La Marche mondiale des femmes 2000- 2010 : participation des chrétiennes

Voilà que l’année 2010 aura une signification toute particulière pour le mouvement mondial des femmes. Pour la troisième  fois de son histoire, la Marche mondiale des femmes (MMF) appellera les femmes du monde à l’action, et ce, à l’échelle internationale. Entre le 8 mars et le 17 octobre 2010, les voix des femmes retentiront à travers le monde entier pour dénoncer la pauvreté et la violence faite aux femmes. C’est sous le thème rassembleur « Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche » que se dérouleront les activités.  Lire la suite

La résistance des femmes engagées en Église : un mouvement à poursuivre

Le présent texte[*] a d’abord été présenté dans le cadre du colloque Virage 2000. Il a été grandement retravaillé et a été publié dans un collectif chez Novalis sous le titre « Pour une théologie de la résistance dans l’Église » Il a pour objectif de soutenir la réflexion sur les fondements du geste de résistance lui-même, de quelque teneur qu’il soit. Autrement dit, il tente de répondre à la question suivante : Existe-t-il des bases théologiques sur lesquelles des chrétiennes et des chrétiens puissent fonder un geste « politique » de contestation, de dénonciation, de revendication, bref de résistance, dans l’institution ecclésiale elle même ? Lire la suite

Virage 2000 – La situation des femmes en Église

Je voudrais d’abord vous dire à quel point j’apprécie l’invitation car préparer un exposé nous force à réfléchir et à vérifier ce qu’on a vraiment envie de dire sur le sujet proposé. J’espère que mes paroles qui peuvent peut-être paraître un peu dures seront comprises vraiment comme des paroles d’appui aux femmes dans l’Église. Je voudrais vous dire aussi que je vous trouve très courageuses. Vous vous attaquez à l’une des institutions que je considère les plus patriarcales au monde, l’une d’elles, il y en a d’autres, et je vous trouve très courageuses d’y rester et d’avoir envie de mener ce combat comme d’autres le mènent dans le monde politique ou dans d’autres institutions. Vous avez donc toute mon admiration. Lire la suite

Virage 2000 – Des stratégies de changement

Après hésitation, j’ai accepté de vous parler de façon générale de ce que je pense être les grandes conditions de succès à toutes stratégies de changement. Je me suis inspirée particulièrement de mon vécu dans des mouvements de jeunesse (la JEC pour ne pas la nommer), dans mon engagement syndicaliste lorsque j’étais dans l’enseignement, dans des mouvements de femmes, dans la politique municipale (mouvement urbain d’abord et politique municipale ensuite). De ces expériences, se dégage pour moi un certain nombre de vérités de La Palisse, peut-être, mais vérités que je crois importantes de considérer lorsqu’on a l’intention, la prétention ou simplement la volonté de devenir actrices ou acteurs du changement.

Pour des stratégies efficaces de changement, je pense que la première chose qu’il faut assumer, c’est une grande foi en l’institution que l’on désire investir. Ma grand-mère me disait : est-ce que ça vaut la peine que tu mettes autant d’énergie ? Est-ce quelque chose qui le vaut ? Je crois qu’il est nécessaire, et c’est l’expérience de toute personne militante ou engagée, de régulièrement se poser la question suivante : « Est-ce que cette institution vaut d’être transformée ? » De mon point de vue, je crois qu’il existe bien sûr des réponses collectives à des questions comme celles-là et il existe aussi des réponses personnelles. La clarté à cet égard est importante à deux points de vue. D’abord, pour soi. On doit être à l’aise avec ce qu’on exige de soi quand on décide de transformer ou de militer à l’intérieur d’une institution, au-delà du rôle formel qui est le nôtre dans cette institution; mais c’est aussi toute notre légitimité de la transformer même avec éclat, même avec confrontation, que d’être connue comme quelqu’un, quelqu’une qui y croit profondément et qui a des intérêts à ce que cette institution soit transformée, modernisée, radicalisée. Voilà la première condition qui m’apparaissait devoir être retenue.

La deuxième condition, c’est d’être capable de se placer dans le continuum historique dans lequel s’inscrit notre action. Quand toute jeune, on m’a confié le mandat de secrétaire générale à l’Alliance des professeurs de Montréal (la grosse Alliance comme l’appelait les gens des autres régions du Québec à l’époque), j’ai passé quelques heures avec Hélène Chénier. Conteuse extraordinaire, elle m’a alors raconté l’histoire de ce syndicat dans ses hauts et dans ses bas, dans ses difficultés, et ainsi l’histoire des femmes dans toute la syndicalisation du monde de l’enseignement. Je me souviens de cette conversation comme si c’était hier et, à partir de ce jour, c’est devenu pour moi une exigence que je me suis imposée de toujours trouver dans l’institution où j’arrive une personne qui était là avant moi, qui en a vécu l’histoire et qui peut me donner les informations qui se dégagent de l’action, tout ce qu’on ne trouve pas dans les livres officiels ou les récits, mais qui permettent de s’inscrire dans une histoire, dans des luttes qui ont commencé bien avant mon arrivée. Certes, dans toute institution, il y a toujours l’histoire officielle, mais il y a toujours aussi l’histoire souterraine, l’histoire de celles qu’on n’a pas nommées, l’histoire de celles qui étaient à l’origine des succès et qui étaient comme pas celles qu’on honorait quand ce temps arrivait. Et ce contact avec des femmes qui m’ont précédée dans une institution est pour moi un élément clé des positionnements que j’ai faits par la suite, comme des choix que j’ai pu opérer ou des alliances que j’ai pu nouer dans toutes stratégies.

Vous voyez comment tout cela est un peu comme des capsules et vous savez mieux que moi ce que cela peut signifier dans votre univers ou dans votre expérience. Le troisième élément consiste à travailler essentiellement à recueillir une adhésion la plus large possible auprès de ce qu’on appelle communément la base ou les membres des communautés où on veut agir. L’anecdote suivante peut aider à saisir ce point : une jeune femme, secrétaire au bureau où je travaille, dont la petite fille venait de faire sa première communion, s’est dit très choquée parce que sa petite fille avait été préparée par une femme, agente de pastorale, et qu’au moment de la célébration cette femme est disparue et c’est le prêtre de la communauté qui a pris toute la place évidemment. Elle a fait cette réflexion : « J’étais choquée… mais moi comme je suis un peu plus en distance, je suis donc allée voir des femmes, mères de d’autres petites filles et ma propre mère à qui j’ai dit : Est-ce que ça vous choque de réaliser que cela avait échappé à certaines ? » Ces femmes réalisaient alors et trouvaient que vraiment il y avait quelque chose d’incorrect là-dedans, et en même temps elles constataient aussi que cette réalité faisait partie d’un silence partagé et que les femmes impliquées dans cette disparition n’en avaient à peu près jamais parlé avec ces autres femmes, membres de leur communauté, lesquelles auraient pu comprendre, auraient pu aussi s’indigner. Donc je ne veux pas généraliser à partir de cette anecdote, mais je sais que partout où j’ai travaillé, on a souvent tendance à garder entre nous l’analyse de telles situations, les souffrances ou les difficultés liées à des situations inacceptables. Garder silence, est-ce que ce n’est pas sous-estimer la capacité d’adhésion, de compréhension et ne pas travailler à élargir la perception, l’adhésion. Françoise David, par exemple, avec les qualités qu’on lui connaît, permet cet élargissement de l’adhésion ou de la perception des autres membres du groupe concerné. Un projet collectif porteur doit s’enraciner profondément dans sa base, auprès de tous les membres de vos communautés très actifs, moyennement actifs, un peu moins actifs ou plus moins présents.

L’autre préoccupation ou indication qui m’apparaît importante, c’est d’apprendre à dépasser la compétence technique pour rechercher une compétence stratégique. Sur ce point, j’insiste beaucoup, particulièrement quand je m’adresse aux femmes. Les femmes sont de la culture du A+, c’est-à-dire faire tout ce que l’on fait le mieux possible et viser une note de A+, mais dans la vraie vie en dehors des collèges et universités, comme dans l’action en politique, le A+ n’existe pas. Il ne suffit pas d’avoir raison, d’avoir le meilleur dossier, d’avoir fait la meilleure preuve de ce qu’on tient à faire comprendre, encore faut-il en convaincre les autres, encore faut-il avoir les arguments pour qu’une majorité nous donne raison. En politique, c’est clair, on compte les votes; on a besoin que la majorité vote dans le sens de notre proposition. Mais souvent les femmes en politique croient au début qu’il suffit que leur dossier soit bon, qu’elles soient compétentes pour en parler et qu’elles aient vraiment fait le tour de la question.

Il faut donc faire ce travail plus politique, plus stratégique qui vise à créer l’adhésion et à élargir. Il faut passer de travailleuses intéressantes partout où nous sommes, à être incontournables aux yeux de tous, autant ceux qui prennent les décisions que les militants avec qui nous travaillons. Donc établir notre compétence par la reconnaissance à la fois des gens de notre groupe, la base générale comme je l’ai dit précédemment, des gens avec qui on travaille, puis aussi le plus possible ceux à l’extérieur. Parce que la reconnaissance à l’extérieur a un avantage. Les gens avec qui vous travaillez disent : « Regarde donc ça, un tel la connaît, dans tel milieu on la connaît », et tout d’un coup il y a comme un soupçon que peut-être vous portez des éléments importants. Voilà ce que j’appelle développer la compétence stratégique et je sais que de façon générale les femmes ont un peu de retard là-dessus. Je raconte toujours mon expérience qui a été beaucoup politique. Quand j’étais à l’école et que j’étais candidate pour être présidente de la classe, il ne fallait surtout pas voter pour soi. Imagine que tu sois élue par un vote unanime et qu’on sache que tu as voté pour toi et non pas pour la petite fille qui se présentait contre toi. C’est comme cela qu’on nous a appris à nous battre pour le pouvoir. Évidemment, je révèle mon âge, mais je sais que certaines plus jeunes que moi ont connu la même situation.

Évidemment, je veux aussi rejoindre des éléments qui ont été apportés par d’autres intervenantes avant moi; c’est toute la question de bien nommer les objectifs à court et à long terme. Il se peut qu’à court terme nos objectifs soient moins ambitieux qu’à long terme, c’est une question de stratégie. Je pense qu’il ne faut pas craindre d’avoir des objectifs ambitieux, à première vue à ce point révolutionnaire qu’on oserait à peine en faire un programme officiel public. Donc bien nommer la nature des changements souhaités; dans un deuxième temps, indiquer quels sont les changements successifs qu’on est prêt à opérer pour arriver à des changements éventuellement plus radicaux. Mais être bien au clair sur nos objectifs ultimes, sur des objectifs à plus court terme ou à moyen terme auxquels on adhère pour y arriver, et en conséquence développer au fur et à mesure des alliances avec des personnes qui dans un premier temps veulent simplement aller sur les objectifs que nous pouvons avoir à court terme. En développer avec ceux qui ont aussi des objectifs à moyen terme et à long terme et bien sûr que dans cette idée de temps j’inclus aussi une idée de radicalisation des objectifs ou de changements plus profonds. De toutes façons, il se peut, qu’au cours de cet exercice constant de redéfinir des objectifs et de mesurer nos gains, que nous-mêmes avec les personnes avec qui nous travaillons, nous évoluons aussi sur l’ampleur et sur l’importance des objectifs poursuivis.

Autre élément essentiel, à tout moment quand on se lance dans un projet, c’est de bien identifier ses zones de pouvoir individuel et collectif. Je voyais dans les papiers lus que certaines avaient identifié des zones de pouvoir individuel et collectif. Je pense que c’est important de bien les connaître avec l’intention évidemment d’exercer tout le pouvoir qu’on a déjà et d’aller au bout malgré les difficultés que parfois cela peut présenter, d’autant plus quand on travaille dans un univers où on s’identifie comme sœurs, frères, comme de la même famille. Là-dessus, je reprends les propos de Françoise David, cela peut apparaître difficile de s’imposer tout simplement, de prendre ce qui nous revient naturellement parce que ça pourrait heurter et blesser. Mais il faut faire cet exercice, autrement l’ensemble de l’analyse où l’accès pour le collectif à des réalités nouvelles va nous échapper longtemps si nous ne faisons pas nous-mêmes l’exercice de reconnaître le pouvoir que nous avons, de l’exercer et d’apprendre à l’exercer tout en respectant les autres valeurs qui sont les nôtres, tout en restant en harmonie avec des valeurs que nous partageons avec les gens qui imposent d’exercer les droits et les pouvoirs qui nous appartiennent.

Un autre incontournable aussi, je le répète, consiste à nouer des alliances et à développer des partenariats à l’interne, avec les femmes et les hommes en Église; à l’externe, avec les groupes de femmes, les femmes et les groupes progressistes qui partagent les mêmes objectifs. Je pense que c’est vrai pour vous comme pour tout le monde; on ne peut plus penser faire avancer les choses autrement que dans une perspective internationale et de solidarité qui dépasse largement les personnes qu’on connaît et qu’on rencontre tous les jours. Françoise vous a parlé de Beijing +5, nous nous préparons à y aller, c’est vrai que cela va mal, les dossiers sont absolument bloqués. Les États de l’Islam en alliance avec le Vatican tentent de revenir sur des acquis forts que nous avions obtenus à Beijing. C’est inquiétant ! C’est inquiétant pour les femmes et pour certains États. Il y a donc des inquiétudes et nous en sommes bien conscientes, nous qui nous préparons à faire partie des délégations officielles ou de groupes de femmes invitées. Nous savons bien que la seule façon de contrer tout cela sera une solidarité entre nous qui va dépasser largement la situation ou les intérêts de chacun de nos pays, de nos gouvernements. Je pense que c’est vrai pour vous aussi et que personne n’échappe à cette réalité aujourd’hui. Et je me souviens de ma vieille formation de JEC qui m’a servi toute ma vie; sa méthode du voir, juger, agir est devenue, en cours de route, action, réflexion, action; réflexion qui fait qu’à chaque étape on mesure les résultats qu’on a obtenus, on vérifie ses stratégies, on les redéfinit, on les affine à nouveau et on redéfinit les objectifs. Souvent les objectifs prennent de l’ampleur et de l’importance quand, étape après étape, nous prenons la peine de les redéfinir entre nous.

Alors, voilà ce qui c’est dégagé de quelques années de travail et que j’ai voulu partager avec vous ce matin. Merci !

Virage 2000 – Mots de clôture des panélistes

Léa Cousineau

Essentiellement l’impatience, le goût profond du changement ou d’aller vite ne peuvent pas nous faire oublier la rigueur et le temps nécessaire pour définir les choses. Si on ne veut pas confondre stratégie et tactique, il ne faut pas se contenter d’un coup d’éclat qu’on prépare rapidement parce que c’est le temps. Il faut vraiment être capable de placer les gestes importants que l’on pose seul et collectivement dans des objectifs partagés, définis, et comme je le disais, ce matin, redéfinis souvent; à chaque geste que l’on pose, on s’inscrit dans une stratégie et pas simplement dans un coup d’éclat. C’est la rigueur dans vos échanges et dans les définitions des objectifs qui va vous garantir qu’il n’y aura pas de confusion entre tactique et stratégie. Cela dit, j’ajouterais simplement le seul mot qui me vient en tête : bon courage! Lire la suite

Virage 2000 – Quelques questions et réponses à la suite de la table ronde

Question.

La question se rapporte à la stratégie qui consiste à  travailler avec toutes les femmes même si elles ne se réclament pas de la religion catholique ou même si elles ne sont pas chrétiennes.   Bomarlet,  grand humaniste, affirme : « Personne ne vous libérera si vous ne le faites vous-mêmes, il faut vous libérer de l’esclavage mental ». Je me demande  quelle  stratégie avoir pour travailler en communion avec toutes les femmes, mais je ne sais pas si les revendications spécifiques des femmes en Église sont appuyées par d’autres femmes. Avons-nous  comme stratégie de les sortir de nos groupes restreints ou de travailler un peu isolées,  ou d’y aller à petits pas? Lire la suite

Virage 2000 – Femmes et Église : un bogue ou un défi? – Théâtre par la troupe Mise au jeu

Femmes et Ministères a travaillé avec la troupe Mise au jeu pour bâtir une pièce de théâtre conscientisante mettant en relief la situation des travailleuses en Église. Cette activité a permis un bon démarrage au colloque. Ce travail de collaboration entre Femmes et Ministères et la directrice de la troupe pour l’écriture de la pièce a été aussi une autre avancée dans les alliances. La pièce demeure disponible pour des présentations en région. Elle peut être un moyen de sensibilisation sur la situation des femmes en Église.

La conversation se passe entre une jeune femme agente de pastorale accompagnée d’une copine, d’une bénévole expérimentée qui n’a rien à redire sur la structure de l’Église, d’un homme et d’une femme qui participent à la Marche mondiale des femmes et le curé de leur paroisse.

 

Le scénario : Noémie est une nouvelle agente de pastorale, formée en théologie. Elle est responsable du dossier condition féminine pour le diocèse auquel elle est rattachée. M. Clérico le curé, lui confie la coordination du comité de la Marche des femmes. Noémie, aidée de bénévoles, est enthousiaste face au projet; mais la sympathie de M. Clérico se transforme vite en contrôle…
Le décor : Une pyramide-montagne avec à son sommet une porte. Pour accéder à cette porte, un escalier. D’autres éléments de décor :  barrières, tissus…
Personnages :  Noémie, jeune agente de pastorale, un peu timide, de bonne volonté.
Cécile, bénévole dans le milieu de la pastorale, plus expérimentée, dévouée, déterminée, capable de défendre ses idées. Elle n’a rien à redire sur la structure de l’Église.
Clérico, le curé, sympathique, mais traditionnel et contrôlant…
Annie, une copine de Noémie.
Sylvie et Patrick, participants au comité de la Marche.
Les personnages d’Annie, Sylvie et Cécile sont joués par la même comédienne.
L’autre comédienne joue Noémie.
Les personnages masculins sont joués par le comédien.
Introduction :
Une animatrice (comédienne jouant Cécile) se présentera sur scène pour introduire la pièce. Elle indiquera que comme les participantes sont les actrices de ce colloque, elles seront aussi invitées à être actrices de cette pièce. Elle propose alors aux participantes un échauffement physique afin de créer un climat convivial et que les femmes se rencontrent.

Il sera important de préciser que Monsieur Clérico représente toute l’institution

Ne pas le cantonner au personnage unique de curé.

Ensuite elle présentera les personnages de la pièce: M. Clérico le curé d’une paroisse, vient d’accueillir à ses côtés une agente de pastorale, Noémie, jeune et volontaire. Comme elle est responsable du dossier de la condition féminine, elle coordonne la Marche des femmes. Elle sera appuyée par Cécile, une bénévole depuis longtemps présente dans la communauté.
SCÈNE 1
Objectif : Introduction des personnages: leurs rôles, leurs pensées, leurs liens.
Noémie seule en scène, éclairage jour, elle prépare la réunion (place des chaises, des papiers, des crayons, vêtements… on pourrait voir des fleurs, une petite barrière…)
Cécile la rejoint.
Cécile : C’est une bonne idée de faire la réunion dehors, il fait tellement beau!
Noémie : Je n’avais pas bien le choix, M. Clérico ne veut pas me laisser la clé du local quand il n’est pas là.
Cécile : (avec admiration) C’est un curé qui veille à ses affaires, rien ne lui échappe. (Elle sort des costumes d’une valise) C’est pourquoi les vêtements?
Noémie : C’est pour se déguiser! Je vais proposer des mises en situations, pour que les femmes s’expriment et se défoulent…
Cécile : C’est original… ça devrait leur plaire; et ces barrières?
Noémie : Les femmes vont écrire les obstacles qu’elles rencontrent dans leur vie, les moments où leur liberté est brimée.
Cécile : Tu pourrais leur suggérer aussi de dessiner. J’en connais quelques-unes qui ne sont pas très à l’aise avec l’écriture.
Noémie : Ah oui? Je ne pensais pas à ça. Merci du conseil. Alors tu me laisses animer?
Cécile : Bien sûr! Tu sais ce que M. Clérico a dit:Les comédiennes figent, on voit apparaître M. Clérico, du haut de l’escalier. Il ouvre la porte pour dire:
Clérico : Noémie, le comité de la Marche, c’est ton entière responsabilité. (en riant) C’est une affaire de femmes, vous n’avez pas besoin d’un homme là-dedans!Les comédiennes défigent; elles continuent de placer des choses.
Noémie : Penses-tu qu’on va avoir beaucoup de monde?
Cécile : Marie-Paule m’a promis d’être là avec ses amies, ça en fait déjà pas mal… Ce que je trouve dommage avec des activités comme celle-là, c’est que c’est toujours celles qui en ont le moins besoin qui participent.
Noémie : Des femmes qui n’ont pas besoin de s’exprimer, je n’en connais pas moi.
Cécile : Ce n’est pas ça que je veux dire. Prend Marie-Paule, c’est une femme super impliquée qui rencontre plein de monde, qui discute, qui prend des responsabilités, des décisions… traverse de l’autre côté de la rue, chez sa voisine, frappe à la porte, pis invite Muriel à l’activité. Elle va te dire qu’elle n’a pas le temps, qu’elle aimerait ça venir mais qu’elle n’a pas de gardienne. Elle va s’excuser, fermer la porte pis retourner à sa solitude pis à ses problèmes. Tu sauras jamais que son mari l’accuse de le tromper à chaque fois qu’elle met le pied dehors tandis que lui y couraille à gauche pis à droite.
Noémie : C’est un peu démotivant ce que tu dis là…
Cécile : Ben non, au contraire, moi je trouve que c’est une raison de plus pour continuer ce qu’on fait. À l’école de ma fille, y a quelque chose qui s’appelle les pairs aidants. Connais-tu ça?
Noémie : Je travaille sur le dossier de la condition féminine Cécile, ça fait que les pères…
Cécile : Non, pas ces pères-là. Les P-A-I-R-E-S aidants. Ce sont des jeunes qui sont formés pour aider les autres jeunes en difficulté. Ils font le pont pour ceux qui n’osent pas aller parler aux adultes, tu comprends?
Noémie : Alors tu penses que si c’est Marie-Paule qui va voir sa voisine, y a plus de chance qu’elle se confie à elle? Ce n’est pas bête… Nous, on fait le lien entre l’Église et les femmes, pis les femmes peuvent faire le lien entre elles… (essayant un costume de curé) Je me verrais bien en « curée ».
Cécile : (riant) Ça ne se pourra jamais!
Noémie : Pourquoi pas, on a juste à rajouter un « e », c-u-r-é-e!
Cécile : Ce n’est pas juste une lettre qu’il faudrait changer; c’est tout le système, les mentalités, Rome même!
Noémie : Dieu n’a-t-il pas créé hommes et femmes égaux? La liberté, qu’est-ce que t’en fais?
Cécile : Pas besoin d’être chef pour me sentir libre! Moi, ma chère Noémie, tu pourrais m’enfermer (elle le mime avec les barrières) et je me sentirais libre quand même.
Noémie : Moi pour être libre, j’ai besoin de pouvoir courir à la grandeur du champ.
Cécile : Comme la chèvre de M. Séguin! (elle s’en va)
Noémie : (répétant sur le même ton) Comme la chèvre de M. Clérico! À moins que ce soit ça que ça veut dire:  le pasteur qui, comme le berger, garde ses brebis? (elle se moque d’elle-même en faisant le mouton) Bê-bê-bê…
Elle intensifie son cri jusqu’à une longue plainte.
L’éclairage baisse. Musique de transition à l’autre scène.
SCÈNE 2
Objectif : Montrer les inégalités des conditions de travail pour les femmes en milieu ecclésial.
Le décor est transformé en salle d’entraînement physique.
Noémie rejoint une copine Annie, qui est déjà là, à faire des assouplissements.
Noémie : Excuses-moi, je suis en retard.
Annie : Je vais avoir perdu un demi-kilo de plus que toi!
Noémie : Clérico m’a demandé de faire des téléphones pour sa réunion de marguilliers.
Annie : Ah! Une nouvelle job! Avant de prendre le rythme, on fait toujours un peu de temps supplémentaire.
Noémie : En fait, ça ne fait pas partie de mes tâches, c’était pour rendre service.
Annie : Ah! Noémie! Toujours serviable! Dis « non » de temps en temps, sinon ton curé va croire que t’es une « super femme »!
Noémie : J’en suis une!
Elles en rient, font quelques exercices.
Noémie : Je suis mieux d’en profiter, c’est le dernier soir où je viens m’entraîner.
Annie : Comment ça?
Noémie : Ben avec mon nouveau boulot, je vais avoir souvent des réunions le soir…
Annie : Viens t’entraîner le jour.
Noémie : Ce ne sera pas possible.
Annie : C’est quoi la vraie raison?
Noémie : (gênée) Avec mon temps partiel et le salaire qu’on me donne, faut que je coupe à quelque part.
Annie : Ça va loin l’autorité que l’Église a sur le corps des femmes !
Noémie : Qu’est-ce que tu racontes?
Annie : Interdiction de la contraception, de l’insémination artificielle, de l’avortement, de la cohabitation avant le mariage, maintenant interdiction d’entraînement physique…
Noémie : Te fâche pas Annie. T’es déçue?
Annie : Oui j’suis déçue, mais ce qui me déçoit encore plus c’est qu’on a beau dire que les choses évoluent, ça revient toujours à la même histoire. On est tellement bonnes, pis fines, pis généreuses… Pis ça nous valorise tellement! Ma grand-mère doit se retourner dans sa tombe, elle qui s’est tellement battue pour la cause des femmes…
Noémie : Au moins je suis payée, c’est un progrès… Cécile me disait qu’avant moi cette job là était faite par des bénévoles.
Annie : Mais te rends-tu compte de ce que tu dis? Noémie, tu t’es endettée pour étudier, t’as bûché pour te trouver une job, pis maintenant que tu l’as, t’es prête à accepter n’importe quoi? Voyons donc! L’Église gratte sur les salaires en se justifiant par la sacro-sainte abnégation, le don de soi, la vocation, le dévouement… Si ça n’était pas l’Église, sais-tu comment ça s’appellerait? De l’exploitation!
Noémie : (se défendant mollement, pas convaincue):  Exagère pas, je me sens pas exploitée.
Annie : Ah ben! je parle pour rien d’abord. Tout est parfait dans le meilleur des mondes! T’as une bonne job, ça te fait plaisir de faire du bénévolat, pis de sacrifier ton seul loisir à La noble cause!
Noémie : Amen!
Elles éclatent de rire.
L’éclairage baisse. Musique de transition.
SCÈNE 3
Objectif : Montrer l’accès limité aux postes de décisions, malgré le bagage d’études théologiques des femmes.
Dialogue entre Noémie et Clérico sur les connaissances théologiques.
Noémie : (1) Une des femmes proposait que la mère prenne plus de place dans la cérémonie du baptême. Je trouve que c’est une bonne idée. Par exemple, elle pourrait verser elle-même l’eau sur la tête de son enfant…
Clérico : Le rôle de la mère dans le baptême, c’est de soutenir l’enfant, à l’image de Marie, notre mère à tous, qui a soutenu son fils jusqu’à la mort. C’est une image très forte.
Noémie : (2) En fait, moi si j’avais été Marie, comme elle, je pense que j’aurais accompagné mon fils dans sa mission. Après tout, Dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils vivent en partenaires.
Clérico : Tu simplifies un peu Noémie. Dieu a créé l’Homme à son image. En voyant son œuvre, il a pensé: Il n’est pas bon que l’Homme soit seul et il a créé la femme…
Noémie : Mais tu oublies l’autre interprétation:  Dieu créa l’humanité, homme et femmes, il la créa.
Clérico : Écoute Noémie, c’est bien beau toutes ces nouvelles interprétations féministes, mais le fondement reste le même. Dieu a donné à la femme le rôle de mère (Jean, voici ta mère, Mère, voici ton fils) et à l’homme celui de pilier de l’Église (Pierre, tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église). Et c’est la raison pour laquelle elle ne peut pas être ordonnée prêtre. Ce n’est pas de ma faute si Jésus n’a pas choisi de femmes!
Noémie : Dans le fond Clérico, tu sais très bien que le choix de Jésus n’a rien à voir avec l’ordination. Il n’y a aucun lien! Les disciples étaient plus que douze et il y avait des femmes parmi eux! La preuve, c’est une femme qui annonce la résurrection de Jésus! Jésus ne pouvait aller plus loin que sa culture… s’il revenait aujourd’hui,…
Clérico : (ne trouvant rien à lui répondre) C’est ce que je déplore de ta génération, vous êtes tellement gâtés que dès qu’on vous refuse quelque chose, vous essayez de négocier jusqu’à ce qu’on vous dise oui. Mais ça ne marchera pas avec moi Noémie.
Noémie : T’es difficile à suivre Clérico… dans ton homélie de dimanche dernier, tu disais combien c’était important de s’impliquer dans sa communauté… Mais quand une idée ne vient pas de toi, on dirait qu’elle n’est pas bonne!
Clérico : Écoute, c’est quand même moi qui suis le curé… C’est moi qui ai reçu l’autorité ;; je suis obligé de faire mon devoir… (Avec un sourire narquois) et t’es pas encore ordonnée à ce que je sache!
Noémie : Ce n’est pas de ça dont je parle! Je dis seulement que pour qu’une communauté soit vivante, dynamique, il faut laisser les gens prendre des vraies responsabilités!
Clérico : Je veux bien, mais attention, que ça ne tourne pas au désordre, il faut une direction!
Noémie : (taquine) As-tu déjà entendu parler des charismes, au grand Séminaire?
Clérico : Ce n’est pas toi qui va m’apprendre ma théologie! Oui, oui! Les charismes, les ministères, l’Église communion… mais pas sans les prêtres! Et ça s’adonne que, pour le moment, c’est moi qui est prêtre ici. Ce n’est pas de ma faute si le Christ n’a pas choisi de femmes!
Noémie : Bien sûr! Bien sûr! On dirait que vous autres, curés, évêques, pape et compagnie, vous attendez qu’Il vous apparaisse, pis qu’il vous dise quoi faire; comme si les problèmes des chrétiens et chrétiennes, leur besoin de changements, la culture actuelle, ce n’était pas suffisant pour vous faire bouger.
Clérico : L’Église grandit à son rythme, Noémie.
Noémie : (en aparté) Pendant ce temps là on est en train de devenir un musée.
Clérico : (aussi en aparté) Si elle savait comme c’est difficile d’exercer le pouvoir!
L’éclairage baisse. Musique de transition.
SCÈNE 4
Objectifs : Montrer les possibilités créatrices des femmes; montrer aussi un parallèle entre la pauvreté et la violence rencontrées dans la vie des femmes en général et celles des femmes dans l’Église.Les femmes répètent un chemin de croix version féminine (sans jamais ridiculiser le vrai chemin de croix, juste en utilisant le concept des stations, des épreuves).
Ce chemin de croix de la femme révèle des scènes de pauvreté et de violence…

Cécile assiste Noémie qui s’adresse aux spectatrices.
Noémie : Tout le monde en place, nous allons répéter nos tableaux. (Se retournant vers Cécile) Cécile voici le texte d’introduction.
Cécile : Je le fais pour aujourd’hui mais pour la représentation…Noémie n’entend pas Cécile. Noémie invite certaines spectatrices (ciblées à qui on aura remis un texte) à se lever et aller dans les allées où on aura placé des micros.

Juste avant qu’elle commence à répéter, Patrick entre avec un grand symbole femme ( ) qu’on portera comme si c’était la croix du Christ.
Noémie : Wow! C’est impressionnant! On dirait qu’on prend de l’importance tout d’un coup!
Cécile : C’est la première fois que je vois ça comme ça…Cette croix pourrait se promener d’une narratrice à l’autre, pendant que Noémie, Patrick et Cécile mimeront les tableaux; une série de constats de situations de violence et de pauvreté pour les femmes (qui s’apparentent à ce que peuvent vivre les femmes en milieu ecclésial)
Participante 1: Première station:  Les femmes sont condamnées à se sentir responsables et coupables de tous les maux de l’humanité.
Participante 2: Troisième station:  Les femmes tombent dans l’exclusion et se sentent seules.
Participante 3: Cinquième station:  Les femmes s’entraident mutuellement à porter leur fardeau.
Participante 4: Huitième station:  Les femmes éprouvent de la compassion et consolent les affligés.
Participante 5: Dixième station:  Certaines femmes sont dépouillées de l’essentiel et vivent une très grande pauvreté.
SCÈNE 5
Objectifs : Montrer que les hommes ont les pouvoirs de décisions, de manière formelle et informelle, et que les femmes se refusent de prendre du pouvoir.On retrouve Clérico, qui du haut de son escalier, tempête; il parle à Noémie, tandis que Cécile reste dans son coin, elle écoute.
Clérico : Un chemin de croix des femmes! Il n’en est pas question, c’est un affront à la religion!
Noémie : Lisez au moins le scénario M. Clérico. On ne se moque pas de l’Évangile…
Clérico : Désolé Noémie, vous poussez trop loin. Ne comptez pas sur moi pour vous appuyer dans ce projet.Clérico quitte en claquant la porte.
Cécile : Bon et bien, on va trouver une autre idée.
Noémie : On peut faire le chemin de croix des femmes sans lui, c’est moi qui coordonne le projet, non?
Cécile : On ne peut pas se mettre le curé à dos. Il a toujours raison. Je n’embarque pas sans le curé. De toute façon, je me sens pas à l’aise quand il y de la chicane.
Noémie : Cécile! …
Cécile : (en s’en allant) Ne confronte pas le curé; il va te mettre à la porte. Ce serait dommage, les gens sont heureux de t’avoir.Noémie se retrouve seule.
Noémie : Et si j’étais un homme, je me demande si Clérico aurait réagi de la même manière…L’éclairage baisse. Musique de transition.
SCÈNE 6
Objectifs : Montrer l’isolement qu’on peut ressentir comme femme dans le milieu ecclésial. Montrer aussi qu’il existe des alliés masculins.Il pleut, on pourra le savoir à la sortie de l’un ou l’autre personnage avec parapluie ou imperméable… On peut entendre la pluie quand la porte s’ouvre.
L’ambiance est plutôt plate. Noémie est démotivée, perplexe; Patrick emballe sa structure symbole de femme.
Patrick : Je vais laisser l’équipement de son que j’ai apporté, ça pourra toujours servir à l’activité à laquelle Monsieur Clérico donnera sa bénédiction… Le chapelet en famille, par exemple…
Noémie : (en montrant le signe des femmes que Patrick porte, très symboliquement) Désolé de t’avoir fait travailler pour rien Patrick.
Patrick : Travailler avec les femmes, c’est jamais pour rien Noémie.
Noémie : Je sais plus quoi faire. Depuis qu’on a abandonné le chemin de croix, y’a plein de femmes qui ont lâché le comité, pis celles qui restent sont démotivées.
Patrick : Si je peux aider…
Noémie : T’es vraiment fin…
Patrick : Moi je suis un fan inconditionnel des femmes!
Noémie : Tu ne t’appelles pas Judes pourtant.
Patrick : C’est quoi le rapport?
Noémie : C’est le saint patron des causes désespérées.
Patrick : Mon deuxième nom c’est Joseph, c’est le patron de quoi ça?
Noémie : De la justice sociale, je pense.
Patrick : Bon, tu vois! Crois-moi, à force de dire non à tout, M. Clérico va finir par se faire jouer un tour… tu sauras me le dire.

Patrick s’en va. Noémie se retrouve seule, elle ramasse ses choses.
Entre Sylvie qui apparemment l’aide.
Noémie : Merci Sylvie, on a presque fini.
Sylvie : Ça me dérange pas que ça prenne un peu de temps, j’aime mieux être ici qu’à la maison.
Noémie : C’est encore difficile avec ton mari?
Sylvie : Non, non, ce n’est pas lui, c’est moi qui est épaisse de…Soudain, panne de courant.
Sylvie : Bon! Dieu nous abandonne!
Noémie : T’en fais pas. J’ai des chandelles pas loin.Noémie part chercher des chandelles.
Sylvie reste seule dans le noir. Elle s’adresse un peu à Dieu, un peu à elle-même.
Sylvie : T’es tanné de m’entendre me plaindre, c’est ça? « Heureuses vous qui pleurez maintenant, car vous rirez; heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous; heureuses les persécutées pour la justice, car le Royaume des Cieux est à elles. Pis les femmes battues, elles, elles vont-tu avoir droit à un traitement spécial en arrivant en-haut?Noémie revient avec une chandelle allumée.
Noémie : Oui, mais pas juste elles!… Jésus n’a-t-il pas dit que les pauvres, les prostituées seront les premiers dans le Royaume? Bienheureuses les femmes qui se libèrent de leurs captivités!Clérico fait irruption, on le devine dans le noir.
Clérico : Ce n’est pas vrai, y’a des lampions plein l’église pis pas un bout de chandelle dans le presbytère. Noémie! Va m’en chercher!Puis il disparait.
Sylvie : Il sait plus dire « s’il vous plait » ton curé?
Noémie : Je n’ai pas remarqué.
Sylvie : Moi ça m’a pris des années avant de remarquer que mon mari me manquait de respect. (à elle-même) Maudite niaiseuse.
Noémie : T’es dure avec toi, Sylvie.
Sylvie : Oh! Non. Pis je vais te dire une chose:  j’suis encore plus niaiseuse parce que j’suis encore avec!
Noémie : Tu ne m’avais pas dit que ça allait mieux depuis que vous aviez consulté?
Sylvie : C’est un engrenage. Ça revient tout le temps. Quand les enfants étaient petits, je disais que je restais pour eux autres. Maintenant qu’ils sont plus à la maison, je ne suis pas plus capable de le laisser.
Noémie : Tu l’aimes? …
Sylvie : Ce n’est pas ça la question. Comment je ferais toute seule? Pas d’études, pas de job, pas de talents…
Noémie : Fais-toi confiance…
Sylvie : Je te respecte Noémie, mais excuse-moi, t’es mal placée pour donner des conseils; tu te fais mener par le bout du nez par ton curé.
Noémie : C’est mon patron…
Sylvie : T’es pognée dans un engrenage comme moi. En tous cas, ça ben l’air que la lumière reviendra pas à soir. Je finirai de ramasser demain.Sylvie quitte Noémie, pas mal découragée.
L’éclairage baisse. Musique de transition.
SCÈNE 7
Objectif : Montrer l’espoir des femmes à ce que l’Église reconnaisse sa position discriminatoire à l’égard des femmes.Clérico n’a qu’un petit bout de chandelle. Il n’est pas de bonne humeur. On l’entend s’empêtrer dans quelque chose que Sylvie n’a pas pu ramasser.
Clérico : Bon sang! Ce n’est pas vrai! Encore une idée de femme ça ! Elles ne pourraient pas se contenter de faire ce qu’on leur dit. J’étais ben mieux quand je n’avais pas Noémie dans les pattes. Que Dieu se fasse entendre si je n’ai pas raison…Soudain grondement de tonnerre, éclairs… La voix de Dieu se fait entendre.
Dieu : Clérico!
Clérico : Qui parle?
Dieu : Tu viens de m’appeler Clérico!
Clérico : Qui est-ce qui se moque de moi ? Je ne suis pas d’humeur à rire!
Dieu : Aurais-tu peur de Dieu Clérico?
Clérico : Dieu ou pas, je n’ai peur de personne, sors de ta cachette petit comique!
Dieu : Tu me provoques Clérico! Regarde comme tu as peur!
Clérico : Ce n’est pas de la peur, c’est de la contrariété.
Dieu : Peur ou contrariété, il faut savoir pourquoi.
Clérico : Je n’ai pas de temps à perdre…
Dieu : Et si tu prenais quelques minutes pour y voir plus clair.
Clérico : Voir plus clair? Mais enfin, voir que les femmes sont aussi responsables dans l’Église?
Dieu : Pourquoi l’initiative et la créativité des femmes t’énervent-elles autant? Ce qu’elles font, tu ne trouves pas ça différent, nouveau, rafraîchissant pour la communauté?
Clérico : Justement, le nouveau ce n’est pas à elles de le décider!
Dieu : Clérico, dis-moi franchement, aurais-tu peur de perdre ta place dans ta paroisse?
Clérico : Ça n’a rien à voir. La responsabilité dans l’Église a toujours été l’affaire des hommes, des prêtres. Ton fils… enfin, Jésus, a voulu ça comme ça, pis je ne vois pas pourquoi et surtout de quel droit les femmes viendraient tout chambouler.
Dieu : Attention mon ami! Tes arguments sont rapides. Sur ce plan, les raccourcis sont parfois piégés. As-tu oublié que tous les croyants et toutes les croyantes sont responsables de la mission qui leur est confiée? Responsable aussi de la vie et du fonctionnement de l’Église ? As-tu complètement oublié ton ancêtre Paul qui rappelait aux Galates la radicale égalité entre les humains? « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » (Ga 3, 28)
Clérico : Mais que fais-tu des traditions dans l’Église? Les femmes ne peuvent exercer les mêmes fonctions que nous. C’est très important les traditions.
Dieu : Tu sais, Clérico, des traditions, des normes disciplinaires liées à une époque, ça peut changer, ça doit changer même par fidélité à la mission. Sinon, les coutumes, les lois, les façons de faire, les discours se figent au détriment de l’essentiel… Est-ce que tu me suis ?
Clérico : Je ne suis pas certain que ça me tente de te suivre dans cette direction-là.
Dieu : Essaye donc de renouveler tes convictions profondes et de faire un brin de ménage dans tes pensées. Dans ton cœur aussi. On s’en reparlera. Je te laisse Clérico. Mère-Theresa m’attend pour notre discussion hebdomadaire.
SCÈNE 8
Objectif : Montrer un idéal féminin dans l’Église.Noémie est au-bas de l’escalier et Clérico en-haut. Ils feront des pas chacun de leur côté pour se rejoindre au milieu. Quand Noémie parlera de solidarité, elle « prendra le dessus » de quelques marches puis Clérico remontera quand il mettra de l’eau dans son vin. Ils termineront sur la même marche.
Noémie : Clérico, je suis venu t’annoncer que je me dégage du dossier de la Marche des femmes. Je préfère te le laisser. Tu sembles savoir mieux que moi ce qui est bon pour nous, alors je te fais confiance.
Clérico : Voyons Noémie, ce n’est pas une petite contrariété qui va te faire abandonner. Sers-toi de ta belle créativité pour trouver autre chose.
Noémie : Depuis que j’ai annoncé aux femmes qu’on abandonnait l’idée du chemin de croix, la moitié a quitté. Quand tu m’as confié ce dossier-là, tu m’as dit que l’important c’était de valoriser l’implication des femmes. Là, j’ai plutôt l’impression que je les décourage. Alors je te laisse ça entre les mains, t’as tellement de doigté.
Clérico : (sensible au sarcasme) Bon, ben si tu penses que tu n’es pas capable de faire la job comme il faut, je vais demander à des bénévoles de s’en occuper.
Noémie : J’ai peur que tu n’en trouves pas. Les femmes ont décidé de toutes se désengager si je quittais le projet.
Clérico : C’est du chantage?
Noémie : Non, de la solidarité. Ce n’est pas que je veux te confronter Clérico, c’est juste que si je continue, je vais avoir l’impression de trahir les femmes, pis de me trahir moi-même. Je sais pas si tu comprends la lourdeur de l’institution, sa lenteur…je ne sais pas si l’institution comprendra un jour!