Sœur Adèle Morin, représentante des Sœurs du diocèse de Bathurst

INTRODUCTION

À leur chapitre de 1984, les religieuses de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur ont formé un comité de 10 sœurs dont l’action portait sur la promotion de la femme, suite à la parution du document des évêques canadiens et des rapports des discussions qui avaient eu lieu dans au moins 33 communautés locales de la Congrégation.

En compilant l’information fournie par les Soeurs, les membres du Comité sur la Promotion de la Femme ont constaté que certains engagements dans l’Église ne peuvent se prendre avant que des modifications appropriées soient apportées au Droit canon et à certaines pratiques diocésaines. Le Comité a justifié certaines des modifications souhaitées et a formulé des recommandations. Il souhaite que deux de ces recommandations soient apportées au Synode par l’Archevêque de Moncton et que trois d’entre elles soient mises en place au niveau du diocèse. Le Comité souhaite également que les évêques des diocèses où oeuvrent les religieuses Notre-Dame-du-Sacré-Coeur soient au courant de leurs demandes, alors une copie du présent document leur sera envoyée.

RECOMMANDATIONS 

1ère recommandation LE DIACONAT ACCESSIBLE AUX FEMMES 

Étant donné que :

•   dans l’Église primitive, les femmes pouvaient être diaconesse;

•   les femmes peuvent avoir les qualités voulues pour le diaconat autant que les hommes;

•   plusieurs églises chrétiennes confèrent déjà le diaconat;

•   le diaconat s’avère de plus en plus comme un besoin dans notre Église.

Nous recommandons que :

1.   l’Archevêque de Moncton demande aux autorités appropriées de l’Église pour que soit amendé le canon 1024 qui veut que seul un homme baptisé reçoive validement l’ordination sacrée;

2.   le canon 1024 soit reformulé de la manière suivante : seule une personne baptisée, homme ou femme, reçoit validement l’ordination sacrée.

2e recommandation : ADMINISTRATION DE L’ONCTION DES MALADES PAR LES PRÉPOSÉS-ÉES À LA PASTORALE DES MALADES

Étant donné que :

•   les religieuses s’adonnent de plus en plus à la pastorale des malades;

•   les personnes baptisées, femmes ou hommes, sont parfois choisies par l’Église pour s’adonner à la pastorale des malades;

•   une relation s’établit entre ces religieuses ou ces personnes baptisées et les malades qu’elles réconfortent et incitent à se tourner vers Dieu;

•   il est écrit dans Lumen Gentium (No. 29) que le diaconat confère à une personne le droit d’administrer le sacrement des malades.

Nous recommandons que :

1.   les personnes baptisées qui s’adonnent à la pastorale des malades soient autorisées à administrer validement l’onction des malades;

2.   l’on procède à la modification du canon 1003(1) qui veut que seul le prêtre administre validement l’onction des malades.

RECOMMANDATIONS TRANSMISES À l’ÉVÊQUE POUR MISE EN PLACE AU NIVEAU DIOCÉSAIN

1ère recommandation: LA PAROLE AUX FEMMES DANS LES RITES SACRÉS

Étant donné que :

•   de plus en plus de femmes ont acquis une connaissance profonde des sciences sacrées enseignées dans les universités ou facultés ecclésiastiques et dans les instituts de sciences religieuses en fréquentant les cours et en acquérant les grades académiques, tel que dit au canon 229;

•   beaucoup de ces femmes ont les qualités et la stabilité requise pour prendre la parole lors de rites sacrés;

•   les personnes laïques peuvent, en vertu d’une députation temporaire, exercer la fonction de lecteur ou encore d’autres fonctions dans les actes liturgiques et là où le besoin de l’Église le demande qu’elles peuvent exercer le ministère de la parole (Canon 230(2) et 230(3);

•   les membres des instituts de vie consacrée et les personnes laïques peuvent être appelés à coopérer avec l’Évêque et les prêtres dans l’exercice du ministère de la parole (Canons 758 et 759).

Nous recommandons que :

1.   l’on accorde aux femmes le droit d’exercer le ministère de la parole lorsque le bien ou le besoin de l’Église le demande;

2.   l’on modifie le canon 230 pour éliminer la restriction liée au genre masculin et qu’au lieu de laïc homme on y lise les personnes laïques.

2e recommandation :  AUTORISATION A CONFÉRER LE BAPTEME 

Étant donné que :

•   des religieuses sont parfois responsables de préparer les couples à l’administration du sacrement du baptême à leur enfant;

•   un lien s’établit entre le ou la responsable de l’éducation au baptême et le couple lors de ces échanges préparatoires;

•   le canon 230(3) dit que là où le besoin le demande, les personnes laïques peuvent conférer le baptême.

Nous recommandons que :

1.    l’Évêque délègue à des agents-es de pastorale, hommes et femmes, le ministère de conférer le baptême là où cela s’avère bienfaisant ou nécessaire.

3e recommandation : AUTORISATION DES RELIGIEUSES ENGAGÉES EN PASTORALE À VALIDER LE MARIAGE

Étant donné que :

•   le consentement entre l’époux et l’épouse est ce qui fait l’essence du mariage;

•   des religieuses sont responsables de paroisse et font la préparation des couples au mariage ;

•   l’Évêque diocésain peut, dans certaines circonstances, déléguer des personnes laïques pour valider le mariage (Canon 1112).

Nous recommandons que :

1.    l’Évêque mette en place ce qui serait nécessaire pour faire amender la loi civile afin qu’une personne responsable de paroisse puisse valider le mariage;

2.    l’Église diocésaine permette à la religieuse responsable de pastorale d’être la personne devant qui sont validés des mariages;

3.    l’Évêque fasse le nécessaire pour que l’on modifie le canon 1108 pour ajouter les préposés à la pastorale, hommes ou femmes, à la liste existante (ordinaire du lieu, curé, prêtre ou diacre délégué) comme personne devant qui le mariage peut être contracté.


DÉFIS À L’AUBE DU 21e SIÈCLE – CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISE

Huitième assemblée

Du 27 au 30 novembre 1998, le Conseil œcuménique des Églises tenait sa huitième assemblée à Harare au Zimbabwe. Cette assemblée mettait fin à un programme de dix ans proposé aux Églises « Les Églises solidaires des femmes ». La Décennie devait fournir un cadre dans lequel les Églises membres du COE examineraient leurs structures, leur enseignement et leurs pratiques et s’engageraient à promouvoir la pleine participation des femmes. C’était une occasion pour ces Églises de se pencher sur les problèmes que rencontrent les femmes dans la société, et de leur manifester courageusement leur solidarité.

A partir du milieu de la Décennie, des visites d’équipes oecuméniques – les « lettres vivantes » – ont été envoyées aux Églises partout dans le monde, pour appuyer les progrès réalisés et inciter les Églises à s’engager plus avant en faveur des femmes. Les « lettres vivantes » sont revenues, porteuses de récits enthousiastes sur la solidarité des femmes entre elles, leur amour et leur engagement pour les Églises. Mais elles ont également fait état d’un grand nombre de questions restées sans réponse.

Dans son analyse des conclusions de 75 visites d’équipes à 330 Églises. 68 conseils nationaux et environ 650 groupes de femmes, le rapport « Lettres vivantes » décrit « la vie dans le jardin » : les femmes sont les piliers de leurs Églises, elles sont résolues à résister, elles créent des liens de partenariat avec des groupes laïques. Le rapport décrit également « les pierres », les obstacles sur lesquels elles buttent: la violence et le racisme qui s’exercent contre les femmes, l’injustice économique, les entraves à la participation, le rôle de la famille, la théologie et les interprétations de la Bible en tant qu’instruments d’oppression, les attitudes à l’égard de la sexualité, les relations entre l’Évangile et la culture, la solidarité et les divisions entre les femmes.

LES FEMMES INTERPELLENT ET PROPOSENT UN PROGRAMME D’ACTION

C’est en 1988 que le Conseil Oecuménique a lancé la Décennie Oecuménique des Églises Solidaires des femmes, un programme de dix ans proposé aux Églises. L’intérêt de ce programme étant de permettre aux Églises de (re)-considérer leur structures, leur enseignement et leur pratique avec pour perspective la pleine participation des femmes. La Décennie a été l’occasion pour les Églises de réfléchir à la situation des femmes dans la société et de manifester une solidarité courageuse avec toutes les femmes. Vers le milieu de cette Décennie, des équipes oecuménique, appelées aussi « lettres vivantes » ont été envoyées auprès des Églises dans le monde entier. Leurs tâches étaient à la fois de se réjouir et de reconnaître ce qui avait déjà progressé et de les stimuler à aller clairement de l’avant dans leurs engagements à l’égard des femmes. Les récits et rapports de ces visites ont dépeint avec enthousiasme la solidarité qui existe entre les femmes ainsi que le soutien constant et l’amour qu’elles portent à leurs Églises respectives. Ces récits ont aussi montré l’étendue de tout ce qui reste à faire – soit les nombreuses questions encore non résolues et les préoccupations des femmes. Ce document mentionne quelques uns de ces défis et appelle les Églises à poursuivre leur solidarité bien au-delà de 1998.

….et dans ces terres arides, comme un désert à l’infini, nous avons redécouvert une source d’eau fraîche. Rassemblées près de l’eau, nous avons dansé joyeuses : non plus oubliées, ni invisibles ou étouffées, mais épanouies et créatrices. Ouvrant des barrières, élevant nos voix, déplaçant des murailles et construisant sur des ruines. Nombreuses celles qui venaient de l’ombre; ensemble nous avons célébré notre survie. Nous nous sommes accueillies au grand jour. Mais l’eau ne vient pas seulement des profondeurs de la Source elle coule aussi le long de nos joues. Les larmes causées par une main violente. Des larmes silencieuses. Des larmes causées par des systèmes et des pratiques injustes. Mémoire et expérience – tout ce qui s’est passé et qui continue, …et qui devient colère. Cela ne peut continuer ! Il faut que cela change. Alors….

La Décennie Oecuménique « Les Églises Solidaires des Femmes » repose sur la vérité biblique de la bénédiction commune accordée aux femmes et aux hommes dans la création (Gen. 1, 27) et de la responsabilité commune qui leur incombe de maintenir et de servir l’Église dans le monde. Nos théologies ont pour base les paroles bibliques, les traditions historiques de l’Église, notre expérience sacramentelle de l’eucharistie et par la puissance du Saint Esprit. Dans tout cela, nous affirmons la place centrale de l’égalité des hommes et des femmes. Les Écritures, malgré les époques patriarcales, offrent de nombreux exemples de la force du témoignage des femmes; par leurs actes de foi et leurs affirmations hardies, elles ont participé à la mission et au ministère de Jésus. La Bible contient des témoignages de la spiritualité féminine qui sont sources d’inspirations – et Dieu les bénit ! Les premières liturgies de baptême étaient fidèles à cette vision en affirmant : « II n’y a plus ni Juif, ni Grec: il n’y a plus ni esclave, ni homme libre: il n’y a plus l’homme et la femme : car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ » (Gal 3.28).

L’histoire chrétienne a mis de côté, même négligé cet enseignement central. Ainsi l’affirmation de « l’égalité des disciples » est malheureusement encore bien loin d’être une réalité dans les faits. On s’est souvent servi de la Bible pour justifier l’exclusion et la marginalisation des femmes dans de nombreux domaines. La Décennie nous offre une nouvelle occasion de progresser vers une communauté de femmes et d’hommes. Une Église où les femmes seront appelées au ministère et au service, mais aussi de mener des vies libérées de toute violence, libres aussi des rôles imposés par les attentes et les présupposés traditionnels et souvent culturels.

Aujourd’hui, nous sommes appelés à reconnaître et à accueillir femmes et hommes comme partenaires à part entière sur le chemin vers un ordre mondial équitable, dont nul ne sera exclu ni à cause de son sexe, de sa race, de sa religion, de son statut économique ou de son origine ethnique. La Décennie a donné aux croyants, hommes et femmes – c’est-à-dire aux Églises – l’occasion d’être solidaires avec toutes les femmes de l’Église et de la société, de surmonter les années d’oppression vécues par des millions de nos contemporaines, victimes de la violence de la pauvreté, de l’exclusion sociale et du pouvoir patriarcal. L’Église est appelée à se convertir pour manifester sa solidarité active avec toutes les femmes. Cela implique une modification radicale de certains aspects de sa vie, à partir d’une nouvelle interprétation, d’une restructuration de ses pratiques et des doctrines discriminatoires à l’égard des femmes.

Au moment où nous avançons au-delà de la Décennie oecuménique pour aborder le 21e siècle, nous voulions apporter aux Églises les interpellations suivantes pour les engager à agir concrètement :

Sur la justice économique : étant donné la mondialisation croissante de l’économie, accompagnée de la libéralisation des marchés, de l’individualisme, des restrictions imposées aux services sociaux et parce que les femmes ainsi que les enfants sont les premières victimes de cet état de choses, nous appelons les Églises et le mouvement œcuménique :

1.   à se prononcer clairement contre ces tendances qui vouent à l’exclusion des populations et des pays entiers;

2.  à exiger la remise des dettes intérieures et extérieures des pays les plus pauvres, ainsi que le proposent les défis du Jubilé : de prendre des mesures concrètes garantissant que les ressources ainsi récupérées soient utilisées pour améliorer la qualité de vie des plus pauvres, en particulier des femmes et des enfants;

3.   à s’engager en faveur de la modification des lois qui privent les femmes du droit à la propriété et d autres droits; 

4.   à promouvoir la démilitarisation et à condamner les liens qui existent entre le militarisme, le commerce des armes et les institutions économiques mondiales;

5.  à créer dans toutes les Églises des programmes et des bureaux qui examinent les questions économiques, sans oublier de mener les analyses et les études dans la perspective des rôles sociaux respectifs des femmes et des hommes;

6.   à préparer les femmes à des postes de dirigeantes en créant davantage de bourses d’études qui leur soient destinées;

7.  à veiller à ce que les institutions et structures ecclésiastiques pratiquent l’égalité des salaires entre femmes et hommes;

8.  à rompre la chaîne qui lie l’exploitation de la terre à la croissance économique et à partager responsabilités et soucis en faveur de la terre et de toute la création.

Sur la participation : La pleine participation de tous ces membres représente pour chaque Église un objectif et une exigence éthique. À cette fin, nous invitons les Églises :

1.   à offrir plus de possibilités de formation théologique aux femmes, notamment des bourses:

2.  à introduire dans la formation théologique les affirmations et les apports des femmes et des autres groupes victimes de l’exclusion: 

3.   à réexaminer la vie liturgique et le ministère de l’Église, dans le but d’y intégrer les expériences des femmes et leurs dons spirituels; 

4.   à mettre en oeuvre des politiques d’égalité entre les sexes dans toutes les Églises et organisations;

5.  à offrir une sensibilisation à ces problèmes destinée à tous les membres, masculins et féminins, du clergé et des autorités de l’Église et des institutions qui en dépendent, que ce soit dans l’administration et les organisations oecuméniques, et cela à tous les niveaux; 

6.  à encourager les femmes à accepter des rôles de dirigeantes, afin d’offrir une nouvelle compréhension de l’exercice du pouvoir et de la manière d’en user; 

7. à élaborer de nouveaux critères de choix des responsables et de nouveaux modes de partage et d’utilisation du pouvoir, qui fassent délibérément place aux dons et aux apports féminins; 

8.  à offrir des structures de soutien aux femmes membres du clergé ou travaillant dans les Églises; 

9.  à renforcer les réseaux et les organisations de jeunes femmes et de créer les moyens qui permettront d’inclure la contribution des jeunes femmes; 

10.  à assurer la participation égale des femmes et d’autres groupes encore exclus à tous les niveaux de la vie de l’Église, au besoin en instaurant un système de quotas; 

11.  à remettre à l’honneur l’ancienne tradition d’ordonner des femmes au diaconat.

Sur le racisme : étant donné les nouvelles formes de racisme et de tensions ethniques gui se manifestent partout dans le monde, ainsi que les liens que racisme et xénophobie ont avec l’exploitation économique et la justification culturelle de l’exclusion dont souffrent des millions d’habitants de la Terre, nous appelons les Églises et le mouvement œcuménique :

1.   à renforcer ou à mettre en place des programmes de lutte contre le racisme et la xénophobie, en veillant notamment à la dimension pédagogique; 

2.   à élaborer un nouveau vocabulaire inclusif et une nouvelle analyse du racisme et de la xénophobie. tenant compte qu’ils se manifestent dans la vie même des Églises; parfois le langage de la liturgie et de la théologie ainsi que les images ou les symboles utilisés renforcent les préjudices raciaux;

3.   à élaborer de nouvelles manières de célébrer notre diversité et nos différences, qui sont autant de dons de Dieu au monde, et à imaginer des outils pédagogiques propres à renforcer cette vision; 

4.   à manifester clairement leur solidarité avec les populations autochtones du monde entier et à soutenir les femmes membres des communautés autochtones dans leurs luttes pour la dignité, la souveraineté et les droits à la terre; 

5.   à veiller à ce que le langage de la liturgie et de la théologie ainsi que les images et symboles utilisés dans les Églises ne viennent pas renforcer les préjugés ou présupposés raciaux; 

6.   à soutenir le réseau « Soeurs » (soeurs en lutte contre le racisme et le sexisme) aux niveaux régionaux et nationaux, en s’assurant la participation de tous les réseaux féminins des Églises.

Sur la violence à l’égard des femmes : étant donné que la violence – et notamment la violence à l’égard des femmes – est toujours plus présente dans nos sociétés, nous appelons les Églises à en dénoncer ses diverses formes, qu’elles soient ou non justifiées par la culture et qu’elles se manifestent à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Église. Nous appelons les Églises à déclarer que la violence à l’égard des femmes est un péché. Nous les prions instamment de prendre le parti des victimes, et non de protéger les agresseurs, et d’offrir un encadrement pastoral qui vise à améliorer concrètement l’existence des survivantes, au lieu de se contenter de prêcher la patience, le silence et la soumission. À ces fins, nous appelons les Églises :

1.   à rejeter toute explication et justification théologiques de la violence si souvent utilisées;

2.  à élaborer une nouvelle réponse théologique affirmée sans équivoque par les responsables des Églises ainsi que par les prédicateurs; 

3.   à offrir une atmosphère empreinte de compréhension et de sécurité permettant aux femmes de parler sans crainte de la violence qu’elle vivent; 

4.   à offrir des possibilités matérielles et un climat favorable à des débats francs sur la sexualité humaine et à appuyer le droit pour les femmes de prendre des décisions responsables en matière sexuelle; 

5.   à trouver le moyen de dénoncer les cas de sévices sexuels perpétrés par des membres du clergé ou par d’autres membres de la communauté et à prendre les mesures administratives nécessaires, en présence et avec la participation de femmes, à l’égard des auteurs des violences, ainsi que des survivants 

6.  à offrir un encadrement pastoral aux victimes et aux paroisses lorsque des membres du clergé se sont livrés à des violences sexuelles;

7.   à mettre en place des sanctions mais aussi un encadrement pastoral pour les responsables; 

8.  à attirer l’attention des paroisses sur les problèmes liés à la violence et à la sexualité masculines, en encourageant la formation de groupes d’hommes pour en discuter; 

9.   à reconnaître que la violence infligée aux femmes est une violation des droits de la personne humaine et à adopter les nouvelles définitions de ces droits tels qu’ils sont exprimés par les femmes sur la base de leurs expériences de la violence dans leur contexte; à dénoncer les viols de femmes et d’enfants en temps de guerres et de conflits. (Selon la convention de Genève).

Nous en appelons aux Églises et au mouvement oecuménique, en particulier au Conseil Oecuménique des Églises, afin que tous unissent leurs efforts pour se donner les moyens de mettre en place des structures et des programmes de contrôles, qui garantiront que les préoccupations et les recommandations mentionnées ci-dessus trouveront des solutions concrètes.

…et la source est toujours là, eau rafraîchissante, qui nous confirme dans notre être; eau qui nous reconnaît, nous accueille. L’eau continue de couler, ouvre de nouveaux chemins, purifiants, guérissants; ruisseaux qui se rejoignent, et nous désaltèrent jusqu’au plus profond de nos rêves…source jamais tarie.

Bureau du festival de la Décennie Unité « Justice, paix et création », Conseil Oecuménique des Églises 150, route de Ferney,  1211 Genève 2 – SUISSE


SYNODE DU DIOCÈSE DE QUÉBEC

En 1982, Mgr Maurice Couture, archevêque de Québec, déclarait ouvert le Synode diocésain du diocèse de Québec sous le thème Cap sur le monde de demain. Après trois ans d’étude et de consultation, il promulguait la loi synodale qui traçait les balises majeures de la vie en Église pour les années à venir. C’était disait-il « le temps de passer à l’action ». Quelques articles traitaient de la place des femmes dans l’Église.

EXTRAIT DE « LA LOI SYNODALE », 8 DÉCEMBRE 1995

Au chapitre : Les personnes, leur rôle et leur formation dans l’Église, pp 30 et 31

C) LA PLACE DES FEMMES DANS L’ÉGLISE (PROMULGATION)

Dans un contexte où l’on veut favoriser une prise de responsabilités par les laïcs, quelques articles portent plus précisément sur la place des femmes. Nous savons déjà que les femmes constituent une majorité des membres de nos assemblées liturgiques et des bénévoles qui assument diverses tâches pastorales. Le débat sur les conditions de leur égalité avec les hommes dans l’Église revêt une importance qui se traduit par les deux articles de loi suivants. Dans le document complémentaire, j’explique comment je tiendrai compte d’autres propositions qui ont reçu un vote favorable de l’Assemblée.

Article 57 : Que des femmes soient nommées officiellement responsables de régions pastorales.

Article 58. Que des mesures soient prises pour que les femmes participent de manière plus significative à l’exercice de l’autorité dans le diocèse de Québec.

DOCUMENT COMPLÉMENTAIRE (propositions acceptées par l’Assemblée synodale, non promulguées et transmises à d’autres instances ecclésiales) p. 50

La proposition « Qu’après avoir reçu une formation et acquis une expérience en pastorale, des femmes puissent être appelées au diaconat permanent » n’a pas fait l’objet d’un refus précis et définitif jusqu’à maintenant, mais elle relève évidemment d’une décision du pape et de l’ensemble des évêques.

Quant à la proposition « Que l’Archevêque de Québec demande à notre Saint-Père le pape Jean Paul II que soit remise à l’étude la question de l’accession des femmes au sacerdoce ministériel », la récente déclaration du pape (22 mai 1994) sur cette question, renforcée par un document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (18 novembre 1995) affirme nettement que les femmes ne peuvent avoir accès au sacerdoce; il demande que cet enseignement soit définitivement tenu par tous les fidèles. Dans ce contexte, il serait inconvenant d’insister auprès du Saint-Père pour une remise en question de sa décision.

La proposition « Que l’église de Québec reconnaisse l’égalité des chrétiens et des chrétiennes face aux ministères, et mette sur pied une commission avec mandat d’examiner les moyens de rendre concrète et visible cette égalité et de la promouvoir su sein de l’Église québécoise, de l’Église canadienne et de l’Église universelle » peut s’interpréter de diverses façons selon qu’il s’agit de ministères ordonnés, de ministères institués (au sens canonique du terme) ou de « ministères » reconnus par l’évêque. Je me sentirais autorisé à promulguer cette proposition, s’il s’agissait, pour l’évêque de « reconnaître » certains engagements ecclésiaux comme des ministères intimement liés à l’édification de l’Église-communion. Concrètement, il n’existe pas encore de tels ministères dans notre diocèse, mais l’un des articles de la loi synodale demande d’en créer un spécifiquement auprès des jeunes. Le texte sur les ministères, dont il a été question à la page 28 du document de promulgation, reviendra sur ce point; une étude est d’ailleurs déjà en cours à ce sujet.


SYNODE DE MONTRÉAL

En 1995, le cardinal Jean-Claude Turcotte, annonçait la tenue d’un synode diocésain sous le thème Le temps des changement… mille et un visages, une Église. La loi synodale promulguée en 1999 comportait des articles concernant la participation des femmes au leadership de l’Église.

EXTRAITS DE « ORIENTATIONS PASTORALES »

SYNODE DE MONTRÉAL, 28 AVRIL 1999

LA PARTICIPATION DES FEMMES AU LEADERSHIP (PROMULGATION) (p.36)

Suite aux travaux du Synode, je promulgue les propositions suivantes :

88.   Que l’Église de Montréal affirme qu’il lui faut améliorer substantiellement la participation des femmes aux décisions comme aux consultations pour définir les orientations les priorités pastorales et les politiques diocésaines. (B.14)

89.   Que l’Église de Montréal reconnaisse que les femmes peuvent assumer toutes les responsabilités et exercer toutes les fonctions pastorales ou administratives qui ne requièrent pas l’ordination presbytérale et qu’elles soient nommées à des postes de direction, (B-15, C-06)

90.   Que l’Église diocésaine fasse ce qu’il faut pour que des femmes siègent à tous les comités diocésains, paroissiaux ou autres et ce, dans les meilleurs délais. (C-08)

91.   Que les paroisses, les mouvements et tous les organismes de l’Église confient à des femmes de vraies responsabilités pastorales et administratives, entre autres la coordination de la pastorale d’une paroisse. (C-09)

92.   Que la Conseil de l’Évêque soit le lieu d’un partenariat hommes-femmes dans notre Église. (B-14N)

93.  Que les autorités diocésaines soumettent l’ouverture de postes de responsabilités importantes à un processus d’affichage pour que des femmes intéressées posent leurs candidatures. Que pour favoriser l’égalité des chances dans l’évaluation des candidats, un comité mixte de sélection soit constitué. (C-07)

PROPOSITIONS NON PROMULGUÉES, (p. 43)

5.   Que l’évêque accueille la demande de ceux et de celles qui veulent que les femmes puissent accéder à l’ordination presbytérale. (C-10)

Cette proposition qui a obtenu 66.33% des voix de l’Assemblée synodale reflète une opinion largement répandue dans nos milieux. J’en prends acte et j’en ferai part aux autorités ecclésiales.

6.   Que l’Église de Montréal offre, à l’avenir, la formation et l’accès au diaconat à ceux et à celles qui désirent y accéder. (C-11)

De nombreuses études ont été réalisées sur cette question et elles se poursuivent. Le document « Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents »ouvre des perspectives intéressantes. Nous suivons cette question de près. Toutefois, l’accès des femmes au diaconat relève de l’autorité du Pape et de l’ensemble des Évêques.

PARMI LES ENGAGEMENTS DE L’ÉVÊQUE

•   À intégrer un plus grand nombre de femmes dans les structures décisionnelles du diocèse.


PROJET DE DECLARATION D’HELSINKI

A l’occasion du séminaire du LOBBY EUROPÉEN DES FEMMES

« Un nouveau contrat de genre pour le prochain millénaire »

Helsinki, le 4 juin 1999

Les représentantes du Lobby européen des femmes, les délégués du Parlement européen et les candidats à un siège d’eurodéputé, ainsi que tous les autres représentants de la société civile réunis à Helsinki dans le cadre du séminaire du Lobby européen des femmes, ayant défini les grandes lignes directrices d’un nouveau contrat de genre pour le prochain millénaire :

Déplorent que :

•   les relations femmes-hommes soient encore définies par l’inégalité entre les sexes;

•   la société, l’économie, la politique, les systèmes légaux et la famille soient toujours organisés autour d’une discrimination structurelle des femmes;

•   la pauvreté, la violence, le chômage, la sous-représentation et la discrimination caractérisent la vie de la plupart des femmes;

•   en dépit de l’existence de déclarations et d’instruments nationaux, régionaux et internationaux relatifs au statut des femmes dans la société, les gouvernements ne fassent pas de l’égalité des sexes un objectif prioritaire.

Remarquent que :

•   les gouvernements, les États membres de l’Union européenne et la communauté internationale n’aient pas encore trouvé le moyen de combattre la discrimination structurelle dont souffrent les femmes;

•   l’étendue de la discrimination et de la violence envers les femmes ne soit pas encore clairement déterminée, par manque de recherche adéquate et de statistiques appropriées ;

•   la représentation des femmes à tous les nivaux de la prise de décision ne reflète nullement les normes propres à une société démocratique.

Déclarent que :

•   l’égalité des femmes est fondamentale au développement de n’importe quelle société ;

•   la mise en place d’une démocratie basée sur le genre est le fondement même d’une société équitable ;

•   les sociétés doivent être jugées à la manière dont elles traitent les femmes.

Demandent instamment : 

Aux États membres de l’Union européenne de :

•   développer des plans d’action nationaux afin de mettre en oeuvre la Plate-forme d’action de Pékin – fixer des calendriers, allouer des ressources suffisantes, contrôler l’impact des politiques sur les femmes;

•   désigner des femmes aux postes décisionnels importants, y compris au sein de la Commission européenne, des Nations unies et des autres organisations internationales, ainsi qu’aux postes élevés de négociation en cas de guerre et de conflit;

•   se mettre d’accord sur une législation et des programmes européens destinés à promouvoir le statut des femmes au sein de la société, notamment dans le domaine économique.

Au Parlement européen et à tous ses groupes politiques de :

•   prendre systématiquement en considération l’égalité des sexes dans leurs décisions;

•   doter les programmes de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes de ressources et de moyens suffisants;

•   faire de l’égalité des sexes l’un des piliers de l’intégration européenne.

À la société civile, aux femmes et aux hommes vivant en Europe de :

•   élire un nombre égal de femmes et d’hommes aux postes décisionnels;

•   intégrer le concept d’égalité des sexes dans vos actions et organisations;

•   agir en solidarité avec les femmes qui souffrent de discrimination.

Exigent : 

•   un nouveau contrat de genre, fondé sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les sexes et les groupes discriminés; une approche écologique des décisions économiques, un partage égal des responsabilités dans les domaines public et privé; le respect des différences sur la base des droits fondamentaux; un engagement envers la non-violence; des investissements en capital humain, une solidarité entre les nations.

Nous déclarons notre solidarité avec nos sœurs partout dans le monde et notamment celles qui souffrent de la violence, de la guerre et de leurs conséquences.

Cette Déclaration d’Helsinki est approuvée et sera la base de la Plate-forme des femmes européennes pour le prochain millénaire.


SYNODE SUR LE RÔLE ET LA MISSION DE L’ÉVÊQUE DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI  

ROME, 7 octobre 2001

Environ 75 délégués de groupes réformateurs d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques se sont rassemblés à Rome, du 04 au 07 octobre 2001, parallèlement au Synode des Évêques catholiques.

Ils/elles ont prié et célébré leur espérance d’une Église renouvelée par la force de l’Esprit saint et qui serait plus attentive aux signes des temps et aux nécessités réelles des croyants, surtout des jeunes. Ils/elles ont réfléchi ensemble sur leurs expériences de vie et à la lumière du message biblique et ont rédigé une liste (non exhaustive) de recommandations urgentes (voir ci-après)qu’ils ont portées en procession joyeuse le dimanche 7 octobre au Cardinal Jan Schotte, Secrétaire général du Synode des évêques. La porte de celui-ci ne s’étant pas ouverte à leur délégation, ils/elles ont déposé leurs desiderata dans sa boîte aux lettres.

Avant de se séparer, les délégués du peuple catholique ont appris avec consternation le déclenchement des représailles militaires américaines en Afghanistan. Ils/elles réprouvent énergiquement cette escalade de la violence qui va détruire des vies innocentes et achever de ruiner un pays puis par les guerres, la sécheresse et un gouvernement exécrable.

Ils/elles rappellent que la violence et la guerre ne résolvent qu’exceptionnellement les problèmes mondiaux mais qu’elles entraînent toujours la misère, la dépendance, la haine et le désir de vengeance. Les moyens non-violents de résoudre les conflits sont moins spectaculaires, plus lents mais ils sont infiniment plus efficaces à long terme car plus respectueux des personnes, des cultures et de l’environnement.

DÉCLARATION DU SYNODE PARALLÈLE DU PEUPLE DE DIEU

Nous croyons qu’en raison de leur création à l’image de Dieu, de leur baptême, de la tradition des premières communautés chrétiennes et des décisions du deuxième Concile du Vatican, les fidèles du peuple de Dieu doivent :

•   s’exprimer sur les questions qui les concernent;

•   assumer la responsabilité de leur Église;

•   appeler les dirigeants de l’Église à rendre compte.

L’Évangile nous dit que, dans notre Église, un vrai chef se doit d’être au service (diakonia) du peuple de Dieu. Ce sens du service doit devenir une réalité et non pas seulement des mots. À cause de l’urgence de la situation que vit notre Église, nous prenons la parole, tout en sachant que le vrai dialogue y est souvent bloqué, car nous croyons qu’on ne peut étouffer l’Esprit.

A.   LA GOUVERNE DANS L’ÉGLISE

dans le contexte de la Communauté humaine et de toute la Création

1.   Les dirigeants de l’Église, surtout dans les circonstances actuelles, doivent inviter fortement les chefs des États à renoncer à une guerre de représailles contre le terrorisme et à trouver les moyens de rechercher la justice dans la non-violence. Ils doivent rappeler le 5e commandement (Tu ne tueras pas) et condamner le militarisme et la guerre en tant qu’instrument de politique nationale et internationale.

2.   Les dirigeants de l’Église doivent travailler à éradiquer du monde et de notre Église toutes les autres formes de violence, la pauvreté, la discrimination et l’exclusion sur le sexe ou sur l’orientation sexuelle, le racisme, une soi-disant supériorité ethnique ou linguistique, la violence faite aux consciences, l’intolérance idéologique et la peine de mort. Ils doivent reconnaître que la promotion d’une culture de la vie inclut la sensibilisation à la nécessité d’utiliser des préservatifs pour empêcher la propagation du sida, aussi bien que l’accès à la contraception et aux services de santé en planning familial.

3.   En 1971, le Synode des évêques, dans son document Justice dans le monde, disait que ceux qui prêchent la justice au monde doivent commencer par se montrer justes aux yeux du monde. Les dirigeants de l’Église doivent construire une Église qui soit Signe de Justice et de Non-violence.

4.   Les dirigeants de l’Église doivent abroger le texte Dominas Jésus. Nous devons nous engager avec humilité dans un dialogue en profondeur avec les gens d’autres croyances, abandonner toute attitude de supériorité catholique et inviter les gens d’autres croyances à l’intercommunication œcuménique

5.   Les dirigeants de l’Église doivent concentrer leurs efforts pour faire disparaître le gouffre scandaleux qui existe entre les riches et les pauvres dans notre monde, en dénonçant la mondialisation oppressive et les modèles économiques néolibéraux, en préconisant le respect des droits des travailleurs et des travailleuses, l’annulation de la dette des pays pauvres et la mise en place d’un ordre économique global juste et démocratique.

6.   Les dirigeants de l’Église doivent promouvoir un souci écologique actif pour notre planète qui est la création de Dieu. Ils doivent encourager la mise en place de politiques écologiques responsables qui ont pour but de changer nos habitudes de gaspillage et de surconsommation et aussi de préserver les ressources de notre monde pour les générations futures. La pratique d’une saine écologie s’impose d’abord dans la vie de l’Église elle-même.

7.   Les dirigeants de l’Église doivent respecter la responsabilité morale de ceux qui, consciencieusement, prennent des décisions en matière de sexualité et de reproduction. Il est nécessaire qu’ils reconsidèrent la doctrine catholique dans ces domaines en tenant compte du sensus fidelium.

8.   Le gouvernement de l’Église ne devrait pas revendiquer le pouvoir d’un État séculier, et dans les organisations internationales, l’Église catholique devrait jouir du même statut que les autres groupes religieux.

B. L’AUTORITÉ DANS L’ÉGLISE

Aucune forme de discrimination ne saurait être tolérée au niveau de la direction de l’Église. Toutes les fonctions incluant le diaconat, la prêtrise, l’épiscopat, la papauté devraient être accessibles à tout baptisé catholique, homme ou femme, marié ou célibataire, hétérosexuel ou homosexuel, jeune ou vieux, appartenant à quelque groupe ethnique ou linguistique que ce soit.

•   L’ÉGLISE LOCALE

9.   La caractéristique distinctive du chef d’une Église locale devrait être: un engagement fort, prophétique et public pour la cause de la justice, de la paix, de la liberté et pour préserver l’intégrité de la création.

10.   Les dirigeants des Églises locales devraient reconnaître à priori que les croyants et les croyantes sont des personnes de bonne foi et qu’ils ont une contribution importante à apporter à la vie et au message de l’Église. Ils devraient avoir pour règle d’être disponibles, proches des gens, prêts à les écouter, à discuter et à apprendre d’eux, tout en étant souples, ouverts et sensibles à la personne elle-même.

11.   Les responsables devraient appuyer les jeunes et chercher à les comprendre. Ils devraient les associer à la préparation de liturgies signifiantes et particulièrement de rites de passage, à la prise de décision et à la recherche des moyens pertinents d’apporter le message de l’Évangile à notre monde.

12.   Nous préconisons une Église fondée sur la collégialité de tous les baptisés. La prise de décision, la direction et la responsabilité devraient être largement partagées afin de promouvoir la participation de tous et de toutes. Des synodes ou conciles locaux peuvent réaliser cet objectif.

13.   Le peuple de Dieu devrait élire ses évêques et autres responsables. Ceux-ci devraient exercer un mandat d’une durée définie et rendre compte à la communauté locale des baptisés. Les procédures d’élection devraient être définies par les communautés ecclésiales locales et tenir compte du contexte culturel.

14.   L’évêque du lieu se doit, en tant que chef, de coordonner les différents ministères et de maintenir l’unité. Il doit agir en étant animé par un sens de responsabilité envers la communauté et non pas agir à partir d’une position de pouvoir.

15.   L’Église locale devrait instituer un mode équitable et impartial de résolution des conflits reposant sur la médiation de personnes qui ne sont pas partie prenante du conflit. On pourrait s’inspirer de la formule de l’ombudsman.

16.   Les responsables devraient accompagner le peuple de leur Église dans son chemine¬ment de foi, sans peur et en acceptant de prendre des risques.

•    L’ÉGLISE UNIVERSELLE

17.   Toutes ces caractéristiques de l’Église locale que nous venons de décrire devraient s’appliquer à l’Église universelle.

18.   La papauté devrait être basée sur une autorité morale et non sur un pouvoir de juridiction. Un processus conciliaire permanent est important dans une Église où la participation est largement encouragée.

19.   Les dirigeants de l’Église universelle devraient associer les fidèles au travail d’intelligence de la foi, ne pas craindre la liberté de la pensée, respecter le rôle du sensus fidelium de la communauté et les droits de la conscience individuelle. Ils devraient veiller à l’unité sur l’essentiel, à la liberté dans les questions incertaines et à la charité en toute circonstance.

20.   Une attitude de recherche théologique ouverte devrait prévaloir dans l’Église. Aucun dirigeant ou membre de l’Église ne devrait réprimer ou punir d’autres membres engagés dans la recherche théologique ou en désaccord avec les enseignements de l’Église.

21.   La représentation de Dieu pouvant être masculine ou féminine, le gouvernement de l’Église universelle devrait se composer de femmes aussi bien que d’hommes. Les femmes sont les égales des hommes de par la nature et par la grâce divine. Nier cette égalité est une forme de violence et une atteinte à l’intégrité de l’image de Dieu.

22.   Les dirigeants dans l’Église devraient avoir le droit et la chance de pouvoir vivre les mêmes expériences de vie que les autres membres de la communauté, il ne devrait donc pas y avoir d’état de vie obligatoire tel que le célibat imposé aux prêtres. Des responsables partageant le vécu des gens ordinaires comprendraient de l’intérieur les réalités du mariage, du divorce et du remariage, de la reproduction, de la relation homosexuelle. Nous invitons fortement ces dirigeants à reconsidérer et à reformuler les enseignements officiels sur ces questions. Par exemple: les gens divorcés et remariés devraient pouvoir recevoir la communion; la contraception artificielle devrait être approuvée; les homosexuels (gais et lesbiennes) devraient être accueillis entièrement dans la vie de l’Église.

23.   L’égalité doit régner entre les évêques du monde entier. Dans un esprit de subsidiarité, les évêques devraient retrouver le sens premier de leur rôle comme représentants des Églises locales auprès de l’Église universelle en se faisant les interprètes de leur peuple et en demandant la prise en compte du vécu de leur peuple

24.   L’Église universelle, rassemblement de communautés, est faite de nombreuses diversités locales. Les responsables de l’Église universelle devraient être profondément respectueux des spécificités culturelles dans tous les aspects de la vie de l’Église.

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A propos Annine Parent

Cofondatrice et membre active du réseau Femmes et Ministères, Annine Parent a travaillé durant 25 ans au diocèse de Québec dont 12 années comme directrice de la pastorale d’ensemble. En 1987, à titre d’experte, elle accompagna la délégation des évêques canadiens au « Synode sur la vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde ». Elle est détentrice d'un doctorat honorifique en théologie pastorale du Collège universitaire dominicain (Ottawa, 2008).