Voix de femmes, voies de passage

Voix de femmes, voies de passage fait état d’une recherche-action réalisée pour le réseau Femmes et Ministères par Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Micheline Laguë portant sur les pratiques pastorales et leurs enjeux ecclésiaux. Les résultats et conclusions de la recherche ont été publiés en 1995 aux Éditions Paulines.
Le volume est reproduit avec les permissions requises.

 

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS

CHAPITRE 1:
UNE AUTRE RECHERCHE SUR LES FEMMES

CHAPITRE 2 :
PAROLES ET PRATIQUES DE FEMMES CROYANTES

Les femmes engagées en Église et leurs relations
Les femmes engagées en Église et leurs pratiques
Les femmes engagées en Église et le contexte socioreligieux actuel
Les femmes engagées en Église : leurs rêves et visées d’avenir

CHAPITRE 3 :
PROFILS ET CONFIGURATIONS D’ENSEMBLE

Profil en déplacement
Profil d’assimilation
Profil d’opposition
Profil de rupture
Profil de transformation

CHAPITRE 4 :
ÉMERGENCE D’UNE VISION THÉOLOGIQUE

L’appel : mystère de l’initiative divine et vocation ministérielle
L’acculturation : le mouvement de la mission
L’interdépendance : une Église en passage

CHAPITRE 5 :
LA RÉCEPTION, UNE CLÉ D’INTERPRÉTATION DES PRATIQUES PASTORALES DES FEMMES

Le déploiement du concept de réception
Le fonctionnement inversé de la réception : le défi de la confrontation

CHAPITRE 6 :
DES ENJEUX POUR L’ACTION

Enjeu ministériel
Enjeu missionnaire
Enjeu communionnel
Enjeu institutionnel

CONCLUSION

ANNEXE I
ANNEXE II

Avant-propos

Voix de femmes, voies de passage – Avant-propos
par Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Micheline Laguë

En 1988, la parution de la recherche Les soutanes rosesi le premier portrait du personnel féminin en pastorale au Québec. Ce fut une révélation. Et aujourd’hui encore les personnes qui découvrent cette étude sont stupéfaites de constater qu’autant de femmes sont engagées en Église. Réalisée à la demande du Réseau Femmes et Ministèresii, cette publication, en plus de surprendre les lectrices et les lecteurs, suscita de nombreuses questions chez celles et ceux qui n’avaient pas mesuré l’ampleur du phénomène. Lire la suite

Une autre recherche sur les femmes

Voix de femmes, voies de passage – chapitre 1
par Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Micheline Lagü
Textes reproduits avec les permissions requises

Les deux dernières décennies ont vu apparaître de nombreux fruits du travail et de la présence des mouvements de femmes dans les secteurs socioculturels, politiques et religieux de notre pays. La nouveauté de ce phénomène a fait émerger l’importance du rôle des femmes sur ces diverses scènes; elle met au défi plusieurs manières de penser et d’agir de la société et questionne dans leurs fondements les rapports hommes/femmes. Dans notre société occidentale, y compris dans la plupart des milieux d’Église, on fait, en général, un bilan positif des luttes des femmes depuis la Deuxième Guerre mondiale. On s’entend pour affirmer que l’égalité entre les hommes et les femmes est un projet en cours de réalisation et admis dans la majorité des secteurs professionnels. Des gains indéniables ont été obtenus. Lire la suite

Paroles et pratiques de femmes croyantes

Voix de femmes, voies de passage – chapitre 2
par Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Micheline Lagü
Textes reproduits avec les permissions requises

Entrer dans un univers expérientieli sans le figer; « écouter », plutôt que «  lire », avec un immense respect des pages et des pages de récits; donner forme, sans trahison, à un discours balbutiant la vie; voilà le défi colossal de ce chapitre. Une conviction profonde nous habitait. Il y avait là des éléments précieux pour une pratique ecclésiale instituante et un savoir théologique renouvelé. Pour en faciliter le surgissement, il a fallu abandonner nos anciennes grilles, nos cadres intellectuels rigides et accepter l’épreuve d’un questionnement renouvelé par la vie. Avant de prouver, il fallait s’éprouver. C’est-à-dire « théoriser en marchant, en se mouvant, en s’émouvant à la mesure de ses pas et de ses moyens, au gré des surprises, des désarrois, que le monde réserve à celui qui s’y rend réellementii ». Lire la suite

Les femmes engagées en Église et leurs relations

Depuis le début des années 80, de nombreuses études en sciences sociales se sont appliquées à démontrer une désaffection notable pour les grandes idéologies sociales, politiques et économiques, pour les constructions rationnelles du sens, pour les relations longues et indirectes, pour les médiations institutionnelles de toutes sortes. Pendant qu’en surface, une course effrénée au progrès technologique se poursuit, de larges couches souterraines de la socialité sont à rebâtir un tissu humain plus chaud, fait de proximité et de relations proches. On ne parle plus ici de tendance mais de fait social assuré. Au Canada, et au Québec particulièrement, toutes les institutions sont touchées, y compris l’Église. Dernièrement encore, une recherche réalisée auprès du personnel pastoral du diocèse de Saint-Jérôme mentionnait la forte connotation relationnelle des approches pastorales féminines :

Cette forte composante affective, dans les entrevues, est majoritairement portée par les femmes. Ce sont elles qui élaborent le plus sur l’importance de la relation pour elles-mêmes et pour ceux et celles auprès de qui elles interviennent […] S’il est un lieu où semble se dessiner une différence marquée entre les hommes et les femmes qui œuvrent en pastorale c’est bien celui de la dimension relationnelle et affectivevi. Lire la suite

Les femmes engagées en Église et leurs pratiques

Prétendre cerner une pratique est toujours une entreprise difficile et périlleuse. Synthèse vitale, dynamique, expressive, toute pratique se rattache à un milieu particulier, original, qui porte ses tensions, ses besoins, ses valeurs, ses moments de mort et de vie. C’est pourquoi saisir le faisceau des pratiques vécues par nos interviewées ne s’avère pas une tâche facile. Ce n’est qu’en « accompagnant », avec patience, le mouvement des récits que nous sommes arrivées à faire ressortir quelques dimensions praxéologiques. Comme le dit si bien Michel Maffesoli, il faut savoir « écouter l’herbe pousserxvi ». Nous présenterons les principales caractéristiques de la pratique des femmes, les avancées et difficultés qui s’y rattachent, et nous essaierons d’y pressentir, en troisième lieu, les forces de renouvellement ou de reproduction pour l’avenir. Lire la suite

Les femmes engagées en Église et le contexte socioreligieux actuel

C’est maintenant un fait largement démontré : la société vit une période de mutation sans précédent. L’éclatement surgit de toutes parts. La recherche de l’unanimité, qu’elle soit politique, scientifique, idéologique ou religieuse se présente comme un véritable leurre.

Tout devient contestable, l’unanimité est perdue. Un État post-moderne est une organisation dont le centre a implosé, une sorte de processus éclaté et balkanisé, une réalité qui n’est plus justiciable d’une rationalité unique et englobantexxx.

Spontanéité, individualité, impulsivité, voilà des valeurs qui incitent à l’évitement des manifestations communautaires, qu’elles soient sociales ou religieuses. L’évolution vogue au gré des modes, des inventions, des images. Même les avis spécialisés se contredisent. L’informatisation galopante provoque certains sociologues à prédire une ère de loisirs paradisiaquesxxxi, d’autres dénoncent l’imbroglio socio-économique qui fondera ce paradisxxxii, d’autres enfin, s’intéressent davantage aux forces positives qui habitent le tissu social de la quotidiennetéxxxiii. La réalité, elle, parle de cassures et de pauvretés, mais aussi de recherches et de reprises nouvelles. Les femmes s’y sont montrées particulièrement sensibles. Malgré le désarroi, à travers leur folie d’aimer inconditionnellement, l’espoir n’est pas exclu. Lire la suite

Les femmes engagées en Église : leurs rêves et visées d’avenir

Influencer l’histoire est impossible sans la dimension prospective. Se distinguant, en régime chrétien, du futurisme ou de la futurologie, l’histoire évolue sur une trajectoire qui se situe entre la mémoire et la promesse. Coordonnées qui cherchent à saisir les courants de fond, les rêves et visées d’avenir en épousent les mouvements jusqu’à la réalisation de la mission. Ainsi, ce nouveau référent permettra de repousser la ligne d’horizon. Jusqu’où se profile le regard ecclésial? Quelles images, quels symboles marquent la profondeur du rêve? Quelles visions théologiques surgissent de la réalité ministérielle vécue? Trois pôles traceront le parcours de ce dernier signifiant. Lire la suite

L’appel : mystère de l’initiative divine et vocation ministérielle

Le discernement s’exerce à partir d’une donnée fondamentale et originelle, celle de la précédence divine : c’est Dieu qui le premier appelle. L’être croyant se sait un être précédé; la confession d’un Dieu Créateur le renvoie d’emblée à sa réalité « créationnelle ». La reconnaissance de la précédence divine commande alors de ne jamais préjuger des destinataires des appels divins. L’ouverture aux manifestations variées de l’insondable mystère de l’amour gratuit de Dieu demeure ainsi la meilleure garantie pour un discernement éclairé. Aussi, l’opposition à l’intégration des femmes au ministère ordonné vient-elle en contradiction flagrante avec une donnée fondamentale de la théologie de l’appel. Bien que la reconnaissance de l’initiative divine ait été constante dans l’enseignement du magistère, il est curieux qu’elle continue à ne pas s’appliquer dans le cas des chrétiennes.

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Le partenariat comme expression privilégiée du « nous » ecclésial

Extrait 2, p. 190 à 200 de Voix de femmes, voies de passage
par Lise Baroni, Yvonne Bergeron,

Pierrette Daviau et Micheline Laguë

COUV Voix de femmesL’agir pastoral des personnes interviewées renvoie assez généralement à cette forme particulière d’un vivre-ensemble caractérisé par les relations associatives. Ici encore rien ne se fait magiquement: il s’agit d’un déplacement qui s’effectue progressivement et avec beaucoup de difficultés. Fondé à la fois sur le fait de la dignité des personnes et sur celui de l’égalité des baptisés, le partenariat diffère de la collaboration (importante elle aussi84 et pour laquelle les répondantes sont très souvent sollicitées). II implique un choix délibéré de part et d’autre dans la reconnaissance fondamentale et explicite de la valeur égale de chaque partie et dans le respect de leurs différences et de leurs responsabilités. Le partenariat correspond ainsi à une manière d’être et de vivre en Église entre femmes et hommes, entre croyantes, entre croyants, entre ministres et baptisés, entre communautés. Une manière naturelle de vivre ensemble. Une réalité tout simplement, y compris pour les femmes… Ne sont-elles pas un des deux genres humains? Et, pour être bien servi, l’Évangile ne doit-il pas l’être par les hommes et par les femmes? Lire la suite