Les femmes dans la mission de l’Église aujourd’hui

Je me sens à la fois privilégiée et bien petite pour vous parler d’un sujet aussi complexe que celui du rôle de la femme dans l’Église.

C’est dans un contexte de silence, de recueillement et de prière que m’a paru clairement le besoin de parler encore du rôle de la femme dans l’Église en 2006, car l’égalité des sexes est loin d’être acquise. Ceci se vérifie, bien sûr, dans toutes les sphères de la société. Que l’on pense à la question de l’équité salariale, aux postes gouvernementaux où les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes.

Cependant aujourd’hui on voit des femmes jouer des rôles primordiaux dans notre société moderne. Vous en connaissez sans doute qui occupent les postes de gouverneure générale, de présidente ou de chancelière d’un pays, de générale d’armée, de sénatrice, de juge à la Cour Suprême, de ministre d’État, de ministre du culte dans une communauté.

Ces réalités encore rares, montrent que la femme du 21e siècle peut accéder à des postes de prises de décisions.

Mais il est surprenant de constater qu’au niveau des grandes religions, la femme n’a aucune place quand il s’agit de postes de direction. Avez-vous déjà vu une communauté musulmane dirigée par une femme imanm comme chef de prière dans une mosquée ? Avez-vous déjà vu une femme élue rabbin par le consistoire israélite ?

Dans le christianisme, certaines églises protestantes ont ordonné des femmes. Je pense entre autre à Lytta Basset, pasteure et professeure de théologie en Suisse. Elle est considérée, sur la scène internationale, comme une des grandes figures de la pensée chrétienne contemporaine. Elle est l’auteure de 11 volumes qui lui ont valu la qualification de « maître spirituel ». On pourrait énumérer toute une liste de femmes de la même envergure, toutes spécialistes en théologie : Sandra Schneiders, Elizabeth Schüssler-Fiorenza, Joan Chittister, Elizabeth Johnson…

Même si j’ai mentionné plusieurs femmes considérées comme de grandes théologiennes et que j’ai lu leurs oeuvres afin de mieux connaître leur pensée, je ne suis pas pour autant une féministe engagée. Je joue plutôt un rôle pacifiste et modeste au sein de l’Église pour une raison bien simple : c’est Jésus qui m’attire. Sa pédagogie faite de tendresse et de respect de l’autre, sa façon de s’y prendre pour remettre les gens debout me fascinent.

Notre Église fonctionnerait-elle mieux si la hiérarchie romaine était remplacée par un corps féminin? Nul ne peut l’affirmer. Ce que je déplore dans l’Église hiérarchique, ce n’est pas tant sa position sur la question du sacerdoce pour les femmes, mais plutôt le mutisme qu’on leur impose concernant les grandes questions et la vie même de l’Église. Il faut admettre que notre Église hiérarchique et dirigeante est dysfonctionnelle, comme d’ailleurs toute famille et toute personne. Pour qu’elle devienne plus équilibrée et en santé, il faudra plus d’humilité de part et d’autre, c’est-à-dire que l’homme et la femme ne se voient plus comme des rivaux, mais complémentaires et égaux dans leurs richesses et leurs pauvretés respectives.

Quelle richesse pour notre Église si l’intuition féminine était déployée à plein! J’appuie ce que je viens de dire par une citation d’Yves Duteil, auteur-compositeur-interprète français et maire de Précy-sur-Marne, en France : « Ne serait-il pas temps de trouver notre place entre Mars et Vénus, d’inviter Ying et Yang au même repas? Il y a trop longtemps que nous sommes orphelins de l’un ou de l’autre… Le mythe du guerrier a fait son temps. La douceur apaise les peurs, permet de faire tomber l’armure, d’apprendre à baisser la garde. » (Panorama, décembre 2005, No. 416, page 28)

Mon expérience de 25 années dans la pastorale catéchétique des adultes m’a convaincue que la grande faiblesse dans le leadership de l’Église n’est pas mauvaise volonté, ni manque de dévouement, mais un manque réel de la contemplation de la personne de Jésus et de la Parole de Dieu. Seuls les contemplatifs dans l’action réussissent à toucher le cœur des humains et à les rejoindre dans leur vécu quotidien, comme Jésus savait si bien le faire. « Dieu divinise ce que nous humanisons » disait François Varillon.

Mon rêve pour l’Église, c’est que nous arrivions ensemble – laïques, prêtres et religieux – à partager notre vécu à la lumière de l’Écriture Sainte. Le petit outil « Parole et Vie », préparé par une équipe du diocèse de Rouyn-Noranda sous la direction du Père Pierre Goudreault, nous donne la chance et l’opportunité de solidifier nos liens et de réaliser que nous avons tous et toutes besoin les uns des autres pour grandir humainement et spirituellement.

J’appuie ma constatation par une citation de Francine Carillo, pasteure protestante à Genève, poète et écrivaine. Interviewée par Anne Ponce qui lui posait récemment cette question : « Y a-t-il une façon féminine d’être pasteur ? », elle répond :

 … Un jour, j’ai eu une discussion passionnante avec un collègue. Il me confiait : ‘Quand je prêche, j’ai dans l’idée qu’il faut que j’amène mes auditeurs quelque part. J’argumente pour les conduire en un lieu précis.’ Je me suis rendu compte que telle n’était pas du tout ma conception de la prédication et peut-être même du ministère! C’est-à-dire, moi, j’ai plutôt envie de partager ce qui m’habite, de dire ce qui me nourrit. Quand je prépare mes prédications, il me faut du temps jusqu’à ce que le texte me rencontre à l’intérieur, me mette en route. Si je n’ai pas ce déclic, je ne suis pas satisfaite, il faut que j’attende que quelque chose m’arrive pour que je puisse en parler. Je n’aime pas ces discours généraux où on parle toujours de la même chose, quel que soit le texte. On parle beaucoup, on emploie de grands mots sans rien dire au fond… Peut-être que les hommes ont en effet cette tendance à penser qu’ils sont là pour mener le troupeau. Alors que les femmes songent d’abord à partager la vie.

J’ai très peur des discours clos ou dogmatiques. Je m’en méfie, car ils ne rencontrent pas les gens dans leur quête, ils ferment la porte. D’où l’importance de former de petits groupes pour le partage de la Parole. La Parole est au milieu de nous, nous nous disons l’Évangile les uns aux autres… Rien ne me rejoint plus que d’entendre les gens prendre la parole, car ils me racontent Dieu. Comme pasteur, je ne pense pas avoir le monopole de la Parole. …

Dieu se dévoile au fil de nos vies et de nos rencontres. Mais il n’est jamais là comme un objet sur lequel on pourrait mettre la main. Le problème est qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de mal à trouver les mots pour en parler, pour l’annoncer : on a l’impression d’utiliser un langage usé. Mais ce n’est pas l’Évangile qui est usé, c’est la manière de le dire!  (Panorama – le mensuel chrétien de spiritualité – janvier 2006, no. 417, page 13 …)


Aux femmes qui sont devant moi ce matin et à toutes les femmes de par le monde, je dis, en empruntant une citation du moine Enzo Bianchi, fondateur d’une communauté monastique en Italie : « Sache vivre le temps d’attente. L’attente n’est pas signe de faiblesse, mais de force, de stabilité, de conviction, c’est une responsabilité. Elle invite au partage. L’attente n’est pas une attitude passive, ni une évasion, mais un mouvement actif.  … C’est une action qui ne se limite pas à l’aujourd’hui, mais opère dans le futur, en tournant notre esprit vers un avenir. Sans cette claire compréhension, c’est le fatalisme ou l’impatience qui nous menacent. »

Donc, femme d’aujourd’hui, toi qui attends depuis les débuts de l’humanité d’être l’égale de l’homme, pose-toi cette question : Te distingues-tu par une espérance certaine? 

Fernande Chiasson, f.j. 
Moncton (Nouveau-Brunswick), le 11 mars 2006

Dans le cadre de la journée internationale de la femme, le Comité diocésain pour les femmes en Église de l’archidiocèse de Moncton tenait son atelier de ressourcement annuel le samedi 11 mars 2006. L’archevêque de Moncton était présent, de même qu’une dizaine de membres du clergé et quelques centaines de laïques, hommes et femmes. L’atelier comprenait une table ronde formée de quatre invités, deux hommes et deux femmes.

Ce texte a été publié dans la revue Culture et Foi